‹ Syphilis et mariageChapitre 22 sur 82 · Thèse citée, page · texte numérisé non relu

Thèse citée, page

Go AVANT LE MARIAGE.

nomène diathésique apparent, et devient père de six enfants. Ces six enfants, dont l’ainé est actuellement âgé de vingt ans, je n'ai cessé de les avoir sous les veux depuis leur naissance; j'ai assisté à leurs moindres indispositions, même les plus légères, et je suis autorisé à les déclarer tous absolument sains. Leur mère, non plus, n’a jamais présenté le moindre symptôme suspect. Or, après la naissance de son troisième enfant, cet homme a été affecté d’une syphilide tuberculeuse du thorax ; et, de plus, consécutivement à la naissance de son cinquième enfant, jai dû le traiter derechef pour une gomme palatine d'aspect assez menaçant.

Donc, voilà un homme qui a engendré six enfants sains en dépit d’une syphilis vivace, persistante, et s’accusant encore par des symptômes intenses au delà de l’époque de conception de ces divers enfants.

. De même, un de mes anciens clients se marie, sans me consulter, en dépit d’une syphilis très insuffisamment traitée. Il a deux enfants, que je puis dire n'avoir pas perdus de vue depuis leur naissance et qui sont toujours restés exempts de la moindre manifestation spécifique. (L'ainé est actuel. lement âgé de vingt-quatre ans et le plus jeune de vingt-deux.) Or, cet homme a suecombé en 1873 à une syphilis cérébrale, non pas seulement diagnostiquée telle de par les symptômes cliniques, mais vérifiée par examen nécroscopique.

Ces deux faits et tant d’autres que j'y pourrais

joindre ne sont-ils pas absolument démonstratifs "?

2° Mais ce n’est pas tout encore. On a vu des sujets syphilitiques engendrer des enfants sains, alors qu'ils se trouvaient en pleine période secondaire, alors qu'ils étaient affectés, au moment méme de la conception, d'accidents divers de syphilis, alors, en un mot, qu'ils n'avaient pas encore dépassé cette redoutable période où la diathèse fait, pour ainsi dire, sa erise aiguë et semble rationnellement devoir être le plus pernicieuse comme dangers de transmission héréditaire.

Cullerier, notamment, à cité, à ce point de vue, des cas que je ne saurais qualifier autrement que de stupéfiants, tant ils vont à l'encontre de Fobservation commune et des croyances communes. Deux exemples :

Un jeune homme se marie six mois après avoir contracté la syphilis. Tout aussitôt après le mariage il est affecté d’une poussée spécifique, caractérisée par roséole, plaques muqueuses gutturales, adénopathies cervicales, douleurs dans les membres, ete. Il procrée un enfant à cette époque, dans de telles conditions. Et cet enfant naît sain, fort, bien con-

1. Dans une statistique qui sera produite plus loin (Voy. Pièces justificatives, note 1), le lecteur ne trouvera pas moins de trentecinq cas de ce genre, tous relatifs à des sujets syphilitiques qui ont engendré des enfants sains et qui, après la naissance de ces enfants, ont été repris de divers accidents spécifiques.

Aux faits relevés dans cette statistique (qui remonte à une dizaine d'années) j'en pourrais joindre quantité d’autres aujourd’hui. Mais à quoi bon? La démonstration est acquise sur le point en question et n’a plus besoin, je crois, de preuves nouvelles.

siitué! Et, suivi cinq ans par Cullerier, il reste indemne de tout accident syphilitique !

Second cas. Un homme de trente-cinq ans contracte un chancre, ne se traite pas, et aboutit quelques mois plus tard à lPensemble classique de la période secondaire : syphilides cutanées, plaques muqueuses de la bouche et de la gorge, tubereules muqueux péri-anaux, croûtes impétigineuses du cuir chevelu, alopécie, adénopathies cervicales, ete. Il est alors soumis au traitement mercuriel pendant une quinzaine, el, quinze jours après, 1l se marie, en dépit de toutes les observations de M. Cullerier. — Sa femme devient enceinte dès les premières approches conjugales. — Et, neuf mois plus tard, nait un enfant «très bien constitué, très vigoureux », exempt de tout symptôme syphilitique ! Cet enfant reste pendant huit ans sous la surveillance de Cullerier et continue à rester sain !!

Plusieurs eas de même genre ont été publiés par divers auteurs, et j'aurais moi-même à en citer quelques-uns. Mais aucun, à coup sûr, n’est aussi catégorique et aussi démonstratif que le suivant, dû à mon collègue et ami Maurice Raynaud, de si regrettable souvenir. Recueilli dans des conditions toutes spéciales, offrant une chronologie de

1. Currerier, De l’hérédité de la syphilis, mémoires de la Société de chirurgie de Paris, 1851.

Plusieurs cas de même genre se trouvent consignés dans l’intéressant travail de M. Notta, auquel nous avons déjà fait allusion précédemment (4rch. générales de Méd., 1860, 1. I).

précision quasi mathématique, ce cas mérite à tous égards de trouver place 1er.

Un homme marié contracte la syphilis dans une aventure extra-conjugale. Pendant plusieurs mois il trouve d’ingénieux prétextes pour éviter un rapport avec sa femme; mais enfin, un jour, il s'oublie. Lelendemain, ilaccourtépouvanté chez M. Raynaud, qui constate sur lui des plaques muqueuses à la bouche. Neuf mois plus tard, jour pour jour, et sans aucun autre rapprochement ultérieur, la jeune femme accouche, et accouche d’un enfant sain, lequel, âgé de dix ans au moment où je vous parle, n'a jamais présenté le moindre phénomène d'infec- Hon syphilitique.

Ainsi, voilà un homme syphilitique qui, /e jour méme où il engendre un enfant, présente des aceidents d'ordre secondaire, et dont l’enfant néanmoins nait exempt de syphilis! — Quoi de plus probant?

Done, vous le voyez, Messieurs, je ne dissimule rien. Bien loin de là, j'insiste au contraire de toutes mes forces sur ces faits si curieux de non-transmission héréditaire de la syphilis par influence paternelle; car ces faits constituent, à mon sens, un des résultats les plus intéressants, les plus dignes de méditation, qui soient issus des recherches contemporaines sur lhérédité syphilitique, et je n'ai pas à dire, d'autre part, quelle importance ils acquièrent relativement au sujet qui nous occupe actuellement.

Au total, la conclusion de ce qui précède est que l’hérédité syphilitique paternelle est beaucoup moins active, beaucoup plus restreinte (du moins en ce qui concerne la transmission de la syphilis ex l'espèce), qu'on ne l'avait cru jusqu'à nos jours, et l’on peut dire ceci :

Étant donnés, d'une part, un mari syphilitique et, d'autre part, une femme saine, il y a de nombreuses chances pour que l'enfant issu de ce couple naisse exempt de syphilis.

Voilà ce que, contrairement aux croyances anciennes, ont nettement et positivement établi les recherches contemporaines; et ce résultat, à coup sûr, ne laisse pas, en ce qui nous touche, d’être des plus consolants. |

II. — Mais cela reconnu, cette concession faite aux partisans de la doctrine que je combats, je reprends aussitôt mes droits au nom de l'observation clinique, et je dis à mes adversaires :

Non, il n’est pas vrai (bien malheureusement) qu'en fait de syphilis l'influence paternelle soit aussi inoffensive qu'on s’est plu à le prétendre; 1l est encore moins vrai qu'elle soit « nulle », qu'elle ne s'exerce « jamais et d'aucune façon sur le fœtus ». Pour avoir émis de telles propositions, 1l faut que Vous n'ayez jamais envisagé qu'un des côtés de cette question éminemment complexe, l'influence héréditaire de la syphilis paternelle sur le produit de la conception. Car il y a un abime — un abime,

entendez-le bien — entre les conclusions auxquelles vous avez été conduits et celles qui dérivent d’une observation intégrale des faits cliniques.

C'est là ce que je dois actuellement m’efforcer de mettre en lumière.

Or, ou je me trompe fort, ou la question de l'influence hérédo-syphilitique paternelle doit être envisagée et jugée d’une tout autre façon qu'elle ne l’a été jusqu’à présent.

Jusqu'à présent on ne s’est guère préoccupé que d’un point : rechercher si, oui ou non, Penfant issu d’un père syphilitique hérite de la syphilis paternelle. Eh bien, ce n’est là, à mon sens, que le petit côté de la question ; tandis que le grand côté, c’est la détermination d'une influence d’ordre plus général et plus grave qu’exerce la syphilis du père sur le produit de conception, à savoir : influence léthrfère, fœticide, ou, sous une forme moins aigué, influence de déchéance vitale, de caducité, de degenérescence. Pour mot, en effet, la syphilis paternelle ne se borne pas à conférer en nature la syphilis à Penfant; c'est là le moindre et le moins fréquent de ses méfaits. Elle est nocive d’une autre facon ; elle fait pis et bien pis que cela. Ainsi, pour préciser : tantôt elle inflige au fœtus une #raptitude immédiate à la vie, c’est-à-dire le condamne à une mort plus ou moins hâtive ; — tantôt elle le laisse vivre, mais en Jui imprimant tels ou tels principes dappauvrissement vital et de débilité originelle,

Fournier. — Syplilis et mariage. 5

telles ou telles prédispositions morbides, avec un indéniable amoindrissement de résistance vis-à-vis d'elles, et, au total, un ensemble d’éléments d’infériorité native, d’abâtardissement, de caducité et, je répète le mot, de réelle dégénérescence.

C’est là ce qui ressortira pour vous, Messieurs, de Pexposé qui va suivre. Et je n’ai pas besoin de dire si cet exposé se rattache intimement à notre sujet, puisqu'il à trait tout à la fois à l’ordre des dangers les plus habituels et les plus graves que court risque d'introduire dans le mariage la syphilis paternelle.

Ces dangers, quels sont-ils done ? Le moment est venu de m'expliquer à leur sujet.

Premier point : L'hérédité paternelle peut se traduire par la transmission héréditaire de la syphilis à l'enfant (alors même, bien entendu, que la mère est saine).

En autres termes, un père syphilitique uni à une femme saine peut procréer un enfant syphilitique.

Des observations relatives à cette forme de lhérédité syphilitique paternelle ont été citées par une foule de médecins, notamment par MM. Ricord, Trousseau, Diday, Depaul, Cazenave, Bazin, Hardy, Bæresprung, Hutchinson, Bassereau, Beyran, Martinez y Sanchez, Liégeois, de Mérie, Martin, Parrot, Lancereaux, Kassowitz, Charpentier, Pozzi, Keyfel, Carl Ruge, et tant d’autres que j'oublie. À mon

tour, je m'inscris à la suite de tous ces médecins", pour dire que j'ai réuni un certain nombre d’observations du même genre. Enfin, ces derniers temps, un de mes élèves, le D' Riocreux, a rassemblé dans une excellente monographie sur Phérédité paternelle de Ta syphilis* une riche collection de faits témoignant tous dans le même sens. Si bien que la transmission de la syphilis en l'espèce, S'opérant

1. Voir un travail intéressant du D' Léon Richard (£tude sur l'hérédité dans la syphilis; de l'influence du père, Thèses de Paris, 1870).

Voir aussi: Piquanp, Znfluence de la syphilis des générateurs sur la grossesse (Thèses de Paris, 1868).

BricarD (Ph.), De la transmission de la syphilis du père à lenfant avec immunité de la mère (Thèses de Paris, 1871).

Kassowrrz, Die Vererbung der Syplilis, Vienne, 1876.

Carz Ruce, Ueber die Fœtus sanguinolentus (Zeiïts. für Geburtsh und Gynäkologie, Bd. I. — Analyse par Porak, dans la Revue des Sciences médicales publiée par G. Hayem, t. XIT, p. 203). — Etc.

M. le professeur Parrot m'a communiqué un fait de ce genre observé par lui dans des conditions particulières qui ne cu aucune prise à l'erreur. « Un jeune homme se marie en puissance de syphilis. Il a deux enfants, qui présentent l’un et l’autre les symptômes les moins douteux de syphilis héré ditaire. Or, leur mère, assidûment surveillée, minutieusement examinée depuis son mariage, n’a jamais AAA et ne présente encore aucun symptôme suspect. Il est hors de doute qu’elle soit restée indemne. »

M. Hutchinson est bien autrement affirmatif encore en faveur de l'hérédité paternelle. D’après lui, la plupart des syphilis héréditaires dériveraient du père exclusivement : € am firmly of opinion that, in a large majority of instances in English practice, inheritance of syphilis is from the father, the mother having never suffered before conception ». (Medical Times and Gazette, déc. 1876.) — Voir de même : 4 clinical memoir on certain diseases ofthe eye and ear consequent of inherited syphilis. Londres, 1863; p. 209, Aph. XIV. — On the transmission of syphilis from Parent to Offspring (The British and foreign med.-chir. Review, 1877, vol. LX, p. 455).

2. L. Riocreux, Syphilis, hérédité paternelle, thèses de Paris, 1888.

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du père à Penfant, est actuellement attestée par un nombre considérable d'observations des plus authentiques.

Ces observations, faut-il vous en citer quelquesunes ? Je n’aurai que lPembarras du choix.

Rappelez-vous d’abord un fait que vous avez eu sous les yeux ici même, il y a quelques mois, et qui se résume en ceci : Trois grossesses se sont produites dans un jeune ménage. La première s’est terminée par avortement. La seconde a donné naissance à un enfant qui, bientôt affecté de divers accidents spécifiques (pemphigus, syphilides papulosquameuses, plaques muqueuses, ete.), n’a pas tardé à succomber. De la troisième est issu un enfant que vous avez vu dans le plus effroyable état (syphilides ulcéreuses, coryza, étiolement, cachexie), mais qui, traité, est parvenu à survivre. Or, la mère de ces enfants, minutieusement interrogée et examinée par nous, surveillée même pendant deux ans, n’a jamais présenté quoi que ce soit de suspect. Le pére, tout au contraire, nous à avoué avoir contracté, six mois avant son mariage, une syphilis qu'il n’a jamais que très légèrement traitée.

Un de nos confrères, qui m'a fait honneur de me consulter, m'a raconté sa triste histoire, que voici en deux mots. Il a contracté la syphilis un an avant son mariage et (notez ceci au passage, car la chose est instructive) s’est soumis pour tout traitement à uit frictions mercurielles (!) — Sa femme, très attentivement surveillée par lui, est restée in-

demne. Or, de ce ménage sont issues cinq grossesses qui se sont terminées comme 1l suit : trois par fausses couches, avec fœtus « présentant d’une façon indéniable des stigmates de syphilis »; — deux par naissance d'enfants indubitablement syphilitiques *.

Bassereau a relaté Pobservation d’un homme qui se maria deux mois après avoir contracté la syphilis. Sa femme, bien que restée indemne, n’en donna pas moins le jour à trois enfants syphilitiques, dont un seul survécut. Les deux autres furent emportés, l’un à quinze jours, Pautre à sept semaines.

Une intéressante observation, que vous retrouverez relatée tout au long dans Ia thèse du D' Quesada, concerne un ménage où se produisirent quatre grossesses qui se terminèrent de la façon suivante : trois par avortement, et une par naissance d’un enfant syphilitique qui mourut dans le marasme, après avoir contaminé sa nourrace. Or, le père de ces enfants était syphilitique, tandis que la mère, prévenue de létat de son mari, s’observant et observée tant par son médecin que par M. Ricord, ne présenta jamais la moindre lésion suspecte”.

Hutchinson a relaté la navrante histoire d’un médecin qui, ayant contracté la syphilis, se erut en état de se marier trois à quatre ans plus tard, bien que n'ayant subi qu'un traitement de six mois. Sa femme (qui, je n’ai pas besoin de le dire, fut atten-

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