Voy. Thèse de Riocreux, observ. xx, p
2. S. de Arteaga Quesada, Essai sur la syphilis congénitale, thèses
de Paris, 1865.
Fo AVANT LE MARIAGE.
tivement surveillée par lui) resta indemne de tout accident. Elle devint enceinte onze fois, et voici quels furent les résultats de ces nombreuses grossesses : d’abord, deux enfants mort-nés; — puis, deux enfants syphilitiques, qui moururent de syphilis, — puis, sept enfants survivants, mais tous affectés de syphilis héréditaire *.
Une observation presque identique de G. Behrend est relative à une femme qui, mariée à un homme syphilitique, mais restée indemne, devint enceinte onze fois. Les sept premières grossesses de cette femme se terminèrent par sept fausses couches, et les quatre suivantes par la naissance d'enfants qui survéeurent, mais dont trois furent affectés de syphilis.
Je sais bien que les observations qui servent de base à lhérédité paternelle exclusive ont été attaquées. On leur a opposé une fin de non-recevoir, en disant « que, dans les cas en question, la mère n'a pas été suffisamment examinée; que, si on Pavait mieux ou plus longtemps examinée, on auralt trouvé sur elle la syphilis, parce qu’il n’est pas d'enfant syphilitique sans mère syphilitique, ete. » Mais quelle est en vérité la portée d’une telle objeeüon? Est-il à croire que tous les médecins qui ont vu, étudié, commenté les faits dont il s’agit soient tous tombés à l’unisson dans une même erreur, en méconnaissant tous la syphilis sur les mères de ces en-
1. Voy. British and foreign medico-chirurg. Review, octobre 1877.
fants syphilitiques ? Est-il à croire que des hommes du métier, que des médecins éminents, tels que Ricord, Bassereau, Hutchinson et tant d’autres, n'aient pas vu la syphilis sur toutes ces femmes, alors qu'ils la cherchaient, alors qu’ils étaient étonnés de ne pas la trouver? Est-il admissible enfin que des médecins surveillant leur propre femme assidûment, quotidiennement (comme dans les deux cas que je viens de vous citer), aient pu laisser passer inaperçus sur elle des symptômes de syphilis ? Non, très certainement non. Il est des objections qui ne sont pas à faire, des objections non recevables, qui tombent d’elles-mêmes, et celle-ei est du nombre.
De sorte, je le répète, que la transmission hérédopaternelle de Ta syphilis en l'espèce peut être donnée comme une vérité clinique catégoriquement démontrée.
Second point : L’hérédité syphilitique paternelle se traduit très fréquemment par la mort du produit de conception au cours de la grossesse.
Nul doute sur ce point. Il est absolument commun que l’enfant issu d’un père syphilitique et d’une mère saine n'arrive pas à terme, c’est-à-dire soit expulsé prématurément, à échéance plus ou moins voisine du début de la grossesse. C’est même là un fait banal à force d’être fréquent, voire si banal que je crois superflu de citer à l'appui des preuves partieulières.
Aussi bien peut-on poser ceci comme axiome : Le
danger le plus commun, le plus usuel, auquel expose dans le mariage la syphilis du mart, c'est l'avortement.
incore si cette influence pernicieuse du père se bornait à une première grossesse, au premier enfant procréé par lui. Mais c'est que souvent, très souvent, elle se continue, se prolonge sur plusieurs grossesses plus ou moins rapprochées. De sorte que deux, trois, quatre, cinq, six, sept fausses couches se succèdent parfois, sans explication autre que la syphilis du mari. Les cas de ce genre sont absolument communs, je le répète, et j'en pourrais citer plus d’une centaine pour ma seule part". Exemple :
Un de mes clients actuels s’est marié en état de syphilis non traitée. Sa femme est devenue enceinte quatre fois en trois ans et, bien qu’indemne de tout accident spécifique, a avorté quatre fois, entre quatre mois et six mois et demi.
Un autre s'est marié dans des conditions à peu près identiques. Sa femme, sur laquelle je n'ai jamais surpris le moindre symptôme suspect, a fait six fausses couches, exclusivement imputables à la syphilis du mari.
De même encore, dans le cas précité de G. Behrend, nous avons vu une femme saine mariée à un homme syphilitique avorter sept fois de suite. |
J'ai cherché à me rendre compte, de par les
1. Cf. J. Hutchinson, On the transmission of syphilis from Parent to Offspring (The Bristish and foreign med.-chir. Review, 1877, vol. LX).
HÉRÉDITÉ PATERNELLE. hi.
documents que j'ai colligés de vieille date sur la question, de la fréquence des avortements dans le mariage, comme conséquence de lunion d’un homme syphilitique avec une femme saine; et voici ce que mes notes, soigneusement dépouillées à ce point de vue, m'ont fourni comme résultats :
Sur 103 grossesses survenues dans ces conditions, 41 se sont terminées par des avortements ou des accouchements prématurés, amenant des enfants morts ou moribonds. Quarante et une sur cent trois, cela donne au pourcentage 39 pour 100. Quelle proportion !
Et veuillez noter (ceci est essentiel à spécifier) que les éléments de cette statistique ont été recueillis dans la clientèle de ville, dans la clientèle bourgeoise, c’est-à-dire dans un milieu social où les conditions anti-hygiéniques de misère, de fatigues, de surmenage, d'alimentation insuffisante, d’excès, de débauche, ete., n’ont à jouer aucun rôle comme causes prédisposantes à l'avortement. Notez qu'elle a été recueillie (ainsi que le démontre lanalvse de mes observations) sur des femmes jeunes, très bien portantes pour la plupart, récemment mariées, ne présentant aucune lésion utérine, ete. De sorte que, dans tous les cas qui la composent (réserve faite pour deux ou trois tout au plus), aucune cause, soit constitutionnelle, soit accidentelle, ne peut être invoquée comme raison suffisante de l'avortement. L’avortement y reste inexpliqué de par les influences prédisposantes ou déterminantes d'ordre vulgaire aux-
quelles il est usuellement imputable, tandis qu’en revanche un même élément étiologique spécial figure dans tous ces cas et s'y présente comme explication commune, à savoir : la syphilis du mari. Cela n’est-1l pas fait pour imposer la conviction?
Et ce n’est pas tout; je n’ai pas tout dit. Car deux autres considérations s’ajoutent encore à toutes les preuves précédentes pour mettre en pleine lumière cette influence fæticide, abortive, de la syphilis paternelle. Les voici.
1° June réside dans la signification de certains cas particuliers où, sur un même couple, on a pu comparer les résultats de plusieurs grossesses, les unes antérieures et les autres postérieures à la syphilis du mari. De ce parallèle se dégage en toute évidence linfluence paternelle sur le produit de conception. Eh bien, jugez de cette influence par le cas suivant, identique du reste à plusieurs autres que je pourrais produire.
Un de mes clients se marie sain avec une femme saine. Il a tout d'abord quatre enfants « superbes ». Puis, 1l contracte la syphilis. Il se tient sévèrement en garde contre tout risque de contagion pour sa femme, qui reste saine, et devient père quatre autres fois. Résultats de ces quatre grossesses consécutives à la syphilis du mari : rois fausses couches, et naissance à terme d’un enfant des plus chétifs, qui succombe à brève échéance en état de consompltion.
Ainsi : avant la syphilis du mari, quatre grossesses heureuses donnant des enfants sains; — et après la syphilis du mari, quatre grossesses à terminaison néfaste.
Que voulez-vous de plus probant ?
2° Une seconde preuve, non moins topique, ressort ici de l'influence du traitement. Je m’explique.
L’avortement, venons-nous de dire, est à l’ordre du jour dans les ménages à mari syphilitique. Eh bien, à qui la faute ? Au mari, à la syphilis du mari. Car, traitez ce mari, dont plusieurs enfants, je suppose, viennent de mourir avant de naitre; corrigez chez lui le vice diathésique par un traitement approprié (par le mercure notamment, plus actif et plus puissant que Piodure en pareil cas), et presque infailliblement vous verrez les grossesses ultérieures, dans ce même ménage, arriver à terme et donner des enfants vivants. Voilà, j'imagine, un résultat qui sera démonstratif en l'espèce, puisqu'il dénoncera en toute évidence la cause des avortements antérieurs, c’est-à-dire linfluence noeive du père.
Or, les observations de ce genre pullulent aujourd'hui ; elles sont monnaie courante. Il n’est pas un de nos collègues en aceouchements qui ne vous en raconterait plusieurs empruntées à sa pratique personnelle. Je vous en citerai bon nombre quand nous aurons à parler de l'influence du traitement sur l’hérédité syphilitique. Mais, dès ce moment et
p16) AVANT LE MARIAGE.
comme spécimen, laissez-moi vous relater le cas suivant dont je puis vous garantir l’absolue authenticité), car ilest relatif à une famille amie, que je traite depuis bien longtemps et dont les moindres incidents morbides sont tous venus à ma connaissance).
J'étais tout jeune docteur, lorsqu'un jour je rencontre par hasard un ancien camarade de collège que j'avais perdu de vue depuis longtemps. Nous causons, et ledit camarade me conte ses chagrins : « Je suis désolé, me dit-il; ma femme vient de faire ce matin même une quatrième fausse couche, à quelques mois de grossesse; et ce qu’il y a de pis, c'est que toutes ces fausses couches se sont produites sans la moindre cause qui les puisse expliquer, sans accident, sans chute, sans imprudence. Ce ne peut être ma faute, à moi; car tu vois si je suis solide et bâti pour avoir des héritiers. Cela ne peut dépendre évidemment que de ma femme; et, bien qu'elle soit grande, forte en apparence, bien constituée, je commence à croire, à mon grand chagrin, qu'elle ne me donnera jamais d’enfants. »
Un souvenir alors me traverse l'esprit, et je réplique : « Mais, dis-moi, peut-être bien ta femme, que tu accuses, n'est-elle pas responsable, comme tu le crois, de ces multiples fausses couches; peutêtre bien serait-ce toi le vrai coupable. Car je l'ai connu il y a quelques années, au quartier Latin, avec une belle vérole que tu ne me paraissais pas soigner
HÉRÉDITE PATERNELLE. m7
d’une façon bien exemplaire. À ta place, je me traiterais, je reprendrais du mercure. »
Bien que donné pour ainsi dire à l'aventure, en pleine rue, le conseil fut suivi, et le traitement spécifique repris avec intensité. Car, en me quittant, mon ami n'eut rien de plus pressé que de courir chez son ancien pharmacien, où il fit une formidable provision de pilules de Ricord dont il se gorgea pendant toute une année. Or, quinze mois plus tard, sa femme accouchait à terme d’un enfant vivant, lequel a aujourd'hui une vingtaine d'années. Et, depuis lors, elle à eu trois autres grossesses qui n'ont pas été moins heureuses".
Done, quatre fausses couches avant le traitement du mari, et quatre enfants vivants après le traitement dudit mari! Inutile, n'est-ce pas? de eommenter un tel fait.
Or, les faits de ce genre, entendez-le bien, sont /a règle en l’espèce.
Eh bien, je demande si la conclusion rigoureuse à tirer de tels cas n’est pas celle-ci : que Pinfluence hérédo-syphilitique paternelle constitue la cause des avortements antérieurs au traitement du mari.
Done, au total, il résulte de tout ce qui précède —et cela au-dessus de toute contestation possible — que l'hérédité paternelle est une cause puissante, très puissante, d’avortements.
1. M. Depaul a relaté plusieurs faits de ce genre dansses savantes leçons cliniques. Et que d’autres ont été cités depuis lors!
Quantité d’avortements, survenant sans eause appréciable sur des femmes saines, ne reconnaissent d'autre raison que la syphilis du mari.
L'influence syphilitique du père tue fréquemment le fœtus in utero; voilà un fait qui, étayé sur des observations aussi authentiques que nombreuses, mérite de prendre place dans la science, et je m'étonne qu'il n'ait pas été plus remarqué jusqu’à ce jour.
Troisième point : L’hérédité syphilitique paternelle est susceptible de se traduire par la mort de l'enfant, à échéance plus ou moins rapprochée de la naissance.
Ainsi, rien de plus commun que de voir les grossesses issues d’un père syphilitique et d’une mère saine amener à terme ou bien des enfants qui ne voient le jour que pour mourir presque aussitôt; — ou bien de petits êtres étiolés, chétifs, rabougris, vieillots, athrepsiques d'essence et d'emblée, véritables aportons nécessairement voués à une mort prochaine; — ou bien encore des enfants qui, moyens ou passables d'apparence, sont de fait peu résistants, au point qu'un incident morbide quelconque peut suffire à les emporter.
Bref, d’une facon ou d’une autre, ces tristes hériüers de lPinfluence hérédo-paternelle s’éteignent à échéances variées. On les voit succomber soit à une réelle et indéniable débilité native, à une véritable inaptitude à la vie; — soit à une consomption
progressive, qui s'établit insidieusement, en dépit de tous les soins, en dépit des meilleures nourrices ou des mères les plus dévouées; — soit quelquefois encore à des accidents cérébraux, notamment à des convulsions; -— soit encore à des bronchopreumontes qui surviennent d’un jour à l'autre, sans cause appréciable, et se terminent en quelques jours; broncho-pneumonies que je ne qualifierai pas seulement de rapides, mais de subrtes et foudroyantes.
Il y a plus encore, et ici doit trouver place un fait curieux, qui m'a stupéfié plusieurs fois et qui ne laisse pas encore de me surprendre, bien que j'en aie l’expérience actuellement : c’est que les enfants procréés dans ces conditions meurent quelquefois sans cause el, positivement, sans maladie. D'un jour à l’autre ou tout au moins (pour ne rien exagérer) en l’espace de quelques jours , on les voit s'affaiblir, décliner, dépérir et s’éteindre. Ils meurent sans avoir une raison (j'entends une raison appréciable, déterminable) pour mourir. Ils s’affaissent, deviennent comme inertes, ne tettent plus, ne veulent plus téter, vomissent tout, tombent dans une sorte de collapsus avee athrepsie aiguë, et succombent. De quoi meurent-ils? De par la clinique, je n’en sais rien. Mais ce qui est plus étonnant, ce qui va vous sembler exorbitant, e’est que je n’en sais rien non plus de par Panatomie pathologique. Et cela pour une bonne raison, e’est que, dans les quelques cas où il m’a été permis de
pratiquer l’autopsie en pareille occurrence, je n’ai jamais rien pu découvrir qui m'expliquât ces morts singulières, rien, absolument rien.
En sorte que, faute d'explications anatomiques, force m'est bien de croire (au moins quant à présent) que ces enfants succombent par le fait non pas d’une maladie incidente et d’une lésion déterminée, mais bien d’un vice originel, d’une tare originelle qui les rend non viables, c’est-à-dire, au total, d’une sorte d'énaptitude native à la vie.
Ai-je tout dit? Pas encore; car, si j’aspirais à être complet, j'aurais à ajouter que les enfants issus de pères syphilitiques, pour échapper à la mort et naître indemnes de syphilis, n’en sont pas toujours quittes néanmoins avec la tare hérédo-paternelle.
Et, en effet, plus j'avance dans la pratique, plus je me sens envahi par cette conviction qu'au delà de la naissance l’influence d’un père syphilitique sur son enfant se traduit encore de diverses facons, à savoir : par une débilité organique, générale; — par une constitution affaiblie, appauvrie, « déliate », comme disent les gens du monde, en un mot inférieure à la moyenne normale; — par une résislance amoindrie vis-à-vis des causes morbifiques, condition qui imprime parfois aux maladies ineidentes un caractère insolite de gravité, voire de : malignité; — par une tendance aux accidents nerveux, notamment aux convulsions du jeune âge;
— par une tendance aux affections Iymphatiques et serofuleuses, ete.
Mais laissez-moi pour l'instant réserver cet ordre de considérations sur lequel nous aurons bientôt à revenir à propos de l’hérédité mixte, c’est-à-dire de l’hérédité paternelle et de lhérédité maternelle combinées.
Voilà donc quatre modes suivant lesquels l’hérédité syphilitique peut s'exercer du père à Penfant,.
Et notez que ces divers résultats possibles de linfluence hérédo-paternelle se rencontrent en pratique (surtout dans la clientèle de ville, où lPon dispose d'éléments étiologiques bien plus certains qu’à lPhôpital) d’une facon commune, habituelle. Ce sont là des faits que le praticien observe couramment, sans exagération. Demandez plutôt aux accoucheurs. En sorte que ces divers résultats s'imposent en toute évidence comme des effets, des dérivés d’une seule et même cause, à savoir l'influence hérédo-paternelle. Impossible de méconnaitre, de récuser cette cause, et de ne pas lui rapporter toutes les conséquences dont je viens de parler.
Cela posé, nous est-il possible maintenant de pénétrer plus avant dans la question, pour déterminer quel est, de ces modes multiples de lhérédité
FouRrNIER.
Syplilis et mariage. (ù
paternelle, celui qui se présente le plus communément en pratique, celui qu'on peut considérer comme le plus habituel?
J’ai tenté de le faire’. Dans ee but, j'ai réuni un certain nombre d'observations bien authentiques de grossesses issues d’un père syphilitique et d’une mère saine; et, à ne parler que des cas où ces grossesses se sont terminées d’une façon malheureuse, je suis arrivé aux résultats numériques que VOICI.
Cent trois grossesses de cet ordre, où l'influence paternelle s’est montrée nocive, m'ont fourni les chiffres que voici :
I. Enfants nés vivants, affectés de syphilis héréditaire immédiate ou précoce. ht mic ITECOS
IT. Enfants nés vivants, ayant présenté des symptômes de syphilis héréditaire tardive. , . 2 —
IIT. Avortements, ou accouchements prématurés ÉDIANISINOIS PER UNE CETTE