‹ Syphilis et mariageChapitre 24 sur 82 · IV. Enfants morts à diverses échéances (mais · texte numérisé non relu

IV. Enfants morts à diverses échéances (mais

très généralement à brève échéance) sans manifestations spécifiques évidentes. , . . 43 —

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Ainsi, sur éent trois cas, dix-neuf enfants seulement ont hérité de la syphilis paternelle ex l'espèce, tandis que quarante et un sont morts avant de naître, et quarante-trois sont morts à courte échéance.

1. Je n'ai pas fait figurer dans ce parallèle les cas relatifs au dernier groupe de manifestations héréditaires dont il vient d’être question, car l'interprétation plus que délicate de tels cas eût pu devenir matière à contestations.

C'est-à-dire, conséquemment, que l'influence hérédo-paternelle s’est traduite :

1° Par la transmission de la syphilis, dix-neuf fois; — au pourcentage, 18 pour 100.

2° Par la mort, quatre-vingt-quatre fois; — au pourcentage, 81 pour 100.

Eh bien, comparez ces deux chiffres, et voyez quel écart significatif de Pun à Pautre. Voyez combien la proportion des cas mortels dépasse celle des transmissions syphilitiques en l'espèce.

lei, cependant, je prévois une objection, d’ailleurs bien légitime. On dira peut-être : « Mais ce chiffre de 84 morts imputées à l’hérédité n'est-il pas excessif et ne demanderait-1l pas à être abaissé? Car,

en toute évidence, les femmes n’ont pas besoin d’un mari syphilitique pour avorter, pas plus que les enfants d'un père syphilitique pour mourir. » Soit! Cela n'est pas niable. Mais abaissons cette proportion de mortalité; de 81 pour 100 réduisons-la à 70 pour 100, à 60 pour 100, à 50 pour 100, voire davantage encore, si vous le voulez. Toujours est-il que, toutes ces déduetions faites, même faites à l'excès, il n’en subsistera pas moins un écart considérable entre les deux chiffres en question, écart dont l'inéluetable signification est la suivante, à savoir :

Que l'influence hérédo-syphilitique du père se traduit bien plus souvent par la mort de l'enfant que par la transmission de la syphilis à

l'enfant.

| En autres termes, la syphilis paternelle ze Pen-

fant bien plus souvent qu’elle ne se borne à lui transmettre la syphilis.

Heureux done, pourrait-on dire, les fils d’un père syphilitique, alors qu’ils en sont quittes avec l'héritage paternel au prix de la syphilis! Car ils avaient droit à pis que cela; car, normalement, la mort était pour eux l’éventualité la plus probable.

Voilà ce qui ressort de la statistique précédente. Eh bien, maintenant, laissez-moi dire que les résultats de cette statistique concordent absolument avec ce qu'on peut appeler le courant de l’opinion, l’impression générale. Interrogez quelque vieux praticien ayant l'expérience de telles choses ; 1l ne manquera guère, après avoir consulté ses souvenirs qui, pour n'être pas chiffrés, n’en seront pas moins conformes à la vérité clinique, de vous répondre ceci : « Ilest assez rare de voir un enfant issu d’un père syphilitique et d’une mère saine naître avec la syphilis; — tandis qu'il est absolument commun de voir Mourir les enfants nés de père syphilitique et de mère saine. Ah! voilà, par exemple, ce qui s’observe en pratique d’une facon courante! Quantité de pères syphilitiques, surtout au début de leur mariage, ne procréent d'enfants que pour les voir mourir ». Et tout aussitôt ledit praticien vous racontera tels ou. tels cas de sa clientèle, où un père

syphilitique aura perdu un, deux, trois, quatre enfants.

C’est la, tout au moins ce que m'ont répondu

nombre de mes collègues, nombre d’accoucheurs notamment, que j’ai consultés sur ce point. Et la concordance de leur opinion avec les résultats de ma statistique personnelle m'est particulièrement précieuse; car elle constitue un témoignage probant à l’appui des idées que je viens de soutenir.

En effet, telle est bien, je crois, la vérité clinique. Et ainsi doit être envisagée l’hérédité syphilitique paternelle quant à ses résultats. C’est une hérédité qui, somme toute, ne s'exerce que d'une facon relativement peu commune en tant que transmission de la syphilis en l'espèce; tandis que c’est une hérédité bien plus souvent et bien autrement dangereuse, en ce qu'elle est susceptible de transmettre à l’enfant quelque chose de plus grave encore que la vérole, à savoir ce que j'ai appelé d’une facon générique l’inaptitude à la vie, inaptitude à la vie se traduisant soit par la mort &n utero, Soit par la mort peu de temps après la naissance, comme conséquence d’une débilité native, d'une déchéance originelle, d’une résistance vitale insuffisante.

Au total done et comme conelusion, le résultat le plus commun, le danger par excellence de lhérédité syphilitique paternelle, c’est la mort de l'enfant, sous l'influence de telles ou telles des causes précitées.

Or, s'il en est ainsi, voyez, Messieurs, combien nous voici loin de ces doctrines dont je vous parlais

au début de cet exposé, doctrines d’après lesquelles lhérédité syphilitique paternelle devait être réduite à néant, d’après lesquelles l'enfant n’aurait rien à craindre d’un père syphilitique, ni comme syphilis, ni comme autre tare héréditaire, etc.’

Ces doctrines, bien malheureusement, n’étaient que des illusions, auxquelles il nous faut renoncer, auxquelles Pexpérience clinique inflige le plus formel démenti.

Et, d'autre part, s’il en est ainsi, jugez quels périls apporte dans le mariage le sujet syphilitique dont la syphilis non éteinte reste susceptible de setraduire héréditairement par de si néfastes conséquences.

Et ce n’est pas tout encore. Ce n'est pas tout, car ne perdez pas de vue cet autre point capital : Un père syphilitique n’est pas seulement dangereux pour ses enfants en sa qualité de père; il est ou peut devenir dangereux pour eux en sa qualité d’époux de leur mère, si je puis ainsi parler. En autres termes, il peut devenir dangereux pour eux de par la syphilis qu'il court risque de communiquer à sa femme, et de lui communiquer

1. Critiquant ces doctrines, M. Voillemier a dit spirituellement : « Si l’on acceptait les idées de M. Cullerier, le père ne serait plus que Poccasion d'un enfant. On ne serait plus en réalité que l'enfant de sa mère. » — Gazette des hôpitaux, 1854, p. 303.

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