HÉRÉDITÉ MIXTE
soit directement, c’est-à-dire par contagion, soit indirectement, c’est-à-dire par infection conceptionnelle.
Et alors, le père et la mère se trouvant l’un et l’autre entachés de syphilis, les dangers héréditaires seront naturellement accrus, exagérés, puisqu'au lieu de naître d’un père syphilitique et d’une mère saine, les enfants seront le produit d'un couple infecté.
Et alors, en définitive, quel sera le sort de ces enfants ?
Ah! c’est ici, Messieurs, que se présente une page de pathologie vraiment désolante; c'est ici que commence pour les familles une situation navrante, qu'il faut avoir observée dans ses détails intimes et sous ses formes diverses pour en comprendre toutes les douleurs.
Cette situation, que j'aurais à cœur de vous dépeindre fidèlement dans l'intérêt du grave sujet qui nous occupe, la voici copiée sur nature dans sa triste réalité.
Deux jeunes gens se sont mariés, je suppose, il y a quelques mois. La femme est devenue enceinte et soupire déjà après son titre de mère. Les deux familles, pleines de ce doux espoir qui prélude à la venue d’un nouveau-né, attendent impatiemment le résultat de cette grossesse. Or, quel sera ce résultat? Qu’'adviendra-t-il de l’enfant procréé dans ces conditions, c’est-à-dire issu à la fois d'un père syphilitique et d’une mère syphilitique?
Ce qu'il adviendra de lui, nous pouvons, nous médecins, le dire à l’avance, en véritables prophètes; car, sauf exceptions rares, son avenir est compris dans les trois alternatives suivantes :
1° Ou bien cet enfant mourra avant de naître ;
> Ou bien #{ viendra à la vie, mais avec la syphilis, et avec toutes les conséquences possibles et si graves de la syphilis infantile; ce qui, pour un très grand nombre de cas, équivaut presque à un arrêt de mort;
3° Ou bien, enfin, il viendra à la vie sans la syphilis, mais avec une santé compromise, avec une débilité native et une constitution appauvrie qui l’exposeront à une mort rapide, avec des aptitudes morbides menacantes, avec une tendance à certains vices organiques, en un mot dans un état au moins relatif de déchéance originelle.
Tel est le tableau.
Ou plutôt telle n’est qu'une partie du tableau; car, une deuxième, une troisième, une quatrième grossesse venant à se produire dans ces conditions, il se peut qu'un sort identique attende le deuxième, le troisième, le quatrième enfant. Et il se peut même qu'il en soit encore ainsi pour d’autres grossesses, Jusqu'à ce que la diathèse ait été atténuée par l'effet du temps ou par l’intervention d’un traitement énergique.
Quelle situation! Quel deuil pour un jeune ménage, quel chagrin pour les familles! Et, à un autre point de vue, quelle calamité sociale! |