‹ Syphilis et mariageChapitre 30 sur 82 · HÉRÉDITÉ MIXTE. — MORTALITÉ · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ MIXTE. — MORTALITÉ

matière à contestations et dont je n'ai pas encore le droit de vous parler avec un degré suffisant de certitude.

De ce qui précède il dérive ceei en toute évidence comme résultat général : que l'influence héréditaire de la syphilis devient véritablement désastreuse, alors que le père et la mère sont à la fois diathésés.

Désastreuse, oui, et le mot n’est qu'inférieur à la réalité des choses. Car, si ee n'était excéder le cadre de mon sujet, j'aurais à vous citer ici quantité d'observations où cette influence combinée des deux géniteurs à {ue toute une série d’enfants et a abouti, somme toute, à depeupler le foyer domestique. J'aurais à vous citer, par exemple, nombre de ménages où, issus d’un père et d’une mère syphilitiques, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze enfants, où bien sont morts avant de naître, ou bien ont suecombé à brève échéance après avoir vu le jour. Que dire aussi d’un cas relaté par mon ami le D' Ribemont- Dessaignes, cas dans lequel, en semblable condition, dix-neuf grossesses aboutirent à dix-neuf morts! Les cinq premières se terminèrent par expulsion prématurée d'enfants morts, et les quatorze

suivantes par naissance d'enfants qui saccombèrent entre un et six MOIS".

Cela posé, nous est-1l permis maintenant d’aller plus loin ? Nous est-il permis, d’abord, de distinguer dans cette influence mixte ce qui revient au père et ce qui revient à la mère, c’est-à-dire d’évaluer la quote-part, si Je puis ainsi parler, de la réaction héréditaire de chacun des deux parents sur le fœtus ?

Et, en second lieu, nous est-il permis d'établir un parallèle numérique entre les résultats de cette hérédité mixte et ceux de l’hérédité dérivant d’un seul géniteur syphilitique ?

Ce sont là, à coup sûr (vous en jugez par leur seul énoncé), des problèmes éminemment complexes, délicats, difficiles. Mais comme ce sont là toutes questions directement et intimement afférentes à notre sujet, 11 faut bien que nous les abordions de face, pour nous rendre compte à la fois et de ce que nous en savons et de ce qu’il nous reste à en apprendre par des recherches ultérieures.

Mon devoir est done d’insister, et j’insiste.

Je viens de vous montrer que l'influence de l’hé-

1. J’ai insisté ailleurs sur ces néfastes résultats de l’hérédité Syphilitique. — Voy. Znfluence de la syphilis sur la mortalité infantile (Bulletin de l'Académie de médecine, 1885). — J'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos de reproduire, à titre de document justificatif, une partie de ce mémoire, On la trouvera aux Pièces justificatives,

note: LIL.

HÉRÉDITÉ MIXTE. lI1

oo om =

rédité mixte est absolument désastreuse pour les enfants.

Or, deux raisons nous rendent compte de cette nocivité particulière, intense, de l'hérédité mixte.

l’une, que tout le monde pressent, réside en ce fait que l'hérédité mixte est une hérédité double, done, une hérédité destinée, selon toute présomption logique, à devenir doublement active et nuisible. La seconde, qui ne nous est révélée que par lPexpérience, dérive de cet autre fait que l’hérédité maternelle est bien autrement dangereuse pour lPenfant que lhérédité paternelle.

Besoin est de m'expliquer sur l’une et lPautre de ces deux raisons.

1. — Rien que de très naturel, tout d’abord, à ce que lhérédité mixte soit plus nocive que lhérédité exelusive du père ou de la mère. L'enfant, en toute évidence, doit être d’autant plus menacé que son père et sa mère sont à la fois syphilitiques; car, dans ce cas, deux influences mauvaises s'associent contre lui, conspirent contre lui, et, s’ajoutant Pune a l’autre, deviennent forcément plus actives, plus redoutables qu’une seule.

Ne prenez pas cela pour de la théorie pure. Certains cas tout particuliers sont absolument démonstratifs en l'espèce, comme vous allez le voir. Il est acquis par l'observation qu'un même sujet syphilitique (homme ou femme, n'importe) peut engendrer un enfant sain avec le concours d’un conjoint sain, et tout au contraire engendrer un enfantsyphi-

Er2 AVANT LE MARIAGE.

litique avec le concours d’un conjoint syphihtique.

Exemples :

Une femme syphilitique se marie avec un homme sain. Elle a de lui plusieurs enfants sains et bien portants. Elle se rapproche alors de Pamant qui, avant son mariage, lui a communiqué la syphilis, devient enceinte, et accouche d’un enfant syphilitique, qui meurt de syphilis”.

Un de mes clients se marie (malgré moi, bien entendu) dès la première année de sa syphilis. Sa femme, restée indemne, lui donne un enfant sain. — Puis, quelques mois plus tard, la jeune femme est contagionnée par son mari, qui Continue à présenter des accidents secondaires et à se traiter aussi négligemment que possible. Elle devient enceinte et accouche d’un enfant syphilitique qui ne tarde pas à succomber.

Ainsi, dans ces deux cas, de par la seule influence syphilitique soit paternelle, soit maternelle, enfants naissant indemnes; — et dans lun et l’autre, de par Pinfluence combinée des deux géniteurs, enfants entachés de syphilis.

Ces deux observations ne sont-elles pas significatives? Donc, l’hérédité syphilitique a d’autant plus de chances pour s'exercer qu’elle peut dériver des deux conjoints.

1. — Mais, soyez-en sûrs, il est une raison autre 1. Observation due à M. Diday (Dictionnaire encyclopédique des

sciences médicales, article cité, p- 564). — Un second fait semblable se trouve cité par le même auteur, à la suite du précédent.

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