‹ Syphilis et mariageChapitre 32 sur 82 · NOCIVITÉ INTENSE DE L'HÉRÉDITÉ MATERNELLE. 113 ST · texte numérisé non relu

NOCIVITÉ INTENSE DE L'HÉRÉDITÉ MATERNELLE. 113 ST

1° Une première est relative à des femmes syphiliiques observées par moi, dans la clientèle privée. Elle se compose de 85 cas de grossesses, qui, à ne les envisager que par leur résultat le plus formel et le moins sujet à erreur, à savoir la mort ou la survie de l'enfant, m'ont fourni les chiffres suivanis :

Cas de survie, . . , des

Lee Le cn D SCD Cas de mort (avortements ; — accouchements prématurés ; — enfants mort-nés ; — enfants morts à courte échéance après l'accouchement), , : . … : : , : 53 FOR A ne,

Ainsi, sur 89 naissances, 58 morts ; c’est-à-dire, en chiffres ronds, plus de deux cas de mort sur trois naissances |

Proportion déjà lamentable à coup sûr, très inférieure cependant à celle qui va suivre.

2° Une seconde statistique a été dressée sur des malades observées par moi à l'hôpital, soit à Loureine, soit à Saint-Louis.

Disons à l’avance, comme atténuation aux tristes résultats que nous allons produire, que, sur Îles malades de cette seconde série, l'influence syphilitique se trouvait souvent compliquée d’autres facteurs éminemment préjudiciables au succes de la grossesse, tels, par exemple, que misère, privations, alimentation insuffisante, labeur exagéré, veilles, débauche et souvent débauche professionnelle (le mot n'a rien que de strictement exact), excès de tout genre, alcoolisme, défaut d'hygiène

commune et de traitement spécial, ete., ete. Dans ces conditions, il fallait s'attendre à une certaine exagération de la mortalité infantile. Or, cette prévision n’a pas été seulement confirmée, mais dépassée par les résultats de l'enquête, et cela dans des proportions assurément supérieures à tout ce qu'on pouvait préjuger.

Ainsi, le dépouillement de mes notes d'hôpital me donne les résultats suivants, pour 167 cas de

grossesses coïneidant avec la syphilis ; Cas de survie de l’enfant ds Le ee SUN EE PE EE Cas de mort de l'enfant (avortements ; — accouchements prématurés; — mort-nés; — enfants morts à courte échéance après l'accouchement). . . . 145

LOL ER ER :67

145 morts sur 167 naissances, c’est-à-dire, en chiffres ronds, wn seul enfant survivant sur sept à huit naissances | Quelle proportion monstrueuse ! Quelle effroyable mortalité ! En vérité, ce serait à n'y pas croire, et je n’y croirais pas moi-même, tout le premier, si je n’avais là sous les yeux les irréfutables dossiers qui m'ont fourni les éléments de ce calcul *.

1. Îlne sera pas inutile, je crois, d'ajouter quelques commentaires à cette dernière statistique, dont les résultats vraiment effroyables demandent à être expliqués.

D'abord, je répète que la plupart des observations qui m'ont servi d'éléments pour cette statistique ont été recueillies à Lourcine, c'est-à-dire sur un public féminin spécial, composé pour une grande partie de filles prostituées, faisant métier de la débauche, adonnées à tous les excès, etc.

în second lieu, je dois faire remarquer que presque toutes les

ts L , , , NOCIVITE INTENSE DE L HEREÉDITÉ MATERNELLE. ] 17

D'ailleurs, je suis d'autant plus forcé d'y croire que je n'ai pas été seul à constater des résultats de ce genre, comme on va le voir.

3° Observant sur ce même théâtre de Loureine. M. le D' Coffin est arrivé à des chiffres bien plus lugubres encore. Ainsi, sur 28 grossesses de femmes syphilitiques, il a constaté ceci :

Enfants morts (avortements, accouchements avant terme, morts du 1° au 45° jour).. 27. C4. Ein: aunrirame.: PU ER EN 1 Cas (unique).

Un seul enfant survivant pour 28 grossesses ! Quelle proportion!

4° Un de mes anciens élèves, M. le D' Le Pileur, actuellement médecin de Saint-Lazare, a bien voulu, sur ma demande, dépouiller les registres

malades qui figurent dans cette statistique étaient des femmes affectées de syphilis secondaire plus ou moins récente. Par conséquent, elles se trouvaient dans cette période de la diathèse qui est la plus pernicieuse pour le fœtus.

Ajoutez que, pour la grande majorité, elles n'avaient suivi aucun traitement, du moins aucun traitement sérieux, avant leur entrée à l'hôpital. De plus, on sait par expérience comment se traitent les malades de Lourcine, imaginant toute espèce de ruses pour se dérober à l’action du mercure, quittant l'hôpital à peine guéries des accidents les plus visibles pour y rentrer eten sortir de nouveau, n’observant au dehors aucun régime, aucune médication, aucune hygiène, ete. De sorte que, sans crainte de trop s’éloigner de la vérité, on peut considérer la statistique précédente comme constituée par des cas de syphilis non traitées, abandonnées à leur évolution propre, et exerçant sur le produit de conception la plénitude de leur influence meurtrière.

1. Étude clinique pour servir à l'histoire de l'influence de la syphilis, du traitement mercuriel, et des ulcérations du col sur la grossesse (Thèses

de Paris, 1851).

administratifs de Loureine pour une période de dix années, et dresser la statistique de mortalité fournie par les enfants issus de mères syphilitiques. Or, ce long travail lui à fourni les résultats suivants :

1° Sur 414 grossesses, 15/4 se sont terminées soit par avortement, soit par expulsion d'enfants mortnés à divers termes de la gestation.

1° Des 260 enfants venus à terme et vivants, 141 sont morts dans un très court délai (22 seulement ont survécu plus d'un mois).

Additionnons. Cela fait bien un total de 295 morts sur 41/4 grossesses, c’est-à-dire, en chiffres ronds, presque trois morts sur quaire naissances.

Et notez encore que, parmi les enfants considérés ici comme « survivants », 1l en est très sûrement un certain nombre qui ont dû succomber au dehors, du fait seul de leur maladie‘.

5° De même encore M. Durac, observant à Toulouse, a vu, sur 43 grossesses de femmes syphilitiques, 36 se terminer d’une façon fatale pour l'enfant *.

Et de même encore pour tant d’autres statis-

1. Cela pour deux raisons : 1° parce que la syphilis héréditaire ne fait le plus souvent son invasion que quelques semaines après la naissance, c’est-à-dire À une époque où la mère et l’enfant peuvent avoir déjà quitté l'hôpital; — 2° parce que nombre des malades de Lourcine s’empressent de demander leur sortie dès qu'elles voient leur enfant dépérir, « ne voulant pas, disent-elles, qu'il meure à Lourcine », ne voulant pas en réalité que le décès dudit enfant fasse constater la présence de sa mère dans cet hôpital.

2. De l’hérédité de la syphilis (Thèses de Montpellier, 1866).

tiques de même ordre que j'aurais à citer, tendant toutes à établir que l'infection de la mère exerce où peut exercer sur l'enfant l'influence la plus active, la plus nuisible, la plus meurtrière.

IT. — Dans les cas qui précèdent, on ne s’est préoccupé que d’un point : établir la nocivité de l'influence hérédo-syphilitique maternelle par un ensemble de cas où la mère était reconnue syphilitique. Mais on n’a pas tenu compte dans ces résultats de l’état de santé du père, lequel peut être sain.

Or, en toute évidence, l’influence de lhérédité maternelle ne peut être légitimement déterminée que par des cas d’un autre ordre, à savoir des cas où la mère seule est syphilitique, le père étant indemne.

Eh bien, des cas de cet ordre existent-ils pour juger la question ? Oui, mais ils sont rares, excessivement rares. Car, pour cent ménages où lon rencontre le mari syphilitique et la femme saine, on n’en trouve guère plus d'un ou deux où la situation se présente renversée, c’est-à-dire où le mari est sain et la femme syphilitique. Cependant je me suis attaché à combler cette lacune de nos connaissances, et, à force de chercher, j'ai fini par réunir dans ma clientèle treize cas de ce genre, treize cas bien authentiques. Je ne veux pas perdre l’occasion de

vous en signaler les résultats.

Or, de ces treize ménages, où la femme seule était syphilitique (le mari étant imdubitablement exempt de syphilis), sont issues vingt-huit grossesses, qui ont abouti à ceei :

Énianté vivants. M RS RP |

Enfants morts (à courte échéance, en général)... . 15(°?)

Fausses couches... RAT 6 Pot RE. 105

Au total, done, 21 cas de mort sur 28 grossesses ; ce qui équivaut à une mortalité de 80 pour 100!

Un tel chiffre n’a pas besoin de commentaire. Jamais rien de semblable, de l’aveu unanime, ne s’observe comme résultat de linfluence hérédopaternelle. La mère seule est nocive à ce degré pour sa progéniture.

D'ailleurs, ce caractère malfaisant, malin, pernicieux, de l’hérédité maternelle ressortira mieux encore pour vous, j'en ai la conviction, du récit ou de l’analyse de quelques observations.

Une jeune femme, mariée à un homme sain et récemment accouchée d’un enfant sain, est infectée au mamelon par une nourrice qui s'était chargée de lui dégorger les mamelles distendues par un excès de lait. Elle devient enceinte quatre fois

1. Sur ces sept enfants, quatre étaient syphilitiques; — et trois sont restés sains (au moins tant que je les ai eus en observation). 2. Sur ces 15 enfants, neuf sont morts d’accidents indubitable-

ment syphilitiques, et les six autres de consomption progressive, de convulsions, etc.

Page 1