‹ Syphilis et mariageChapitre 5 sur 82 · DEUX CATÉGORIES DE CONSULTANTS · texte numérisé non relu

DEUX CATÉGORIES DE CONSULTANTS

et ce n’est qu'une question de pathologie que nous

[æ, sommes appelés à juger, et notre devoir, notre devoir absolu est de ne la juger que sur des données pathologiques, sur des données pathologiques exclusivement, sans nous laisser influencer par des considérations d'autre genre, quelles qu’elles sortent.

Mais, allez-vous me dire, pourquoi cette entrée en matière? Pourquoi cette règle de conduite posée en vedette au seuil de cet exposé? — Le voici.

En pratique, Messieurs, 11 faut voir les choses comme elles sont et prendre les hommes pour ce qu'ils sont. Or, apprenez ceci, à supposer que vous ne le sachiez déja. Parmi les nombreux clients qui viendront vous consulter sur la possibilité d’un mariage dans les conditions spéciales qui nous occupent, il en est beaucoup assurément (disons même en toute justice que c'est la grande majorité) qui se présenteront à vous avec la double intention de savoir au juste à quoi s’en tenir sur leur état, et de se soumettre à l’arrêt que vous prononcerez, quel qu'il soit, c’est-à-dire, par exemple, de renoncer à un mariage projeté au cas où vous leur interdiriez ce mariage. De ceux-ci vous n'avez pas à vous défier, car, avec eux, tout marchera correctement, tout marchera comme vous l’entendrez.

Mais il en est d’autres aussi d’un genre tout différent, qu'il me reste à vous faire connaitre. Ces derniers, plus nombreux que vous ne sauriez le

supposer à priori, ne viendront à vous qu'avec la volonté bien arrêtée de n’en faire qu'à leur tête, quoi que vous puissiez leur dire, à savoir, par exemple de se marier quand même, envers et contre toutes vos interdictions. À l'avance, leur siège est fait; à l'avance, leur parti est pris et bien pris ; ils ont résolu de se marier avant même d’avoir franchi votre seuil‘.

1. J'ai déjà vu nombre de sujets syphilitiques se marier envers et contre toutes les prohibitions médicales.

On ne saurait même se faire une idée de l'indifférence dédaigneuse que professent certaines gens à l’égard des consultations médicales concernant le sujet qui nous occupe. Qu on en juge par le cas suivant, qui trouvera utilement sa place ici, je crois.

Un de nos plus savants et estimables confrères, le D' B..., est consulté par un jeune homme, fils d’une famille amie, pour des accidents de syphilis secondaire, consécutifs à une contagion récente, Sachant, d’autre part, qu’il est actuellement question d’un mariage pour ce jeune homme, il s’empresse d'ajouter à sa prescription une longue morale sur les dangers de la syphilis par rapport au mariage, et essaye d’obtenir de son client une renonciation formelle à tout projet matrimonial. Pour plus de sûreté et dans une intention exclusivement affectueuse, 1l va même trouver la mère de ce jeune homme ; il lui révèle la maladie de son fils et lui expose la situation déplorable qui pourrait résulter d’un mariage en semblables conditions. Il la quitte pleinement convaincue, en apparence tout au moins.

Comme réponse, il reçoit quelques semaines plus tard une lettre de faire part, lui annonçant le mariage du jeune homme, avec invitation à toute la cérémonie, soirée de contrat, messe, dîner, etc.

Inutile de dire l’accueil fait par notre confrère à cette ironique missive,

Mais l’expiation ne pouvait se faire longtemps attendre, et elle fut dure, comme vous allez le voir.

Trois mois plus tard, le jeune couple se présente chez le D' B..., sous prétexte de « visite de noces ». Après les politesses d'usage, le mari change tout à coup la conversation et réclame quelques conseils médicaux pour sa femme, qui, d’abord, présente les pre-

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