DEUX CATÉGORIES DE CONSULTANTS. FL
Que viennent-ils done faire chez vous, ces singuliers consultants? Sinon vous tendre un piège, tout au moins {enter une chance pour obtenir de vous un consentement, un acquiescement à leurs projets. Ce consentement, en effet, les soulagerait fort vis-à-vis de leur conscience, vis-à-vis d’euxmêmes; sans compter encore qu'au cas où les choses viendraient à « mal tourner », il leur servi-
miers symptômes d’une grossesse et qui, de plus, porte à la lèvre, depuis quelques semaines, un « léger bouton ».
Or, examen fait, ce « léger bouton » n’était rien autre qu’un chancre syphilitique, chancre manifestement transmis à la jeune femme par son mari, lequel n’avait pas cessé depuis quelques mois d’être affecté de syphilides buccales et en était encore affecté actuellement,
Il est presque superflu d’ajouter que ce chancre fut suivi d’aceidents de syphilis constitutionnelle.
En outre, huit mois plus tard, la jeune femme accouchait d’un enfant chétif, petiot, malingre, qui se couvrit bientôt de syphilides et ne tarda pas à succomber.
Autre exemple du même genre :
Un jeune homme contracte la syphilis et vient réclamer mes soins à ce propos. Quelques mois plus tard, encore affecté d’accidents secondaires, il m'annonce qu’il se trouve engagé « presque malgré lui» dans un mariage, lequel même doit être très prochain. J'insiste énergiquement près de lui pour le faire renoncer à un tel projet; je lui dépeins les dangers auxquels il va s’exposer, lui et sa future famille ; j'essaye de le convaincre de l’immoralité, de la culpabilité d’un tel acte, ete. — Néanmoins il se marie, et je ne le revois plus d’un certain temps.
Quelques mois plus tard il accourt chez moi dans un véritable état d’affolement et de désolation. Il a contagionné sa femme, me dit-il, et il vient me demander mes soins pour elle. Je trouve en effet cette jeune femme en plein état de syphilis. Je prescris un traitement, une hygiène, etc., et surtout je recommande expressément au mari d'éviter à tout prix, en pareille situation, la possibilité d'une grossesse. Je lui explique surabondamment qu’une
rait d’excuse, de décharge, d’absolution, et cela à vos dépens, bien entendu.
Or, pour en venir à leurs fins, pour forcer vos convictions, les prétendus consultants de cette dernière catégorie ne manquent jamais de déserter presque aussitôt les questions médicales pour vous entrainer à leur suite dans des considérations d’un genre tout différent. Ils ont cent raisons à leur service pour plaider leur cause et vous amener à partager leur sentiment.
Celui-ci, par exemple, « aura donné sa parole » ; « c'est fini, bien fin1; il est engagé, engagé formellement, et vous ne sauriez le contraindre à revenir sur la foi jurée ».
grossesse serait un second désastre, car elle ne pourrait qu'aboutir, suivant toutes probabilités, soit à un avortement, soit à la naissance d’un enfant syphilitique.
Néanmoins, deux mois plus tard, la jeune femme devient enceinte. — Je la traite alors avec d’autant plus d’énergie, et j'ai le bonheur d'éviter l'avortement. — Puis, lorsque je crois être sûr d'obtenir un accouchement à terme, j’énonce l’obligation formelle, absolue, pour la mère d’allaiter son enfant. « Du moins, dis-je au mari, faites en sorte d’éviter un troisième malheur. Gardez-vous de confier votre enfant à une nourrice, car il est presque probable que cette nourrice recevrait de lui la vérole. » M. Ricord, consulté à ce propos, confirme les craintes exprimées par moi et insiste énergiquement sur l’absolue nécessité de l'allaitement par la mère.
Quelques mois s’écoulent sans que je revoie cette famille. Puis, un jour reparaît le père, m'amenant: 1° son enfant que je trouve couvert de syphilides, et 2° une nourrice à laquelle cet enfant avait été confié! Ainsi que je l'avais bien prévu, cette nourrice avait été contagionnée et portait sur l’un des mamelons un chancre induré des plus typiques.
En résumé, done, triple transgression des avis médicaux, et triple désastre, à savoir : infection d’une jeune mariée; — naissance d’un enfant syphilitique; — et contamination d’une nourrice.