DANGERS DE LA SITUATION
ordonnance chronologique des accidents, n’en aboutissent pas moins à une situation exactement identique, à savoir :
1° Les cas (ceux-ci très nombreux) où un homme marié prend la syphilis après son mariage dans une aventure ou plutôt dans une mésaventure extraconjugale ;
2° Les cas infiniment rares, véritablement exceptionnels, où la syphilis éclate sur un homme tout récemment marié, du fait d’une contagion ayant précédé de quelques jours le mariage”.
Et, en effet, quelle que soit l’origine chronologique de la syphilis, que la contagion ait été anté- ‘rieure où postérieure au mariage, la situation, je le répète, est absolument la même dans ces divers cas. Toujours, en effet, nous retrouvons la même scène et les mêmes personnages, à savoir : d’une part, une femme saine, et, d'autre part, un mari syphilitique.
Dans ces conditions, que va-t-il se produire ?
Ce qui va se produire, c’est, tout d’abord, que ce mari, dès la première invasion d’un phénomène suspect, se précipitera dans le cabinet d’un médecin et, anxieux, affolé, lui tiendra ce langage (que je reproduis d’après nature, pour l'avoir entendu bien souvent) : « Docteur, sauvez-moi. Me voici, je crois,
1. C’est là un ordre de cas tout particuliers sur lesquels j'ai assez insisté précédemment (V. p. 150) pour n'avoir plus besoin d'y revenir. — Cf. Pièces justificatives, note V.
avec des accidents de syphilis. Or, Je suis marié. Jugez done un peu la situation, si J'allus donner la vérole à ma femme, si j'allais avoir des enfants syphilitiques ! Tirez-moti de là, je vous en supplie, et dites-moi bien tout ce que j'aurai à faire pour me tenir en garde contre de tels dangers. »
Consultés dans ces conditions (et vous le serez souvent, je vous le prédis, je vous l’affirme), qu'aurez-vous à répondre ?
D’après moi, votre rôle médical est tout tracé; et, si vous voulez m'en croire, votre réponse sera la suivante :
« Monsieur, je vois trois ordres de dangers dans la situation pour laquelle vous me faites l'honneur de solliciter mes conseils, à savoir :
« 1° Vos dangers personnels, c’est-à-dire ceux qui résultent pour vous-même de votre maladie ;
« 2° Un danger de contagion pour votre femme ;
« 3° Un danger d’hérédité pour vos futurs enfants.
« Or, ces trois ordres de dangers, non-seulement il nous faut y parer, mais encore il faut nous préoceuper de fous — de tous, vous m entendez bien — dans une égale mesure; car vous seriez coupable et je serais coupable avec vous, si nous ne visions que
‘votre sécurité propre, sans prendre souci de votre femme et de vos enfants. En conséquence, c’est une triple consultation que je vais avoir à vous donner.
« Et d’abord, allons au plus pressé. Parlons de vous. Ce sera là mon premier point. »