‹ Syphilis et mariageChapitre 55 sur 82 · TRAITEMENT DU MARI · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU MARI

qu'on prescrit le plus usuellement est une médication douce, ménagée, contenue, qu'on s'efforce de rendre le plus tolérable possible, pour ne pas fatiguer ou dégoüter les malades. On va lentement, patiemment, parce qu'on à du temps devant soi ; on procède avec mesure, avec modération, quitte même à laisser la diathèse reprendre le dessus de temps à autre par quelque explosion temporaire.

Mais, dans les conditions spéciales qui nous occupent, le cas est différent. IT y a urgence, ici, à conjurer des dangers imminents de contagion. Dans ce but, l'indication est d'aller vite et de frapper fort, si je puis parler ainsi; et cela pour imposer silence à des manifestations imminentes, manifestations périlleuses (rappelons-nous-le bien), non pour le malade, mais pour sa femme qu'il s’agit de protéger.

Done, au lieu de Ia médication usuelle, au lieu des cinq centigrammes traditionnels de proto-1odure comme dose quotidienne, je crois qu'il y à indication expresse en l'espèce à instituer d'emblée un traitement énergiquement répressif; je crois qu'il y a lieu d’agir en pareil cas comme on agit alors qu'on se trouve en présence d'accidents spécifiques graves qu'il importe d’enrayer promptement. En un mot, je suis ici pour un traitement 2ntenstf, sans toutefois, bien entendu, dépasser une mesure rationnelle et sans courir le risque, pour vouloir faire trop bien et aller trop vite, d’être forcé de battre en retraite, c’est-à-dire de suspendre la médication.

Dans cette intention, prescrivez done de prime abord de bonnes doses mercurielles. Dix centigrammes de proto-iodure, deux à trois centiorammes de sublimé, quotidiennement, ne constitueront pas une moyenne excessive, au moins en sénéral et réserve faite pour la tolérance individuelle, avee laquelle il faut toujours compter. Souvent même il ne sera pas inopportun soit d'élever ces doses, soit d'associer l’iodure au mercure, pour activer encore la médication. — Poursuivez ce traitement deux mois environ. — Au dela, cessez-le quelques semaines, en vue d'éviter les effets d’accoutumance. — Puis, reprenez-le dans les mêmes conditions, pour le même temps, et ainsi de suite”.

En procédant de la sorte, vous parviendrez souvent, Sinon toujours, à supprimer tout ou partie des manifestations secondaires; vous parviendrez notamment — et c’est là le but que vous visez — à diminuer de nombre et d'intensité, voire peut-

ètre à conjurer complètement ces poussées éruptives du tégument muqueux qui, sous le nom de plaques muqueuses, sont si redoutables au point de vue de

1. Je ne parle pas ici des frictions mercurielles, et pour cause. Les frictions, à coup sûr, constituent un excellent mode de traitement et pourraient être fort utiles en l'espèce. Mais, en l'espèce aussi, elles sont presque toujours inapplicables, car il faut tenir compte des exigences du cas particulier. Comment un jeune mari accepterait-il l'obligation de se pommader et de s’empaqueter le corps chaque soir, pour se présenter dans cet attirail au lit conjugal? Une telle médication se prêterait peu à laisser ignoré ce que le malade désire le plus dissimuler.

TRAITEMENT DU MARI. ep)

Len!

la contagion et constituent la source commune, la source banale des contaminations dans le mariage.

Sans doute, ce traitement à outrance ne sera pas toujours du goût de votre malade. Sans doute il offrira quelques risques d’offenser soit la bouche, soit les fonctions digestives. Mais avec une surveillance attentive, avec de la modération et de la circonspection dans la vigueur, vous arriverez presque toujours à faire accepter et tolérer ce mode de médication *.

Comme exemple du genre, je vous citerai le cas d’un malade que j'ai traité de la sorte il y a quelques années, à propos d'une syphilis éelose le dixième jour de son mariage. Ce jeune homme (dont l’histoire est exactement identique comme particularité de début avec l’une de nos observations précédentes), ce jeune homme, dis-je, une quinzaine avant ses noces et à la suite de la cérémonie traditionnelle qu'on appelle « enterrement de la vie de garçon », s'était laissé entrainer à passer la nuit avec une ancienne maitresse « dont il se croyait sûr », comme d'usage. Il gagna ainsi la vérole, qui, après une incubation de vingt-cinq jours, se révéla sur lui par un chancre du gland.

1. Je ne dis pas, bien entendu, qu'un traitement de ce genre pourra être appliqué dans tous les cas, mais je dis — ce qui est tout différent — que, dans les cas où il pourra étre appliqué, il devra être institué de la sorte et sur de telles bases. Il constitue, en effet, le plus sûr moyen de conjurer les manifestations contagieuses de ‘la période secondaire.

Fournier. — Syphilis et mariage. 16

La situation était donc des plus critiques. Je mis en pratique la méthode intensive dont il vient d’être question, et j'ai la satisfaction de dire qu'elle fut couronnée d’un plein succès. La période secondaire resta presque muette; tout risque de contagion fut conjuré ; tout fut sauvé, « même jusqu'aux apparences », suivant l'expression de mon malade.

Et ce ne fut pas sans peine, cependant, que je parvins à lui faire accepter ce traitement sévère. Maintes fois 1l se révolta contre mes prescriptions, contre ce qu'il appelait « mon traitement de cheval » et ce que je qualifiais, moi, du terme plus exact de « traitement à l’usage des maris qui ne veulent pas contagionner leur femme ».

IT. — Voilà un premier point réglé dans la situation qui nous occupe. Abordons actuellement le second, qui a trait aux dangers de contagion encourus par la femme.

Ces dangers, vous les connaissez par ce qui précède. Ils sont de deux ordres :

1° Dangers d’une contamination directe, transmise par un accident contagieux du mari;

2° Dangers d’une contamination indirecte, résultant d’une grossesse (syphilis par conception).

Or, ce dont il s’agit, c’est de préserver la jeune femme de ces deux périls. Dans ee but, qu’allonsnous faire ?

En ce qui regarde les dangers de contagion

Page 1