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DANGERS POUVANT RÉSULTER D'UNE GROSSESSE

D'un malheur en ce qui concerne la mère, exposée à recevoir la syphilis de son enfant;

D'un malheur en ce qui concerne l'enfant, soumis à tous les risques de l'hérédité syphilitique.

Or, cette double conséquence, c’est à vous que revient le devoir de la prévenir.

Il est à croire que votre client n’a pas notion ou ne se rend qu'un compte très incomplet des résultats néfastes qui pourraient succéder à une grossesse survenant dans ces conditions. C’est done à vous de l’éclairer à ce sujet, et de l’éclairer in extenso, de facon « à ce qu'il n’en ignore », comme disent les gens de justice, et à ce qu'il règle sa conduite en pleine connaissance de cause, dûment édifié sur la situation.

Conséquemment, pour remplir cette dernière indication, vous continuerez de la sorte, si vous m'en croyez, votre discours en trois points :

« Et surtout, monsieur, dans les conditions actuelles, pas d'enfant! Gardez-vous d’une grossesse ; évitez à tout prix que votre femme devienne enceinte!

« Car, d’une part, l'enfant qu'elle recevrait de vous pourrait soit hériter de votre maladie, soit plutôt encore mourir avant de naïître ; — et, d'autre part, 11 serait possible que votre femme fût infectée par son enfant, c’est-à-dire reçüt de cet enfant la vérole dont il aurait hérité de vous.

« Done, vous m'entendez bien, vous me comprenez bien, arrangez-vous pour n'avoir pas d'enfant.»

Et libre à vous, alors, Messieurs, d’insister au besoin et d'ajouter un complément d'instructions, si vous le jugez nécessaire d’après l'attitude de votre client; libre à vous, comme l’a spirituellement dit M. Diday, de « vous faire professeur jusqu’au bout, professeur toujours décent, mais suffisamment clair. » |

Telle est, Messieurs, la première des situations diverses que crée l'introduction de la syphilis dans le mariage.

Quoique complexe et délicate en plus d’un point, celle-ci, cependant, est de toutes la plus simple, relativement aux indications médicales qu’elle comporte.

Attendons-nous, pour celles qui vont suivre, à des difficultés bien autrement sérieuses.

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Un second ordre de cas se présente de la façon suivante :

Un homme récemment marié vient d’être repris d'accidents spécifiques, dérivant d’une syphilis incomplètement traitée pendant sa vie de garçon. Sa femme est restée indemne, mais elle est ENCEINTE. Et, justement effrayé, cet homme vient requérir vos conseils, en vous posant cette double question :

« 1° Que dois-je faire pour moi ?

« 2° Y a-t-1l quelque chose à faire pour ma femme et pour l'enfant dont elle est enceinte actuellement ? »

Situation bien autrement complexe que celle dont l'étude précède, puisqu'elle comporte toutes les difficultés de la première, avee la complication grave d’une grossesse”.

Quelle devra être en pareil cas la conduite du

médecin ?

1. — En ce qui concerne le mart, nul embarras. Notre rôle est exactement ce qu'il était dans le premier Cas que nous venons d'étudier, et nous n'avons pas autre chose à faire que ceci : prescrire au dit mari un traitement approprié à la qualité de ses accidents actuels; — le tenir en garde, par des avis dûment et minutieusement motivés, contre la possibilité d’une contagion, au cas heureux où cette contagion ne se serait pas exercée déja par l’intermédiaire du fœtus; — lui faire bien comprendre qu'une contagion aurait en l’espèce des résultats double-

1. Il est évident qu’on peut rapprocher de cette situation celle où un homme syphilitique, mais n'ayant pas d'accidents actuels, vient poser au médecin la même question : « Y a-t-il, en raison de mes antécédents, quelque chose à faire pour ma femme, actuellement enceinte? » Entre ces deux situations il n’est qu’une différence, celle des accidents de retour apparus chez le mari, dans le premier ordre de cas. Encore cette différence s’atténue-t-elle si, dans les cas du second ordre, la syphilis du mari, bien qu’actuellement silencieuse, est de date assez récente ou n’a subi qu'un traitement insuffisant,

De sorte que ces deux situations peuvent être envisagées collecti- .vement, les indications relatives à l’une se trouvant, sinon toujours, au moins assez souvent applicables à l’autre.

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ment néfastes, puisqu'une femme et un enfant s’y trouveraient intéressés à la fois *.

11. — Mais c'est en ce qui concerne la femme et l'enfant que de véritables difficultés pratiques vont ici se présenter à nous. Il est évident, en elfet, que dans cette occurrence particulière, {a femme et l'enfant sont à la fois et presque également menacés.

Engprenmiermlieu @cettehicunemnerenRpettbaerre contaminée par son enfant, lequel est issu d’un père syphilitique et d’un père dont la syphilis est même encore assez vivace pour s’attester par des accidents actuels.

Done, pour la mère, danger de syphilis par conceplion.

Puis, d’autre part, ledit enfant est exposé, de par hérédité paternelle, soit à naître syphilitique, soit surtout (ce qui est le cas bien autrement fré-

1. Relativement à ce dernier point, j'ai cru inutile de rappeler ce qui est de notion vulgaire, c’est-à-dire qu’une contagion transmise au cours d’une grossesse comporte deux ordres de dangers, a SAVOIT :

19 Dangers relatifs à la mère. Ceux-ci ne sont que trop évidents.

20 Dangers relatifs à l'enfant. 11 se peut en effet que l'invasion de la syphilis au cours d’une grossesse détermine soit un avortement, soit un accouchement prématuré. Et il se peut aussi que l'infection de la mère se transmette au fœtus avec toutes les conséquences si graves d’une diathèse congénitale.

Les faits de ce genre sont si communs qu'il suffira, je pense, d’en énoncer l’éventualité possible, sans apporter de nouvelles preuves à l'appui. Plusieurs exemples, d’ailleurs, en seront fournis incidemment par une statistique qui trouvera place à la fin de ce volume. (V. Pièces Justificatives, note IV.)

quent, comme vous le savez,) à mourir avant de naitre.

Or, une question vraiment palpitante d'intérêt se présente ici. C'est la suivante : N'y aurait-il pas possibilité de parer à ces éventualités éminemment graves en prenant les devants, c’est-à-dire en administrant par prévision le traitement spécifique à la mère ? Et, en effet, l'influence atténuante et corrective d’un traitement de cet ordre n'est-elle pas démontrée pour des faits sinon identiques, au moins analogues? N’avons-nous pas vu, par exemple, l'administration opportune de la médieation antisyphilitique à un mari syphilitique couper court à une série d’avortements dérivant d’une influence hérédo-paternelle et permettre à des grossesses ultérieures arriver à bon terme? D'après cela, lintervention préventive ne trouverait-elle pas, dans le cas particulier que nous avons en vue, une 1ndication pour le moins rationnelle, indication doublement bienfaisante en ce qu’elle sauvegarderait à la fois la santé de la mère et celle de l’enfant ? Certainement oui.

Mais, d’un autre côté, sommes-nous bien autorisés à tenter cette intervention préventive? Que savons-nous de certain sur l’état de lenfant, état d’où dérivent nos craintes pour la mère? Sans doute, cet enfant court des risques héréditaires de par l'infection paternelle, cela est incontestable, Cependant, ainsi que nous l'avons établi précédemment, l’hérédité syphilitique n’a rien de fatal, alors

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surtout qu'elle dérive du père. Il se peut done que l'enfant n’ait rien reçu de son père; et, dans ce cas, la mère n’a rien à craindre de l'enfant. Il se peut donc, en définitive, que notre intervention soit sans obyet. |

Dans cette incertitude, que faire ? Faut-il se résoudre quand même à un traitement peut-être dirigé contre des dangers 1llusoires? Ou bien faut-il s’en tenir à l’expectation et « courir la chance », comme on dit vulgairement ?

Question grave comme résultats; et question malheureusement indéeise encore, dans l’état actuel de la science.

Vainement, en effet, vous interrogeriez vos livres à ce sujet; vainement vous y chercheriez une solution précise, catégorique. Dans a plupart de nos traités classiques, le problème ne se trouve même pas signalé.

Et, si vous interrogiez, comme je lai fait, lopinion publique, vous la trouveriez singulièrement hésitante à ce sujet. J'ai tenté lexpérience pour ma part. J’ai institué une sorte d’enquête sur la matière, en consultant une foule de médecins, et je suis arrivé à ce résultat : que certains de nos confrères se prononeent résolüment en pareil cas pour l'opportunité d'un traitement préventif, — que d’autres répugnent à cette pratique; — que la plupart n’ont pas d'opinion faite, et restent indécis, flottants entre les deux partis contraires.

? e \ . 0 J'ai tenu à avoir, pour vous la communiquer,

l'opinion d’un maitre illustre, de l'homme qui, à coup sûr, s’est trouvé le plus souvent aux prises avec les difficultés de ce genre, et dont la vaste expérience est toujours si précieuse à consulter. Je suis done allé, ces derniers temps, m'entretenir avec M. Ricord de ce sujet spécial, et je l'ai trouvé, lui aussi, hésitant, incertain. « Il me serait impossible, m'a-t-1l répondu en substance, de donner une solution catégorique à la question que vous me posez et qui ma vivement préoceupé de vieille date. Toutefois, d'après ce que j'ai vu, j'ai été conduit à croire qu'en somme le parti de l’abstention, de l’expectation, est ce qu'il y a de plus sage en l'espèce... Quel que soit mon désir de sauver une situation compromise, je répugne à agir au hasard, à tenter une campagne d'aventure. Je répugne à soumettre au traitement mercuriel une jeune femme qui n'a rien de syvphilitique quant à présent, qui peut bien, elle et son enfant, avoir échappé à la vérole, et qu'un traitement d’ailleurs ne sauverait peut-être pas de la vérole, si elle avait à la recevoir... Je ne condamne pas cependant, je n'ai pas le droit de condamner le parti contraire, qui à pour base une intention certainement rationnelle non moins qu'une prévoyance salutaire... C’est à Fexpérience à décider. Mais, quant à présent, j'avoue que mes préférences sont pour la doctrine expectante; et, si un cas de ce genre s’offrait à moi aujourd'hui, je me tiendrais sur la réserve, plutôt que d'agir dans le vague et de tirer au jugé. »

Fournier. — Syphilis et mariage. 17

En définitive, Messieurs, la question reste indéeise, tout au moins pour la grande majorité de nos confrères. Ce n’est pas qu'elle soit nouvelle cependant; mais elle est tellement délicate, tellement difficile, qu'il n’y a vraiment pas lieu de s'étonner de l'absence d’une solution catégorique à lui donner. Voyez, en effet, comment les observations eliniques, qui seules pourraient juger le débat en dernier ressort, restent HAS Ici d'interprétations opposées.

L'hérédité paternelle n’a rien de fatal, ainsi que je vous lai dit plusieurs fois. De sorte que les enfants issus de pères syphilitiques tantôt naissent vivants et sains, tantôt meurent {x utero, où naissent svphilitiques. De même, tantôt ils laissent leurs mères indemnes, et tantôt ils réagissent sur elles en leur communiquant la svphilis.

Or, supposez que, dans un cas du genre de ceux qui nous occupent, nous fassions intervenir le traitement. La femme accouche à terme d’un enfant sain, qui reste sain. Serons-nous autorisés à nous féliciter de notre intervention, e’est-à-dire à faire honneur au traitement de cet heureux résultat? Mais tout aussitôt SUrgIrA quelque partisan de l'expectation pour nous répondre que « sans le traitement les choses se fussent exactement passées de même », et ledit confrère ne laissera pas d'invoquer à l'appui de son opinion un certain nombre de faits des plus authentiques.

Pour juger la question en dernière analyse, il fau-

drait disposer ;d’un nombre considérable d’observations et de bonnes observations de ce genre, permettant de mettre en parallèle, sur une très large échelle, les résultats de lintervention thérapeutique et ceux de lexpectation. Alors, devant les chiffres imposants et démonstratifs d’une telle staustique, chacun serait forcé de $s’ineliner. Malheureusement, une statistique de cette importance nous fait encore défaut. |

Quant à moi, je n'éprouve aucun embarras pour avouer que j'ai longtemps flotté d’une opinion à l’autre, en cherchant mes inspirations dans les données de la clinique, mais que l'expérience m'a rapproché et tend à me rapprocher de plus en plus du parti de l'intervention, j'entends de lintervention rationnelle et motivée.

Au surplus, je vous dois des explications à ce propos. La question est majeure, pratique au plus haut sens du mot. Done, je n'ai pas à craindre de vous y arrêter, pour vous dire ce que j'en ai appris par apprentissage personnel et préciser les indications qui, à mon sens, doivent diriger en pareil eas la conduite du médecin.

Tout d’abord, je suis absolument de Pavis de M. Ricord sur un point préalable. C’est qu'en lespèce «l n'est pas de loi générale à formuler. W n'est pas possible, il n’est permis à personne, je crois, de se prononcer pour ou contre l’expectation, pour ou contre l'intervention. Une solution wrnique ne peut

être donnée à la question, car cette solution ne saurait s'appliquer à tous les cas. Loin de généraliser, il faut tout au contraire particulariser dans les situations de ce genre, en s’efforcant de satisfaire aux conditions et aux indications de chaque cas individuel. Iei, l’abstention devra être la règle; . alleurs, au contraire, l'intervention sera de rigueur.

Cela posé en principe, je ferai immédiatement ma profession de foi en faveur de l’intervention, non pas, bien entendu, de l'intervention quand méme, mais, comme je vous le disais à l'instant, de l’intervention rationnelle et motivée. D'après ce que j'ai vu, comme aussi d’après les témoignages de nombre de nos confrères en accouchements que je me suis plu bien souvent à interroger sur ce point, je crois ceci: que l'intervention préventive peut être plus utile qu'on ne le suppose généralement; — qu'elle doit être érigée en ligne de conduite toutes les fois qu'elle se trouve motivée par quelque considération sérieuse; — qu'elle est formellement indiquée en certains cas.

Mais, encore une fois, il n’est rien d’absolu en l'espèce, et la conduite à tenir reste et doit toujours rester soumise aux indications. Je précise.

Ainsi, tout d’abord, je trouve une indication et une Indication formelle, impérative, à l'intervention dans la cireonstance rétrospective de plusieurs grossesses antérieures qui se sont terminées d’une facon malheureuse, c’est-à-dire soit par avortement ou ac-

couchement prématuré, soit par naissance d'enfants chétifs et étiolés qui se sont rapidement éteints, soit par naissance d'enfants dûment svphilitiques. Exemple. Vous êtes mandés, je suppose, dans une famille où vous trouvez un mari syphilitique et une femme enceinte, indemne de syphilis. Enquête ouverte sur les grossesses antérieures, vous apprenez que cette femme à fait une, deux, trois fausses couches, et cela sans cause; — ou bien qu'elle à amené à terme un, deux, trois enfants qui sont morts en bas âge, et morts sans maladie particulière, par débilité native, épuisement, consomption, ete. ; — ou bien encore qu'un ou deux de ces enfants ont présenté des manifestations suspectes ou même formellement spécifiques. Dans ces conditions et avee des ecommémoratifs de eet ordre, allez-vous rester inactifs? Non, bien évidemment. Non, car, d’une part, vous savez, de par l’expérience du passé, ce à quoi aboutirait où risquerait d'aboutir l’expectation. Si cette femme à déja avorté deux ou trois fois sous l'influence de la syphilis de son mari. il n’est que trop à craindre ou bien qu'elle avorte une quatrième fois ou bien que son enfant soit d’une facon quelconque entaché de la tare syphilitique. Non encore, d’autre part, car vous disposez d’un traitement qui, s'adressant à la cause même de ces fausses couches, peut atténuer et neutraliser cette cause, ainsi que le démontre l'observation clinique”.

1. Je ne puis surcharger ce livre d'observations particulières en vue de légitimer chacune des nombreuses propositions que com-

Quelle raison, d’ailleurs, auriez-vous à invoquer pour ne pas user de cette ressource? N°y aurait-il là qu’une chance à courir, au lieu d’une probabilité de succès, vous n’avez pas le droit de n’en pas faire bénéficier cette femme et cet enfant.

Done, en pareil cas, l’intervention préventive est un véritable devoir professionnel. Nous serions coupables (le mot, me semble-t-il, na rien d’exaoéré) de nous dérober à cette Indication péremptoire.

Au reste, accord se fait, si même il n’est réalisé déjà, sur ce point. Et l'on peut poser comme acquise, définitivement acquise à la pratique, la règle de conduite que voici :

Alors que l'influence hérédo-syphilitique du mart S'est attestée sur une ou plusieurs grossesses

porte un aussi vaste sujet. Cependant le point en question ici est d'importance telle que je n’hésite pas à lui donner comme confirmation l'exposé de quelques faits dont je dispose. A titre de spécimens je citerai les deux suivants.

L — Mon collègue et ami le docteur Ribemont-Dessaignes est consulté par un jeune ménage dans les conditions que. voici : Le mari a été affecté de syphilis il y a une dizaine d'années; et cette syphilis, il l’a fort négligée, il ne l’a traitée que deux mois au début; — la jeune femme est déjà devenue enceinte trois fois, et, bien que vigoureusement constituée, jouissant d’une excellente santé ct restée indemne de toute contamination spécifique ; elle n’a pu mener ses grossesses à terme. — Derechef elle est enceinte depuis quelques semaines.

Après long examen, M. Ribemont-Dessaignes ne trouve d'autre explication à ces trois fausses couches que la syphilis du mari. — En conséquence, ii prescrit un traitement spécifique à la jeune femme. Ce traitement, constitué par l'administration alterne des pilules de proto-iodure et du sirop de Gibert, est continué rigoureusement toute la durée de la grossesse.

Résultat : Accouchement à terme d’un bel enfant qui est àgé

par tel ou tel des résultats nocifs qui lui sont habituels, il y a indication absolue, au cours d'une nouvelle grossesse, à prevenir un nouveau malheur par le traitement préventif de la mère.

I y a plus même. Pour certains médecins (et je suis du nombre), le traitement préventif de la mère devrait être également institué alors que la syphilis du père, au lieu d'être connue et de constituer un commémoratif certain, reste seulement à l’état de suspicion. Je m'explique.

Bien souvent, pour une raison ou pour une autre, on ne sait à quoi s’en tenir sur la syphilis du père,

aujourd’hui de deux ans et demi, qui est très bien portant, et qui n’a jamais présenté le moindre accident de syphilis.

IT. — Un jeune homme contracte la syphilis en 1881. Je le traite pendant cinq mois, puis ne le revois plus. — En 1883, il se marie. — Une première grossesse amène un enfant qui succombe à neuf Jours « par faiblesse congénitale ». — Une seconde donne un enfant qui, dès la cinquième semaine, est criblé de syphilides. puis dépérit, tombe dans le marasme et meurt. — Désolé, le mari revient alors à moi, m'amenant sa jeune femme qui commence une troisième grossesse. J’examine cette femme, que je trouve, d’une part, absolument indemne de tout accident syphilitique, voire de tout commémoratif suspect, et, d’autre part, bien portante, bien constituée, exempte de toute lésion utérine, etc. — J’institue pour elle un traitement spécifique qui, continué religieusement pendant tout le cours de la grossesse, a consisté en ceci: proto-iodure de mercure, à la dose de 25 milligr. par jour, alterné avec iodure de

vin de quinquina; de temps à

potassium (1 à » grammes par jour);

autre, sirop ferrugineux, etc.

Résultat : Accouchement à terme d’un bel enfant, absolument sain. — Cet enfant, qui a aujourd’hui quatre à cinq ans, est tou- Jours resté indemne de tout accident syphilitique.

Et de même pour nombre d’autres faits identiques que j'aurais à produire.

qui est absent, éloigné, qui se dérobe à l'examen, ou qui, même présent, ne fournit sur ses antécédents spéciaux que des renseignements des plus incertains. Et la femme est là, enceinte, avec des antécédents de plusieurs fausses couches non motivées. Dans ces conditions (qui sont si communes à l’hôpital, qui, même à lhôpital, constituent la règle), faut-il intervenir ou non? Depaul n’hésitait pas en pareil cas, et je lui ai entendu dire plus d’une fois ceci : « qu'après une série de fausses couches auxquelles on n’a pu trouver de cause, le médecin est autorisé à prescrire empiriquement la médication spécifique, médication d’ailleurs inoffensive quand elle tombe à faux, pourvu qu'elle soit prudemment instituée. » Eh bien, cette pratique de Depaul est rationnelle et légitime. Elle a été acceptée par nombre d’accoucheurs contemporains, tels que MM. Pinard, Budin, Porak, etc. Elle a fourni de bons résultats. Pour ma part, je m'y rallie absolument.

Voilà done tout un ordre de situations où l’intervention est de règle.

Inversement, laissez-moi tout aussitôt vous en citer un autre où l'intervention serait aussi déplacée que possible.

Dans un ménage composé d’un père syphilitique et d’une mère saine, déjà une ou plusieurs grossesses ont abouti à une terminaison heureuse. Une nouvelle grossesse vient de se produire, et c’est à son propos, Je suppose, que l’on vous consulte. Eh

bien, qui songerait en pareil cas à conseiller un traitement spécifique pour la mère? Le passé répond ici presque sûrement de l'avenir. Puisque l’hérédité syphilitique ne s’est pas exercée sur la grossesse ou les grossesses précédentes, 1l est plus que probable, il est presque certain qu'elle restera également inoffensive vis-à-vis de l'enfant actuel. Done, rien à faire en telle occurrence, c’est évident.

Jusqu'ici, rien que de très simple. Mais voici maintenant les embarras et les difficultés qui vont apparaitre avec les situations suivantes.

La femme d’un sujet syphilitique est enceinte pour la première fois, et rien sur elle n’atteste la syphilis. C’est, par exemple, une Jeune mariée qui commence à ressentir d'une façon non équivoque les premiers phénomènes d’une grossesse; et le mari, auquel ses antécédents personnels sont revenusen souvenir à propos de sa paternité prochaine, vous à mande sous prétexte de vous présenter à madame comme son futur médecin, en réalité pour vous poser la question de rigueur : «Est-il quelque chose à craindre pour ma femme et mon enfant, en raison de mon ancienne syphilis ? Est-1l quelque chose à faire pour prévenir tout malheur pouvant dériver de moi? »

Or, vous devinez l'embarras. Dans l'ordre des cas qui précèdent nous avions une boussole à consulter pour régler notre conduite, à savoir les résultats des couches antérieures. Mais, dans le eas

actuel, plus rien! Il s'agit d’une première grossesse. C’est l'inconnu. Sur quels mobiles prendre une détermination ?

Eh bien, iei encore 1l convient, je crois, de ne pas envisager la question d’une façon générale, de ne pas se décider sur des principes généraux. Ce qu'il faut, tout au contraire, ce qui est bien plus rationnel et plus médical, c’est de particulariser, c’est d'examiner chaque cas individuellement, chaque cas pour son compte, passez-moi le mot, et de chercher dans les circonstances qui lui sont propres les motifs, les indications à agir où à ne pas agir.

Où trouver ces indications? Exclusivement, cela va sans dire, dans les conditions de la syphilis du mari, conditions telles que les suivantes : Quel est l’âge de cette syphilis, et à quelle époque remontet-elle comme origine par rapport à la procréation ; — de quand datent ses dernières manifestations ; — quelle à été cette syphilis comme qualité d'accidents, comme fréquence de récidives, comme intensité, comme évolution et allure générale; — et surtout, quel en a été le traitement, comme remèdes, comme intensité thérapeutique, comme durée, ete., ete. ? — C'est de l'ensemble de ces circonstances qu’on s'efflorcera de déduire une présomption pour ou contre telle outelle éventualité héréditaire. C’est d’après ces considérations qu'on cherchera à preéjuger si l’influence hérédo-paternelle court risque ou non de s'exercer. Et l’on agira en Conséquence.

Simple ealeul de probabilités, dira-t-on peut-être.

— Oui certes; mais, comme nous ne disposons et ne saurions disposer de rien de mieux, force nous est bien de nous en satisfaire. Essavons donc tout au moins d'en tirer le meilleur parti possible. Et d'ailleurs bon nombre de nos déterminations thérapeutiques ne reposent-elles pas de même sur des aleuls de probabilités?

Or, si aléatoires qu'elles puissent paraître à première vue, les données que je viens de signaler n’en sont pas moins suffisantes en nombre de cas pour fournir des indications rationnelles que confirment les événements. Je précise par deux exemples préeisément opposés.

Voici, je suppose, un homme qui à eu le bon esprit de ne se marier qu'à échéance largement distante du début de sa syphilis, par exemple six, huit, dix ans au dela de lorigine de linfection. Cette syphilis a été légère, ou moyenne tout au plus. De vieille date, elle n'a plus donné signe de vie. Elle à été longuement et convenablement traitée. Bref, tout est au mieux, et les présomptions sont des plus favorables en ce qui nous préoccupe, e’està-dire relativement à lhérédité. Eh bien, est-ce qu'en pareille situation il viendra jamais à l'esprit d’un médecin de soumettre à une médication préventive la femme qui à conçu un enfant de cet homme? À quoi tendrait cette médication prévenve, alors que presque sûrement il n’est rien à prévenir, alors que nous avons une quasi-certitude

d'une terminaison heureuse pour la 2TOSSeSSe ?

Done, dans ce cas, comme dans tous les cas qui s’en rapprocheront plus où moins, l’abstention sera

de rigueur.

Inversement, un homme s’est marié dans les pires conditions possibles. IT s’est marié, je suppose, alors que sa syphilis était jeune encore, datant par exemple de quelques mois à un an. Féconde en aceidents et en récidives, cette syphilis était encore en explosion secondaire au moment où s’est faite la conception. De plus, elle n’a jamais été traitée que d’une façon légère, irrégulière, superficielle et, au total, notoirement insuffisante. En un mot, tout est déplorable quant aux risques d’hérédité. Que fure en une situation de ce genre? Convient-il de nous abstenir et d'assister, les bras croisés, aux tristes événements qui se préparent sans doute, qui tout au moins courent grand risque de se produire? Je ne le crois pas, je ne veux pas le croire. J'estime qu'en pareille occurrence lindication est d'agir, c'est-à-dire de traiter préventivement la mère pour conférer au fœtus une utile sauvegarde. Puisque nombreux sont les cas où, après plusieurs grossesses malheureuses, une grossesse nouvelle à pu être menée à bien par un traitement prescrit à la mère au cours de la gestation, je ne vois pas comment et pourquoi semblable résultat ne se produirait pas à propos d’une première grossesse. D'ailleurs, il s’est produit. J'aurais à en citer plusieurs exemples, et mon distingué collègue le professeur Pinard m'en

relatait récemment quelques autres, vraiment faits pour inspirer la conviction.

Done, dans ce second ordre de situations, l’intervention préventive n'est pas moins formellement indiquée que ne l'était tout à l'heure l’abstention. Il faut agir ; H faut prescrire le traitement à la mère, en vue et au profit de lenfant.

Tant qu'on dispose d'indications rationnelles en un sens où un autre, la règle de conduite est tracée. Mais reste toute une catégorie de cas où préeisément ces indications font défaut. C’est l’ordre des cas que je qualifierai de moyens, eas équidistants, si je puis ainsi parler, des deux situations précédentes. Dans ceux-ci, tout est moyen; J'entends par là que les indications d’un certain genre se trouvent contrebalancées par d’autres précisément inverses, et qu'au total nulle considération positive et prépondérante ne s'offre au médecin pour fixer son pronostic comme prévisions héréditaires et motiver une résolution plutôt qu'une autre. A parler plus clairement, ces cas sont ceux où 11 v a place, relativement aux dangers d'hérédité paternelle, tout aussi bien pour lappréhension que pour lespérance. En de tels cas, à quoi se résoudre?

Exemple. Un homme s'est marié après deux à trois ans de syphilis. Cette syphilis a été moyenne de tous points, et elle est restée muette, je suppose, depuis six mois à un an. Le traitement, lui aussi, a été moyen, c’est-à-dire à duré une dizaine, une

quinzaine de mois, ete.,ete. Avec de telles données, tout est possible manifestement, car on aurait à citer comme répondant à ce programme tout aussi bien des cas où l’hérédité paternelle s’est exercée que des cas où elle ne s’est pas exercée. Et alors, étant donnée cette incertitude sur le pronostic, que faire ?

Faut-il, avec les uns, conclure invariablement à l’abstention, en disant : « Puisqu'il n’v a pas d’indications précises pour agir, n’agissons pas. Pas de médecine d'aventure et de hasard! »

Ou bien, avec d’autres, convient-il de raisonner ainsi : « Que risque-t-on, après tout, en preserivant le traitement à la mère? Rien autre que d’être inutile. Tandis qu'en n'agissant pas, 11 v a danger d’être préjudiciable à l'enfant, et peut-être même, de par l'enfant, à la mère. Mieux vaut encore être inutile que nuisible. Done, traitons la mère. »

Je ne dissimulerai pas mes préférences pour ce dernier parti. Mais je n’oserai quant à présent vous le présenter comme le meilleur, et cela parce que Je n'ai pas encore par devers moi un nombre suffisant d'observations pour vous dire que cette pratique est sanctionnée par l'expérience. Force m'est done, sur ce point, de laisser la question en suspens et d’en appeler à de nouveaux faits pour la juger en dernier ressort.

Mais, à part cette lacune dans l’état actuel de nos

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