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connaissances, VOUS VOyez que pour un grand nombre de cas, voire pour la plupart des cas qui se présentent en pratique, le médecin peut trouver dans les circonstances propres à chacun d'eux des indications rationnelles qui dirigeront légitimement sa conduite dans un sens ou dans l’autre, c’est-à-dire qui le détermineront à agir ou à s'abstenir. Et e’est là surtout ce dont, en principe, je tenais à vous convaincre. Car ici, comme ailleurs, obéir aux indications du cas individuel est le parti le plus sûr pour s'engager dans la bonne voie et servir Île plus utilement les intérêts de ses malades.
Telle est la ligne de conduite que j'ai adoptée pour ma part; et, si je ne me fais pas illusion, je erois pouvoir ajouter qu'en lespèce elle m'a fourni plusieurs fois des succès qui seraient, je crois, difficilement eontestables.
Cela posé, laissez-moi maintenant ajouter un mot sur la situation faite à la femme, à la future mére, dans l’ordre de cas qui vient de nous occuper.
Cette situation ne comporte-t-elle pas quelque chose d’étrange? Voilà une femme qui n’a rien, et on la traite comme une malade! Elle est indemne de syphilis, et on lui donne du mereure, comme si c'était une syphilitique! On la traite à titre d’intermédiaire; on lui preserit des remèdes non pour son compte, mais à l’usage de son enfant; on en fait une sorte de filtre animé, dont le rôle est de trans-
mettre au fœtus les agents thérapeutiques qui peuvent être utiles non à elle, mais au fœtus‘.
Eh bien, ce rôle, ne croyez pas qu'il soit jamais décliné par les femmes de qui on le réclame. Elles l’acceptent toutes, et du premier mouvement.
Jamais, je le déclare, jamais, nt en ville, ni à lhôpital, je n’ai vu une seule mère hésiter à se soumettre à un traitement dont elle n'avait que faire pour elle-même, mais qu'on lui prescrivait comme pouvant être utile à son enfant. Pas une seule fois, je ne me suis heurté, je ne dirai pas à un refus, mais à . une résistance même éphémère, mais à une indéeï: sion, à une discussion. « Du moment que c’est pour l'enfant, vous dit la femme, du moment que cela sera utile à l'enfant. » Et elle accepte tout ce que vous exigez d'elle, sans plus ample débat.
Je vais même plus loin, car jy suis autorisé par ce que j'ai vu dans ma pratique, et je dis que ce rôle, ce rôle d’intermédiaire thérapeutique, les femmes le réclameraient au besoin, loin d’y répugner, loin d'essayer de s’y soustraire, si elles étaient au fait de la situation, si elles se rendaient compte du bénéfice qu’en peut tirer leur enfant, si elles
1. Il est bien vrai que, hypothétiquement, la femme peut bénéficier de ce traitement pour son compte. Mais, d’abord, qui de nous serait en mesure de l’affirmer aujourd’hui? Puis — et c’est là le seul point de vue auquel je veux me placer pour l'instant — est-ce que la femme escompte ce bénéfice, cet avantage personnel (qu’elle ignore d’ailleurs et qu'on se garderait bien de lui révéler), alors qu’elle accepte un traitement qu'on lui propose en vue de son enfant, de son enfant exclusivement? Laïissons-lui donc tout le mérite de son dévouement.
savaient qu'à ce prix leur enfant peut naître vivant et indemne, au lieu de mourir avant terme, au lieu de naître avee la syphilis. £lles le réclameraient toutes, où, j'en ai la conviction absolue, et elles s’y soumettraient de tout cœur. Ce serait pour elles, simplement, une charge de plus à ajouter à tant d’autres que comporte la maternité, et voilà tout.
A ce propos et comme pièce à conviction, je vous relaterai le fait suivant, qui témoigne bien du sentiment maternel que je cherche à reproduire.
Une jeune femme, mariée à un homme syphilitique, mais demeurée saine, avait déja perdu trois enfants, les deux premiers avant terme, le dernier n'avant vu le jour que pour mourir. Devenue enceinte une quatrième fois, elle me fut alors amenée par son mari. Examen fait de la situation, J'exprimal mon sentiment au mari, en lui disant qu'il v avait indication et indication formelle à traiter sa femme pendant tout le cours de la grossesse et qu'à ce prix on parviendrait peut-être (ce que Pévénement confirma du reste) à sauvegarder l'enfant. Il accepta ma proposition avec enthousiasme et me chargea de la transmettre à sa femme, en me priant même, quelque pénible que cela fût pour lui, de lui avouer toute la vérité en échange du dévouement qu'on allait réclamer d'elle. Or, mon ambassade accomplie, cette dame me répondit tout aussitôt et sans la moindre hésitation ces quelques mots topiques qui caractérisent bien le sentiment des femmes
FOURNIER. — Syphilis et mariage. 18
en pareille situation, et qui m'ont assez frappé pour que je sois certain de les reproduire textuellement : « Certes, oui, monsieur le docteur, je me traiterai comme vous le voudrez et aussi longtemps que vous le voudrez. Et vous n'aurez jamais eu malade plus docile que mot, vous pouvez ÿ compter. Je n'aurai méme pas grand mérite à cela, puisqu'il v va de la santé de mon enfant. Mais ce que je ne pardonnerai jamais à mon mari, ce qu il me sera impossible de lui pardonner, c’est d’avoir attendu si tard pour me demander ce que vous me demandez aujourd’hui. Car, s’il avait parlé plus tôt, j'aurais peut-être aujourd’hui les trois enfants que j'ai perdus. »
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Troisième situation (celle-ci, malheureusement, des plus communes) : Un sujet syphilitique marie 4 contagionné sa femme.
Mandés dans ces conditions, qu'avez-vous à faire? Quelles indications médicales se présentent à remplir ?
La chose est des plus simples, me direz-vous peut-être. Nous sommes en présence de deux malades; hé bien, nous traiterons ces deux malades. » — Sans doute. Mais là ne se borne pas, ne doit pas se borner votre rôle, qui est bien autrement eomplexe en réalité que vous ne sauriez le eroire à première vue. Nous sommes ici en pleine pratique, et
REP) ni + T ee pe FEMME CONTAMINEE. 279
vous allez voir surgir des difficultés de pratique dont on ne peut se rendre compte que pour en avoir fait un apprentissage personnel.
Au surplus, vous allez en juger.
LE — Vis-à-vis du mart, nul embarras. En ce qui le concerne, rien autre chose à faire que ceci :
1° Lui prescrire un traitement ;
2° Lui intimer de la facon la plus formelle, la plus énergique, l'interdiction de la paternité.
Vous savez en effet, Messieurs, ce à quoi aboutit généralement une grossesse alors que les deux parents sont contaminés, alors surtout que la syphilis maternelle est récente et n’a pas encore subi lépreuve dépurative du traitement. Une grossesse, en pareille condition, c’est un désastre assuré. Jugez-en au surplus par la statistique suivante, recueillie dans ma chentèle de ville.
Quatre-vingt-dix femmes mariées, contagionnées par leurs maris, sont devenues enceintes dans la première année de leur syphilis. Or, à quels résultats ont abouti ces quatre-vingt-dix grossesses ? Vous n oseriez le soupconner.
Eh bien, le voici: Cinquante se sont terminées par avortement où expulsion prématurée d’enfants mort-nés ; — trente-huit par naissance d’enet deux
fants qui se sont très rapidement éteints:
(deux seulement!) par naissance d'enfants qui ont survécu.
Au total, done, comme dénouement, QUATRE-
VINGT-HUIT MORTS SUR QUATRE-VINGT-DIX GROSSESSES !! — C'est À ne pas y croire, n'est-ce pas? Telle est cependant l'absolue vérité”.
Done, vous avez le devoir de renseigner votre client sur un tel danger, et, pour ne fui husser aueun doute, vous lui tiendrez le langage suivant : « Dans les circonstances actuelles, avec la maladie dont madame et vous à la fois vous vous trouvez affectés, une grossesse serait le pire malheur qui pût vous arriver. Car, de deux choses l’une : ou bien votre enfant mourrait avant de naïître; — ou bien il viendrait au monde avec la vérole, ce dont vous jugez l'effet pour vous, pour madame, pour vos deux familles, pour la galerie, ete. Sans compter que le pauvre petit étre, en dépit de tous les soins, pourrait bien ne pas aller loin. Done, à tout prix, dans votre intérêt comme dans lintérêt de tous, évitez en ce moment, jusqu'à nouvel ordre, la possibilité d'une grossesse. »
Tel est le conseil urgent à donner, conseil plus facile à donner qu’à suivre, paraît-il, comme nous en aurons la preuve dans un instant.
Îl. — Voilà la situation réglée vis-à-vis du mari. Mais reste la femme. Et c’est à son propos que va commencer pour nous une situation des plus délicales, d'autant plus délicate qu'il nous faudra 1e1 compliquer nos attributions habituelles du rôle
[] » À » » , . ’ OP AO 1. À. Fournier, De l’hérédit: syphilitique (sous presse).