La syphilis dans ses rapports avec le mariage, p
Cela posé, venons aux indications à remplir dans l’ordre de cas qu'il nous reste à étudier.
Relativement au mari, rien que de très simple. Rien autre à faire que de lui preserire le traitement usuel de la diathèse.
Mais c'est la femme surtout qui se recommande actuellement à notre sollicitude. Cette femme, il faut la traiter, et la traiter avec d'autant plus desoin, de méthode, d'attention, de vigilance, qu'elle représente deux malades, si je puis ainsi dire, deux existences à sauvegarder. |
Et, en effet, 1l s’agit d'elle d’abord ; mais il ne s'agit pas moins, en second lieu, de l'enfant qu’elle porte dans son sein, de l'enfant plus menacé qu'elle, et que nous ne pouvons atteindre, protéger, que par elle.
Done, traiter la mère, voilà l'indication capitale qui se présente à remplir.
Eh bien, Messieurs, cette indication si simple, si rationnelle, et d’ailleurs si complètement légitimée par l'expérience, n'allez pas croire qu’elle soit acceptée de tous. Elle à des adversaires. Elle à soulevé des objections, elle à donné lieu à des controverses, qui plus d’une fois ont agité nos Sociétés savantes.
On a dit: « Quoi! Cette femme enceinte, vous allez la traiter, et la traiter comment ? Vous allez lui prescrire du mercure ? Mais ce mercure, ne craignezvous pas qu'à des titres divers 1l ne lui devienne singulièrement préjudiciable? Est-ce que, d'abord, il ne va pas augmenter, compliquer les troubles gas-
triques de la grossesse ? — Est-ce que, de plus, il ne va pas ajouter son action anémiante propre, spéciale, à l’anémie, à l’hydroëémie de la grossesse ? — Et surtout, danger capital, ne court-il pas risque de provoquer l’avortement? Car on voit d’une façon journalière l'avortement se produire sur des femmes syphilitiques traitées par le mercure, ete., ete... »
A tout cela, Messieurs, notre réponse sera aussi formelle, aussi catégorique que possible.
Oui, sans doute, dirons-nous, le mercure mal administré serait passible de telles objections. Oui, sans doute, avec le mercure donné sous de certaines formes ou à de certaines doses, nous pourrions produire les accidents précités, c’est-à-dire exaspérer les troubles gastriques, accroitre lanémie, voire à la rigueur favoriser ou déterminer l'avortement’. Mais là n'est pas la question, et nous n'avons en rien à nous préoccuper des résultats possibles de lusage inconsidéré ou de l’abus du mercure. Ce qui seulement se trouve en eause1ei, c'est une administration sagace et prudente de ce remède, c’est un traitement mercuriel approprié aux forces et aux conditions spéciales de la malade. Or, non seulement un traitement de ce genre, méthodiquement institué et surveillé, restera innocent des méfaits illusoires dont on l’accuse, mais encore il constituera en l'espèce
1. V. Ad. Lizé, Znfluence de l'intoxication mercurielle lente sur le produit de la conception (Union médicale, 186, t. I, p: 106). — H. Hallopeau, Du mercure, action physiologique et thérapeutique (Thèses
d’agrégation, Paris, 1878).
le meilleur et le plus sûr moyen dont nous disposions pour mener à terme la grossesse et sauvegarder le fœtus.
D'ailleurs, entrons dans les détails et discutons point par point les diverses objections qui précèdent. La chose en vaut la peine, puisque l'existence d’un enfant se trouve en jeu iei et peut dépendre de l’intervention ou de la non-intervention médicale.
[ — D'abord, en ce qui regarde les troubles gastriques, expérience démontre que nous pouvons les éviter facilement. Dans cette intention, nous nous garderons d’administrer à nos malades des remèdes tels que le sublimé, le bi-iodure, le sirop de Gibert, ete., qui, mal tolérés parles femmes en général, sont encore bien moins tolérés en état de grossesse. Nous aurons soin de prescrire d’autres composés mercuriels qui ne risquent pas d’offenser (au même degré tout au moins) les fonctions digestives. Nous prescrirons, par exemple, le proto-iodure, remède plus doux, qui, à dose moyenne de cinq à huit centigrammes par jour, est habituellement bien accepté par lestomac. D’une facon courante, journalière, nous administrons ici le proto-iodure à nos femmes syphilitiques en état de grossesse, et neuf fois sur dix nous le voyons rester inoffensif sur les fonctions gastro-intestinales. Détermine-t-il par exception quelque malaise, quelque désordre gastrique ou intestinal, nous arrivons presque toujours à le faire tolérer par un expédient quelconque, soit en le
AU MR Lo AL APRÈS LE MARIAGE.
donnant immédiatement avant les repas ou même au cours des repas, soit en lui associant une petite dose d’opium, soit en prescrivant quelque adjuvant digestif, tel que le vin de quinquina, le vin de gentiane, le café, etc.
Que si, d’ailleurs, Pestomac se montrait rebelle à ce remède, que si des troubles gastriques ou intestinaux venaient à être déterminés par lui, resterait toujours une ressource pour faire bénéficier ja malade de l’influence mercurielle sans nuire aux fonctions digestives. Cette ressource, vous l'avez désignée à Pavance; elle réside dans les frictions mercurtelles, mode de traitement dont l’énergique action n’est plus à démontrer d’une facon générale et qui même, en l’espèce, a été vivement préconisé par quelques médecins comme particulièrement favorable aux femmes syphilitiques en état de gestation”. J’y ai souvent eu recours pour ma part, et toujours avec succes.
IT. — La seconde objection que lon oppose à l'administration du mercure au cours de la gestation est d'ordre purement théorique. Jamais, je le déclare, je n’ai vu lPanémie propre à la grossesse s’ae-
1. Je ne parle pas ici de l’iodure de potassium, parce qu’il n’est pas en cause dans la discussion actuelle, exclusivement relative au mercure. Mais lui aussi, cela va sans dire, a sa place marquée dans le traitement des femmes syphilitiques en état de grossesse, et il y joue un rôle dont lutilité n’est ni contestable ni contestée.
Je le crois cependant moins actif que le mercure, et ne l’emploie
31 . , pe . « Q qu'à titre d’auxiliaire de ce dernier remède ou dans les intervalles des cures mercurielles.
croitre, s’exagérer sous l’influence d’un traitement mereuriel sagement conduit.
Et, quant à l’anémie spéciale de la syphilis, il est actuellement bien démontré qu’elle a son véritable remède dans le mercure. On a dit avec toute raison qu’au point de vue des phénomènes d’anémie spéeifique « le mercure est le fer de la vérole ».
HT. — Enfin, il est absolument faux que le mercure favorise l'avortement dans la syphilis, comme le redoutent certains médecins.
Certes, il n’est pas rare de voir des femmes syphilitiques avorter au cours ou à la suite d’un traitement mercuriel. Arguant de tels cas, on a vu là un nouveau méfait du mercure, et l’on a dit: « C’est le mercure et non la syphilis qui est la cause de l'avortement ». Mauvais raisonnement, qui, de deux facteurs étiologiques, en choisit un arbitrairement pour l’inculper, et innocente l’autre, au mépris des témoignages cliniques les plus écrasants.
Soyons meilleurs observateurs, et disons à notre tour :
D'une part, il n’est pas établi que le mercure administré thérapeutiquement et à sages doses ait jamais déterminé, de son fait seul, un avortement. Un cas authentique de cet ordre reste encore à citer.
D'autre part, l'observation pour ainsi dire Journalière démontre jusqu’à l'évidence la plus absolue que la syphilis constitue une prédisposition des
Fournier. — Syphilis et mariage. 20
plus puissantes à l'avortement ; il est même peu d'états morbides qui lui soient comparables à ce point de vue et qui fournissent un contingent aussi considérable à la somme totale des avortements”.
Aussi bien, lorsqu'une femme syphilitique soumise au traitement mercuriel vient à faire une fausse couche, est-on autorisé logiquement, tout d’abord, à rapporter cette fausse couche, non pas à l'influence du mercure, mais à celle de la diathèse spécifique.
Puis, cette présomption trouve ensuite une confirmation péremptoire dans ces deux résultats de l'expérience clinique, à savoir :
1° Que quantité de femmes syphilitiques avortent sans avoir jamais pris un atome de mercure. Ce premier fait est banal à force d’être fréquent.
2° Que nombre de femmes syphilitiques qui, laissées sans traitement, ont fait une série de fausses couches, n'aboutissent à mener une grossesse à terme qu'après avoir subi un traitement mereuriel. C'est là un point sur lequel j'ai déjà insisté longuement dans ce qui précède et qu'il suffira, je pense, d’énoncer à nouveau sans plus amples développements”.
Aussi bien l'opinion qui considère le mercure comme une cause d’avortement dans la syphilis ne
1. Je me permets à ce propos de renvoyer le lecteur à un chapitre de mes Leçons sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme, p.725 et suiv. — V. aussi Pièces justificatives.