‹ Syphilis et mariageChapitre 69 sur 82 · RE · texte numérisé non relu

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morale, le médecin prépare — et prépare à l'avance — une situation qui sauvegardera les intérêts de tous, au lieu de laisser une situation différente et préjudiciable à tous s'organiser en dehors de lui, indépendamment de lu. Il faut, à parler net :

1° Qu'il retienne le nouveau-né, issu de parents syphilitiques, sous le toit qui Pa vu naître, de facon à surveiller cet enfant, à le traiter, si besoin est, et dans ce cas, à éteindre le plus hâtivement possible les manifestations contagieuses qui pourraient surgir sur lui et irradier de lui ;

2° Et surtout il faut qu’il s'oppose de toutes ses forces à ce que cet enfant soit confié à une nourrice; il faut qu'il fasse accepter de la famille comme une nécessité formelle, absolue, inéluctable, l’allaitement. de cet enfant par le sein maternel.

Tels sont, théoriquement, les moyens de conjurer les dangers que nous redoutons. Maintenant des principes passons à la pratique.

Que faire, pour aboutir au résultat que nous poursuivons ?

Ceci : Au moment propice, alors que la grossesse déjà avancée de la mère permettra d'espérer un accouchement à terme, s'adresser au mari et lui exposer catégoriquement la situation, avec tous les dangers qu’elle comporte; — lui dire que son futur enfant court des risques sérieux d’hérédité syphilitique; — lui faire comprendre que, dans ces conditions, l’enfant ne saurait être confié à une nour-

rice, laquelle presque inévitablement ne tarderait guère à subir la contagion ; — lui dérouler, sans lui faire grâce d'aucune, toutes les conséquences d’une telle contagion : justes et bruyantes récriminations de la nourrice, éclat scandaleux, procès possible, publicité compromettante, ete.; — conclure finalement par l'obligation absolue qui s'impose à la mère de nourrir son enfant, seul parti moral, honnête et utile à la fois, qui puisse sauver la situation.

« Donc, ajouterez-vous, faites en sorte, Monsieur, que votre femme nourrisse. Tout est là, dans lPintérêt de tous, dans le vôtre et dans eelui de lPenfant. Acceptez cela comme une obligation, comme une nécessité indispensable, dans les conditions où vous vous trouvez placé. En conséquence, si madame a dessein de nourrir, gardez-vous de l’en détourner. Et, si elle n’y est pas disposée, prenez les devants, influez énergiquement sur elle, par tous les moyens que vous pourrez imaginer, pour modifier sa résolution. Car, à tous égards, je vous le répète encore, cest elle, et elle seule, qui doit servir de nourrice à votre enfant. »

La situation étant présentée de la sorte, il sera bien rare que le médecin n'obtienne pas ce qu'il à en vue. Conséquemment, lobjectif qu'il poursuit sera réalisé ; l'enfant syphilitique ou suspect de syphilis restera dans sa famille et sera allaité là par sa mère ; d'où La sauvegarde d'autrui".

1. Si je n'avais longuement développé ce sujet dans un autre travail, j'aurais eu à insister ici sur de nombreux détails de pratique

Or, ce résultat, Messieurs, n'en doutez pas, sera un service considérable, capital, rendu à la prophylaxie publique. Pour vous en convaincre, veuillez repasser dans votre esprit ce que je vous disais l’année dernière, en vous traçant l'histoire de la syphilis des nourrices et des nourrissons. Rappelezvous la fréquence de ces contagions transmises par l'allaitement ; rappelez-vous les conséquences désastreuses, lamentables, qui en dérivent, les eatastrophes matérielles auxquelles elles peuvent aboutir, les misères morales qu’elles étalent au grand jour,

que je passe sous silence. Il me parait indispensable cependant d'ajouter à ce qui précède quelques considérations relatives à un point d'importance particulière. Je les emprunterai à mes Zecons sur les nourrices et les nourrissons syplilitiques (Paris, A. Delahaye, 1878).

«... N’espérez pas, Messieurs, que votre conseil de confier l’allaitement à la mère soit toujours accepté sans opposition. Sans parler de raisons qui n’en sont pas, de raisons basées sur de prétendues convenances, sur des exigences mondaines ou autres, on vous objectera souvent que la mère est « bien faible, bien délicate pour nourrir », qu’elle ne saurait supporter les fatigues de lallaitement sans danger pour elle-même, etc. Insistez, car il est bien rare qu'une femme ne puisse, au moins pour quelques mois, allaiter un enfant, [nsistez et dites ceci: « Soit! madame ne nourrira pas tout le temps qu'un enfant doit en général être nourri; mais elle fera le possible, et c’est là seulement ce que nous lui demandons. Qu'elle donne au moins le sein pendant les premiers mois; cela nous permettra d'attendre, et nous aviserons au delà. En tout cas, il y a utilité, urgence à ce que madame nourrisse pendant quelques mois. »

€ Et pourquoi cela, Messieurs? Pourquoi solliciter tout au moins ces quelques mois d'allaitement maternel? C’est que la syphilis infantile, quand elle doit se révéler, se révèle, sinon absolument toujours, du moins presque toujours dans les deux ou trois premiers mois. Sur 158 cas, M. Diday l'a vue faire éclosion 146 fois dans ce délai. De tels chiffres ont une signification telle qu’ils nous dispensent de tout commentaire.

« Donc, ces quelques mois d’allaitement maternel peuvent nous

les procès scandaleux qu'elles suscitent quelquefois, les humiliations et les hontes qu’elles déversent sur les familles, ete.

A tous égards, done, 1l importe que le médecin alors qu'il le peut, et il le peut souvent, le plus souvent — mette un frein à de telles contagions, en cireonserivant la vérole dans son foyer originel,

en lPempéchant de porter ailleurs ses dangereuses souillures. C’est là pour lui une obligation profes-

servir ici et de critérium sur la santé de l'enfant et de guide pour la conduite à tenir ultérieurement.

« Et, en effet :

« 1° Si, dans ce laps de temps, la syphilis s’est révélée sur l'enfant, tout est dit, et la situation se trouve réglée de la facon la plus catégorique. L’enfant alors doit subir le sort commun à tous les enfants syphilitiques. Dans aucun cas, sous aucun prétexte, il ne peut être confié à une nourrice; et c’est là le point essentiel en ce qui nous occupe actuellement, c’est-à-dire en ce qui concerne la sauvegarde publique.

« Dans cette première alternative, ou bien lallaitement maternel devra être prolongé, si cela est possible, ou bien force sera de recourir à tel ou tel de ces procédés spéciaux que je vous indiquais précédemment comme pouvant servir à l'élevage des enfants syphilitiques (recours à une nourrice syphilitique, alimentation par la chèvre-nourrice, par l’ânesse, etc.).

« 2° Que si, au contraire, après trois mois ou mieux encore après quatre à cinq mceis d'observation, rien de suspect ne s’est produit sur l'enfant, il y a de fortes présomptions (je dis présomptions, et rien de plus) pour qu’il ait échappé à l'influence héréditaire, tout au moins pour qu'il ait échappé à cette forme de syphilis héréditaire précoce qui est si redoutable pour la nourrice, en raison de ses manifestations contagieuses. Et nous voici dès lors bien plus libres d’allures. Car, au cas où la mère serait incapable de continuer à donner le sein, l’allaitement par une nourrice peut être permis, non toutefois sans soumettre encore le nourrisson à une surveillance assidue, minutieuse, suffisante à écarter tout risque de contagion. »

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sionnelle vis-à-vis de la société, obligation à laquelle il ne saurait faillir *.

Mais je prévois une objection : « Soit] allez-vous me dire peut-être, nous comprenons parfaitement l'intérêt qu’il y a pour la société, pour tout le monde, à circonserire ainsi la vérole dans son foyer, et nous vous accordons qu'en lPespèce le moyen proposé par vous aille à son but. Cependant, si ce moyen a pour résultat incontestable d'empêcher la contagion de se déverser hors de la famille de l'enfant, n'est-il pas défectueux, dangereux même, à d’autres points de vue ? Ainsi, vous nous dites : « Faites nourrir l'enfant par sa mère ». Mais qu'arrivera-t-il avec ce procédé, si la mère est syphilitique et l’enfant sain, ou bien, inversement, si la mère est saine et Penfant syphilitique? Est-ce qu’alors la contagion ne se transmettra pas de la mère à Penfant ou de Penfant à la mère? Est-ce que cette mère syphilitique ne va pas conta-

1. D'autant, ajouterai-je, que le jugement des gens du monde nous impose cette obligation.

Cela, je l’affirme, pour avoir été mêlé déjà bien des fois, ou comme médecin ou comme expert commis par les tribunaux, à des démêlés ou à des procès entre nourrices contaminées et familles d'enfants hérédo-syphilitiques. C’est toujours le même thème, identiquement, que répètent les pères desdits enfants : « Est-ce que je pouvais, moi, prévoir ce qui m'arrive? Est-ce que je savais que mon enfant pouvait donner du mal à une nourrice ? Si l’on m'avait prévenu de cela, je n'aurais pas pris de nourrice pour mon enfant; je l'aurais fait élever au biberon. Ce qui m'’arrive n’est certes pas de ma faute; la faute en est à mon médecin, qui ne m'a rien dit, qui ne m’a pas averti, etc., etc. »

Quelle lecon pour nous! Sachons done en profiter et ne pas nous exposer à de telles récriminations.

gionner cet enfant sain? Ou bien est-ce que cette mère saine ne sera pas infectée par cet enfant syphilitique ? »

L'objection, je le reconnais, a bien sa valeur, en apparence tout au moins. Disceutons-la done avec l'attention qu'elle mérite, et surtout diseutons-la méthodiquement, point par point, de facon à ne laisser aucune arrière-pensée, aucune incertitude en vos esprits.

Quatre éventualités sont possibles dans la situation qui nous occupe. Ainsi :

1° Ou bien la mère et lenfant ont échappé aux dangers de la syphilis paternelle, c’est-à-dire sont restés Sains ;

2° Qu bien la mère et l'enfant ont subi tous deux l’infection dérivant du père, c’est-à-dire sont en état de syphilis;

3° Ou bien la mère est restée saine, tandis que Penfant a subi la contamination ;

4° Ou bien, enfin et inversement, la mère est syphilitique, tandis que Penfant est resté sain.

Voilà bien.— n'est-il pas vrai ? — les quatre alternatives et les quatre seules alternatives qui peuvent se produire. En dehors d'elles 1l n’en est aucune autre à supposer, même théoriquement; aucune autre n’est possible.

Or, :envisageons chacune d'elles en détail, et voyons, à propos de chacune, quels pourraient être les dangers de l'allaitement maternel, soit pour la

mère, soit pour l'enfant. Discussion qui risquera peut-être de vous sembler quelque peu monotone, mais qui est indispensable à la netteté du sujet.

Première éventualité : La mére et l'enfant ont échappé tous deux à l'infection.

Dans ce cas, bien évidemment, ils n’ont rien à craindre l’un de l’autre; car, suivant le proverbe, qui n’arien ne donne rien. Done, l'allaitement de l'enfant par la mère ne comporte en l'espèce aucun danger.

Passons.

Deuxième éventualité : La mère et l'enfant sont tous deux syphilitiques.

Ici encore, nul danger de contagion possible. La mère et l’enfant, étant tous deux infectés desyphilis, n’ont plus rien à craindre l’un de Pautre; ear la syphilis ne se double pas, ne se gagne pas deux fois.

Disons même que, dans ce cas, lallaitement maternel est le seul qui soit médicalement acceptable; car, à aucun prix, pour aucune raison, nous ne voudrions jamais consentir à ce qu’un enfant syphilitique füt confié à une nourrice saine.

Troisième éventualité : Mère saine et enfant syphilitique. |

C'estici seulement que l’objection quinous oceupe semble prendre une valeur réelle. Car, dans ce cas, la possibilité d’une contagion ressort de l'énoncé même des termes qui précèdent.

Eh bien, {a mère qui, dans ces conditions, allartera son enfant, sera-t-elle exposée à recevoir de lui la syphilis ?

Théoriquement, on serait conduit à répondre par l’affirmative. Pour quelle raison, en effet, cette mère, qui est saine, ne pourrait-elle pas recevoir l’infection de son enfant qui est syphilitique ?

Pratiquement, au contraire, on aboutit à une eonclusion inverse, Pratiquement, on ne voit jamais un enfant syphilitique de naissance (de naissance, notez bien le mot)‘ contagionner sa mère lui servant de nourrice. Jamais on ne rencontre ce Cas, cependant bien naturel en principe, d’une mère saine allaitant son propre enfant syphilitique et recevant de lui la syphilis.

L'expérience bouleverse ici les prévisions de la théorie.

Qu'on explique cela comme on le voudra, peu nous importe pour l’instant. Toujours est-il que c’est là un fait, un fait brutal, qui s'impose au nom de l'observation clinique.

1. Tout au contraire, un enfant qui, né sain, contracte ultérieurement la syphilis d’une personne étrangère {soit une nourrice, par exemple), est ultra-contagieux pour sa mère. C’est ainsi qu'on a vu maintes et maintes fois la contagion se produire de l'enfant à la mère dans les conditions suivantes :

Un enfant naît sain de parents sains ; — il est confié momentanément à une nourrice syphilitique, et recoit d’elle la syphilis — revenant au sein maternel, il inocule alors la syphilis à sa mère,

Des observations de ce genre se trouvent signalées partout. J'en ai relaté plusieurs dans mes Zecons sur les nourrices et les nourrissons syphilitiques, et je crois suffisant d’énoncer ici le fait sans l’étayer de citations particulières.

Et même ce fait semble tellement démontré par lassentiment général, par la concordance d’innombrables observations recueillies de tous côtés, qu'on l’a élevé jusqu'au rang, jusqu'à la dignité de Lor. Aussi bien donne-t-on aujourd’hui comme une loi pathologique la proposition que voter :

Un enfant procréé syphilitique par un père syphilitique ne contagionne jamais sa mère.

C'est là, vous le savez, ce qu’on appelle couramment la lot de Colles, et ce qu'on ferait bien mieux, soit dit incidemment, d'appeler Ia Lor pe BAUMES, comme cela résulte des recherches historiques d'un médecin érudit, le D' Morel-Lavallée*.

Qu'est-ce que cette immunité singulière Ce la mère vis-à-vis de son enfant? Cette immunité estelle due à un état syphilitique de la mère, ainsi que paraissent l’établir les expériences de Caspary et de

1. Voy. Union médicale, 16 mars 1889. — Affaire Colles-Baumès, action en revendication de propriété, par le D' Morel-Lavallée, ex-chef de clinique à l'hôpital Saint-Louis.

Voici le texte même de Baumès, texte qui, me semble-t-il, ne laisse place à aucune ambiguïté :

Il est d'observation « qu'une mère, ayant porté dans son sein un «enfant syphilitique, qui doit l'infection au sperme du père, ne contracte { pas généralement, en nourrissant son propre enfant, la maladie syphi- « litique, comme pourrait la contracter une nourrice étrangère. »

Et, comme commentaire, le même auteur ajoute : (Il n’y a pas lieu de s'étonner de cela; car, dès le commencement de la gestation, le sang de la mère et celui de l’enfant sont confondus; ils n’en font pour ainsi dire qu'un; et si, de cette confusion, de cette union, devait résulter quelque inconvénient pour la mère, les symptômes n’attendraient pas l’époque de l'accouchement pour se manifester. » (Précis historique et pratique: des maladies venériennes, 1 partie, Lyon, 1840, p. 180.)

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Neumann qui, en de telles conditions, ont vainement inoculé deux femmes avec du pus de chancre syphilitique, de plaques muqueuses, de papules secondaires, ete.? Et, sl en est ainsi, qu'est-ce donc que cet état syphilitique sans manifestations syphilitiques, cet état muet, silencieux de la syphilis? Qu'est-ce done que cette syphilis latente, platonique, Sije puis ainsi dire, et constituant une sorte

de vaccin contre linoculation syphilitique? Ce sont la, Messieurs, toutes questions des plus intéressantes, que j'ai longuement diseutées devant vous

il y a quelques mois", mais qui n’ont pas à trouver

1. On retrouvera cet exposé dans mes ZLecons sur l’hérédité syphilitique. (Sous presse.)

‘C’est assurément chose bien surprenante que de voir une femme saine (au moins en toute apparence), nourrissant son enfant entaché de syphilis, rester saine au contact de cet enfant, c’est-à-dire ne pas recevoir de lui la syphilis. Cela même est tellement extraordinaire qu'on se demande toujours si l’on ne s’abuse pas, si cette femme est bien réellement indemne, si elle n'échappe pas à la contagion pour cette simple raison qu'elle a été déjà contaminée, soit avant, soit pendant la grossesse. On est toujours tenté de croire, en un mot, que l’on se trompe et que cette femme est syphilitique, mais que, pour une raison où pour une autre,On n'a pas surpris sur elle la syphilis en temps opportun, c’est-à-dire au moment où des manifestations non équivoques l’auraient sûrement attestée.

Telle est, au reste, l'interprétation que donnent à la proposition de Colles les médecins qui récusent l'hérédité paternelle de la syphilis. Pour eux, il n’est pas d’enfant syphilitique sans mère syphilitique ; pour eux, l'infection de l'enfant implique l'infection de la mère. « Donc, disent-ils, rien d’étonnant à ce qu'un enfant syphilitique ne contagionne pas sa mère; il ne saurait la contagionner par cela même qu’elle est syphilitique. Un syphilitique n’a rien à craindre d’un autre syphilitique. »

La question, en effet, serait jugée en ce sens si toujours on constatait la syphilis sur les mères des enfants syphilitiques. Mais c'est que précisément on ne la constate pas toujours. Nombreux,

place 1ei pour l'instant. Retenons-en simplement ce qui concerne notre sujet actuel, à savoir le fait clinique, le fait brutal qui est au-dessus de toutes les théories, et qui se résume pratiquement en ceci :

au contraire, sont les cas où l’on ne la constate pas, et cela tout en la recherchant, en l’épiant, en voulant la trouver. Faut-il donc croire qu'elle existe quand même, alors qu'on n’en a pas les preuves ? C’est à cette conclusion qu’aboutissent certains de nos confrères, surtout depuis les expériences de Caspary et Neumann.

De cette conviction, à coup sûr, est née la doctrine de M. Diday sur les « syphilis imperceptibles », syphilis tellement atténuées qu'elles n’ont plus de symptômes, qu’elles ne se trahissent par aucune maaifestation, bref qu’elles sont comme si elles n’existaient pas, etc.. « L'histoire des virus, dit l’éminent syphiliographe, nous apprend clairement que parfois le principe du mal existe dans un organisme, quoique n'y étant actuellement perceptible par aucune manifestation. »

C’est d’un même ordre d'idées, assurément aussi, qu'est issue la doctrine de J. Hutchinson, doctrine sur laquelle il ne sera pas sans intérêt d'appeler l’attention du lecteur.

D'après Hutchinson, la loi de Colles ne saurait trouver d’explication possible que dans l'infection de la mère. Et cependant notre distingué collègue est le premier à reconnaître que très généralement on ne constate pas de signes d'infection chez la mère. Si donc cette femme est syphilitique, dit-il, il faut qu’elle le soit d'une certaine facon, suivant un certain mode qui lui permette d’être syphilitique sans manifestations apparentes.

Eh bien, continue-t-il, c’est là ce qui a lieu, vraisemblablement,. Il est à croire que la syphilis maternelle dérivant tx utero d’un fœtus syphilitique est une syphilis d'ordre spécial, une syphilis mitigée, tempérée, adoucie, susceptible de ne s’accuser par aucun symptôme extérieur ou bien de rester longtemps latente, voire indéfiniment latente, Par conséquent, cette syphilis peut nous échapper, peut se dérober à toutes nos investigations, alors cependant qu’elle existe et qu’elle a infecté l’organisme maternel assez profondément pour le rendre réfractaire à, une contamination ultérieure.

Comme argument à l'appui de cette hypothèse, Hutchinson rappelle que les maladies virulentes affectent une évolution et une gravité très différentes suivant leur mode de pénétration dans

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une sorte d'état réfractaire de la mère vis-à-vis de la syphilis de l'enfant qu’e'le a conçu d’un mari syphilitique.

Je ne crains pas de le répéter, ear il s’agit iei

l’économie. Voyez, dit-il, le virus varioleux. Introduit dans l’organisme par voie d’inoculation, il ne détermine qu’une affection relativement légère, laquelle n’aboutit à la mort qu’une fois sur cinq cents. Absorbé au contraire par inhalation, il produit une maladie très grave, qui devient mortelle une fois sur quatre, Appliquez cela à la syphilis, et vous comprendrez facilement qu’une syphilis dérivant d’une contamination par le sang fœtal (fwtal blood contamination) puisse différer absolument, comme évolution de symptômes et comme gravité, de la syphilis dérivant d’une inoculation tégumentaire.

Développant l'exposé de sa théorie, Hutchinson admet la possibilité de trois ordres de cas dans la syphilis par conception, à savoir :

«1° Un premier groupe, où la diathèse s’accuse par les symptômes habituels de la période secondaire. Ce ne serait là que l’exception; et même il est à croire, d’après l’auteur, que les cas de ce genre dériveraient bien plutôt d’une syphilis par contagion ordinaire que d’une syphilis par conception ;

« 2° Un second groupe, où l'infection se caractérise par des symptômes spécifiques, mais d'ordre léger, de forme essentiellement bénigne: état maladif pendant la grossesse, chute des cheveux, et plus tard, « des mois ou des années plus tard », ulcérations de la langue, taches palmaires, gommes du tissu cellulaire ;

« 3° Un troisième groupe {celui-ci comprenant pour le moins la moitié des cas), où la maladie ne se traduit par aucun symptôme, par aucun trouble de la santé. — Cette absence de tout symptôme pendant les premières années n’exclut pas la possibilité d'accidents certiaires dans un avenir plus où moins distant. Mais, le plus souvent, rien ne se produit, et la femme syphilitique infectée de la sorte reste en général indemne de toute manifestation spécifique pendant toute son existence. » (On Colles’ law, and on the communication of syphilis from the fœtus to its mother. Medical Times and Gazette, déc, 1876, p. 645.)

Je ne m'arrêterai pas à discuter cette théorie, car, à vrai dire, elle défie quant à présent toute critique, Il faudrait, en effet, soit

d’un point essentiel pour la pratique, la loi de Baumés a été vérifiée dans un nombre de cas considérable. Elle est acceptée par la grande généralité des médecins; elle passe pour irrécusable aux yeux des observateurs à qui leur clientèle spéciale a offert le plus d'occasions de la juger. «.... Il est certain, à écrit M. Ricord, que, dans le cas où la mère à échappé à la syphilis en portant dans son sein un enfant syphilitique, elle ne contracte jamais la syphilis plus tard, en allaitant son enfant malade. » — De même, pour M. Diday, « jamais un enfant syphilitique de naissance ne communique le mal à sa mère qui l’allaite ».— C'est là encore ce que me répétait en termes identiques, ces derniers jours, mon éminent collègue, le D° Besnier. — Quant à moi, je n'ai pasobservé jusqu’à ce jour un seul fait bien authentique qui soit en contradiction avec la loi de Baumès, et je tiens cette loi pour absolument conforme aux résultats de la clinique.

Je sais bien qu'on a cité, ces derniers temps, quelques cas paraissant infirmatifs de la loi en question, cas dans lesquels on aurait vu, dit-on, des

pour la légitimer, soit pour la réfuter, toute une série de faits cliniques minutieusement observés dans une direction spéciale, et nous ne disposons pas encore d’un critérium de ce genre. C’est là un champ nouveau d’investigations qui nous est ouvert, mais où les premiers jalons sont à peine posés.

Je me ferai un devoir toutefois de signaler une observation intéressante qui vient de m'être communiquée par M. le D' Charrier, et qui confirme en un point la doctrine d’Hutchinson. Le lecteur trouvera reproduite cette observation dans les pièces justificauves annexées à cet ouvrage (Note VII.

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