RÔLE ET RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
vous avez failli, comme médecin, à votre mandat! » Et la preuve encore, c'est la facon dont nos malades jugent eux-mêmes la question, alors qu'ils ont eu à se repentir de s'être mariés en état de syphilis, alors, par exemple, qu'ils ont contaminé leur femme, ou bien qu'il leur est né un enfant syphilitique, ou bien que cet enfant à contagionné une nourrice, etc. Il faut entendre en pareils cas leurs réeriminations contre leur médecin. « Tout cela, disent-ils, c’est la faute à mon médecin. Estce que je savais, moi, toutes les conséquences possibles de ma maladie ? C’était à lui de les savoir, de les juger pour ce qu'elles étaient; c'était à lui de ne pas me céder quand je suis allé lui dire que je trouvais une occasion pour me marier, que je désirais me marier. Au lieu d'écouter mes raisons d’amoureux, il aurait dû me parler en médecin et me dire : Ne vous mariez pas, car, pour telles ou telles raisons que voilà, il pourrait vous arriver malheur, à vous et aux vôtres. Il aurait dû n’en pas démordre en tant que médecin, et m'empêcher quand même de me marier. C’est done lui le coupable, et non moi, ete., ete. » Et je vous fais grâce des épithètes malsonnantes, souvent très accentuées, dont lesdits clients affublent le médecin auquel, à tort ou à raison, ils croient avoir à reprocher une trop facile condescendance à leurs projets matrimoniaux.
Tenons-nous done en garde contre la possibilité de telles récriminations. Tenons-nous en garde contre une faute grave, à laquelle (expérience me
permet de le dire) on ne se laisse entrainer que trop facilement, par excès de bienveillante tolérance. D'autant que, pour l’éviter, cette faute, nous avons un moyen facile, à savoir : ne pas sortir du rôle qui nous est naturellement assigné par notre profession. |
En un mot, consultés dans de telles conditions, restons toujours médecins et ne Jugeons qu’en médecins la situation qui nous est soumise. Pas de concessions aux arguments d’un ordre étranger; pas de condescendances que nous puissions plus tard amèrement regretter et qui, sans bénéfice pour personne, risquant même d’être préjudiciables à tous, compromettraient gravement et notre autorité et notre dignité.
Ce qui précède, Messieurs, était d'autant plus essentiel à spécifier qu'en certains cas la décision à laquelle nous sommes forcés d'aboutir médicalement peut être pour le malade qui nous consulte véritablement cruelle, désolante, et qu’il peut nous en coûter vraiment d'avoir à la lui signifier, à la lui imposer. Il est telles ou telles circonstances en effet où le renoncement à une union projetée, arrêtée, presque déjà conclue moralement, comporte les conséquences les plus pénibles à des titres divers, les plus douloureuses, les plus déchirantes. Une rupture de mariage ne fait pas toujours que compromettre des intérêts matériels, de légitimes aspirations de fortune, de carrière, d’avenir; souvent