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que dans d’autres cas de syphilis cérébrale, des gommes par exemple, il n'a rien trouvé non plus. Jürgens, dans les Charite-Annalen (1885), confirme son dire.
Quant à l’'objection basée sur linefficacité du traitement spécifique, nous répondrons que les médecins ont rarement l’oécasion d'intervenir dès l'origine de la paralysie générale qui passe souvent inaperçue à ses débuts. Que le traitement actif contre les lésions spécifiques proprement dites, reste impuissant contre les lésions banales (Raymond) relevant secondairement de la syphilis, comme par exemple dans les cas de scléroses viscérales, de ramollissement consécutif à l'artérite spécifique, de pertes de substances après guérison de gommes ou d’exostoses, etc. Les idées de Strümpell, de Mæœbius, de Raymond, considérant la paralysie générale comme due à des toxines sécrétées par l'agent figuré de la syphilis, de même que la paralysie diphthérique est due aux toxines sécrétées par le bacille de la diphthérie, expliquent jusqu’à un certain point que le mercure et l'iodure actifs contre un organisme vivant, puissent être impuissants contre un poison chimique.
D’alleurs, la pathologie et la clinique nous offrent d'autres exemples de l'impuissance des spécifiques. Le salicylate de soude ne reste-t-il pas sans action sur les affections cardiaques provoquées par le rhumatisme articulaire. L'action du sulfate de quinine, si rapide dans Ja fièvre intermittente, n'est-elle pas nulle ou à peu près dans la cachexie paludéenne ? Peut-on même aujourd’hui affirmer que tout ce qui dérive de la syphilis est guéri ou simplement amélioré par le mercure ou l’ivdure de potas-
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sium ? Combien trouve-t-on sur les tables d'amphithéàtres de cas de syphilis tertiaires du système cérébro- Spinai qui ont eu un dénouement fatal, malgré un traitement spécifique soutenu ? Il ne faut donc pas dires la paralysie générale n’est pas d’origine syphilitique farce que le traitement n’agit pas; mais, pourquoi le traitement n’agit-il pas dans une affection consécutive à la syphilis ?
Vient la troisième objection : l'écart des statistiques, Nous avons, dans le deuxième chapitre de ce travail, signalé l’insuffisance des renseignements que l’on possède dans les asiles d’aliénés. Notre ancien ‘chef de service à Maréville, M. le docteur Paris, s’en est plaint bien souvent devant nous, et dernièrement encore, dans un de ses rapports annuels, il déplorait la trop grande concision des certificats d'admission.
Régis (1), Toulouse (2) indiquent longuement les causes d'erreurs qui arrêtent l’aléniste dans la recherche des antécédents et lui rendent infidèles les différents procédés habituels d'investigation, c’est-à-dire l'examen et l'interrogatoire du malade.
Si, aujourd'hui, la vérole n'entraîne plus comme en 1496 la mort par submersion, elle est encore qualifiés de maladie honteuse, et, trop souvent, les préjugés entrainent la mauvaise foi du paralytique, chez lequel toute lueur d'intelligence n'est pas encore éteinte.
L’aliéniste doit-il s’en rapporter aux dénégations d’un
(1) Régis, Ann. médico-psychol., 1891, p. 326. Fa (2) Toulouse, Syphiliset Paralysie générale. — Gazette des hôpitaux, 1892, p. 801.
roue
paralytique général, d’un aliéué, alors qu'on voit vous affirmer sincèrement qu'ils n’ont jamais eu la syphilis, des malades, guéris en quelques jours d’une affection dont le traitement seul vient révéler la nature au médecin ?
M. le D' Chatelain, médecin de la prison à Nancv, nous racontait récemment le fait suivant : « J'étais médecin du général X..: On me fait appeler pour soigner deux enfants qui avaient mal à la bouche. Je diagnostiquai plaques muqueuses, j'instituai le traitement, les enfants guérirent. Je savais que les parents n'étaient pas syphilitiques. D'où pouvaient provenir ces lésions ? Après avoir inutilement examiné tous les êtres de la maison, je soupconnai une femme de ménage qui venait tous les jours du dehors donner un coup de main aux deux domestiques. Je découvris que cette femme avait été inscrite comme syphilitique dans le service des vénériens quelque temps auparavant : c'était à l’origine de l'infection. Eh bien ! que plus tard ces enfants deviennent paralytiques généraux : on leur demandera s'ils ont eu lasyphilis. Ne se rappelant pas un accident datant de l'enfance, 1ls répondront de bonne foi « non » sans hésiter, et l’on enregistrera un cas de plus de paralysie générale non spécifique Combien d'autres dans le même genre ! »
Régis (1) cite un fait assez curieux où le hasard, seul, le mit sur la voie. J'avais, dit-il, dans mon service un paralvtiqne qui ne présentait pas de traces de syphilis, qui la niait et se fàchait lorsqu'on lui en parlait. Son frère, ses amis la niaient également. Un jour, un confrère me
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Régis, Arch. cliniques de Bordeaux, 1892, no 7, p. 309.
demanda des nouvelles du malade, m'apprenant qu'il était son ami et qu'il avait antérieurement traité comme syphilitique.
Un cas analogue (obs. XXIV) nous à été communiqué par M. Spillmann. Depuis un certain temps, il soignait un officier présentant des troubles cérébraux. Celui-ci, malgré des interrogatoires répétés, niait tout antécédent spécifique, lorsqu'un de ses amis, rencontrant le docteur, lui
raconte que quinze ans auparavant le malade avait consulté Ricord pour la syphilis.
Nous avons observé nous-même à la clinique maints cas de ce genre.
Jumon (1), dans sa thèse où les exemples abondent,
nous montre, avec chiffres à l’appui, combien la syphilis est frequemment ignorée du malade, et cela surtout dans les classes inférieures où les principes les plus élémentaires d'hygiène et de propreté intimes sont inconnus. « L’ouvrier, dit-il, attaché à son labeur quotidien, se « préoccupe peu de tout accident qui ne l'arrête pas dans « son travail » (P. 14). Voilà qui cadre bien avec l'opinion de Benedik (2), les chiffres de Reimhaïdt (3) qui trouve dans la classe aisée 73 0/0 de paralytiques syphilitiques, et 16 0/0 seulement dans la classe ouvrière.
Les résultats de Jumon, tirés de la pratique hospitalière, méritent d’être reproduits : sur 259 hommes atteints d'accidents primaires, 11 ne se doutaient pas de l'existence de leur chancre ; chez les femmes, où la syphilis
(1) Jumon, Etude sur les syphilis ignorées, Th. Paris, 1880. (2) Benedik, Lettre personnelle, 27 décembre 1897. (3) Reinhardt, cité par Mendel, v. plus haut
passe encore plus fréquemment inaperçue, sur 157 cas de syvphilis primaire, 31 fois l'affection était ignoree.
Les chiffres sont encore plus élevés pour la syphilis secondaire, méconnue 123 fois sur 498 ; quant à la syphilis tertiaire, on arrive à 44 0/0.
Nous citerons ici la manière dont il décrit l’aveuglement des maladies et la bonne foi avec laquelle ils se font illusion sur leur état : « — Le plus souvent le chan- «cre passe, à la faveur de l’idée fausse que s’en fait le « public, pour unesimple écorchure de coït ; les syphilides «cutanées sont des échauffements du sang, des dartres, « des éruptions printanières ; les syphilides de la gorge et «de la bouche passent pour de l’angire vulgaire, des «aphthes ou des échauffements de bouche causés par « l'abus du tabac; une syphilide vulvaire est un bouton de «règle. L’alopécie n’avertira pas le malade, car dans le < monde on croit volontiers que là vérole doit amener une « chute intense des cheveux, une calvitie étendue et ra- « pide ; la céphalée passe pour une migraine, une névral- « gle; l’arthropathie pour des rhumatismes; les plaques «muqueuses anales pour des hémorrhoïdes ; l’iritis pour Çun mal d’yeux vulgaire » (p. 35).
Enfin, la syphilis vulgaire n’est pas toujours « mal de paillardise » comme l’atteste le fait, cité par M. Fournier, de malades devenus syphilitiques par suite de cathétérisme de ia trompe d'Eustache avec des instruments malpropres, comme le prouve encore le travail récent de M. Fournier (1) sur les chancres syphilitiques de la main et des doigts.
(1) Fournier, Chancres syphililiques des doigts el de la main. — Semaine médicale, 1893, n° 13, p. 101.
I ne faut pas oublier chez la femme l'existence possible de syphilis conceptuelle sur laquelle MM. Fournier (1-2), Erb ont attiré l'attention et dont ils ont cité de nombreux exemples.
En somme « la syphilis est souvent méconnue, non « seulement chez la femme où elle l’est presque toujours, « mais encore chez l'homme (3) ».
Toutes les différentes raisons que nous venons d’énumérer nous paraissent justifier pleinement les écarts des statistiques, écarts si souvent incriminés par les auteurs.
Il reste encore une objection, moins importante que les autres, basée sur la marche envahissante de la paralysie progressive.
Pour les uns, partisans de l’origine éthylique, elle est due à là progression continue de la consommation de l'alcool (4). Pour les autres, partisans du surmenage, la paralysie générale est la maladie du siècle. Son extension résulte des conditions de la vie moderne, des difficultés sans cesse croissantes de l'existence, de la lutte pour la vie.
Pour répondre, il fallait s’assurer que la syphilis, elle aussi, faisait des progrès, que ses ravages s'étendaient plus rapidement encore que ceux de l'alcool. Nos chiffres tirés du Tableau de statistique de la ville de Paris
(1) Fournier, Syphilis et mariage, Paris, 1880.
(2) Fournier, i,/hérédité syphilitique, Paris, 1891. a
(3) Spillmann, De la syphilis cérébrale. — Conférence clinique du 22 novembre 1892. |
(4) P. Garnier, Progression corrélative de la Folie alcoolique et de la Paralysie générale. — Comptes-rendus du Congrès Intern. de méd. ment. de T889.
chose
n'ont porté que sur six années, mais ils sont d’une remarquable éloquence. Dans les hôpitaux de Paris on SOIgDa en :
1886 — 3,515 syphilitiques
Soit en six années une augmentation de 1,159 ou 1/4.
itôle des autres facteurs de paralysie générale
Pour terminer ce travail, nous étudierons rapidement l'action des autres facteurs invoqués comme agents de paralysie générale.
Hérédité. — Nous engloberons dans le même chapitre l’hérédité sous ses différentes formes, congestive ou nerveuse. Les chiffres sont au moins aussi variables, sinon plus, que ceux qui concernent la syphilis. La raison en est élasticité du mot hérédité : les uns désignent sous ce nom l’aliénation mentale des ascendants, les autres y font rentrer la violence, l'originalité du caractère, le tempérament; c'est ainsi qu'Aubanel donne le chiffre de 4 0/0 et Moreau 90 0/0.
Mais voici quelques intermédiaires :
Bayle, 1826, admet l’hérédité dans la moitié des cas (Traité des maladies du cerveau et deses membranes).
Calmeil, 1859, dans 1/3 (Traité des maladies inflammatoires du cerveau).
Marcé, 1862, dans 20 0/0 (Trailé prat. des mal. mentales, p. 469).
Jung, 1866, dans 6,5 0/0 (Zeits. f. Psych., t. XXIII, p. 221).
Materne et Mackensie, 1871, nient son influence (Journal of. ment.
science).
Clouston et Skae, 1875. croient qu'elle agit rarement (Journ. of
ment. science).
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Voisin, 1879, l’a rencontrée dans de nombreux cas (Traité de la paralysie générale des aliénés. p. 808).
Foville, 1878, donne le chiffre de 28 0/0 (Art. Paralysie génerale
du Dict. de médecine et de chirurgie, p. 94) Krafft-Bbing, 1879, a trouvé 20 0/0 (Lehrbuch der Psychiatrie,
Mendel, 1880, 38,4 (Hereditære Anlage und progressive Paralyse der Irren. — Arch. f. Psychiatrie, t. X, p. 730.
Christian, 1887, arrive à 30 0/0 (Recherches sur l'étiologie de la Paralysie générale chez l'homme. — Arch. de Neurol., t. XIV, p. 205).
Ziehen, 1887, admet son action dans 5,45 0/0 des cas (Beitrag zur Frage, etc. — Neurol., Centralb,, 1887, p. 138).
Tarnowski, 1891, trouve 29 héréditaires sur 100 syphilitiques cérébraux (Arch. f. Dermatol. und Syphil.).
Œbeke, 1892, donne 46 0/0 (Zur Aetiologie der allgeimenen.…, etc. — All. Zeitsch. f. Psychiatrie, t. XLIV, p. 1).
Jacobsen, 1892, trouve 28 0/0 (The relationship between general Paralysis and Syphilis. — J. of. mental science, avril 1892, p. 175).
Nicoulau, 1893, n'arrive qu’à 13 0/0 (Les causes de la paralysie générale. — Ann, méd. psych., 1898, p. 18). |
Les opinions sont, on le voit, très partagées. Les uns nient une action qui pour d’autres est presque exclusive. Ces théories extrêmes nous semblent exagérées, car bien des fois nous avons rencontré des paralytiques héréditaires et, avec quelques-uns des auteurs que nous venons de citer, souvent trouvé réunies la syphilis et l’hérédité. Nous croyons donc que s’il faut accorder le premier rang à la syphilis dans l’étiologie de la paralysie, il ne faut pas méconnaitre le rôle de l’hérédité. Nous répèterons à ce propos la phrase déjà citée de Ziehen que l’hérédité prédispose à l’aliénation mentale, la syphilis plus particulièrement à la paralysie générale. Du reste, si le travail de
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Bouchaud le prouve, une remarque faite par Fuhrmann (1) vient encore appuyer ce dire : « Ll est reconnu, dit-il, que « chez les nègres, l'hérédité nerveuse joue un très grand « rôle. Cette hérédité et l'alcoolisme des ascendants causent « de nombreux cas de folie, mais je n'ai pas vu à Kings- «town en Jamaïque un seul cas de paralysie générale chez « des nègres. »
L'hérédité non plus ne saurait expliquer la moins grande fréquence de la paralysie générale chez la femme.
Alcool. — L'hérédité n'agissant pas, on a voulu accorder à l'alcool la première place dans la genèse de la paralysie générale. Mais ici encore les divergences sont grandes : Calmeïl 27 /00, Talon 24 0/0, Christian 6 0/0, Ziehen 17 0/0, OŒbeke 43 0/0, Jacobsen 33 0/0, Nicoulau 32 0/0. D'autre part, les recherches comparées de Contesse (2) lui ont montré que sur 100 vésaniques il y avait 22.9 alcocliques, tandis que sur 100 paralytiques il n’y en avait que 7.8. Millet (3) reprend cette étude : ses recherches portent sur 137 observations dont 68 paralytiques et 69 vésaniques :
43 paralytiques n’ont pas fait d’excès alcooliques, tandis qu'il n’y à que 32 vésaniques dans ce cas, ou, en d’autres termes, 37 0/0 des paralytiques sont alcooliques tandis que ce chiffre s'élève à 53 0/0 pour les autres affections mentales. Millet conclut que l’on doit chercher ailleurs les causes de la paralysie générale.
(1) Fuhrmann, Berliner Gesellsch.f. Psych. und Nervenk. — Arch. f. Psychiairie, t. XI, p. 832.
(2) Contesse, cité par Millet.
(3) Millet, De l'influence étiologique de l'alcoolisme sur la paralysie progressive,Th., Paris, 1880.
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A côté du travail de Millet, nous citerons l’article de Godet (1), où cet auteur signale la rareté de la paralysie générale en Norwège, en Islande où cependant la consommation des eaux-de-vie de pommes de terre et de grains est une plaie du pays. En Norwège, sur 1569 aliénés en 1879, on ne trouve que 19 paralytiques généraux, soit 1.2 0/0. Godet va plus loin même que nier l’action nuisible de l'alcool : « Je ne serais pas éloigné de croire, dit-il, que « l’alcool peut même conférer une certaine immunité à « l’égard de la paralysie générale. (p. 260).
Ladame (2) signale un fait bien curieux, montrant le peu d'importance du rôle de lalcoo!. La 101 du monopole des alcools votée en Suisse en 1887 a fait diminuer la consommation de l'alcool et le nombre des alcooliques est tombé à 53.2 0/Ù au lieu de 83.4 0/0, tandis que le nombre des paralytiques à augmenté.
Enfin Régis (3), à Bordeaux, à trouve sur 100 aliénés 6 alcooliques contre 38 paralytiques.
Surmenage. — Il nous reste enfin le surmenage.
Nous avons déjà vu qu'il y avait tout un ordre de faits que ni l’hérédité, ni l'alcoolisme, ni le surmenage ne pouvaient expliquer. Le surmenage même existe-t-il réellement? « De nombreux savants, dit Guylits (4), n'ont
(1) Godet, De la pseudo-paralysie générale alcoolique dans ses rapports avec la paralysie générale. — Revue mèd. de la Suisse romande, 20 mai 1889.
(2) Ladame, Alcoolisme et syphilis dans la paralysie générale. — Congrès de médecine mentale de Lyon, 1891.
(3) Régis, Archives cliniques de Bordeaux, 1892, n° 7.
(4) Cuylits, Surmenage el folie paralytique. — Bull. de la Société de médecine mentale de Belgique, sept. 1890, p. 271.
Les tr
« pas craint le surmenage, qui ont conservé l'intégrité de « leurs facultés jusque dans un âge avancé — Newton, « Guizot, Humboidt, Victor Hugo. Le cerveau ne s’use pas au travail ; il s’atrophie avec l’âge, plus lentement, « plus tardivement que tous les autres organes. »
Nous ne parlerons ni des excès vénériens, ni de l’abus du tabac que quelques auteurs ont invoqués. Leur rôle nous paraît sinon insignifiant, du moins très accessoire.