‹ Syphilis et Paralysie GénéraleChapitre 7 sur 24 · RUE · texte numérisé non relu

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déclare que la majeure partie des paralytiques généraux (73 0/0) qu'il a observés étaient d'anciens syphilitiques. La fréquence de la paralysie générale chez les filles publiques lui fournit encore un autre argument en faveur de l’étiologie spécifique.

En 1883, Talon (1) conclut (à l'encontre des chiffres donnés par ses recherches) que la valeur étiologique de la syphilis est à peu près nulle. Or, sur 70 cas de paralysie générale chez la femme, 36 reconnaissent comme causes

l'inconduite, la vie irrégulière, la prostitution — 24 l’alcoolisme — 10 les émotions morales, la ménopause, etc.

Les résultats d'Obersteiner (2) sont basés sur des comparaisons. Ils sont tirés de 1,000 observations d'’aliénés dont 175 paralytiques. Sur les 175 paralytiques, 67 fois il lui fut impossible d’avoir aucun renseignement. Sur les 108 cas restants, 1l y en eut 38 avec syphilis avérée, soit qu'il y ait eu syphilis terliaire, soit que les anamnestiques fussent rigoureusement connus. Les autres causes possibles comme l'alcoolisme, l'hérédité, les émotions morales viennent numériquement bien après la vérole qui tient le premier rang (35,2 0/0). Sur les 825 aïénés vésaniques, les conditions d'observation restant exactement les mêmes, Obersteiner ne trouve que 35 syphilitiques, soit 4,1 0/0.

(1) Talon, La paralysie générale à l'asile de Marseille, Th. de Montpellier,

(2) Obersteiner, Die Beziehung der syphilis zur D ementia paralylica, Wiener med. Wochenschr., t. XXXIII, 1888, n° 30.

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Lange (1) sur 84 paralytiques généraux, trouve 33 syphilitiques, soit 39 0/0, tandis que sur 2,853 aliénés non paralytiques, il ne trouve que 66 syphilitiques, soit 2 0/0.

En 1884, Rohmell (2), dans un rapport lu au Congrès de médecine mentale de Copenhague, tend à attribuer à la Syphilis un rôle actif dans la genèse de la paralysie générale. Il a trouvé 77.2 0/0 de paralytiques généraux syphilitiques contre 7.2 0/0 d’aliénés syphilitiques.

En 1885, Dagonet 3), racontant une visite à l’Asile d'aliénés de Dobran, en Bohême, nous apprend que les paralytique généraux assez nombreux (25 0/0 de la population des asiles) sont tous soumis au traitement spécifique, car on considère là-bas la paralysie générale comme une manifestation de la diathèse syphilitique.

Mendel (4), dans une communication à la Société de psychiatrie de Berlin, rappelle que Reinhardt, qui n’admet pas la syphilis comme facteur de paralysie générale, trouve cependant 73,3 0/0 de syphilitiques parmi les paralytiques généraux de la classe aisée, contre 16 0/0 parmi ceux des classes inférieures.

Les objections que fait Reinhardt à cette opinion, reposent sur deux faits : 1° l'absence de traces de syphilis

(1) Lange, Bidrag til Sporgsmaale œm Ætiologien af den almindelig fremeshridende Paralyse. Hosp. Tidende, 1883. — Referat im Neurol-Centralblatt, 1883, p. 423.

(2) Rohmell, Du rôle de la syphilis dans la paralysie générale. — Ann, medico-psych., 1885, n° 2.

(3) Dagonet, Visite à l'asile d'aliénés de Dobran (Bohéme). — Ann. méd.

psy., 1885, n° ?, p. 255.

(4) Mendel, Berliner medicinische Gesellschaft. Sitzung,1-?2? juini885. —Berliner Klinische Wochenschrift 1885, p, 549 et 679. 3*

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dans les autres organes ; 2° l'impuissance du traitement. Mendel répond à la première objection que dans les cas de gommes syphilitiques, on ne retrouve pas non plus ces traces ; à la seconde, que le traitement, actif contre les lésions spécifiques proprement dites, est inefficace contre les lésions banales relevant secondairementde lasyphilis, tel que le ramollissement consécutif à des oblitérations artérielles, par exemple.

Jastrowitz (1), appuie le dire de Mendel. D'après lui, la fréquente réunion de la paralysie générale et de la syphilis, qu'il a pour son compte observée 51 fois sur 100 cas, constitue une relation de cause à effet. Il insiste également sur ce fait, que la paralysie générale frappe de préférence, parmi les femmes, les filles publiques.

Siemerling (2), fait observer que les femmes entretenues sont encore plus souventfrappées queles filles inscrites. Cette observation nous paraît venir à l'appui de notre thèse, car tandis queles secondes sont soumises à un contrôle plus ou moins rigoureux, les premières, quoique vivant dans des conditions à peu près analogues, échappent à toute surveillance médicale.

Goldstein (3), trouve 49 syphilitiques s'1r 99 paralytiques généraux, soit 50 0/0, contre 11 syphilitiques sur 100 vésaniques, soit 11 0/0. D’après lui, on ne peut admettre

(1) Jastrowitz, Berliner Gesell. f..Psych. und Nervenhrankhheilen. — Arch. PSUCRE M CEXNIMR SE

(1) Siemerling, Berliner Gesell. f. Psych., und Nervenkh.— Arch. f. Psch. L'XVIS 1885

(2) Goldstein, Uber die Beziehung der Progressiven Paralyse zur Syphilis, — Allg. zeitsch, f. Psych. XLII, 1885, p. 254.

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une différence clinique entre des paralysies générales avec syphilis et des paralysies générales sans syphilis. Dans l’un et l’autre cas, on peut observer une marche irrégulière, des paralysies consécutives à des ictus congesüfs, de la dilatation ou de l'inégalité pupillaires et enfin l’inefficacité du traitement.

En 1886, Nasse (1) trouve également dans la population de son asile, un chiffre plus élevé de syphilitiques parmi les paralytiques, que parmi les autres aliénés.

Pour Rieger (2), un syphilitique a seize à dix-sept fois plus de charïce de devenir paralytique qu’un individu non syphilitique.

Strümpell (3), qui tout d’abord était un partisan assez tiède de l’étiologie spécifique de la folie paralytique, se rallie définitivement à cette opinion, pour devenir un de ses plus chauds défenseurs. La syphilis, d’après lui, agirait de la même facon que la diphthérie, la fièvre typhoïde, la dysenterie, qui produisent quelquefois des paralysies consécutives. Il se formerait, sous l'influence de la maladie infectieuse, un poison chimique dont les caractères nous sont encore inconnus, poison dont l’action se localiserait principalement sur le système nerveux, soit sur la moelle (tabes), soit sur l’encéphale (paralysie géné-

(1) Nasse, Einiges zur Allgemeinen Paralyse der Irren' — Al. Zeits.,, f. Psych. XLIII, 1886, p. 316.

(2) Rieger, Statisliche Untersuchungen über den Zuzammenhang wischen Syphilis und progressiver Paralyse. — Schmidils Jahrb, 1886. Bd 200, p. 88.

(3) Strümpell, Einige Bemerkungen über den Zuzammenhang zwischen Tabes-progressive Paralyse und Syphilis. — Neurol Centralb. octobre 1886, Pp: 493.

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rale). La paralysie générale survient, il est vrai, longtemps après le début de l’infection, mais celle-ci existe à lPétat latent, puisqu'on voit survenir des accidents tertiaires dix, quinze ans et plus après le chancre initial. Enfin, si le traitement reste inactif, c’est parce qu'au lieu d’être en présence de l'élément organisé, il ne s'adresse dans ce cas qu'à la toxine chimique qui en dérive.

En 1887, de Senna (1) a eu l’occasion d’observer35 paralytiques sur 493 individus séquestrés. Il a obtenu seize fois des renseignements sur les antécédents et a trouvé neuf fois la syphilis, soit 56.2 0/0.

Savage (2), au Congrès de Washington, déclare avoir rencontré la syphilis 25 fois sur 100 chez les paralytiques et 5 fois sur 100 seulement, chez les autres aliénés.

Christian (3), reprend encore une fois la question dans un travail très complet basé sur 340 observations. Les conclusions de son ouvrage sont les suivantes :

Une des professions les plus exposées est l’état militaire, soit à Maréville 16 sur 84, à Charenton 74 sur 256.

L'hérédité nerveuse est intervenue 23 fois sur 100.

Le rôle de l'alcoolisme est presque nul (sur 340 paralytiques à professions très variées, il n’a rencontré que 20 fois des professions exposant presque fatalement à l'alcoolisme (marchands de vin, sommeliers, cochers de fiacre).

(1) De Senna, Rapp. médico-adminis!. sur l'hôpilal de Ferreira (Portugal),

(2) Congrès de Washington, 1887.

(3) Christian, Recherches sur l’étiologie de la paralysie générale chez l'homme.— Arch. de Neurol. t. XIV, 1887, p. 205.

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Les excès vénériens sont un symptôme de début.

Beaucoup de paralytiques généraux ont eu la syphilis, mais il faut y voir une coïncidence et non un rapport de cause à effet.

Le véritable facteur, « La cause de la paralysie générale, c'est le surmenage du cerveau dans l’âge adulte, surmenage qui frappe ceux qui ne peuvent supporter le combat pour la vie. »

Rumpf (1) déclare que 80 0/0 des cas de paralysie générale sont syphilitiques.

Ziehen (2), après l'examen de 1,500 aliénés, étudie spécialement parmi eux 113 paralytiques hommes ou femmes, à l'exclusion de tous les cas n'ayant pas le caractère typique de la paralysie générale ou ayant à l’autopsie présenté des symptômes de paralysie générale réunis à des affections localisées. Il conclut que :

L’hérédité prédispose à l’aliénation mentale, la syphilis plus spécialement à la paralysie générale ;

Les excès vénériens, l’alcoolisme, l'abus du tabac ne paraissent pas avoir d'action sur l’étiologie de la maladie ;

La paralysie générale syphilitique n’a point de caractère spécial ;

Le traitement dans ces cas est inactifaussi bien que dans les syphilis cérébrales à lésions diffuses.

Zacher (3), de trois observations de paralysie géné-

(1) Rumpf, Sammelforschung für Neuropathologie und Psychatrie, in Strassburg. Arch. f. Psychiatrie, t. XIX, p. 213.

(2) Ziehen, Beitrag sur Frage des Zuzammenhangs zwischen pr ogressive

Paralyse und Syphilis. — Neurol centralh., 1887, p. 138. (3) Zacher, Arch. f. Psych., 1887, p. 751.

rale syphilitique étudiées au point de vue clinique et anatomo-pathologique, conclut à l'absence complète de symptômes caractéristiques de l’étiologie. Il admet que la syphilis produit des conditions favorables au développement de la paralysie générale.

D’après Vernet (1), le traitement spécifique révèlerait la véritable étiologie de l'affection puisqu'il est suivi tantôt d’une rémission de durée inusitée, tantôt d’une amélioration toujours notable. J'ai constaté qu'il n’en est malheureusement presque jamais ainsi.

Vraie?) 4rcoté de lhérediié nerveuse. -ransencn deuxième ligne la syphilis héréditaire comme agent de paralysie générale à début précoce. Il à trouvé cet antécédent chez quatre malades sur dix.

Rumpf (3), dont nous connaissons déjà l'opinion, devient plus affirmatif encore et classe la paralysie générale parmi les affections syphilitiques du système nerveux. Sur onze observations de paralysie générale 1l trouve dix fois d’une facon certaine la syphilis. « Des chiffres aussi minimes obligent, dit-il, à une grande réserve dans les conclusions ; il serait bien extraordinaire toutefois que, précisément à moi, fussent échus les paralytiques généraux avec antécédents spécifiques. »

En 1888, Strümpell (4) publie une observation de

(1) Vernet, La syphilis est-elle une cause de paralysie générale ? Th. Nancy, 1887.

(2) Vrain, Contribution à l'étude de la paralysie générale à début précoce. Th., Paris, 1887.

(3) Rumpf, Die syphililischen Erkrankungen des Nervensystems, 1887, p. 286.

(4) Strümpell, Eine Beobachtung von Tabes und progressiver Paralyse bei Senem 13° Jæhrigen mædchen in Folge von Lues hereditaria. Neurol. Centralb., 1888, n° 5.

paralysie générale et de tabes chez une enfant de 13 ans atteinte de syphilis héréditaire. 11 ajoute que si les exemples de ce genre sont rares il faut l’attribuer à la mortalité excessive qui frappe les hérédo-syphilitiques dans le bas-âge.

Savage (1) plus affirmatif qu’au congrès de Washington, déclare que dans de nombreux cas la présence de la syphilis est non seulement une coïncidence, mais une véritable influence originelle.

Arnaud (2), au contraire, dans sa thèse (p. 39), dit que « dans aucun cas, sur 60, la syphilis ne lui a paru « jouer un rôle de cause à effet et qu'il n’a pu, sans « sortir de son sujet, soulever ce difficile problème. »

Régis (3), d'abord sceptique, se ravise et proclame dans un numéro de la Gazetle médicale de 1888, la fréquence de la syphilis dans les antécédents des aliénés paralytiques. Cet éminent aliéniste a plusieurs fois, depuis, repris la question avec des documents nouveaux et plus précis dont je parlerai plus loin.

L'Académie de médecine, émue de la marche envahissante de la syphilis dans le domaine de l’aliénation mentale, avait dans le courant de cette même année 1888, mis au concours là question : des Rapports de la paralysie générale avec la syphilis cérébrale.

Régnier (4), dont le mémoire fut couronné, conclut à

(1) Savage, Journal of mental science, 1888.

(2) Arnaud, Recherches cliniques sur la paralysie générale chez l’homme. — Th., Paris, 1888.

(3) Régis, Gazette médicale, Juin 1888.

(4) Régnier, Mémoire pour le prix Falret, 1888.

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la rareté de la syphilis dans la paralysie générale. Se basant sur une statistique de 179 paralytiques généraux, il arrive à 8,8 O0 de syphilis certaines, 31 O[0 avec les syphilis problables. Mais en reprenant ses observations et ses chiffres, on constate qu’ils englobent 97 paralytiques sur lesquels il n'a aucun renseignement. En fait sa statistique ne repose que sur 82 cas et le pour centdevient ainsi rectifié : 49,5 O0 de syphilis certaines, 68,2 O0 avec les probables. L'auteur ajoute même que, si l’on observe la syphilis plus ou moins fréquemment chez les paralytiques, cela tient à l’excitation génitale du début qui porte ces malades à des excès vénériens et les expose à contracter la syphilis à une époque où par conséquent ils sont déjà atteints de paralysie. Je réfuterai cet argument en donnant ici les chiffres de Mendel (1), tirés de 78 observations. Cet auteur a constaté que la paralysie générale avait été signalée :

2 à 3 ans après la syphilis 2 fois.

3 à 4 — — 2 fois.

4 à 5 — — & fois.

D ui — — 9 fois.

Toar10 — — 18 fois.

15 à 20 — — 14 fois.

C'est-à-dire qu’en moyenne l'éclosion de l'affection mentale survient de 7 à 20 ans après l'infection spécifique. Mesnet (2), rapporteur de la commission pour le prix Falret, Juge dans son compte-rendu que l’idée d'admettre

(1) Mendel, Progressive paralyse der Irren, 1880, p. 250. (2) Mesnet, Rapp. sur le concours pour le prix Falret en 1888. — Bull. de l’Académie de médecine, 1888, p. 663.

l'origine spécifique de la paralysie générale compromet l'unité, l'identité morbide de cette affection et il traite de « Sage réserve » le peu d'enthousiasme des aliénistes français à accepter cette vue de l'esprit. Il termine son rapport sur ces mots : « La méningo-péri-encéphalite diffuse à son unité anatomique comme la syphilis céré- « brale à la sienne; la paralysie générale de Bayle, De- « laye, Calmeil est et restera dans le cadre nosologique « une des gloires de la médecine française de notre siècle « à côté des grandes découvertes de Laënnec, de Louis et « de Bouillaud », p. 682.

Cette critique s’adressait surtout au mémoire présenté au concours par MM. Morel-Lavallée et Bellières (1), ouvrage considérable où sont réunis une foule de documents recueillis à toutes les sources, en France et à l'étranger. Nous retiendrons de ce travail les idées suivantes : La paralysie générale classique dans son type le plus complet avec ou sans délireexpansif ou mégalomane paraît, d’après de nombreuses statistiques, compter souvent la syphilis dans ses antécédents. L’'hérédité, les causes morales, l'alcoolisme peuvent déterminer une aliénation mentale quelconque. Mais, que la syphilis s'ajoute à leur action, on verra naître la paralysie générale.

Régis, dans l’analyse de leur travail constate « qu'il > eùût abouti, sans nul doute, à une affirmation beaucoup » plus nette si au lieu d’un mémoire de concours destiné » à heurter l'opinion des juges, notoirement hostiles, il

(1) Morel-Lavallée et Bellières, Syphilis et paralysie générale, 1889.

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