‹ Syphilis et Paralysie GénéraleChapitre 9 sur 24 · RO ES · texte numérisé non relu

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paralysie générale à la vérole, bien que la syphilis soit plus fréquente chez les paralytiques que chez les autres aliénés. La syphilis, d’après lui, se rencontre chez des sujets déséquilibrés, alcooliques, livrés à tous les excès, par le fait, candidats à la paralysie générale. Bonnet (1), a constaté que :

Sur 166 paralytiques généraux, dont 81 avec renseignements, la syphilis était certaine 54 fois probable 11 fois douteuse 6 fois

absente 10 fois soit avec les probables 80,2 0/0 Sur 104 aliénés.

la syphilis était certaine 190 fois probable 4 fois douteuse 3 fois, soit avec les probables 13,4 0/0.

Friedheim (2), sur 415 malades atteints de maladies nerveuses, rencontre 20 cas de paralysie générale tous avec syphilis.

Meilhon (3), oppose à l’étiologie spécifique de la paralysie progressive, ce fait que chez les Arabes, si fréquemment syphilisés, cette affection mentale estrareet n'existe que depuis qu'ils vivent comme les Européens. En réponse à ses chiffres, nous citerons ceux donnés dans la thèse de Talon (4), par Eygline, interne à l'asile d'Aix. En

(1) Bonnet, Rapp. de la Syphilis et de la paralysie générale, Th. Paris, 1891.

(2) Friedheim, Uber den Zuzammenhang der Syphilis mit Erkrankungen des Nervensystems. — Verhandl. der deutsch. dermat. gesells. in Leipzig,

(3) Meilhon, Contribution à l’élude de la paralysie générale chez les Arabes. — Ann. méd. psych., mai 1891, p. 234.

(4) Talon, loc. cit.

1883, il y avait à l'asile d'Aix sur 16 algériens paralytiques, 5 musulmans ; sur 5 algériennes paralytiques, 3 musulmanes.

Pour Binswanger (1), la statistique est le seul moyen d’être renseigné sur l’étiologie de la paralysie générale. Sur 206 paralytiques, il trouve 94 cas de syphilis certaine 81 cas de syphilis probable.

81 cas sans renseignem. précis

Sur 320 vésaniques, il trouve 13 cas de syphilis certaine. 26 cas de syphilis probable.

281 cas sans svphilis.

soit en ajoutant aux cas certains les 2/3 des probables 57 u/0 d’une part, 8 0/0 de l’autre. D après lui, des recherches plus complètes et plus attentives élèveront encore ces chiffres.

Bannister (2), dans une étude qui reposesur 234 observations de paralysie, conclut à l’action prépondérante, sinon exclusive, de la syphilis. 126 fois sur 234, il eut des renseignements précis et retrouva chaque fois la vérole dans les commimoratifs de la maladie. Aussi, dit-il que, plus que toutes les autres formes de folie, la paralysie générale, quoique survenant souvent chez des prédisposés, est une maladie acquise et désigne-t-il sous le nom de pseudo-paralysies, celles où \l ne trouve pas de syphilis.

Roscioli (3), admet une prédisposition héréditaire

(1) Binswanger, Hirnsyphilis und Dementia paralylica. — Neurol Centralb., octobre 1891, p. 400.

(2) Bannister, À statistical nole on 234 cases of paresis with special reference to its etiology. — Journal of nerv. and. ment. disease, décembre 1891.

(3) Roscioli, La paralysie générale progressive dans l'Italie méridionale. Il manicomio moderno, 1891, p. 43.

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combinée à une prédisposition acquise souvent sous l'influence de la syphilis, plus rarement des abus alcooliques, exceptionnellement de chagrins, de la lutte pour la vie ou du surmenage.

Anglade (1), dans sa thèse relate 37 observations de femmes paralytiques, dont 30 avec syphilis certaine, » avec syphilis probable, soit une proportion 81.8 0/0 ou avec les probables 93.4 0/0, tandis que pour les vésanies ordinaires, la proportion n’est que de 12 0/0. Aussi, plus allirmatif que tous les médecins français qui ont traité de la même question, dit-il (p. 71) : « La syphilis cérébrale nous apparaît comme le premier degré d’un processus morbide dont le dernier terme serait la paralysie générale. » Nous pouvons rapprocher cette phrase de celle plus explicite encore d’Obersteiner : « Le rôle étiologique de la syphilis est souvent absolument direct, c’est-à-dire que la démence paralytique doit êtrerangée parmi les symptômes de lasyphilis tertiaire. »

Thomsen (2), sur 416 observations, à eu 104 fois des renseignements. Sur ces cas, il y aeu 51 fois certitude de syphilis, 53 fois grandes probabilités, soit en prenant les 2/3 des cas probables comme cas avérés 81 O0.

1892. — Œbeke (3), dont les recherches ont porté sur 100 paralytiques observés dans un asile privé, à trouvé 53 fois la syphilis. Les autres facteurs ordinairement

(1) Anglade, Contribution à l'étude des rapports de la syphilis et de la paralysie générale progressive, Th., Paris, 1891.

(2) Thomsen, Importance pratique de la question de la paralysie générale syphilitique. — Arch. de Neurol, 1891, t. I, p. 451.

(3) Œbeke, Zur ætiologie der allgemeinen fortschreitenden Paralyse. — Allg., Zeit. f. Psyeh XLIX, p. 1, 1892.

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invoqués sont également signalés par lui, mais avec des chiffres moindres et presque toujours combinés à la syphilis, qui reste en première ligne comme importance.

Geill (1), a constuté 69 fois la syphilis dans les antécédents de 88 paralytiques généraux ; ces 88 cas se sont présentés sous des types très variés revêlant :

34 fois la forme maniaque.

5 — — méjancolique.

4 — — circulaire.

ST — — démente.

4 — — aiguë.

8 — — spinale.

Raymond (2), dans une conférence clinique, insiste sur ce fait que sur cinq cas un seul est douteux, celui dont on n’a pu établir l’etiologie. Les quatre autres sont spécifiques. Il rappelle à cette occasion l'opinion de Haslund cité par Morel-Lavallée dans son ouvrage, que les pseudoparalysies générales sont précisément celles qui ne sont pas syphilitiques ; 1l termine sa lecon en disant « qu’on « peut dès aujourd’hui constater ce fait, que les toxines de «la syphilis ont pris place dans le groupe des agents « toxiques susceptibles d’engendrer la paralysie générale, «et l'on peut se demander si les paralysies vraies obser- «vées par M. Fournier chez des syphilitiques et «rangées par lui dans une catégorie à part, n'étaient pas « des paralysies générales dues à cette cause. »

(1) Geïll, Bidrag til Bedemmelsen af den progressive generelle Parese. — Hospitalstitende, 16-28-30 mars 1892.

(2) Raymond, Syphilis el Paralysie générale. — Bull. médical, 12 avril 1892, p. 749.

D'après Jacobsen (1), aucune autre tare ne se présente aussi fréquemment que la syphilis dans les antécédents des paralytiques. Sa statistique basée sur 116 observations lui a donné les résultats suivants :

65 0/0 de syphilis.

33 0/0 d’alcoolisme combiné dans moitié de cas avec la syphilis. 28 C/0 d’hérédité combinée dans un tiers de cas avec la syphilis.

Il croit le chiffre de 65 0/0 inférieur à la réalité, et prétend que si la paralysie générale est plus fréquente chez l'homme que chez la femme, cela tient à ce que la syphilis se trouve également plus souvent chez le premier que chez la seconde. D'une étude de Minor (2) sur le tabes, nous extravons les données suivantes. 1642 maiadies nerveuses étudiées par lui se répartissent, au point de vue spécifique, de la facon suivante :

Hommes, 496 dont 118 syphilitiques, soit 25 0/0

RUSSES | | Femmes, 264 — 18 — — 6 0/0 { Hommes, 449 — 25 — — 5 0/0 JUIFS Femmes. 433 — û — — 1 0/0

Quant à la paralysie générale, l’auteur en a trouvé

chez les . ( Hommes, 10 cas, soit 2 0/0 dont 8 syphilitiques, soit 80 0/0 ne l Femmes, 3cas, — 1,14 0/0 dont 3 — — 100 0/0 Hommes. ?2cas, — 0,04 0/0 dont ? — — 100 0/0 JUIFS

Femmes, O0 cas.

D'où nous concluons: 1° que sur 15 cas de paralysie genérale, 43 étaient syphilitiques, soit 86,6 O0 ;

(1) Jacobsen, The relationship betveen general Paralysis of the insane and Syphulis. — Journal of mental science, avril 1892, p. 175. (2) Minor, Ein statislicher Beitrag sur Syphilis.— Tabes Frage.— Neurolog.

Centralblatt, 1892, no 13.

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> que chez les Russes la syphilis et parallèlement la paralysie générale sont cinq fois plus fréquentes que chez les Juifs ; |

3° que cette similitude de proportion est une conséquence du rôle de la syphilis dans la genèse de la paralysie générale.

Fürstner (1) considère les chiffres de 60 à 70 Or0 donnés par certaines statistiques comme trop élevés. Pour son compte, il arrive en étant très large au maximum à 40 010, en ne prenant que les cas certains à 12 Of0 à peine ; à ne considérer que les résultats fournis par ses autopsies, le rôle de la 5yphilis est quasi nul (p. 111).

Régis (2), plus récemment dans les Archives cliniques de Bordeuux, retrace la facon dont 1l à été frappé de l'importance du rôle de la syphilis : « Tout d’abord, dit-il, «(p. 292), je crus à une simple coïncidence, mais la « répétition constante du même fait ne tarda pas à solli- « citer sérieusement mon attention. » — Ses recherches poursuivies depuis 1883 lui ont donné une proportion de 80/0 de vésaniques contre 85 0/0 de paralytiques généraux entachés de syphilis, la plupart ne présentant aucun stigmate extérieur de cette affection. Mais il trouve un argument autrement sérieux en faveur de la question dans l'étude de la paralysie générale à début précoce et reunitdans un tableau synoptique les 14 observations connues de piralysie générale, constatées chez des individus

(D) Fürstner, Zur Pathologie und Pathologische analomie der progressiven Paralyse, etc. — Archiv.J. Psych., Bd., XXIV, 1892.

2) Régis, Syphilis et paralysie générale. — Arch. cliniques de Bordeaux, 1802 neaT AD 6 EnNS ID 000:

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de moins de 20 ans. 7 fois sur 11, on signale l’hérédité cérébrale ; 9 fois sur 10 (la question ayant été négligée par les premiers observateurs), la syphilis héréditaire. Le seul cas où on ne constate pas de traces de vérole est celui publié par MM. Charcot et Dutil dans le Wercredi Médiral du 20 février 1892. — Ces résultats ont fait dire à Clouston que la syphilis héréditaire était une cause capitale de paralysie générale à début précoce, et à Régis que cette variété de méningo-encéphalite est le résultat de la syphilis héréditaire agissant sur un terrain cérébral spécial.

Hougberg (1), dans une étude très complète sur 100 observations de paralysie générale, arrive au chiffre de 72 0/0 avec syphilis avérée, et 86 0/0 avec les syphilis probables, tandis que chez les aliénés non paralytiques, sur 1.351 cas, 1l n’en trouve que 58 syphilitiques soit 4,28 0/0.

Nicoulau (2), ouvre.la série des documents fournis par l’année 1893. Mais sa statistique perd une grande partie de sa valeur, par ce fait qu’elle repose sur 128 cas plus ou moins anciens, recueillis dans le décenuium 1882-1891 et forcément incomplets au point de vue de la syphilis. En effet, aujourd'hui on compte les aliénistes français qui admettent l’étiologiespécifique de la paralysie générale ; en 1882, pas un seul n'y croyait et par conséquent ne dirigeait ses recherches dans ce sens. Je reviendrai d’ailleurs plus loin sur la valeur des résultats donnés

(1) Hougberg, Bidrag till kænnedoinen om den progressiva paralysis etiologi med særskild hænsyn till syphilie, Th. Helsingfors, 1892, p. 114. @) Nicoulau, Les causes de la Paralysie générale, — Ann.méd. psych., 1893,

no 1, p. 13 et suiv.

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par les registres des asiles d’aliénés. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Nicoulau ne relève que 4 syphilitiques sur 128 paralvtiques.

Gagnerot (1), admet l’action de la syphifs, mais en seconde ligne. Il faut, d’après lui, pour que la paralysie progressive puisse se développer, une ire originelle comme l’hérédité vésanique ou congestive, la dégénérescence innée ou acquise. Il entend par dégénérescence acquise le trouble apporté à la santé cérébrale par une blessure, une lésion encéphalique, une malformation du crâne. C'est sur un terrain ainsi préparé que pourront agir la syphilis, l'alcool ou des excès quelconques.

Courtois-Suffit (2), reconnaît quela syphilis intervient dans un grand nombre de cas pour provoquer le développement de la paralysie générale on du tabes chez un sujet prédisposé. Il cite, à ce propos, les paroles de Rendu à la Société médicale des Hipitaux : « Ge sont précisément les » causes les plus fréquemment signalées dans la genèse du » tabes, ainsi que de là paralysie, lalcoclisme et la syphi- » Lis, la syphilis surtout, qu’on retrouve presque aussi » communément dans les antécédents des paralytiques » généraux que chez les tabétiques avérés. »

Nageotte (3) (p. 144), regarde la syphilis comme la cause efficiente la plus importante du tabes et de la paralysie générale, l’hérédité, cause prédisposante, intervenant pour préparer le terrain. Il insiste longuementsur les analogies

(1) Gagnerot, De la prédisposition dans la paralysie générale, Th., Paris,

(2) Courtois-Suffit, Tabes et Paralysie générale. — Gazette des hôpitaux, 14 janvier 1893, p. 45. :

(3) Nageotte, Tabes et Paralysie générale, Th, Paris, 1893.

étiologiques, cliniques et anatomo-pathologiques et termine en disant que le tabes et la paralysie générale, qui ont la même étiologie, doivent être considérés comme des manifestations diverses d’une seule et même maladie.

Morel-Lavallée (1), dans la Revue de Médecine, confirme les résultats de son travail de 1889. La syphilis a, d'après lui, « une action prépondérante » et la preuve, il la trouve dans ce fait, que « la syphilis a une action élec- » live sur le système nerveux, commeil ressortclairement » des statistiques du professeur Fournier. » L'origine poslinfectieuse de la paralysie générale, reste pour lui la plus plausible.

Chanson (2), un élève de la Salpétrière, termine de la façon suivante, dans sa thèse, le chapitre qui a trait à l’étiologie : «Nous pouvons conclure de toutes ces statistiques que la syphilis se rencontre fréquemment dans les antécédents des paralytiques généraux, et rien de plus. »

Tel est l'historique de la question à l'heure actuelle. Si je lai un peu développé, c’est qu'il me semblait être un argument d’un certain poids. Il montre les progrès de l’idée de la spécificité de la paralysie générale, enfin admise, mais si difficilement acceptée au début par les auteurs français qui, cependant les premiers, l'avaient entrevue. Il nous fait connaître des avis autorisés et nous prouve par le nombre croissant des cuvrages qui traitent de la question, l'importance qu'elle a prise dans le domaine de la psychiatrie.

(1) Morel-Lavallée, Syphilis et Paralysie générale. — Revue de médecine,

1893; n°22/p-137- F (2) Chanson, Essai sur les rapports de la syphilis et de la paralysie géné-

rale, Th. Paris, mars 1893.

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