‹ Syphilis, paludisme, amibiaseChapitre 25 sur 54 · I. — CHOIX DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

I. — CHOIX DES MÉDICAMENTS

1" Emétine. — A la suite des publications de Rogers, de Calcutta, l’émétine ne tarda pas à remplacer en thérapeutiques les différentes préparations ayant pour base l’ipéca. Cependant la poudre d’ipéca peut rendre de grands services, soit sous forme de-décocüon, soit sous forme surtout de pilules de Segond, qui sont bien tolérées par l’estomac.

En France, les premières publications de M. Chauffard* répandirent aussitôt l’usage de ce médicament; il en mit en valeur 1 action remarquable, spécifique pourrait-on dire, sur l’amibe, et les accidents aigus qu’elle détermine au niveau de 1 intestin et du foie. 11 en a réglé la posologie et montré que de hautes doses étaient parfois nécessaires, ,)usqu à 0 gr. 12 centigrammes par jour' en deux fois ; en outre il insista sur la nécessité de cures répétées, même' après la disparition des signes cliniques, pour empêcher les rechutes et obtenir peu à peu la guérison de la maladie.

Des recherches plus longtemps poursuivies firent voir à MM. Rogers, Marchoux, Chauffard, Dopter que l’émétine, SI active contre les formes aigues, l’était beaucoup moins contre les formes chroniques et surtout n’avait presque aucune action sur les kystes amibiens ; or c’est précisément par eux que se'répand la maladie*, et nous étudierons cette face de la question.

La médication par l’émétine doit être surveillée car ainsi que nous l’avons signalé dès 1916, quelquefois ce médicament détermine de la fatigue, de la dépression des phénomènes cardiaques et entretient parfois la diarrhée. Chez certains malades ayant dû recevoir de 8 à

\. Chauffard. Abcès dysentérique du foie ouvert dans les

2. Ravaut et Kroldnitsky. Les kystes amibiens. Importance de leur recherche dans le diagnostic et la patliogénie de la dysenterie amibienne. Presse médicale', n” 37,, 5 juillet 1916. J^enteiie

CHOIX DES MÉDtCAMEXrS.

12 centigrammes du médicament par jour, vers le sixième ou septième jour, nous avons constaté des signes de défaillance cardiaque, de la tachycardie, de la dépression générale et des phénomènes douloureux le long des nerfs des jambes. Outre un état nauséeux spécial, de l’agitation, de Vinsommie, l’appétit diminuait, l’état général était moins bon et très vite les malades demandaient que l’on cessât les piqûres, surtout lorsqu’elles étaient douloureuses. Parmi ces derniers, étaient des territoriaux de trentecinq à quarante ans et nous avons remarqué qu’ils supportaient beaucoup moins bien le médicament que des individus jeunes. Et cependant il fallait recourir à ces doses élevées et en prolonger l’usage pour obtenir le résultat thérapeutique recherché. La toxicité de l’émétine a été recherchée par MM. Dalimier, Méry; ils ont constaté que les doses toxiques sont cependant très supérieures aux doses thérapeutiques employées jusqu’alors. Il y aurait lieu de surveiller très attentivement les altérations qui peuvent se produire dans des ampoules mal préparées ou trop anciennes car quelquefois la solution s altère et jaunit légèrement.

A côté de ses avantages remarquables, l’émétine présente

donc quelques inconvénients, tels que son manque d action sur les kystes, l’apparition de phénomènes toxiques chez certains malades traités depuis longtemps à doses élevées ; aussi avons-nous recherché, si d’autres médicaments actifs dans les maladies à protozoaires ne pourraieiît pas compléter son action thérapeutique et neutraliser cette action parfois déprimante. C’est dans ce but que nous avons eu recours aux'sels arsenicaux dans le traitement de l’amibiase* et en particulier au novarsénobenzol, si actif contre certains protozoaires.

2" Arsenic: — Antérieurèment aux recherches systématiques que nous avons entreprises, différents au tours avaient

■1 Ravaut el KnoLUNiTSKY. L’emploi du novarsénobenzol dans le Irai tement de la dysenterie amibienne. Sociéli de P.aholooie exotique, •12 juillet 1916.

' fiC AMIBIASE.

déjà remarqué l'acl.ion des arsénobenzols sur les crises dysentériques. M.Milian’ constate que,chez un syphilitique atteint d’amibiase, les amibes disparaissent à la suite d’une injection de néosalvarsari et il conseille d’essayer ce médicament dans cette maladie. Puis Wadham et Hill-“ rapportent les observations de trois syphilitiques atteints.en même temps de dysenterie amibienne et chez lesquels les injections de salvarsan laites pour la syphilis déterrqinent une grande amélioration des crises dysentériques. Enrevanche, Van den Branden et Dubois^ ont traité au Congo belge sans grand bénéfice, par le néosalvarsan, un certain nombre d’indigènes atteints de dysenterie amibienne.

Nous avons employé le novarsénobenzol en injections intraveineuses dans les formes aiguës et essayé les effets de ce médicament administré parla voie buccale. Ces premiers essais pratiqués en 1915+ nous montrèrent l’importance des voies d’absorption des médicaments dans le traitement de l’amibiase, car dès cette époque nous constations la disparition des kystes chez des malades traités par l’absorption des capsules de novarsénobenzol, alors que les injections intraveineuses de ce médicament ou d’émétine n’avaient donné aucun résultat. Ces faits ont été le point de départ de la méthode de traitement que nous proposerons plus loin. Etudions d’abord l’action du novarsénobenzol dans l’amibiase, selon qu’il est administré parla voie veineuse ou la voie buccale.

a) Voie veineuse. — L’injection intra-veineuse de novarsénobenzol pratiquée à la dose de, 0 g. 50 ou 0 g., 45, en pleine crise dysentérique, manifeste presque aussitôt son

1. Milian. Presse médicale 'd'Ëgyple, l"-juillet t9H. Somété médicale des hôpitaux J i décembre 1913.

Page 1