CHOIX DES MEDICAMENTS. G
acUon par une dimmulion des phénomènes douloureux el du nombre des selles. En général, quelques heures' après l’injection, les douleurs, parfois très vives ressenties le long du gros intestin, s’atténuent ou même disparaissent; les ' épreintes et le téne^sme sont moins vifs. Les malades en éprouvent une sensation de bien-être qu’ils accusent aussitôt. Certains qui, depuis plusieurs jours, souffraient constamment et ne dormaient pas, sommeillèrent la nuit même qui suivit l’administration du médicament el dès le lendemain matin demandèrent qu’on répétât l’injection. ' ' En môme temps la sensibilité du ventre, l’anorexie et les autres accidents en rapport avec cette crise, diminuent dans les jours suivants; en règle générale, une seconde ' injection pratiquée trois jours après accentue la rapidité de cette détente. Lorsqu’il existe un peu de fièvre, elle tombe assez rapidement. D’autre part, le nombre' et le caractère des selles se modifient parallèlement, mais moins vite. Il faut noter cependaçt que, parfois, quelques heures après l’injection, le malade a des coliques et des évacuations abondantes, mais dès le lendemain la détente devient évidente. Peut-être s’agibil dans ces cas spéciaux d’une réaction locale, déterminée par l’action violente du médicament, comparable à la réaction'deHerxheimer chez les syphilitiques. Dans les formes graves, les selles restent encore glairo-sanguinolentes pendant plusieurs jours; puis, au milieu des glaires, apparaissent des matières fécales et généralement au bout de huit jours, tout glaire ' sanglant a disparu: le malade émet, une ou deux fois par jour, des matières molles, pâteuses, abondantes, qui se moulent quelques jours après. D’autres fois le résultat est beaucoup plus rapide: glaires et sang disparaissent dès la première injection ; de dix à quinze, les selles tombent à
deux ou trois emvingt-quatre heures ; quelques jours après,
elles sont moulées.
Enfin dans certains cas, l’action est plus lente : il s’agit de malades souffrant depuis longtemps et présentant dans leurs selles do véritables crâchats purulents qui ne disparaissent qu’au bout de 10 à 15 jours de traitement. En
AMIBIASE.
même temps, l’on constate de la fièvre, des douleurs violentes au niveau d’une région limitée du gros intestin, et tout nous porte à croire qu’il s’agit dans ces cas d’infections secondaires tenaces ou de suppurations profondes de la muqueuse intestinale. L’action bienfaisante du médicament se fait d’abord sentir sur les douleurs et la fièvre, mais les modifications des selles se font plus lentement.
L’examen microscopique montre que les amibes disparaissent rapidement et l’on peut suivre foules les transformations de leur nombre et de leur aspect; souvent, les jours suivant la crise, on les retrouve sous leur forme kystique, ce qui prouve que, malgré son action évidente, le médicament n’a pas débarrassé le malade de ses • parasites.
La médication arsenicale nous a permis d’alimenter nos malades; elle excite leur appétit et leur permet de tolérer rapidement une alimentation reconstituante. Dans les premiers jours nous les mettons au régime du bouillon et des pâtes; puis quelques jours après, nous leur donnons de la viande. Aussi ils engraissent, prennent des couleurs, et les forces reviennent vite.
En même temps, le caractère se modifie et, de moroses et sombres qu’ils étaient, certains malades deviennent beaucoup plus gais. Celte action sur la nutrition est tellement nette que nous nous sommes souvent demandé si ce n’était pas là le vrai mode d’action de l’arsenic dans la dysenterie amibienne, mais'il suffit de considérer d’autre part son action si nette sur l’évolution de la crise dysentérique, sur l’aspect des selles, sur la transformation des amibes pour être convaincu qu’il agit directement sur l’amibe elle-même.
Dansles formes chroniques, Faction des injections intraveineuses est beaucoup moins nette et qu’il s’agisse d’émétine ou de sels arsenicaux l’administration par voie buccale paraît plus active dans un grand nonîbre de cas.
Dans les complications récentes comme l’hépatite le novarsénobenzol agit parfois très efficacement : c’est ainsi que chez plusieurs malades nous avons constaté la rétro-
cession très rapide du volume du foie sous l’influence de de quelques injections intraveineuses. Lorsque la suppuration est établie et revêt quelques-uns des caractères que nous décrirons plus loin, ni l’é'métine, ni l’arsenic, ni même la ponction ne peuvent en arrêter l’évolution et il faut recourir à l’opération.
b). Voie buccale. — En présence de nombreux insuccès thérapeutiques de l’émétine ou du novarsénobenzol employées en injection dans le traitement des formes chroniques de l’amibiase et surtout chez les « semeurs de kystes », nous avons essayé l’administration de ces médicaments par la voie buccale. Avec l’émétine c’est presque impossible car môme en capsules glutinisées ou kératinisées elle produit des vomissemeyits ou des nausées intolérables. Le novarsénobenzol est au contraire très bien supporté sous forme de'capsules en gélatine formoléeou sous forme de comprimés*glutinisés; cette préparation qu’exécuta à notre .demande M. Billon est beaucoup mieux tolérée que la sirhple solution qui détermine des nausées ou des crampes d’estomac. Nous les avons administrées à la dose de 0 g. 10 ou 0 gr. 20 par jour pendant 10 jours consécutifs. Voici quelques-uns des résultats obtenus chez des individus dont nous avons pu examiner les selles presque chaque jour. •
Tout d’abord citons ce premier fait; à un individu bien portant dont les selles examinées chaque jour pendant un mois et demi montraient à chaque examen des kystes de Entamœba coli, nous avons administré deux capsules de 0 gr. 05 de novarsénobenzol par jour pendant dix jours, et dès le deuxième jour les kystes disparurent; plusieurs examens furent pratiqués dans le mois suivant et jamais l’on ne retrouva de kystes. Il est vrai qu’il s’agit de E. coli, mais le fait est intéressant, car l’on sait qu’il est presque impossible de les faire disparaître.
Un autre sujet faisant partie du personnel hospitalier avait dans ses selles des kystes de E. coli et de E. dysenteriæ, des trichomonas vivants et enkystés, des spirilles. Il présentait en outre des selles mplles, pâteuses, quelque-
AMIBIASE.
fois sanguinolentes; il se plaignait de douleurs épigastriques au moment des digestions, de besoins impérieux d’aller à la selle et dé fatigue générale. Pendant vingt et un jours consécutifs les selles furent examinées chaque jour et présentèrent la même flore intestinale. Il fut sournis à une cure de dix jours pendant lesquels il prit deux capsules de 0 gr. 05 de novarsénôbenzol par jour, et dès le troisième jour les kystes amibiens de E. coli et de E. dysenteriæ disparurent des selles. Depuis cette cure, 60 examens ont été pratiqués et l’on n’a pu retrouver que des kystes de trichomonas. Les symptômes cliniques, en même temps, s’améliorèrent considérablement.
Chez un autre malade, nous avons pu comparer la valeur relative de l’émétine et des capsules de novarsénobenzol. Les selles étaient riches en kystes de E. coli et de E. dysenteriæ, en kystes de lamblia et de flagellés. Il a reçu pendant dix jours Ogr. 04 d’émétine par jour; les kystes de E. dysenteriæ disparurent au quatrième jour mais reparurent au dixième jour; aucune des autres variétés de kystes ne disparut. Huit jours après, nous avons fait prendre à te malade 0 gr. 10 de novarsénobenzol en capsules par jour pendant dix jours, et très rapidement tous les kystes disparurent, pendant plusieurs semaines d’observation, sauf ceux de lamblia qui cependant diminuèrent considérablement de nombre.
Chez de nombreux autres malades nous avons fait des constatations analogues, mais malheureusement nous avons pu voir que, chez plusieurs d’entre eux, les kystes avaient réapparu quelque temps après la suspension du traitement; l’un d’eux a même présenté à la fin d’une deuxième série de capsules une légère crise dysentérique.
Bien que ces résultats soient très discutables, car nous n’avons pas pu suivre assez longtemps nosmalades,ilsnous montrent qu’il est possible avec des capsulesde novarsénobenzol, de faire dispariaître des kystes amibiens pour un temps parfois très long, icomme le montre notre deuxième observation. Nous tenons à signaler ceg faits, qui peuvent servir d’indication pour d’autres recherches; peut-être