LA CUBE DE BLANCHIMENT
alors diminuer les doses et ne les augmenter dans la suite que si la fièvre ne se reproduit plus. Les réactions fébriles, chez les malades traités par les injections concentrées de novarsenobenzol, sont assez régulières pour qu il me semble possible de paraphraser une loi célèbre et de dire : Chez un syphiliti'ijue récent présentant des lésions actives évidentes ou latentes, qui n'a pas été récemment traité, l’apparition d'une réaction fébrile après la première^ injection à doses suffisantes est la règle, l’absence de réaction fébrile est Vexception. Au contraire, après les injections suivantes, l'absence de fièvre est la règle, l’existence de fièvi'e l'exception.
La céphalée est un signe important d’intolérance ; elle accompagne presque toujours la fièvre; mais par sa persistance entre les injections et son augmentation à chacune d’elles, elle doit attirer l’attention du côté du système nerveux.
Le prurit et les éruptions cutanées se voient quelquefois et sont le fait, chez certains malades prédisposés, d’une intoxication arsenicale. Habituellement, elles sont légères, de type morbilliforme, mais, dans des cas graves, heureusement très rares, elles peuvent être scarlatiniformes et môme rappeler les érythrodermies exfoliantes.
L'ictère peut se voir quelquefois, mais est relativement très rare. Pour Milian, il s’agit d’une véritable réaction de Herxheimer hépatique; ce symptôme disparaît ordinairement par la continuation du traitement.
Les accidents nerveux sont de deux ordres différents : les uns rappellent l’encéphalite aiguë, les autres ont été décrits sous le terme impropre de neuro-récidive. Les premiers ont été surtout observés au cours du traitement par l’ancien 606. Ils sont caractérisés par une céphalée très vive, des crises épileptiformes, suivies quelquefois de coma : dans quelques cas, ils furent mortels. Le tableau clinique rappelle celui de l’encéphalite aiguë. Les accidents apparaissent brusquement quelques jours après la deuxième ou troisième injection, ce qui m’a permis de les faire rentrer dans le cadre de l’anaphylaxie. Quelquefois
ils s’accompagnent d’eruplions cutanées. Dans quelques cas, leur évolution a été enrayée par l’emploi d’adrénaline. Ils sont heureusement très rares maintenant, et, depuis le début de la guerre, j’ai pratiqué plusieurs milliers d’injections de novarsenobenzol sans en observer; dans la statistique citée plus haut, portant sur 94000 injections, aucun cas mortel n’a été signalé.
Les autres accidents nerveux sont ceux qui ont été décrits sous le nom de neuvo-récidives. Ce sont des lésions des nerfs crâniens pouvant aller jusqu’à la paralysie, ou bien ce sont des phénomènes limités de méningite, survenant insidieusement quelques semaines ou quelques mois après la cessation d’un traitement par injections arsenicales. Ces accidents furent assez fréquents lors de l’emploi de l’ancien 606 et sont maintenant relativement très rares. J’ai montré ‘ qu’ils ne se voyaient que chez les malades dont le système nerveux était antérieurement louché et dont le traitement avait été mal conduit. En effet, le plus souvent, ces neuro-récidives se voient chez des syphilitiques secondaires, n’ayant reçu que quelques injections arsenicales, dont l’on n’a surveillé ni le système nerveux ni les réactions déterminées par les injections et surtout dont le traitement a été trop longtemps suspendu. La guérison n’est le plus souvent obtenue que par la reprise des injections, mais délicatement conduites, à doses lentement croissantes.
Dans plusieurs travaux"^ j’ai essayé d’en ébaucher la pathogénie, ét voici comment .aujourd’hui me paraît se présenter cette importante question.
Dès la période secondaire, le spirochète pallida atteint presque tous les organes et plus particulièrement le système nerveux' dans une proportion de 80 pour 100, ainsi
t. P. Ravaut. Les réactions nerveuses tardives observées chez certains syphilitiques traités par le salvarsan et la méningo-vascularite syphilitique. Presse médicale, n" 18, 2 mars 1912.
2. P. Ravauï. Récidives et réinfections après traitement de la syphilis récente par le salvarsan. Presse médicale, n” 75,15 septembre 1915.