‹ Syphilis. Poème en deux chantsChapitre 11 sur 37 · ORIGINE DU MOT S$SYPHILIS · texte numérisé non relu

ORIGINE DU MOT S$SYPHILIS

Ad tristém acerbæ mortis ejus nuntium

Vicina flevit ora , flerunt ultimæ

Gentes perisse musicorum candidum

Florem , optimarum et lumen artium omnium,

L'intention de l’annotateur n’est pas d'entamer ici une dissertation litté— raire sur les avantages de la prose ou de la poésie , et d'établir la prééminence d’une de ces formes de style au détriment de l’autre. D'ailleurs, ces sortes de discussions ou de parailèles ne fixent jamais la question d’une manière précise et ne déterminent la conviction de personne; les prosateurs seront toujours les partisans de la prose , et les poètes les apologistes du vers. On peut avancer cependant , comme chose incontestable , qu’un privilège de la poésie, et surtout de la poésie française, ou, pour parler plus proprement, du vers français , est de se graver plus facilement et profondément dans la mémoire, à cause de la mesure et encore plus de la rime. Cette im-— pression est sensible aussi bien sur les hommes in&truits que sur le vulgaire le plus étranger aux lettres et le plus ignorant. Il est presque superflu d’en donner la preuve; nous entendons chaque jour des hommes dépourvus de toute éducation et de toute étude, des hommes qui ne savent pas même lire, citer textuellement et sans altération d’une syllabe, des vers entiers pris çà et là dans nos poètes, tels que ceux-ci :

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Le crime fait la honte et non pas l’échafaud. Le premier qui fut roi fut un soldat heureux. La critique est aisée et l’art est difficile.

L'honneur est comme une île escarpée et sans bords, Où l’on ne rentre plus dès qu’on en est dehors.

A peine nous sortions des portes de Trézène.

Et le songe a fini par un coup de tonnerre.

Il est avec le ciel des accommodements

Enfin des milliers d’autres qui formeraient un volume , et qui sortent à tout moment des mêmes bouches qui, hors de là , ont de la peine à prononcer un seul mot de français.

Oui le vers est la mnémonique de l’esprit; les vieilles ballades , les chan sons, se transmettent d'âge en âge par simple tradition; il n’est personne qui ne puisse réciter de longs passages de Corneille, de Racine, de Boileau, de Voltaire, etc., etc., et qui ne serait embarrassé si on lui demandait une seule phrase de J.-J. Rousseau ou de Chateaubriand.

Comme preuve de cette influence de la poésie, nous puiserons dans le sujet de ce poème un nouvel argument destiné à faire triompher notre pro— position. F

Dans les premiers temps de l’apparition du fléau vénérien, les savants et même le peuple cherchèrent à désigner par un mot quelconque cette épouvantable affection. D’après l’opinion des médecins ou les contes populaires, on l’appelait à la fois ou successivement en latin , en français, en portugais : Lues venerea, morbus veneris, morbus pustularum, pustulæ malæ, gale de Waples, mal français , mauvais mal, brigandine, gaillardise, mignonise, sorcellerie, diablerie, mal de IViort, las bubas de las Indias , etc., etc. On la décorait d’appellations scientifiques ou grotesques, sérieuses ou plaisantes, sans qu'il fût xossible de lui attacher un nom fixe, avoué et reconnu par la généralité des malades et des médecins. Au milieu de cette inextricable multitude d’exaressions, parut un homme, mais un poète, qui se chargea de donner le paptême à cette furie anonyme. Ce poète était Fracastor ; de sa propre autorité il la nomma S'yphilis, nom qui reçut une consécration tellement universelle, que depuis lors jusqu’à nos jours et jusqu’à la fin des siècles, elle n’a changé et ne changera la dénomination de son poétique parrain.

Etre indéfinissable ; agent mystérieux , Qui naquit on ne sait en quel temps, en quels lieux.

Chose digne de remarque ! quatre grandes découvertes ou apparitions, sa= lutaires ou fatales, signalèrent la fin du quinzième siècle et le commence-

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