‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 10 sur 55 · ÉTIOLOGIE. INFLUENCE DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE. INFLUENCE DU TRAITEMENT

montrant que les syphilis secondaires tardives deviennent de plus en plus fréquentes à mesure que le traitement devient plus sérieux. (De 92 cette ligne s’élève à 229.)

Gela ne parle-t-il pas aux yeux ?

Eh bien, réunissons maintenant ces deux résultats, pour apprécier quelle en est la signification commune. Leur signitication commune est que, sous l’influence du traitement spécifique, la syphilis perd de son intensité virulente, et cela proportionnellement à la durée de ce traitement ; — c’est-à-dire que, plus longtemps elle est traitée, moins elle offre de tendance à passer au tertiarisme ; — que plus longtemps elle est traitée, plus elle offre de tendance à se limiter, dans ses manifestations ultérieures, à des formes secondaires. Gela veut dire, en somme, que la syphilis est atténuée par le traitement quant à la qualité des accidents ultérieurs dont elle reste susceptible .

Notez, au reste, que cette dernière conclusion n’a rien que de conforme à ce qui est, pour tout le monde aujourd’hui (ou bien peu s’en faut) de croyance commune ; à savoir que h* mercure, s’il ne guérit pas la syphilis, tout au moins en diminue les manifestations comme nombre, en les mitigeant comme forme, comme modalité morbide. Gela, je le répète, est accepté de tous en thèse générale, et les statistiques précédentes n’ont que le mérite de confirmer en l’espèce cette irrécusable vérité.

D’où il suit, pour en revenir à la question spéciale de pathogénie qui a motivé ce débat, que certainement une des conditions (vraisemblablement multiples) qui donnent naissance aux syphilis secondaires tardives, c’est l’intluence thérapeutique, l’intluence mercurielle. Sans nul doute, cet ordre de syphilis a l’une de ses raisons d’ètre dans l’action corrective, dépurative, neutralisante, exercée par le mercure sur le germe infectieux. Et nous sommes autorisés logiquement à croire que le plus souvent les syphilis secondaires tardives ne restent secondaires de forme que parce qu’elles sont des syphilis

traitées^ c’est-à-dire atténuées par une intervention médicamenteuse.

Je ne dis pas, à coup sûr, que toutes les syphilis à manifestations secondaires tardives relèvent de cette influence thérapeutique et que ce soit là la seule raison qui contienne de la

sorte l’infection et la réduise à ce degré relativement bénin dans les phases avancées de son évolution. Mais je dis que cette raison est incontestable pour un grand nombre de cas et que, jusqu’à présent, c’est la seule qu’il nous ait été donné de dépister, de mettre pleinement en luniière.

SYMPTOMATOLOGIE

Un jour viendra peut-être où l’observation aura démontré que la plupart ou même la totalité des manifestations morbides qui composent la syphilis secondaire peuvent éventuellement ou exceptionnellement trouver place dans l’étape tertiaire. La tâche du nosologiste se trouvera alors simplifiée, et il suflira d’énoncer le fait sans commentaire. Mais aujourd’hui nous n’en sommes pas encore là, et l'obligation s’impose à nous de spécifier quels sont les types secondaires que nous avons rencontrés hors rang^ dans une période morbide qui n’est pas la leur. Gela va être notre premier soin.

11 n’importe pas seulement, d’ailleurs, de signaler que tel ou tel type secondaire peut faire apparition en étape tertiaire. 11 est d’un intérêt bien supérieur de déterminer si, par le fait de son transfert dans une étape chronologi({ue qui n’est pas la sienne, ce type secondaire va se trouver modifié en tant que symptôme, et comment; — s’il peut, alors, modifié d’une façon ou d’une autre, surprendre ou égarer le diagnostic; — et surtout, par-dessous tout, s’il peut, à échéance tertiaire, comporter les dangers de contagion du symptôme secondaire, etc., etc. C’est à ces divers sujets que va être consacrée notre étude.

Mais précisons d’abord quelles manifestations secondaires notre observation nous a permis de surprendre évoluant en période tertiaire. Voici ce qu’à ce point de vue m’a fourni le dépouillement de mes notes :

Syphilides cutanées (de types et de sièges divers)... 614 cas.

— du cuir chevelu 33 —

Onyxis et périonyxis 22 —

Syphilides muqueuses de la bouche (lèvres, langue,

palais, amygdales, etc.) 533 —

Syphilides laryngées 2 —

, , { chez l’homme 102 —

geni a es j femme 5 —

— anales et périanales 7 —

Affections secondaires de l’œil 3 —

Actuellement, détaillons.

SYPHILIDES CUTANÉES

/ Il n’est pas rare de constater au cours delà période tertiaire, voire dans des stades avancés de cette période, des éruptions cutanées spécifiques qui se présentent avec les caractères, les allures, la physionomie générale des syphilides secondaires. Ainsi que vous le savez déjà par une statistique précédente, je n’ai pas observé moins de 614 cas de cet ordre dans la clientèle privée.

Dès aujourd’hui, d’ailleurs, le hasard fait qu’avec les seules ressources de mon service hospitalier je puis mettre et je vais mettre sous vos yeux plusieurs exemples de ces syphilides secondaires attardées (passez-moi le mot) dans l’étape du tertiarisme. Gela sera pour vous la meilleure des initiations à l’ordre des sujets qui vont suivre.

Voyez d’abord cette femme. Elle est affectée d’un exanthème rosé, discret, cantonné sur quelques départements tégumentaires (thorax, dos, cuisses). Cet exanthème est manifestement une roséole et certainement aussi une roséole spécifique, cela de par tout un ensemble de caractères, à savoir : de par sa teinte, sa superficialité, l’absence de toute infiltration dermique, l’absence de squames, l’absence de prurit, la configuration de certains de ses éléments qui se présentent sous forme de rubans roses ondulés, à sinuosités diversement curvilignes et à centre sain, etc., etc. D’autre part, cette femme a une histoire bien nette de syphilis ; c’est une de nos « habituées », et nous f avons vue ici à diverses reprises affectée de manifestations spécifiques des mieux caractérisées. Or, — venons au point qui nous touche, — à quel âge remonte la syphilis chez cette malade? Très exactement à sept ans. Oui, à sept ans, quelque extraordinaire que puisse vous paraître l’invasion d’une simple roséole à terme aussi distant de l’accident primitif.

Poursuivons. — Voici maintenant un malade qui est entré dans nos salles il y a une huitaine pour une éruption des

bourses qu’il qualifiait et qu’un médecin, nous dit-il, a qualifiée d’eczéma scrotal. Or, après examen attentif, ce prétendu eczéma s’est trouvé être un groupe de syphilides papuleuses, constituées soit par un semis de papules plates, lenticulaires, squamelleuses, nettement individualisées, soit, sur d’autres points, par des rubans papuleux, arciformes, dessinant des demi-couronnes. Le cas n’était pas méconnaissable. D’autant que ce malade présentait, en outre, simultanément une sypliilide palmaire bien accentuée; d’autant que ses antécédents spécifiques étaient parfaitement nets et môme que, deux ans auparavant, nous l’avions vu atîecté d’un érythème tertiaire non douteux. La lésion scrotale était donc bel et bien une syphilide papiilo-circinée de modalité tout à fait secondaire. Or, quel âge a la syphilis dont dérive ladite syphilide ! Douze ans, exactement; douze ans, je le répète.

Une parenthèse est ici nécessaire pour relever au passage, puisque dès maintenant l’occasion s’en présente, un point des plus importants, des plus essentiels et dont nous aurons à parler longuement en son temps. Cette syphilide scrotale était de type sec ; ce qui n’empêche que sur quelques points, soit spontanément, soit par le fait de frottements et d’irritations surajoutées, elle s’était érodée. En ces points, donc, elle se présentait à l’état de papules humides, c’est-à-dire de plaques muqueuses, c’est-à-dire de lésions contagieuses. Voilàdoncune lésion qui, en sa qualité de plaque muqueuse., pouvait transmettre une contagion, et cela (remarquez bien celte échéance ; à la douzième année d’une syphilis ! — Jugez, pour la pratique, de fintéret et de l’importance d’un tel fait. — Gela dit, je reprends mon sujet.

En troisième lieu, voici mieux encore et de quoi parfaire vos convictions.

Examinez ces deux malades. Sur l’un et sur l’autre vous constaterez l’aft'ection si commune en syphilis qu’on appelle couramment et à tort « psoriasis palmaire » et qui, plus correctement, devrait être dite syphilide palmaire. Les lésions que présentent ces deux malades se ressemblent absolument. A cela près de quelques détails topographiques sans importance, elles sont, si je puis ainsi dire, calquées l’une sur l’autre. De part et d’autre, en effet, éruption cantonnée exclusivement sur la face palmaire d’une main, pour le premier de ces malades, et des deux mains pour le second. De part et d’autre, éruption

SYPHILIDES CUTANÉES. TYPES ANACHROxMQUES. 25

constituée par un semis de plaques desquamées, rosées, sèches et âpres au toucher, bordées de franges d’épiderme en voie de décollement. De part et d’autre, éruption affectant dans l’une de ses parties la forme d’un ruban continu à trajet arciforme, c’est-à-dire décrivant la moitié ou les deux tiers environ d’une petite circonférence. Bref, sur l’un et l’autre de ces malades, et cela d’une façon indiscutable (car le diagnostic, en l’espèce, ne saurait être sujet à contestation), syphilide palmaire typique, de modalité à la fois lenticulaire et circinée.

Or, — écoutez bien ceci, messieurs. Sur l’un de ces malades, la syphilis date de dix à onze mois ; — et, sur l’autre, elle remonte à quatorze ans !

Voilà qui est formel, je pense ; et la conclusion qui dérive de ce fait, comme des précédents, est que, dans la période tertiaire de la syphilis, voire à des termes éloignés de cette période, il est possible de rencontrer des éruptions spécifiques de modalité secondaire.

Première question :

Quels types éruptifs secondaires a-t-on déjà observés au cours de la période tertiaire ?

Réponse : Tous, ou peu s’en faut.

Et, en effet, je trouve dans mes notes qu’on y a rencontré :

1“ Le type érythémateux, sous forme de roséole simple onde roséole circinée oud’unérytbèine spécial dit érytbènietertiaire ;

2® Les types papuleux et papulo-squameux, dans leurs variétés extrêmement multiples, à savoir : syphilide papulo-squameuse lenticulaire; — syphilide papulo-granuleuse ; — syphilide papulo-nummulaire ; — syphilide papuleuse en nappe ;

syphilide psoriasiforme ; — syphilides papulo-circinées (variété annulaire, variété ai ciforme, variété eu arceaux conjugués, etc.); — syphilide papuleuse groupée ou en bouquet;

syphilide à groupement circiné ; — sypliilide dite psoriasis palmaire ou plantaire ; — syphilide papuleuse humide (plaque muqueuse de la peau); — syphilide papulo-croûteuse, etc.;

3° Le type ulcéreux superliciel (syphilide pustulo-ulcéreuse, ecthymateuse, etc.).

N’attendez pas de moi, bien entendu, que je vous décrive ces divers types, car cela n’est pas dans mon sujet (1). Je n’ai, ici, qu’à VOUS les désigner nominativement, et ne me reconnais pour l’instant qu’une obligation, celle de vous dire comment ils se présentent alors qu’ils font leur entrée en scène dans une étape morbide qui n’est plus leur étape usuelle d’efflorescence.

Et, en effet, ne croyez pas que ces types attardés^ anachroniques (laissez-moi les qualifier ainsi abréviativement), soient toujours la reproduction exacte du type qui leur est propre dans une étape morbide antérieure. Bien au contraire, ils en diffèrent, sinon toujours et comme règle, du moins le plus souvent. Ils ne constituent plus alors que des types modifiés. Certes, ces types modifiés sont bien encore des syphilides secondaires, et cela de par leur objectivité, leur physionomie générale, leurs caractères de dermatoses superficielles et comme « à fleur de peau », bénignes d’allure et de fond, résolutives et intégralement résolutives, etc. Nul doute à ce sujet. Mais ce sont des syphilides secondaires altérées, adultérées comme modalité, comme physionomie, comme style (si j’ose ainsi dire), parfois même transfigurées, amoindries, dégénérées, etc. ; en un mot, modifiées.

Modifiées, et comment ? — Par exemple, en ce qu’au lieu d’être profuses, elles sont généralement discrètes, au moins relativement discrètes ; — en ce qu’au lieu d’être disséminées, éparpillées, voire généralisées, elles sont très généralement circonscrites, cantonnées en quelques régions, parfois même en une seule ; — en ce qu’au lieu d’être indisciplinées, « anarchiques » en tant que distribution réciproque de leurs éléments éruptifs, elles manifestent déjà tendance à se grouper méthodiquement ou bien à s’assujettir à la configuration circinée. A tous ces titres elles commencent donc déjà à rappeler (de loin, bien entendu, mais n’importe) l’allure des dermatoses tertiaires.

Ajoutez à cela cet autre caractère qu’assez fréquemment elles consistent en des exanthèmes amoindris, atténués, avortés, en quelque sorte, et avortés soit comme étendue de territoire qu’elles occupent, soit comme nombre des éléments éruptifs qui les composent, soit à ces deux points de vue simultanément.

Un exemple va fixer les idées sur quelques-uns de ces points.

(1) Voir la description de ces divers types dans le tome I de mon Traité de la Syphilis.

SYPHILTDES CUTA^’ÉES.

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