SYPIIILIDES CUTANÉES. TYPES ANACHRONIQUES
y. — Syphilis datant de six ans. — Un seul foyer alfectant le front.
VI. — Syphilis de huit ans. — Un seul foyer alfectant la région labiale sous forme d’une syphilide en arceaux conjugués. — Récidive de la même syphilide au même siège (exclusivement; au cours des sixième, septième et huitième années.
VII. — Syphilis datant de huit ans. — Un seul foyer éruptif siégeant sur le cou, sous forme de syphilide papulo-sipiameuse circinée, en croissant, etc., etc.
II. — Autre point : Le caractère atténué^ amoindri^ voire parfois abortif, de V exanthème olfreun intérêt diagnostique de tout premier ordre, intérêt dont vous ne vous rendrez compte qu’après audition de ce qui va suivre.
II est absolument exceptionnel que les syphilides secondaires tardives soient comparables comme ampleur, expansion^ contluence, aux syphilides de même type évoluant en leur temps, à leur heure, à leur échéance normale. Tout au contraire, elles se font très généralement remarquer par un caractère relativement discret, par une éruption appauvrie, amoindrie d’importance, voire comme avortée.
Que de fois, dans nos salles, ai-je appelé votre attention sur ce point, en vôus disant : « Voyez donc quelle singularité ! Voici un malade qui en est à sa sixième, à sa huitième, à sa dixième année de syphilis, c’est-à-dire à une époque où cette syphilis devrait s’accuser (si elle avait à s’accuser) par des lésions importantes, ulcéreuses, par des accidents à grand tapage ; et, tout au contraire, elle ne se manifeste que par des éclaboussures de syphilis secondaire, par quelques misérables groupes papuleux, voire par quelques papules isolées, et rien de plus. N’est-ce pas étrange ? »
Eh bien, ce qui est étrange se trouve êti’c en l’espèce le fait normal. Oui, le fait normal ; car la règle, par exemple, est qu’une syphilide papuleuse, venant à se produire en étape tertiaire, se réduise soit à quelques groupes éruptifs, voire à un seul groupe, soit à quelques papules, soit même (c’est à ne plus y croire, mais j’en ferai la preuve dans un instant) à un élément éruptif unique, isolé !
Mais je sens que de telles assertions, — qui doivent vous sembler singulièrement bizarres, — exigent des témoignages cliniques, que vous attendez. Je vais donc me hâter de vous satisfaire.
Voici, d'abord, un cas où la syphilis s’est traduite, au cours de sa sixième année, par une éruption ainsi constituée : sypliilide bipalmaire, psoriasiforme ; — éruption papuleuse sur les deux jambes, composée de huit à dix papules sur chacune ; — syphilide croûtelleuse de la nuque (quatre papules), et quelques croûtes du cuir chevelu.
Autre cas. Une toute jeune femme contracte la syphilis en 1875 et ne se traite que comme se traitent la plupart des femmes, c’est-à-dire très bien au cours môme des accidents, très mal ou pas du tout dès que les accidents sont dissipés. — En 1880, poussée tertiaire^ caractérisée par sept gommes (deux aux cuisses, deux aux bras, deux à un sein, et une au cou), qui guérissent très rapidement sous l’influence d’un traitement ioduré. — En 1881, périostose, que l’iodure guérit de même. — Puis, en 1882 (remarquez bien ceci, car c’est le monde renversé), poussée secondaire ^ nettement et incontestablement secondaire, se traduisant ainsi : syphilide papuleuse sur les jambes (8 papules sur l’une, 7 sur l’autre); syphilide papuleuse du visage (2 papules sur le menton et 1 sur le front). — Rien autre. — Total : 18 papules.
Et ce n’est pas tout, car cet appauvrissement éruptif peut s’exagérer encore. Si bien qu’on aboutit à des cas surprenants d’abord, puis extraordinaires en second lieu, où l’éruption se réduit à un nombre minime, tout à fait minime^ d’éléments, à savoir, par exemple : une douzaine de papules, une dizaine, une demi-douzaine, quatre, trois, deux (!).
Exemples :
A la cinquième année d’une syphilis qu’il avait assez correctement traitée, un de mes clients présentait sur un avantbras un groupe unique de papules lenticulaires au nombre de dix, disposées circulairement, en forme de collier.
Un autre, syphilitique depuis six ans, portait sur un bras un groupe de syphilides papulo-squameuses, composé de neuf papules.
Un troisième, dont la syphilis remontait à vingt-six ans, offrait sur la face antérieure d’un avant-bras et du poignet correspondant trois syphilides arciformes, constituées par de longues traînées papuleuses ondulées.
Autres cas, qu’il suffira de citer très sommairement, car ils n’otfrent plus qu’un intérêt confirmatif de ce qui précède :
SYPHILIDES CUTANÉES. l'YPES AN ACIIRONIQUES. 31
Syphilis datant de six ans. — Syphilide papulo-croûtelleuse du front, composée de sept papules.
Syphilis datant de six ans. — Syphilide papulo-croûteuse du nez [quatre papules).
Syphilis datant de six ans. — papules frontales, lenticulaires.
Syphilis datant de cinq ans. — Trois papules squameuses sur le poignet et le front.
Syphilis datant de cinq ans. — Beux anneaux papulo-squameux sur une fesse.
Syphilis datant de six ans. — Dcwo; papules croûteuses sur une jambe.
Sy})hilis datant de cinq ans. — Beux syphilides ecthymateuses,de la largeur d’une pièce de cinquante centimes, siégeant sur le thorax.
Syphilis datant de huit ans. — Beux croissants de syphilide papulo-squameuse circinée sur le cou.
Enfin, il est un comble à tout cela, comble qui, pour une excellente raison, ne saurait être dépassé. C’est l’ordre des cas où l’éruption se réduit à un élément unique, unique (!), vous avez bien entendu.
La syphilis se traduisant, dans ses étapes avancées, par une syphilide de modalité secondaire et par une syphilide réduite à un élément éruptif unique, n’est-ce pas là, messieurs, un fait inattendu, paradoxal, extraordinaire?
Eh bien, non seulement c’est là un fait d’authenticité irrécusable, mais, c’est là un fait qui n’est môme pas très rare. Car, à parler seulement du groupe des syphilides qui nous occupe pour l’instant, je trouve dans mes notes huit exemples du genre, dont voici le sommaire :
I. — Syphilis datant de quatre ans et (piehpies mois. — Accidents secondaires légers. — Traitement moyen, continué trois ans environ. — Au cours de la (piatrième année, syphilide papuleuse circinée, constituée par un seul élément éruptif\ qui siège à la face antérieure du poignet, sous forme d’une belle couronne à centre sain, du diamètre d’une pièce d’un franc.
II. — Syphilis datant de quatre ans et demi. — Antécédents : chancre induré et quelques accidents secondaires (roséole, plaques buccales, adénopathies). — Traitement de (juehjues mois, poursuivi au delà très irrégulièrement. — Au cours de la quatrième année, deux accidents simultanés: 1® syphilide érosive du palais;
2“ syphilide papuleuse du dos du pied. A ce niveau une belle papule cuivrée, typi(jue, ixidûÿ, rien qu'tme seule. Cette papule est très
correctement orbïculaire, légèrement surélevée, finement squameuse.
— Nulle autre alTection cutanée ; nul antécédent d’eczéma, de psoriasis, de lichen. — Guérison rapide par le traitement spécifique.
III. — Syphilis datant de cinq ans. — Forme bénigne: chancre érosif, roséole ; plaques buccales à diverses reprises, adénopathies cervicales. — Traitement écourté au début, renouvelé de temps à autre. — A la cinquième année, apparition sur le front d’une lésion papulo-croûteuse unique, très régulièrement circulaire, du diamètre d’une pièce de cinquante centimes, et de physionomie tout à fait spécifique. — Pilules de protoiodure. — Guérison en cim[ semaines.
IV. — Syphilis datant de six ans. — Exclusivement caractérisée à ses débuts par un chancre et quelques plaques muqueuses buccales. *— Traitement par pilules de protoiodure pendant deux ans et demi, avec entr’actes variant de quelques semaines à deux ou trois mois entre les diverses cures. — A la sixième année, apparition, sur la face antérieure d’un poignet, iVun seul élément éruptif constitué par un demi-anneau papuleux, rosé, finement squamelleux, dont la courbe décrit un trajet d’environ quatre centimètres. C’est là un type de syphilide papulo-circinée.
V. — Syphilis datant de sept ans. — En 1867, chancre induré ; plaques muqueuses. — En 1870, syphilide palmaire et syphilide du cuir chevelu. — En 1873, invasion nouvelle des mêmes accidents.
— Traitement à chacune de ces f)Oussées. — En 1874 (septième année), invasion sur l’avant-bras d’une syphilide papulo-circinée exactement analogue à celle du cas précédent. Un seul élément éruptif, formant les deux tiers d’une couronne papuleuse. — Traitement spécifique et guérison. Puis, l’année suivante, récidive d’une syphilide papuleuse à petites papules lenticulaires autour de la région aftectée par la syphilide antérieure.
VI. — Syphilis datant de sept ans. — Chancre induré; puis roséole, plaques muqueuses anales, et, six ans plus tard, syphilide palmaire. — Traitement mercuriel à chacune de ces poussées, mais nul traitement dans les entr’actes. — A la septième année, apparition sur le front d’^^?^e large papule très exactement cerclée, quelque peu saillante, lisse, rouge et à reflet cuivreux non contestable. — Traitement spécifique, qui ne vient à bout que lentement (cinq mois environ) de ladite papule.
VII. — Syphilis datant de huit ans. — Deux chancres indurés de la verge suivis de quelques accidents secondaires (syphilide palmaire et plantaire, taches du gland, etc.). — Traitement mercuriel d’environ trois ans, puis ioduré. — A la huitième année, invasion d^un accident unique, mais nettement spécifique, et dont la spécificité a été reconnue sans contestation par plusieurs médecins que le