‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 14 sur 55 · SYPHILIDES DE TYPE ANACHRONIQUE · texte numérisé non relu

SYPHILIDES DE TYPE ANACHRONIQUE

composée de deux ordres d’éléments éruptifs, à savoir : d’une part, une série de papules lenticulaires disséminées sur les jambes et les avant-bras ; et, d’autre part, cinq anneaux ou ovales papuleux à centre sain constitués par un groupement de nombreuses petites papules tangentes et disposées à la file les unes des autres comme les perles d’un collier. Vous reconnaissez là cette variété de syphilide que je vous ai décrite sous le nom de syphilide papuleuse à groupement circiné. Nul doute ne pouvait subsister sur le caractère spécifique d’une telle lésion, non plus d’ailleurs que sur sa modalité seconé/ai’re. Je me rappelle l’avoir étudiée, contemplée plus d’une fois, très intrigué, très surpris que j’étais de l’étrange contraste qu’elle offrait avec l’âge de la syphilis qui lui servait d’origine, et n’avoir pu jamais la considérer qu’au titre d’une manifestation d’ordre secondaire (1).

Reste, pour en finir avec ces syphilides, à noter un dernier point de leur histoire pathologique, à savoir : faculté de récidive qu’offrent certaines d’entre elles, faculté que, d’ailleurs, nous retrouverons bien plus accentuée dans les deux groupes éruptifs qu’il nous reste à décrire.

On voit parfois des éruptions de modalité papuleuse se produire et se reproduire avec une insistance singulière, bien au delà de leurs termes usuels d’échéance, et cela non pas, bien entendu, avec leur degré de conlluence initiale, mais sous des

(1) Voici, sommairement, l’histoire complète de cette syphilis ;

En 1859, chancre induré, diagnostiqué tel par M. Iticord.

Dans les mois qui suivent, roséole, plaques buccales à diverses reprises, adénopathies, syphilide palmaire. — Traitement spécifique.

En 1861, je vois le malade affecté d’une récidive de roséole. — Quelques mois plus tard, syphilide papuleuse discrète, à petites papules grenues, et syphilide palmaire. — Reprise du traitement.

En 1875, sarcocèle syphilitique bien net. — lodure de potassium. — Guérison.

Quelques mois plus tard, invasion d’une syphilide papulu-squameuse discrète, de physionomie absolument secondaire. Cette éruption est, sur certains point.s, un type par excellence de la variété dite syphilide papuleuse à groupement circiné (Voy. mon Traité de la syphilis, t. I, p. 316), composée par une série de petites papules discoïdes, j)lates, qui, disposées à la file circulairement, à la façon des perles d’un collier, décrivent des anneaux ou des ovales à centre sain. On compte cinq lésions de cet ordre sur les jambes et les avant-bras. — En outre, au pourtour de ces lésions, série disséminée de papules plus volumineuses, discoïdes, orbiculaires, du diamètre d’une pièce de vingt centimes, absolument syphilitiques d’aspect. — D’une part, nul doute sur le caractère spécifique de cette éruption, qui, du reste, a été diagnostiquée telle par plusieurs de nos confrères ; et, d’autre part, caractère secondaire de cette lésion absolument incontestable. — Pilules de protoiodure. — Disparition des taches en deux mois.

Enfin, en 1881, périostose tibiale, bien sûrement spécifique. — Guérison rapide par traitement ioduré.

SYFIULIS SECONDAIRE TARDIVE.

formes réduites, discrètes, circonscrites, et parfois même comme avortées. Exemple:

Une jeune femme contracte la syphilis en 1872 par un chancre du sein, et en éprouve quelques légers accidents bientôt domptés par le traitement spécifique. — Deux à trois ans plus tard, elle est reprise d’une poussée discrète de syphilide papuleuse, lenticulaire, dont le mercure a facilement raison. — Puis, à dater de ce moment et cela pour quatre années consécutives, elle devient sujette à des poussées de même ordre que le traitement mercuriel réprime toujours facilement, mais qui reparaissent quelques mois plus tard sous la môme forme. Ces poussées, de siège variable, restent toujours discrètes, se composant d’une dizaine, d’une demi-douzaine de papules lenticulaires, rosées, indéniablement spécifiques; parfois meme le nombre en descend à quatre, trois, deux. — On compta deux de ces poussées en 187G (janvier et août) ; trois en 1877 (mars, août, décembre); trois en 1878 (mai, juin, juillet); deux en 1879 (juin et août). — Cette femme, à vrai dire, supportait très mal le mercure, en prenait le moins possible et en cessait l’usage dès la disparition des accidents. Est-ce à cette raison, est-ce à cette seule raison que fut due la multiplicité des récidives qu’elle éprouva?

Plus manifeste encore est la tendance aux récidives que présente une certaine variété de syphilide papuleuse, à savoir la syphilide papuleuse péribuccale^ que caractérise un semis de papules distribuées sur l’une ou l’autre lèvre et quelquefois sur les deux; papules lenticulaires, rosées ou rougeâtres, nettement orbiculaires, plus ou moins multiples, tantôt isolées et indépendantes, tantôt agminées et constituant alors de petits rubans onduleux arciformes, parfois juxtaposés bout à bout et figurant alors une série d’arceaux conjugués. — J’ai eu deux de mes clientes littéralement poursuivies, persécutées pendant plusieurs années par dé incessantes récidives (jusqu’à onze en cinq ans) de cette singulière syphilide. Voici l’histoire de l’une d’elles qui, jeune et jolie femme, avait conçu un véritable chagrin d’une telle disgrâce et tomba même un moment, sans autre cause, dans un état de morosité hypochondriaque qui fit craindre pour sa raison.

Syphilis en 1873. — Divers accidents secondaires, et notamment trois poussées de syphilide papuleuse péribuccale, à papules lenticulaires, multiples, criblant tantôt l’une et tantôt l’autre lèvre. — Traitement spécifique, et absence de tout accident pour cinq à six ans.

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