SYPHILIDES DE TYPE ANACHRONIQUE
Puis, à partir de 1879 et cela jusqu’en 1883, c'est-à-dire cinq ans, série nombreuse de réapparitions de la môme syphilide sur la même région, c’est-à-dire tantôt sur une lèvre, tantôt sur l’autre, quelquefois sur l’une et l’autre, et toujours avec les mêmes caractères de papules secondaires, plates, superficielles, sans infiltration bien manifeste, rosées ou rougeâtres, très légèrement squamelleuses. Toujours le traitement faisait justice de ces poussées en quelques semaines; et toujours, au grand désespoir de la malade, l’affection reparaissait à brève échéance dès que le traitement était suspendu. Il y eut très exactement, en cinq ans, ONZE de ces poussées, bien distinctes, nettement séparées les unes des autres, à savoir ;
Quatre en 1879 (janvier, mars, juin et octobre) ;
Deux en 1880 (mars et novembre) ; — la dernière avec syphilide linguale ;
Deux en 1881 (février et avril) ; celles-ci accompagnées de syphilides érosives linguales;
Une en 1882 (octobre) ;
Deux en 1883 (février et mai) (1).
(1) Une obsei’vation ultérieure de MM. Balzer et Deshayes est à relater ici en raison des grandes analogies qu’elle présente avec celle qu’on vient de lire. — La voici, telle qu’elle a été présentée à la Société Française de Dermatologie (séance du 1" février 1906).
« Madame X..., âgée de 44 ans, est atteinte de syphilis depuis 25 ans environ; elle se souvient d’avoir eu au début des lésions vulvaires qui durèrent deux mois environ. — Traitée par l’usage de pilules (?) et d’iodure de potassium, cette syphilis est restée bénigne. — Depuis la première année, pas d’accidents et pas de traitement. — Cette malade est ramenée près de nous, aujourd’hui, par une éruption qui occupe les lèvres et le pourtour de la bouche. Cette éruption est apparue pour la première fois il y a six ans sans cause appréciable. Elle était constituée par une rougeur péribuccale avec tuméfaction qui' dura quatre mois.
Depuis lors, tous les ans au début de l’hiver cette môme éruption se montre de nouveau, dure environ trois mois, puis disparaît. Nous sommes actuellement en présence de \b. septième récidive qui a débuté le 15 novembre 1905. Elle a été assez forte, ainsi qu’en témoigne un moulage de M. Harctta exécuté il y a quinze jours et déposé au musée de l’hôpital Saint-Louis. Un peut voir qu’il s’agissait d’une rougeur érythémateuse assez prononcée, diü'use, commençant sur le bord des lèvres et s’arrêtant à une très petite distance des narines, avec un bord net, légèrement saillant sur la lèvre supérieure, un peu festonné sur la 'lèvre inférieure. L’érythème entourait nettement toute la bouche, en offrant son maximum de largeur sur la partie médiane.
Pas de suintement, pas de croûtes, mais légère desquamation furfuracée.
Au dire de la malade, l’éruption commencerait sur le bord libre des lèvres qui se tuméfient, se crevassent et desquament; elle s’étend ensuite sur la peau des lèvres.
Actuellement, l’érythème occupe les deux lèvres, et présente une coloration rouge ou rosée. La muqueuse est un peu blanchâtre et desquame légèrement. Les contours de cet érythème orbiculaire sont réguliers et un peu festonnés sur la lèvre inférieure. — Depuis quinze jours la malade a été traitée par les pilules de Dupuytren et par l’iodure de potassium ; l’éruption est en décroissance beaucoup plus rapide qu’à l’ordinaire et l’amélioration obtenue depuis quinze jours est remarquable. Elle disparaîtra vraisemblablement sans laisser aucune trace.
A noter, — chose curieuse, — que cette sijphilide 'péribuccale récidivante de forme secondaire a son pendant sous forme tertiaire avec une identique et non moins inexplicable tendance à de multiples récidives (1).
A dessein, messieurs, j’ai réservé jusqu’ici dans l’exposé qui précède, pour vous en parler avec les détails que comporte leur haute importance, deux types majeurs de ces curieuses syphilides secondaires de l’étape tertiaire. Je vais actuellement en aborder l’histoire.
ainsi que cela est de règle, suivant le dire delà malade, pour toutes les éruptions qu’elle a présentées.
« Voilà certes, ajoute M. Balzer comme commentaire, une curieuse éruption, remarquable par ses récidives multiples (toujours en hiver), par son siège constant, par sa longue durée, par sa guérison régulière et sans traces... Une particularité intéressante serait son début, au dire de la malade, sur la muqueuse et son extension consécutive à la peau. Pourrait-on penser à une affection primitivement buccale ou labiale, gagnant ensuite la peau? A une sorte de perlèche? Mais cette maladie est plutôt spéciale aux enfants, et ne récidive pas en séries, de cette manière. Il en est de même pour l’eczéma labial. Et somme toute, il convient plutôt de s’arrêter, pour le diagnostic, à la variété de syphilide secondaire tardive que M. Fournier a désignée sous le nom &'Erythème péribuccal récidivant, et dont il a rapporté un remarquable exemple dans son récent ouvrage sur la syphilis secondaire tardive.
« Cette éruption, enfin, est-elle réellement syphilitique, ou simplement parasyphilitique? Je crois, que, sur ce dernier point, il convient d’être sobre d’interprétations pathogéniques, dans un moment où les questions de syphilis et de para- S3q)hilis vont être soumises au contrôle des investigations bactériologiques. »
(1) Voy. mon Traité de la syphilis, t. II, p. 246.
SYPHILIDE PALMAIRE ET PLANTAIRE.
SYPHILIDE PALMAIRE ET PLANTAIRE
C’est le type connu de tous sous le nom mauvais (mais n’importe) de psoriasis palmaire et plantaire^ nom d’ailleurs rendu célèbre par Ricord qui a qualifié l’afTection du titre de « signature de la vérole dans la main ou sous le pied du malade ».
Par excellence c’est là un type indiscipliné^ qui s’affranchit de toute dépendance chronologique. Si bien qu’on a dit de lui que « c’était un indépendant^ sans échéance fixe dans le calendrier de la vérole, s’observant presque indifféremment aux termes les plus opposés du cycle morbide, et susceptible conséquemment de frayer tout aussi bien avec les accidents d’une période avancée qu’avec ceux d’une période moyenne ou tout à fait jeune de la maladie ».
Voyons ce qu’il y a de vrai dans tout cela.
I. — D’abord, incontestablement, c’est là le type le plus commun — et de beaucoup — de toutes les syphilides de modalité secondaire qu’on rencontre dans la période tertiaire. Sur 879 cas de ce genre (observés tant en ville qu’à l’hôpital), je le vois figurer 450 fois, c’est-à-dire qu’à lui seul il constitue plus de la moitié des cas en question.
II. — A quelles échéances se font ses invasions au cours du tertiarisme ?
La statistique suivante va nous renseigner à ce sujet :
Au cours de la
4® année
cas.
SYPIIILIDES PALMAIKE8 ET PLAÎNTAIRES
Au cours de la
aunée
cas.
cas.
A simple lecture de cette statistique, il est facile d’en déduire les quelques propositions suivantes :
I. — C’est, d’abord, que la syphilide psoriasiforme palmaire ou plantaire est susceptible d’entrer en scène aux étapes les plus opposées du tertiarisme, voire, disons mieux, à tout âge de la période tertiaire.
II. — C’est, en second lieu, que la fréquence de son invasion diminue progressivement et rapidement à mesure qu'on s'éloigne davantage du début de la période tertiaire. Ainsi, tandis que la statistique précédente nous en fournit 261 cas de la quatrième à la dixième année de la maladie, on n’en compte plus que 71 de la onzième à la vingtième, c’est-à-dire de 6 à 7 fois moins, et seulement 14 de la vingt et unième à la quarante-deuxième, c’est-à-dire 6 fois moins que dans la précédente décade.
III. — Mais, à coup sûr, le résultat le plus curieux, le plus inattendu, et je puis dire sans exagération le plus stupéfantàQ cette même statistique, c’est la possibilité pour la syphilide en question d’échéances qu’on aurait le droit de considérer comme impossibles de par la longue, la très longue distance qui les sépare du début de la maladie. A priori qui se prêterait à croire qu’une syphilide qu’on a coutume de rencontrer dans les premières années ou même dans les premiers mois de la maladie, puisse également se manifester en plein cours du tertiarisme, voire du tertiarisme avancé, c’est-à-dire au delà de la dixième année, au delà de la quinzième, de la vingtième année.