DOUBLE INTÉRÊT DE LA QUESTION
avancée de la maladie qui compose ce que je propose de qualifier du nom de syphilis secondaire tardive ; — et c’est l’étude de cette syphilis secondaire tardive que j’ai l’intention d’aborder devant vous.
Si je ne me trompe, un double intérêt se rattache à l’étude que nous allons entreprendre, à savoir :
r Un intérêt scientifique, consistant en ceci : établir une vérité clinique ou, tout au moins, lui restituer l’importance et la signification qu’elle comporte ;
2 Et surtout, par-dessus tout, un intérêt pratique, résultant de la mise au point de la question relative aux dangers de contagion issus de cette syphilis secondaire tardive.
Généralement, en effet, on commet la faute de mesurer chronologiquement la période contagieuse de la syphilis sur la durée supposée de la période secondaire. Ainsi, couramment, on entend dire ceci : « La période secondaire dure environ trois ans ; donc, les dangers de contagion dans la syphilis n’excèdent pas trois ans. »
Erreur, erreur grave et funeste. Erreur contre laquelle d’ailleurs a protesté, de vieille date, l’observation clinique qui, maintes fois, a enregistré des exemples de contaminations issues de syphilis ùgées, de syphilis ayant dépassé, et de beaucoup, leur troisième année. C’est ainsi, par exemple, qu’au Congrès de Londres, où 1 on avait mis à l’étude celte si palpitante question de « la durée de la période contagieuse de la syphilis », plusieurs de nos confrères ont relaté d’authentiques observations de ce genre. Le rapporteur de la question, M. le D'‘ heulard, de si regretté souvenir, a cité notamment des cas où la contagion avait certainement dérivé de lésions secondaires issues de syphilis remontant à quatre, six, sept, huit, neuf, dix, douze ans, et même au delà.
Jugez donc quel service rendrait à la prophylaxie une détermination plus précise des échéances possibles de cette syphilis secondaire tardive et des dangers qui en dérivent.
C’est assez vous dire, rien qu’à ce point de vue, quelle importance comporte la question que nous allons mettre à l’étude.
SYPÜILIS SECONDAIRE TARDIVE.
Si cette question estrestée dans l’ombre jusqu’à présent ou, du moins, si elle n’a pas été abordée avec les développements dont elle est digne, il est à cela, me semble-t-il, une raison des plus simples, et cette raison n’est autre que celle-ci : pénurie, disette de matériaux, et difficulté d’instituer un travail d’ensemble sur le sujet. C’est qu’en effet on ne recueille guère une observation à propos d’un simple accident secondaire d’import ance très subordonnée, tel qu’une plaque muqueuse ou un psoriasis palmaire, lésions n’offrant rien que de banal et ne se recommandant à l’attention que par leur échéance d’apparition plus ou moinstardive. A fortiori^ n’accorde-t-on pasles honneurs de la publicité à un tel fait, parce qu’on le juge peu digne d’une mention spéciale. Conséquence : les cas de cet ordre passent généralement inaperçus. Chacun les conservant pour soi, ils restent ignorés de la masse.
Laissez-moi vous dire qu’en l’espèce j’étais peut-être mieux préparé, mieux outillé qu’un autre, pour entreprendre l’analyse et l’étude de cette question toute spéciale. Et voici pourquoi : C’est que de vieille date, de très vieille date, j’ai pris l’habitude de recueillir à chacune des visites de chacun de mes clients une note, — si courte, si succincte soit-elle, — sur les accidents qui les amènent chez moi.
Cette habitude, cette excellente habitude (qu’à mon tour je ne saurais vous recommander assez vivement), il y aurait ingratitude de ma part à ne pas dire, — puisque l’occasion s’en présente, — à qui je la dois. Je la dois à un ancien et vénéré maître de l’hôpital du Midi, le D‘‘ Puche, lequel, avec sa grande expérience, ne cessait de répéter ceci à ses élèves :
(( En fait de syphilis, il faut toujours écrire ce que l'on voit et l’écrire au jour le jour, caria syphilis est longue, accidentée et supérieure à tout ce que la mémoire humaine est capable d’enregistrer. » Comme il prêchait d’exemple, j’ai trouvé chez lui, alors qu’il me fit l’honneur, au cours d’une grave maladie, de me confier la direction de son cabinet, une incomparable collection de cas vénéréologiques de tout ordre, notamment de cas de syphilis observées les unes depuis quelques mois, et