SYPHILIDES TARDIVES DU CUIR CHEVELU A MODALITÉ SECONDAIRE
Il n’est pas rare de rencontrer sur le cuir chevelu, au cours de la période tertiaire et même à des étapes plus ou moins avancées de cette période, des syphilides de modalité secondaire, tout à fait secondaire. De cela je trouve trente-trois cas dans mes notes; mais ce nombre est sûrement bien inférieur à la réalité des choses, les lésions en question étant de celles qui passent fort souvent inaperçues.
J’ai un bel exemple du genre à vous relater, car il est de nature à bxer vos convictions en l’espèce. C’est le cas d’un malade qui est resté longtemps sous ma direction et sur lequel j’ai eu à noter pendant neuf ans, de la quatrième à la douzième année de sa syphilis, d’incessantes récidives d’une syphilide du cuir chevelu particulièrement obstinée. A savoir :
En 1877 (quatrième année de l’infeclion), petit groupe depapules croûtelleuses disséminées dans les cheveux. Disparition rapide sous l’influence du traitement spécifKjue.
En 1878, nouvelle invasion de la mômesyphilide, en môme temps que syphilide sèche du scrotum et du prépuce. — Reprise du traitement; guérison.
En 1879, derechef, quehjues papules croûtelleuses du cuir chevelu, qui disparaissent en ({uelques semaines, sous l’inlluence d’un traitement au sirop de Giberl.
En 1880, syphilide papuleuse en couronne au niveau du menton, et, quelques semaines après, croûtes du cuir chevelu. — Reprise du traitement; disparition des accidents en un mois. — Cette fois, le traitement est continué plus longtemps; et lâen ne se manifeste au cours des quatre années suivantes.
Puis, finalement, en 1885, repullulation de boutons croûleux dans le cuir chevelu, boutons constituant une syphilide indiscutable; — indiscutable d’autant qu’elle avait, pour lui servir de témoignage, une syphilide contemporaine survenue sur la face dorsale de la langue et aussi manifeste que possible.
Or, pour avoir assisté de visu aux cinq assauts de cette syphilide du cuir chevelu et pour en avoir noté chaque fois les particularités, je suis en mesure d’affirmer ceci, qu’elle s’est toujours présentée avec les ynêmes caractères objectifs. — Elle était en 1885 ce que je l’avais vue en 1880, en 1879, en 1878, en 1877. La première fois que je Lai vue, elle offrait les caractères d’une syphilide secondaire, et cela n’avait rien (rétonnant puisque le malade n’en était encore qu’à la quatrième année de son infection. Mais, lors de sa dernière poussée, toujours restée fidèle à sa physionomie d’antan, elle constituait alors, en tant que symptôme d’une syphilis vieille de douze ans, un véritable anachronisme., tant son allure jeune était en désharmonie avec la période morbide.
Les syphilides du cuir chevelu qui conservent de la sorte le type secondaire en pleine période tertiaire se présentent sous deux formes, à savoir : soit celle d’un semis de papules lenticulaires, très légèrement surélevées, à surface squamelleuse ou plus souvent recouverte d’une mince croûtelle brunâtre ou brune ; — soit celle de segments de circonférence, de croissants, de demi-lunes ou môme d’anneaux incomplets ou complets, à surface squameuse ou inscrustée de croûtelles. Sous une telle forme, ces syphilides arciformes ou annulaires du cuir chevelu ne laissent pas de s’imposer à l’attention et sont facilement rapportables à leur véritable origine.
Deux points, seulement, à relever ici :
1° Ces syphilides tardives du cuir chevelu à modalité secondaire sont très généralement discrètes et parfois étonnamment discrètes; ce qui, d’ailleurs, n’est pas pour vous surprendre, étant donné qu’elles dérivent le plus souvent de syphilis plus ou moins traitées. Presque toujours elles se réduisent à un petit nombre d’éléments éruptifs (une demi-douzaine de papules, trois ou quatre croissants, ou demi-coùronnes ou couronnes) ; mais il n’est pas sans intérêt de préciser, — parce qu’on ne le croirait guère a priori., — qu’elles peuvent s’atténuer davantage encore au point de ne plus se traduire que par un nombre insignifiant d’éléments papuleux.
2° En second lieu, elles sont par excellence sujettes à récidives. De cela déjà vous avez un exemple dans le cas précité. De même, sur un autre de mes clients, des syphilides papulo-
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SYPHILIDE PAPULO-CROUTELLEUSE DU CUIR CHEVELU . Syphilis âgée de 23 ans.
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LEUCOPLASIE (EROSION LEUCOPLASIQUE ) .
SYPHILIDES Dü CUIR CHEVELU.
sqaamelleuses ou papulo-croûteuses du cuir chevelu n’ont pas cessé, en dépit d’un traitement assez régulièrement suivi, de pulluler et de repulluler presque incessamment, de la cinquième à la neuvième année de la maladie. Dans une seule année il se produisit jusqu’à trois poussées de papules à modalité tout à fait secondaire.
Finalement, quant aux échéances d’apparition de ces diverses syphilides au cours de la période tertiaire, je les trouve comprises dans mes notes entre la quatrième et ladouzième année, avec une forte prédominance pour les quatrième, cinquième, sixième et septième années.
Un seul cas constitue une exception très digne d'une mention spéciale, en raison et de sa singularité et de son authenticité indéniable. Ce cas est relatif à une syphilide circinée du cuir chevelu, de modalité absolument secondaire, ayant fait invasion au cours de la vingt- troinhne année d’une syphilis. Voici le résumé très sommaire de ce cas curieux :
Homme de quarante-deux ans. — Syphilis en 1874. Chancre induré de la verge, avec adénopathie bi-inguinale. — Quelcpies accidents secondaires, notamment pla({ues muqueuses linguales et amygdaliennes. — Traitement mercuriel pendant deux ans.
En 1878, gomme delà cuisse. — Nouveau traitement.
En 1897 (vingt-troisième année de rinfection), sy[)hilide du cuir chevelu, circonscrite à la région fronto-temporale gauche. Cette syphilide est constituée par une série d’éléments papulo-croûteux, presque tous de type circiné ou annulaire. Un très bel anneau, formant une circonférence presque complète, se voit sur la lisière du cuir chevelu. Il est constitué par une série de petites papules agminées à la file comme les perles d’un collier, la plupart recouvertes de croùtelles brunâtres. Le type de l’éruption est nettement secondaire.
La seule vue de cette belle photographie aquarellisée (due à M. Méheux) vous a déjà édifiés sur la qualité indéniablement spécifique de cette éruption. Que si, d’ailleurs, il vous restait le moindre doute à ce sujet, je le dissiperais d’un mot en vous disant que cette éruption, qui datait de trois à quatre mois, fut elfacée à bref délai par une seule injection de calomel. Naturani ntorbonun curationes ostendiiiit.