AFFECTIONS TARDIVES DES ONGLES A MODALITÉ SECONDAIRE
Il est encore assez commun de rencontrer au cours de la période tertiaire, surtout dans les cinq, six ou sept premières années de cette période, des lésions unguéales ou périunguéales tout à fait identiques à ce qui est d’observation courante dans la syphilis secondaire.
Il suffira, je pense, d’en citer quelques exemples, tant le fait est avéré et non sujet à contestation.
J’ai dans mes notes plus d’une quinzaine de cas mentionnant telle ou telle des lésions suivantes :
1° Onyxis dit craquelé^ feuilleté^ écailleux^ consistant en une friabilité singulière de l’ongle, dont la portion libre se fendille, s’étoile, s’écaille, se brésille, en présentant pour sommet une série d’aspérités inégales, de dentelures, de crénelures irrégulières.
Exemple typique : J’ai été consulté par un jeune homme qui, affecté depuis sept ans d’une syphilis bénigne dont il s’était assez bien traité et dont tous les accidents avaient disparu de vieille date, ne conservait plus de son ancienne maladie qu’une lésion des ongles rebelle à tout traitement depuis huit mois. Cette lésion était un type à' onyxis écailleux affectant six doigts des mains et respectant les orteils. Elle désolait d’autant plus ce jeune homme qu’il aspirait à se marier et n’attendait pour cela que la disparition de cette disgrâce, au sujet de laquelle déj à sa future famille lui avait adressé « quelques observations soupçonneuses ».
2“ Décollement partiel ovi total de V ongle ^ qui, sourdement et sans douleur, se détache des parties sous-jacentes, et quelquefois finit par tomber en laissant à découvert ce qu’on appelle le lit de l’ongle. — Un de mes clients perdit de la sorte, dans la sixième année de sa syphilis, l’ongle d’un gros orteil. — Sur un autre, en état de syphilis depuis huit ans, un ongle de la
SYSTÈME UNGUÉAL
main, qui s’était détaché depuis plus d’un an, ne s’était pas reformé. Il restait remplacé par une sorte de petit mamelon informe de matière cornée qui occupait la base de l’ongle et constituait, comme dans le cas précité, une difformitéchoquante.
3® Plus rarement, ce qu’on observe est le pachtjonyxü^ que caractérise surtout un épaississement plus ou moins considérable, une véritable hypertrophie de la lame unguéale, avec teinte noisette ou brunâtre, parfois aussi avec brisures irrégulières et effritement du bord libre. — Un de mes clients, dans la quinzième année de sa syphilis, présentait un pachyonyxis semblable et tout à fait hypertrophique de la plupart des ongles (sept aux mains et cinq aux orteils), et cet état depuis sept ans était resté rebelle à divers traitements.
4“ Enfin, ce qu’il n’est pas rare d’observer encore en pleine période tertiaire, c’est le périonyxis sec ou durillon syphilitique péri-unguéal, consistant en un épaississement de la crête épidermique qui borde la partie latérale de l’ongle. Cette petite lésion se produit presque exclusivement aux mains et constitue là un « bobo agaçant » par excellence, d’autant qu’il est particulièrement tenace et rebelle. Une jeune femme syphilitique depuis îieuf ans, qui vint me consulter à propos d’une lésion de cet ordre, me disait en avoir été importunée depuis trois ans, en dépit de traitements multiples, d’excisions multiples et de tout l’art de sa maiiicure. A mon tour, je ne parvins que difficilement et lentement à l’en délivrer.
A quelque variété qu’elles appartiennent, toutes ces aftections unguéales ou péri-unguéales de la période tertiairesont encore généralement remarquables et par leur ténacité en tant que symptômes et par une étrange facilité de récidives.