‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 23 sur 55 · IRITIS TARDIVES A MODALITÉ SECONDAIRE · texte numérisé non relu

IRITIS TARDIVES A MODALITÉ SECONDAIRE

A tous les exemples qui précèdent j’en pourrais encore adjoindre quelques-uns, — et toujours du même genre, — pour témoigner (jue la sy{)liilis est capable de se traduire dans ses phases plus ou moins avancées par des manifestations diverses relevant du type secondaire. Cependant je n’en citerai plus qu’un seul, croyant cette démonstration accomplie, et celui-ci sera relatif aune localisation oculaire, Viritis.

Mes notes personnelles me fournissent trois cas relatifs à des malades qui, au cours de la cinquième, de la sixième et de la dixième année de leur syphilis, ont été affectés d’iritis absolument typiques et d’iritis de modalité secondaire, à savoir triplement caractérisées et par leur teneur subaiguë, leur forme presque froide; — et par leur indolence relative ; — et par le développement à la surface de l’iris de petites nodosités papuleuses constituant ce qu’on appelle les papules ou syphilides papuleuses iriennes.

Mais ces quelques résultats de ma pratique s’effacent devant ceux d’observateurs plus autorisés, à savoir d’ophtalmologistes particulièrement compétents. Ainsi, le D" Albert Terson, qui a fait une étude spéciale de ce sujet, aboutit à conclure qu’à des stades divers, voire parfois à des stades très éloignés du tertiarisme, on peut observer l’iritis avec les symptômes et la physionomie qui la caractérisent à l’étape secondaire. Dans son travail (1) il ne cite pas moins de dix-neuf cas de cet ordre, soit observés par lui, soit empruntés à ses collègues, cas qui sont entrés en scène à divers termes de l’époque tertiaire, à savoir :

(1) Des iritis syphilitiques tardives. Revue génér. de clinique et de ^AeVap., 1902.

IRITIS.

Pour

1 cas au

cours

de la 4®

année de l’infection ;

Dans tous ces cas, précise bien l’auteur, il s’agissait sûrement d’iritis reconnaissant la syphilis pour cause. Indépendamment de la syphilis, on n’avait relevé sur les malades aucune tare (rhumatisme, albuminurie, diabète, blennorragie, etc.) susceptible de leur servir de raison étiologique. D’ailleurs, quoi d’étonnant à ce que « sur le vieil arbre de la vérole refleurisse un peu tard une lésion qu’on n’attendait plus guère et qui parfois d’ailleurs (comme sur plusieurs de nos malades) n’est qu’une récidive d’accidents de même siège et de même nature? »

De même, le D" Schrameck, dont on connaît également la compétence ophtalmologique, dit avoir observé sur l’un de ses clients, à la trente et unième année de l’infection (remarquez bien, messieurs, cette si tardive échéance) une iritis de modalité tout à fait secondaire et dont la spécificité lui a paru non contestable (1).

De môme encore le D’’ Antonelli « croit à la fréquence assez notable au cours de la période tertiaire d’iritis de modalité

(t) Résumé de cette observation :

X..., âgé de cinquante-trois ans, se présente à nous, le 26 mars 190.1, avec tous les symptômes d’une iritis droite : injection périkératique ; — pupille en niyosis^ offrant en deux points de légères adhérences avec la surface antérieure du cristallin; — iris légèrement changé de teinte, etc. L’atfection a débuté d’une façon insidieuse il y a deux jours ; elle ne s’accompagne pas de douleurs ; rien autre qu’une gêne modérée de l’œil à la lumière.

Aucune cause accidentelle, aucune tare héréditaire à laquelle on puisse rapporter cette iritis. — Mais, syphilis à vingt-deux ans : chancre dur, roséole, plaques muqueuses. Traitement. de dix-huit mois par pilules de protoiodure. — Nulle manifestation de syphilis depuis trente ans.

Traitement ; pilules de protoiodure et atropine. — Modification rapide de tous les symptômes, et guérison complète dans la quinzaine.

tout à fait secondaire, iritis qu’il appelle anachroniques. Dans cet ordre d’irilis anachroniques figurent non seulement les iritis condyloniateuses ou papuleuses qu’il serait impossible de distinguer cliniquement de l’iritis gommeuse et dont, en conséquence, on serait autorisé à contester la qualité secondaire, mais encore les iritis simples 'purement congestives, purement congestives, notez bien le mot. J’entends qu’on peut rencontrer et qu’on rencontre assez souvent sur des malades anciennement syphilitiques des iritis exclusivement caractérisées, sans syphilides iriennes, par l’injection radiée périkératique, la modification de teinte de l’iris, le myosis inflammatoire et une certaine nébulosité de la chambre antérieure (1). »

Comme exemple, il cite un cas récemment observé par lui dans le service de M. le P" Gaucher, cas relatif à une femme qui, syphilitique depuis huit années, et ayant présenté il y a trois ans une gomme du pharynx, a été affectée ces derniers temps d’iine iritis cerlainement spécifique, iritis simple, sans formations nodulaires, qui a été améliorée avec une rapidité significative, puis guérie par le traitement mercuriel. Aucun antécédent, aucune tare héréditaire ou personnelle ne permettaient de supposer à cette iritis une origine autre que la syphilis ; et cependant, « sous une modalité essentiellement s econdaire, elle s’était produite huit ans au delà du chancre (2) . »

(1) Communication écrite.

(2) Ces iritis anachroniques se produiraient de même, affirme M. le D’’ Antonelli, dans la Sijphilis héréditaire tardive, et cela sous leur modalité simplement congestive, sans production nodulaire pouvant prêter au soupçon d’infiltrats gommeux.

J’ai établi dans ce qui précède que la syphilis tertiaire peut se traduire et se traduit même assez fréquemment à la peau par des manifestations de modalité secondaire. Eh bien! ce n’est pas là un fait isolé. Ce môme fait s’observe sur le système muqueux. Sur le système muqueux comme à la peau, la syphilis, au delà et même bien au delà de sa troisième année (cette prétendue d' Hercule du secondarisme), emprunte nombre de fois ces déterminations morbides à l’ordre des accidents superficiels et bénins qui ressortissent usuellement à l’étape secondaire.

Immédiatement j’en fournirai un exemple que personne ne récusera. Quel est le praticien qui n’a pas rencontré des plaques muqueuses., de véritables plaques muqueuses secondaires, sur la bouche de sujets alfectés de syphilis depuis quatre ans, depuis cinq ans, depuis six ans, c’est-à-dire en pleine période chronologiquement tertiaire ? Et quel est le pathologiste qui refuserait à ces accidents la qualité de plaques muqueuses, sous prétexte (ju’ils se seraient développés au delà des trois premières années de la maladie ? Bien certainement, donc, il existe une syphilis secondaire attardée (qu’on me passe l’expression), qui, sur les muqueuses comme à la peau, peut servir d’expression à la diathèse, alors même que, chronologiquement, cette diathèse évolue en plein stade tertiaire.

Mais jusqu’à quelle échéance peuvent entrer en scène ces arrérages^ ces queues de l’étape secondaire, s’il m’est permis d’ainsi parler? Il est bien vraisemblable qu’au lieu de l’assentiment général dont je me prévalais à l’instant, je ne rencontrerais qu’objections et incrédulité, si je venais dire que des accidents de môme ordre, à savoir de modalité secondaire, servent parfois d’expression à la syphilis sur le système mu-

queux (comme ailleurs du rester à des étapes bien autrement

1 eculées de 1 infection, par exemple huit, dix, quinze ans au delà du chancre, voire plus tard encore. Et cependant, c'est là ce que j ai et c est là précisément ce que je viens dire à propos du système muqueux, comme je lai dit à propos de la peau, et comme j aurai à le répéter à propos d’autres systèmes organiques. Mais n’anticipons pas sur ce qui doit suivre.

Dans le système muqueux, ce sont assurément les muqueuses buccales qui servent de siège le plus fréquemment à ces manifestations de syphilis secondaire arriérée. C’est donc par elles que nous débuterons dans cette étude.

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