MUQUEUSES BUCCALES
Un premier fait, un fait essentiel, capital, à placer en vedette de ce paragraphe, c’est, à coup sûr, en raison des conséquences pratiques à en déduire, la fréquence^ rextrême^ V extraordinaire fréquence des sijphilides buccales de forme secondaire au delà et bien au delà de la période secondaire.
Et, en effet, il est commun, absolument commun, de voir des accidents de cet ordre, qui, presque toujours, avaient déjà fait une ou plusieurs apparitions au cours des premiers temps de la syphilis, se produire et se reproduire au delà de cette troisième année que le préjugé vulgaire s’obstine à considérer comme clôturant la période secondaire. Deux chiffres vont suffire à témoigner de ce que j’avance. Dans ma clientèle privée, en dehors de mon hôpital, je n’ai pas rencontré moins de cinq cent trente-trois malades (à ne parler que de ceux sur lesquels j’ai conservé des notes écrites) qui ont été affectés de déterminations buccales d’ordre secondaire à des échéances diverses du tertiarisme, c’est-à-dire de la quatrième à la dixième, douzième, quinzième année et môme au delà, comme on le verra par ce qui va suivre.
Dès ces premiers mots, dès cette première constatation, impossible de ne pas ôlre frappé de riniportance pratique que contient un tel résultat d’observation. Quoi ! des syphilides buccales d’ordre secondaire, c’est-à-dire des accidents vraisemblablement contagieux, pouvant faire invasion et môme faisant invasion d’une façon fréquente en plein cours du tertiarisme, voire à des phases plus ou moins avancées du tertiarisme î Mais alors que devient donc la prétendue sécurité contre la contagion que semblait jusqu’ici conférer l’ancienneté meme de la maladie ? « Avec la période tertiaire, disait-on, plus rien à craindre de la contagion », et voici maintenant que la contagion ne se périme plus avec le temps, voici qu’elle n’est plus prescrite par les années ! Mais alors que va devenir
SYPHILIS SECONDAIKE TARDIVE.
r adynissibilité au mariage des sujets syphilitiques? Et à quel terme désormais devra être prorogée ladite admissibilité ? Et ainsi de suite.
Ces réflexions et d’autres encore ressortent nécessairement de l'énoncé qui précède. La réponse à leur faire constitue l’intérêt du sujet que nous allons étudier.
Précisons. — Tout d’abord, se présente à déterminer une question de localisation, à savoir :
Est-il tel ou tel département delà bouche qui ^ plus que d'autres^ soit le siège de ces dangereuses syphilides secondaires tardives (dangereuses pour autrui, bien entendu, et non pour celui qui en est affecté) ?
Oui; — et la statistique suivante est de nature à nous fixer sur ce premier point, qui, lui aussi, a son importance, on le conçoit de reste.
Sur quatre cent trente-quatre manifestations de cet ordre dont j’ai trouvé le siège bien déterminé dans mes observations, il en est :
42 qui avaient pour localisation les lèvres;
49 qui avaient pour localisation les amygdales et les régions voisines du voile palatin;
12 qui avaient pour localisation le palais;
201 qui avaient pour localisation la langue sous forme de syphilides humides;
170 qui avaient pour localisation la langue sous une forme sèche particulière, dite glossite dépapillante.
Total : 434
C’est-à-dire que, sur ces 434 localisations buccales, 371 se sont faites à la langue. Ce qui, au pourcentage, donne ce résultat : Sur 100 localisations buccales de syphilides secondaires tardives, il en est 85 qui se portent à la langue. — 85 sur 100, quelle proportion 1
Donc, voici pour l’enquête que nous poursuivons, un premier résultat important à enregistrer, à savoir :
Qu’avec une énorme supériorité de fréquence, c est la langue qui est le siège habituel des accidents buccaux de forme secondaire qii on observe au cours de la période tertiaire : — c’est la
SÏPHILIDES BUCCALES.
TYPE ÉROSIF.
langue qui est le siège de prédilection par excellence des accidents de cet ordre.
Quelles formes objectives affectent ces syphilides secondaires de rétape tertiaire ?
Réserves faites pour une localisation linguale dont j’aurai bientôt à parler, je répondrai :
1” Les formes cliniques de ces accidents sont exactement, trait pour trait, celles des syphilides secondaires; ou, plus simplement, ce sont les syphilides secondaires transportées, si je puis ainsi parler, dans l’étape tertiaire ;
2° De ces formes, il en est une qu’ils affectent presque exclusivement, à savoir la plus superficielle de toutes, la forme bénigne par excellence, c’est-à-dire la forme érosive.
J’insiste et je dis :
1° Dans l’étape tertiaire les accidents spécifiques d’ordre secondaire que l’on peut rencontrer à la bouche (lèvres, langue, voile, amygdales, etc.), sont ou bien des syphilides de type tertiaire (de celles-là nous n’avons pas à parler ici); — ou bien des syphilides de type secondaire; et celles-ci, les seules en cause pour l’instant, se présentent comme la reproduction exacte, absolue, dece qu’on observe dans les premières étapes de la maladie.
2° En second lieu, — et voici qui est d’importance capitale pour notre sujet, — quand la période secondaire semble de la sorte se prolonger dans l’étape tertiaire, elle s’y traduit le plus habituellement et de beaucoup, en tant (jue lésions buccales, par des manifestations de type érosif, simplement et pui'ement érosif; à savoir, car besoin est de bien jiréciser en l’espèce, elle s’y traduit par des lésions répondant au type que voici :
Simples abrasions épithéliales, dénudant, mais ne faisant que dénuder le derme muqueux sans l’entamer, sans l’ulcérer; donc, lésions superhcielles par excellence, érosions ;
Erosions généralement rondes ou ovalaires, mais susceptibles de toutes formes et parfois tout à fait irrégulières, amorphes ;
Erosions petites, comparables à uneamandeou, plus souvent, à une lentille, mais parfois plus petites encore et devenant alors minuscules, herpéti formes ;
Rouges OU grises et d’un gris rosâtre;
Plates, sans relief, etc.
Au total, érosions assez semblables à ce que serait un vésicatoire en miniature, et, par conséquent, ne constituant que des lésions sans importance, bénignes par excellence, insignifiantes même, et susceptibles, à coup sûr, dépasser inaperçues.
Pourquoi ces syphilides secondaires attardées affectent-elles cette forme, forme la plus superficielle et la plus bénigne de toutes, et, d’autre part, iovmQ jeune par excellence, au lieu de prendre soit le type papulo-érosif ou papulo-hypertrophique, soit le type ulcéreux, qui seraient certes mieux en rapport avec l’âge de la maladie? Je constate le fait, sans avoir la moindre explication plausible à en donner.
Je ne dis pas, à coup sûr, qu’elles affectent cette forme érosive d’une façon constante et exclusive; car on les rencontre parfois sous le type papulo-érosif ou le type ulcéreux. Mais Je dis, et je ne crains pas de me répéter encore sur ce point d’importance tout à fait majeure, que c’est là leur forme de prédilection, leur forme usuelle par excellence, et cela sur tous les points oû l’on puisse les observer (langue, lèvres, joues, voile palatin, amygdales, etc.).
Les quelques cas suivants nous serviront d’exemples :
Un jeune homme de mes clients, intrépide et incorrigible fumeur de cigarettes, a été persécuté, de la première à la onzième année de sa syphilis, par des syphilides buccales ayant occupé tous les départements de la bouche (lèvres, langue, joues, amygdales, voile, piliers, etc.), mais s’étant plus spécialement localisées sur la langue dès la sixième année de la maladie. Or, ces accidents, que j’ai presque tous vus, ont invariablement consisté en de simples érosions^ tantôt petites, tantôt plus ou moins larges et étalées, tantôt amorphes, tantôt figurées, etc., mais toujours superficielles et bénignes, même dans les phases les plus avancées de la maladie.
Un de mes clients (fumeur) n’a pas cessé, de la première à la dixième année de sa maladie, de présenter une série subintrante de syphilides buccales de caractère invariablement érosif^ notamment de syphilides linguales superficielles et dépapillantes pour aboutir, vers la onzième année, à une glossite scléreuse lobulée.
Deux autres de mes malades ont contagionné leur femme, l’un à la sixième et l’autre à la huitième année de leur syphilis,