TOTAL
4* année
1 lO^ —
Il” —
De ces chiffres dérivent deux résultats, tous deux intéressants à coup sur, mais dont l’un surtout comporte une importance pratique considérable, importance dont vous apprécierez bientôt la raison.
SYPHILIDES BUCCALES d’ÉCHÉANCE TARDIVE.
I. — Le premier, c’est que Ions les accidents spécifiques buccaux ne sont pas également susceptibles de ces retards d' évolution qui en prorogent l'entrée en scène jusqiC à des termes très éloignés^ parfois extraordinairement éloignés du début de la maladie. Il en est qui, si je puis ainsi parler, se prêtent bien à des prorogations de quelques années, mais qui se refusent à de plus considérables ; et il en est d’autres, au contraire, qui s’accommodent presque de toute échéance. Je m’explique et précise :
1“ Les syphilides buccales d’ordre ordinaire, en l’espèce les syphilides (puisque c’est presque la seule variété qui
soit d’observation dans l’ordre des cas qui nous occupent), et les syphilides érosives de tout siège (langue, lèvres, amygdales, palais, etc.) sont assez communesyi<.9(7î/’« la dixième année de la maladie, mais disparaissent au delà. Au delà de cette dixième année il n’en est plus question, sauf exceptions des plus rares (exceptions authentiques, je crois, mais, au titre de raretés et, comme toutes les raretés, exigeant confirmation). Ainsi, sur les 274 cas qui composent ma statistique, j’en trouve 272 (remarquez la proportion) qui ont leurs échéances comprises entre la quatrième et la dixième année^ tandis que 2 seulement comportent des échéances bien autrement tardives (seizième et dix-huitième année) (1).
(1) De tels cas, cependant, ne sont pas isolés. Ainsi :
1“ Dans une note présentée à la Société de dermato-syphiligraphie (1S98) et ayant pour titre « Plaques muqueuses tardives », iM. le D'' Barbe a relaté le cas d’une malade observée avec son maître, le P'' Gaucher, laquelle, syphilitique depuis dix-sept ans, présentait à la face postérieure de la lèvre inférieure deux « plaques muqueuses, ofl'rant chacune la grandeur de deux lentilles réunies, assez saillantes, et de teinte opaline». Simultanément, existaient des lésions leucoplasiques à la face interne de la commissure buccale droite et sur la face dorsale de la langue. « Le traitement général eut facilement raison des plaques muqueuses, tandis que la leucoplasie persista»... Ce cas, ajoute l’auteur, montre « qu'on ne peut donner patente nette à un syphilitique qui veut se marier » et qu’il faut toujours prévenir le malade des risques de contamination tardive.
2“ De même le D'' P’ilaretopoulo (d’Athènes) a relaté 4 cas de cet ordre, où des syphilides buccales de forme tout à fait secondaire se produisirent au cours de la quatrième, la sixième, la dixième et même la douzième année de la maladie.
L’un de ces cas est relatif à un homme qui, après avoir contracté la syphilis il y a dix ans et s’en être traité, resta neuf ans sans présenter le moindre accident, puis qui, au cours de la dixième année de la maladie, vint à présenter à la pointe de la langue une érosion superficielle et opaline, « laquelle, n’était autre chose qu’une papule érosive type, comme celles qu on rencontre à la période secondaire. »
Un autre cas concerne un malade qui, syphilitique et gros fumeur, « n’a pas cessé, en dépit de cautérisations et d’injections hydrargyriques, de présenter des plaques érosives aux lèvres et à la pointe de la langue, plaques qui persistaient encore douze ans après le chancre initial ».
« De telles observations, ajoute l’auteur, se multiplient de jour eu jour, par
A remarquer de plus, comme détail, que la fréquence de ces syphilides subit une décroissance progressive et régulière delà quatrième à la dixième année, ainsi qu’en témoignent les chiffres suivants.
Pour la 4® année
2“ Tout au contraire, la glossite dépapillante est loin de limiter ses invasions aux premières années du tertiarisme.
addition d’autres de même nature, et ébranlent l’opinion généralement admise que quatre années sont le maximum du terme au delà duquel la syphilis cesse d’être contagieuse. »
3” De môme encore, tout récemment, IMIM. les D” Emery et Druelle ont publié dans les Archives de médecine (1903) deux intéressantes observations relatives à des plaques muqueuses « survenues dix et vingt ans après le début de la syphilis, en coïncidence avec des accidents tertiaires ». Voici ces deux cas, qui doivent être cités :
Observation l. — G. U..., cocher, trente ans, se présente à la consultation de l’hôpital Saint-Louis, le 1®' août 1903.
Le malade a eu, en 1893, un chancre syphilitique du fourreau de la verge, suivi, dans les délais classiques, de roséole et de plaques muqueuses de la bouche et de l’anus. Il se soigna peu au début de cette syphilis, et prit irrégulièrement, pendant quelques mois, des pilules mercurielles. Au bout de quelque temps, les manifestations de la syphilis s’étant arrêtées, il cessa alors tout traitement. Il y a deux ans, poussée de syphilidesgommeuses multiples des membres supérieurs et inférieurs, qui guérirent assez lentement sous l’influence du traitement mixte.
Actuellement, une grande partie du cuir chevelu est couverte de croûtes épaisses, verdâtres et stratifiées. Quand on les soulève, on met à découvert des ulcérations profondes, à bords taillés à pic et adhérents, à fond peu suppurant et présentant çà et là un aspect bourbillonneux. Il s’agit de syphilides gommeuses du cuir chevelu, dont le début remonte à deux mois environ.
Sur la face supérieure de la langue et la région rétro-commissurale des joues, existent des placards de leucoplasie.
Mais, d’autre part, on voit, endifîérents points de la cavité buccale, plaques muqueuses absolument typiques. C’est ainsi qu’on trouve, au niveau des deux commissures labiales, des syphilides érosives recouvertes d’un léger enduit opalin ; elles s’étendent sur les parties supérieure et inférieure de la commissure, et empiètent légèrement sur la zone cutanée adjacente, oû elles sont croûtelleuses.
En plusieurs points des bords de la langue, on voit d’autres plaques muqueuses érosives, dont certaines sont fissuraires, et les autres arrondies.
Enfin, sur la voûte palatine, à droite de la ligne médiane, existe une syphilide papulo-érosive, qui tranche nettement sur le reste de la région par sa surélévation et sa couleur rosée.
Les dents sont en très mauvais état. Le malade est grand fumeur et n’a jamais cessé l’usage du tabac depuis le début de sa syphilis.
Observation II. — A. J..., cinquante et un ans, ébéniste, entre à l’hôpital Saint- Louis, service de M. du Castel, salle Gazenave, n* 21, le 10 juillet 1903.
SYPHILIDES BUCCALES d’ÉCHÉANCE TARDIVE. i Oa
Elle compte en outre des entrées en scène plus tardives^ par exemple de la onzième h la dix-huitième année.
Et meme, — chose infiniment curieuse, presque incroyable et cependant bien authentique, — on la voit encore figurer pour quelques unités, comme en témoigne notre statistique, à des termes très reculés, démesurément reculés, comme la vingtième, la vingt-septième, la vingt-huitième, la trentième année. Ce qui voudrait dire que pour elle, comme pour la
Le malade a contracté la syphilis en 1883. A cette date, il eut un chancre de la verge, suivi, dans les délais classiques, de roséole et de plaques muqueuses dans la bouche, à l’anus et aux organes génitaux. Le traitement n’a été suivi qu’à de rares intermittences.
Depuis, cette syphilis a eu des poussées multiples, pour lesquelles le malade a été soigné à plusieurs reprises à l’hôpital Saint-Louis ; elles ont principalement consisté en lésions buccales et en syphilides ulcéreuses des jambes.
Actuellement, le malade entre à l’hôpital pour des lésions de la jambe droite et de la bouche.
La jambe droite est variqueuse. Sur ses 2/3 inférieurs et principalement sur sa face interne, se voient des cicatrices multiples ayant tout àfait l’aspect des cicatrices consécutives aux syphilides ulcéro-gommeuses.
Elles sont, pour la plupart, régulièrement arrondies; certaines sont polycycliques ; il en est de groupées en bouquet. A leur périphérie existe une pigmentation très marquée, tandis que le centre est d’une teinte beaucoup moins foncée. Ces cicatrices sont consécutives à des ulcérations qui ont guéri par le traitement spécifique.
A 2 centimètres au-dessus de la malléole interne, existe une ulcération grande comme une pièce de cinq francs, dont les caractères sont ceux d’une gomme syphilitique ulcérée; ses bords circulaires sont profondément taillés à pic et non décollés; son fond est bourbillonneux par places. Cette gomme a débuté il y a cinq ou six mois.
11 existe, de plus, sur cette jambe, des lésions de dermite variqueuse. Quelques cicatrices pigmentées sur la jambe gauche.
Dans la bouche, on trouve des lésions d’ordres divers. Depuis le début de sa syphilis, le malade a. du reste, fréquemment présenté des lésions de ce côté. 11 tumait beaucoup autrefois ; il a cessé il y a environ dix ans, mais, depuis, il chique quotidiennement. Les dents sont en très mauvais état, cariées pour la plupart; il existe de la gingivite généralisée.
On note une glossite tertiaire scléreuse de la variété profonde. La langue, qui est recouverte de plaques blanchâtres d’aspect leucoplasique, est parcourue par de piofonds sillons, qui la crevassent et la lobulent irrégulièrement.
autre part, au-dessus de la commissure buccale droite, existe une plaque muqueuse typique, située tout entière sur la face interne de la joue. 11 s’agit
une érosion ovalaire, allongée de haut en bas, mesurant 1 centimètre dans son grand diamètre. Son fond, rouge par endroits, est plus souvent recouvert d’un en uit opalin. Cette plaque mmjueuse s’est développée depuis quinze jours.
Sur la face inférieure de la langue, non loin de la pointe et à gauche, se voit une autre plaque muqueuse arrondie, érosive et opaline.
Sur le bord gauche de la langue, on trouve une autre plaque de variété
papulo-érosive ; plus petite que la précédente, elle a les dimensions d’une lentille. ^
Tiaitement . deux cuillerées à soupe par jour de sirop mixte bi-ioduré.
28 juillet. — Les plaques muqueuses sont tout à fait guéries, mais les lésions tertiaires sont peu modifiées; l’ulcère gommeux de lajambedroite tend pourtant
9i SC rctrcoii'»
syphilide palmaire et plantaire, il n est 'presque pas d'âge de la syphilis où elle ne puisse figurer (1).
(1) Des invasions aussi tardives pourront sembler suspectes ou même être contestées. Je crois donc indispensable d’en légitimer ici l’authenticité par l’exposé de quelques-unes de mes observations.
I. — Glossite dépapillante à la douzième aimée delà syphilis. — X..., âgé de trente-sept ans. — Syphilis en 1868. Chancre induré de la muqueuse préputiale, avec adénopathies inguinales. — Roséole; puis syphilide papuleuse discrète. — Céphalée. — Éruption croùtelleuse du cuir chevelu. — En 1869, récidive de syphilide papuleuse très discrète. — Pas d’accidents buccaux (non fumeur).
Traitement de sept à huit mois par pilules de protoiodure.
En 1880 (douzième année de la maladie), syphilide palmaire et plantaire. — Bientôt après, syphilide linguale sous forme de plaques lisses. Sur le plateau dorsal de la langue, trois îlots de dépapillation en aire, bien circonscrits, régulièrement ovalaires, d’une couleur rouge qui tranche sur le fond rose gris de la muqueuse. L’un d’eux, très allongé, a la dimension d’une datte; les deux autres, plus petits, sont comparables à des amandes. Sur toute leur surface les papilles ont disparu, comme si on les avait rasées. Cette surface estdonc lisse, unie, plane, en même temps que sèche et comme vernie. Elle n’est le siège d’aucune érosion ; quelquefois cependant, dit le malade, elle «se gerce » et s’excorie par places, mais pour quelques jours seulement. — La baseen est souple au toucher.
— Le malade dit y sentir « des picotements » quand il mange et surtout quand il boit du vin pur.
Traitement : Protoiodure à la dose de 10 à 16 centigrammes par jour; — puis, sirop de Gibert. Collutoire, gargarismes, etc.
Guérison en sept semaines.
Mais, plus tard, récidive de la glossite sous forme de six petites oasis rouges et dépapillées, qui occupent le plateau dorsal de la langue du côté droit et dans la moitié antérieure de l’organe. Reprise immédiate du traitement. — Guérison en quelques semaines.
II. — Glossite dépapillante à la quatorzième année de la syphilis. — X..., âgé de quarante ans. — Syphilis en 1869. — Deux chancres parcheminés de la verge, vus et traités par moi. — Au cours des trois années suivantes, plusieurs poussées secondaires (roséole, plaques buccales à répétitions multiples, croûtes du cuir chevelu, papules palmaires, adénopathies, etc.). — Traitement mercuriel, mais très irrégulièrement suivi.
En 1883 (quatorzième année de la maladie), syphilide papulo-squameuse circinée sur le métatarse et la face dorsale des orteils. — Puis, peu après, invasion d’une syphilide linguale dépapillante. Deux îlots de dépapillation complète ; l’un médian et postérieur, de l’étendue d’une amande, ovalaire; — l’autre situé sur le tiers antérieur de l’organe. Celui-ci figure très régulièrement les quatre cinquièmes d’un anneau, dont le dernier cinquième feraitdéfaut. Il offre le diamètre d’une pièce d’un franc. 11 est constitué par une bande de 4 millimètres de largeur, où les papilles linguales ont complètement disparu. Par son aspect lisse et par sa tonalité rouge, il contraste fortement avec les parties ambiantes. — 11 est sec, non érosif. — Bref, c’est un type de l’affection connue sous le nom de glossite tonsurante.^ h plaques lisses ou fauchées delà langue, etc.
Traitement ; Trois pilules de Dupuytren par jour; collutoire horaté, gargarismes, etc. — Guérison de la syphilide du pied et de la glossite en l’espace de trois semaines.
III. — Glossite dépapillante annulaire à la seizième année de la syphilis. — X..., âgé de quarante-sept ans. — Syphilis en 1873. — Chancre induré. — Roséole-
— Traitement par pilules de protoiodure, continué pendant sept mois sous la direction deM. Ricord.
Nul autre accident jusqu’en 1888, époque où la langue devient malade. — En février 1889 (seizième année de la maladie), je constate une irrécusable syphilide cerclée de la langue, de forme absolument secondaire, à savoir :
SYPHILIDES BUCCALES d’éCHÉANCE TARDIVE.
Le tableau ci-joint montrera, en parlant aux yeux, le contraste qui existe entre ces deux ordres de symptômes (glossite érosive ou humide, et glossite dépapillante ou sèche) au double
Sur la moitié droite de la langue, anneau ovalaire à grand axe antéro-postérieur, mesurant 3 centimètres 1/2 en ce sens, sur 2 centimètres en largeur. Cet anneau est complet et très régulier de forme. 11 est constitué par une zone de 3 à4 millimètres de largeur, sur laquelle toutes les papilles sont détruites et comme rasées à leur base. A ce niveau la muqueuse, pour ainsi dire alopécique, est lisse, unie, rouge, mais sèche et sans érosion. — Le centre de l’anneau est sain et pourvu du gazon papillaire normal.
Plusieurs de mes collègues, à qui j’ai montré le malade, n’ont pas hésité un instant sur la qualité syphilitique de la lésion. Tous ont dit: « Syptiilis absolument certaine. »
IV. — Plusieurs poussées de glossite dépapillante de la onzième à la dixhuitième année. — Glossite érosive concomitante. — X..., âgé de quarantetrois ans. — Syphilis eu 1869. Trois chancres indurés de la rainure glando-préputiale. Pléiades inguinales. Syphilide papulo-squameuse. Plaques muqueuses buccales. — Quinze mois plus tard, nouvelle poussée secondaire (syphilides papulo-squameuses, plaques buccales, adénopathies).
Traitement mercuriel de douze à quinze mois. — Plus tard, iodure de potassium.
En 1877 (onzième année de l’infection), je constate sur M. X... une forte poussée de syphilides linguales de forme absolument secondaire. Sur le plateau lingual, huit disques tonsurés et d’un rouge intense, tous régulièrement orbiculaires, deux comparables comme surface à la section d’un grain de cassis, trois à des lentilles, et trois autres plus petits. — Ces lésions sont sèches, sans érosion, tout à fait lisses. — Pas de rénitence appréciable au toucher.
Sirop de Gibert, trois cuillerées par jour ; collutoire boraté, gargarismes. — Guérison rapide.
En octobre de la même année, récidive sur la langue d’accidents de même forme, mais beaucoup moins confluents. — Nouveau traitement. — Guérison.
Trois mois plus tard, syphilide linguale, celle-ci érosive. — Cautérisations. Reprise du traitement interne. — Guérison.
Six mois plus tard, nouvelles syphilides linguales érosives, très petites. — Traitement à Uriage par fortes frictions mercurielles.
Au delà, six ans sans accidents.
Puis, en 1884 (dix-huitième année de la maladie), nouvelle poussée linguale sous forme d une glossite dépapillante, — Six oasis absolument tonsurées, (Quatre de 1 étendue de fortes lentilles, deux comparables à des amandes. — .\ucune érosion de surface. Nouveau traitement intensif par frictions mercurielles à Uriage. — Depuis lors, nul accident.
~ Type de glossite dépapillante à la vingtième année de la syphilis. — X...., âgé de trente-neuf ans. — Syphilis en 1864. — Trois chancres indurés de la verge. Roséole. Plaques buccales à diverses reprises (fumeur).
Traitement d’environ dix-huit mois par mercure et iodure.
Nul accident jusqu’en 1883. — Alors, lésion de la langue.
En février 1884 (vingtième année de la maladie), type de glossite dépapillante , occupant le plateau dorsal de l’organe dans ses deux tiers antérieurs. — Quatre îlots où les papilles sont absolument rasées et font place à une surface lisse, unie, rosée, sèche, sans la moindre érosion. — Ces îlots sont irrégulièrement circinés de contour. Deux ont la dimension d’un gros haricot; deux autres sont plus petits. Ils tranchent sur les parties saines ambiantes à la fois par leur couleur et leur aspect tonsuré. — Nulle douleur. — Pas de ganglions.
Traitement : 2, puis 3 pilules de Dupuytren. — Collutoire boraté. Gargarismes
Guérison vers le 3 mai, après absorption de 80 pilules.
Pas de récidive jusqu’à ce jour (1900).
point de vue de la fréquence de ces deux ordres de lésions et de leurs échéances d’apparition sur la scène morbide.
— Glossite dépapillante à la vingt-septiènie année de la syphilis. — X..., âgé de quarante-huit ans. — Syphilis en 1855. — Chancre induré de la verge. — Roséole; plaques muqueuses. — Traitement très court (d’un à deux mois) par liqueur de Van Swieten.
Se marie un an plus tard. — Femme accouchant neuf mois après d’un enfant mort, et contaminée elle-même de syphilis.
Pendant vingt-six ans, pas d’accidents. Puis, la langue devient malade. — Le malade n'a jamais fumé. — Dents en hon état.
En 1882 (vingt-septième année de l’infection), glossite dépapillante intense. Tout le tiers droit de la langue présente une surface absolument tonsurée et rouge. Sur la moitié gauche de l’organe, quatre îlots où les papilles ont été également fauchées, un du diamètre et de la forme d'un haricot, trois autresagminés et formant un placard comparable aux proportions d’un pruneau. — Aucune érosion à la surface de ces aires tonsurées qui sont unies, lisses, sans rénitence de hase. — Sensibilité de la langue pendant la mastication; sensation de brûlure vive au contact des boissons alcooliques. — Pas d’adénopathie.
Traitement par pilules de Dupuytren (3 par jour). — Guérison en six semaines.
VII. — Glossite dépapillante à la vingt -huitième année de la syphilis. — X...., âgé de quarante-huit ans. — Syphilis en 1855. — Chancre urétral induré, puis syphilides cutanées et plaques buccales. — Traitement à l’hôpital du Midi, dans le service de. M. Hicord, où j’ai vu le malade. — Quatre à cinq mois de traitement mercuriel, puis iodure pendant quelques mois.
En 1875, syphilide palmaire et plantaire, typique, de forme secondaire. Le malade dit que depuis 1870 il a eu plusieurs fois des poussées de ce genre aux mains et aux pieds. « Cela va et vient, dit-il, disparaît sous l’influence des pilules, puis reparaît, et ainsi de suite. » — Traitement mercuriel. — Guérison en deux mois.
En avril et juin 1878, érosions sur le bord de la langue. Ces lésions paraissent bien être de nature spécifique. — Cautérisations et sirop de Gibert. — Guérison.
En 1884 (viNGT-nuiTiÈME ANNÉE DE LA MALADIE), le malade revient me trouverpour de nouveaux accidents à la langue, constitués par une glossite dépapillante aussi typique que possible. — Traitement spécifique. — Guérison.
VIII. — Glossite dépapillante à la vingt-huitième année de la syphilis. (Voy. p. 98.)
IX. — Glossite dépapillante à la trentième année de la syphilis. — X...., soixante ans. — Syphilis en 1866, vue et traitée par un médecin de l’hôpital du .Midi. — Chancre induré du gland, avec bubon. Plaques muqueuses buccales. — Traitement mercuriel prolongé; puis iodure dê potassium.
Nul accident jusqu’en 1895. A cette époque, périonyxis suppuré, puis ulcéreux, du gros orteil. La lésion me semble absolument syphilitique et guérit par le traitement mixte. — Récidive quelques mois plus tard; même traitement. Chute de l’ongle. — Guérison.
En 1896, deux plaques indéniables de glossite dépapillante, l’une ayant les proportions d’un haricot, l’autre plus étendue, mesurant bien 2 centimètres de longueur, sur un de large. — Echec d’un traitement purement local. — Trois mois après, une injection au calomel (à 5 centigrammes) produit une modification immédiate, suivie d’une guérison rapide.
Huit mois plus tard, nouvelle aire de dépapillation linguale, tout à fait caractéristique et par sa physionomie générale et par une configuration arciforme bien accentuée. — Une injection de calomel en produit la disparition avec une rapidité significative.
SYPHILIDES BUCCALES d’ÉCHÉANCE TARDIVE.
II. — Mais, en l’espèce, un second fait intéressant, un fait majeur qui ressort delà statistique précédente, celui qui touche notre sujet et qu’il convient pour l’instant de relever comme principal, c’est la possibilité même ^ pour les syphilides buccales à modalité secondaire^ de faire invasion à des étapes plus ou moins avancées et parfois même très avancées du tertiarisme .
Pour préciser, c’est la possibilité d’invasion de la plaque muqueuse (de la plaque muqueuse, ce symptôme si éminemment secondaire et précoce) au cours de la quatrième, de la cinquième, de la sixième, de la septième, de la huitième, de la neuvième, de la dixième année de la syphilis ; — c’est aussi la possibilité d’invasion de cetteautre manifestation d’apparence secondaire, d’objectivité secondaire, qu’on appelle la glossite dépapillante, à des termes bien plus distants encore du début de la maladie.
Eh bien, messieurs, ce fait, je n’hésite pas à le déclarer scientifiquement nouveau.
Je ne me le dissimule pas, c’est là un fait qui choque les doctrines en cours ; c’est là un fait auquel on ne voudra pas croire actuellement et auquel on ne croira pas de longtemps peut-être. On me dira ou plutôt on m’a dit déjà : « Des plaques muqueuses en pleine période tertiaire ; des plaques muqueuses à la sixième année, à la huitième année de la maladie, et voire au delà ! Des plaques muqueuses dans une étape où la syphilis n’a que trop le droite! l’habitudede se traduire par des gommes, des exostoses, des viscéropathies, du tabès, de la paralysie générale, etc. Allons donc ! Fantaisie pure ; erreur de fait. Vous avez pris pour des plaques muqueuses ceci ou cela, nous ne savons, et il n’importe; mais, bien sûrement, vous n’avez pas eu affaire à des plaques muqueuses, nous entendons à des accidents identiques à ceux que produit la syphilis dans sa période secondaire. » Voilà l’objection attendue, inévitable, nécessaire. Or, j’ai le devoir et l’ambition de démontrer qu’il n’y a pas eu en l’espèce méprise de ma part, que les lésions dont je viens de parler en les qualifiant de plaques muqueuses ou de glossites dépapillantes, n’ont pas que les apparences secondaires, l’objectivité secondaire ; qu’elles ont, en plus, la
nature syphilitique avec les conséquences qui peuvent en dériver pour autrui ; bref, que ce sont là bel et bien des manifestations syphilitiques avec extériorité secondaire ^ si je puis ainsi parler.
Trois arguments, me semble-t-il, peuvent concourir à établir cette démonstration, à savoir : 1° ce qu’on appelle le critérium thérapeutique ; — 2" la contagiosité parfois établie des accidents en question; — 3Ma coexistence assez fréquente de ces accidents avec d’autres manifestations de spécificité indéniable.
Développons.
1“ Critérium thérapeutique. — Le traitement mercuriel ne fait pas que guérir ces syphilides secondaires tardives; il les guérit parfois et même souvent dans des conditions où l'on, ne saurait méconnaître une relation significative entre le remède et l'effet curatif ; — comme dans les cas où il les a dissipées à bref délai, alors qu’elles persistaient depuis longtemps, rebelles à tout remède ; — comme dans les cas où plusieurs fois, coup sur coup et de la même façon, il a eu raison de leurs multiples récidives ; — comme dans les cas, enfin, où il en a éteint d’une façon définitive les incessantes repullulations, etc. — Exemples :
^I. X... syphilitique depuis neuf ans, vient me consulter en 1890, pour une affection de la bouche, qui, dit-il, s’acharne sur lui depuis plus de trois ans. Entretenue (ce qu’il reconnaît lui-même) par un excessif abus du tabac, cette affection a été constituée par une innombrable série de poussées éruptives, qui se sont produites un peu partout dans la bouche, mais très spécialement sur la langue. Aujourd’hui encore, elle crible la langue d’un groupe confluent de syphilides érosives, associées à de nombreuses plaques de dépapillation. — Elle a résisté ou incomplètement ou complètement à des médications très diverses (pilules de protoiodure ou de sublimé, sirop de Gibert, iodure de potassium, arsenic, alcalins, cautérisations, deuxsaisons à Saint-Christau, etc., etc.). — Je prescris un traitement intensif par frictions mercurielles. Dirigé à Uriage par mon savant ami le D''Doyon, ce traitement (frictions quotidiennes à huit et dix grammes d’onguent napolitain) modifie rapidement l’état de la langue et aboutit à une disparition complète des accidents. — L’année suivante, deux récidives légères sont aussitôt dominées par la reprise des frictions. — Nouvelle saison à Uriage, avec frictions. — Guérison, qui s’est maintenue jusqu’à ce jour (1904).
SYPHILTDES BUCCALES d’ÉCIIÉANCE TARDIVE.
Et que de faits de ce genre n’aurais-je pas à citer ! Je vous en ferai grâce, parce qu’ils sont tous semblables au précédent, au point de sembler copiés les uns sur les autres, et qu’en définitive ils se résument tous dans le schéma que voici :
Malade syphilitique et fumeur (association presque constante) ; — interminable série de poussées buccales, constituées soit par des syphilides de type érosif, bien plus rarement exulcéreuses ou ulcéreuses, qui se portent généralement à la langue, soit par des lésions de glossite dépapillante, soit par ces deux ordres de lésions combinées ; — échec des médications vulgaires, par exemple du traitement mercuriel banal donné à doses courantes ; — persistance chronique, voire indéfinie de l’affection ; — puis, de guerre lasse, recours au traitement intensif qui, d’emblée, fait merveille, provoque la disparition rapide des accidents, et parfois même en délivre le malade d’une façon définitive.
2*" Second témoignage en faveur de la spécificité des lésions qui nous occupent : contagiosité de ces lésions.
De cela la preuve a été fournie. Plusieurs fois on a vu des contaminations syphilitiques dériver de syphilides buccales de modalité secondaire ayant fait invasion en pleine période tertiaire, et même à échéances plus ou moins reculées de cette période.
C’est là un point que, pour l’instant, je me borne à inscrire ici en sa place, devant lui consacrer bientôt les longs développements qu’il mérite en raison de sa haute importance pratique.
3® Enfin, un témoignage non moins décisif que les précédents consiste en la coïncidence assez commune de ces accidents avec d’autres manifestations indéniablement spécifiques. Cette contemporanéité ne laisse pas d’être significative, mais elle le devient bien davantage encore par sa fréquence. J’ai soigneusement, à ce point de vue, dépouillé mes observations, et voici ce que j’y ai trouvé.
Sur un total de 434 cas, il en est 123 où ces syphilides buccales tardives ont été rencontrées en coexistence avec divers autres accidents de syphilis. Ce qui donne un pourcentage
d’environ 28 p. 100 (1). Ainsi, dans plus d'un quart des cas il y a eu coïncidence de ces syphilides avec d’autres manifestations avérées de syphilis, telles que syphilides cutanées, et notamment, en première ligne, syphilide palmaire ou plantaire, syphilides tertiaires, onyxis et périonyxis, lésions gommeuses, sarcocèle, laryngite, tabès, etc. De même, dans deux cas précités dus à MM. Emery et Druelle, des plaques muqueuses buccales, survenues dix et vingt ans après le début de la syphilis, s’étaient produites en coïncidence avec des accidents tertiaires, à savoir : pour le premier cas, syphilides gommeuses du cuir chevelu, et, pour le second, gomme de la jambe et glossite scléreuse. De telles coïncidences ne sont-elles pas absolument démonstratives?
Voilà donc, au total, une triade de témoignages péremptoires. Impossible, d’après cela, de récuser la nature spécifique des accidents en question.
(1) Voici le détail de cette statistique.
COEXISTENCE, DANS LE STADE TEHTIAIRE, DE SYJ*HILIDES BUCCALES SECONDAIRES AVEC DIVERSES MANIFESTATIONS SYPUILIÏIQÜES d’aUTRES SIÈGES :
Syphilides
Glossite
Au
d’ordre commun.
dépapillante.
pourcentage.
Au cours de la 4* année. . .
SYPHILIDES GÉNITALES.