‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 29 sur 55 · SYPHILIDES GÉNITALES TARDIVES A MODALITÉ SECONDAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIDES GÉNITALES TARDIVES A MODALITÉ SECONDAIRE

-'Au point de vue de l’intérêt pratique, ce chapitre sera le pendant de celui que nous avons consacré aux syphilides buccales; car nous allons y retrouver ces deux questions qui intéressent si puissamment la sauvegarde publique, à savoir la contagiosité possible d’accidents à long terme et, comme conséquence, les conditions d’aptitude au mariage chez les sujets syphilitiques.

I. — Voyons d’abord ce que nous apprend la statistique sur la fréquence de tels accidents.

Je trouve ceci dans mes notes: 107 cas de syphilides génitales tardives d’ordre secondaire, c’est-à-dire, pour bien préciser, de syphilides génitales d’objectivité secondaire s’étant produites au cours de la période tertiaire.

Et ces 107 cas se répartissent ainsi:

102 pour l’homme ;

5 pour la femme.

Impossible, en face de tels chiffres, de ne pas placer icideux remarques préalables.

1“ La première est relative à l’infériorité de fréquence de ces localisations génitales par rapport aux accidents buccaux de même ordre.

Dans ce qui précède nous avons vu les syphilides buccales tardives de forme secondaire s’élever au chiffre de 434 ; et voici que, pour les syphilides génitales de même ordre, nous ne trouvons que le chiffre bien inférieur de 107. Proportion: 4 contre 1, en chiffres ronds. D’où il suit, remarquez bien ceci, messieurs, que :

Dans l’étape tertiaire, les manifestations attardées de la période secondaire sont quatre fois moins corn-

munes aux régions génitales qu’aux régions buccales.

C’est dire implicitement qu’au cours du tertiarisme le danger des contaminations génitales est quatre fois moindre que le danger des contaminations dérivant de la bouche. Document curieux à enregistrer et dont nous aurons à tenir compte pour la prophylaxie, non moins que pour la réglementation du mariage des sujets syphilitiques.

Or, quelle raison donner à cette considérable supériorité de fréquence des accidents buccaux? Nul doute que le tabac n’y ligure pour une large part. Car il est de notion commune que l’usage et surtout l’abus du tabac servent de causes d’appel, de rappel et d’entretien aux syphilides buccales. « Cest bien sûrement le tabac qui éternise la syphilis dans ma bouche », me disait un jour un fumeur émérite, qui, du reste, n’en fumait pas pour cela un cigare de moins.

2“ D’autre part, quelle inégalité d’un sexe à l’autre dans les chiffres que je viens de produire ! 102 cas pour l’homme contre 5 (5 seulement) pour la femme ! Quelle incroyable et, quant à présent du moins, quelle inexplicable disproportion !

Peut-être bien cependant, cette disproportion n’est-elle pas ce qu’accusent les chiffres précités. On sait, en effet, que la femme s’inquiète bien moins que l’homme de tout ce qui concerne la syphilis et en laisse souvent passer les symptômes inaperçus. Il est donc fort possible qu’en l’espèce, les manifestations qui nous occupent étant particulièrement bénignes et, de plus, se produisant à une époque où la maladie semble périmée, les malades n’en prennent pas souci, en méconnaissent la nature aussi bien que le danger, et s’épargnent l’ennui de consulter un médecin à leur propos. — Mais, cette raison estelle suffisante à expliquer le fait en question? Vraiment je ne saurais le croire.

n. — A quelles échéances ont été observées ces syphilides génitales d’ordre secondaire?

Voici ce que je trouve dans mes notes :

SYPHILIDES DE LA VERGE. MODALITÉ PAPULEUSE. 115

LOCALIfiATIONS.

Au cours de la

4® année

Verge.

Scrotum.

Région vulvaire.

— Total

lo® —

Trois enseignements, — tout à fait majeurs au point de vue prophylactique, — ressortent des cliiffres qu’on vient de lire.

I. — Le premier, c’est que les invasions secondaires tardives qui se font sur les parties génitales (et qui, par conséquent, encourent plus que d’autres le risque de transmettre la contagion) sont susceptibles d’échéances qui s’échelonnent d’une façon continue sur les dix premières années du tertiarisme, c’est-à-dire de la quatrième à la treizième année de la maladie.

IL — C’est, en second lieu, que la fréquence de ces invasions diminue d’une façon progressive (inégalement progressive, mais n’importe) à mesure que l’on s’éloigne davantage du début morbide.

IlL — Enfin, c’est que l’apogée de cette fréquence revient, avec un excès numérique considérable, aux trois premières et surtout aux deux premières années du tertiarisme (70 p. 100 du total des cas pour les trois premières et 58 p. 100 pour les deux premières).

Ce sont là toutes notions intéressantes, dont nous aurons à tirer parti comme indications prophylactiques.

LOCALISATIONS 1° Syphilides de la verge

Les manifestations de ce groupe se font sur la verge ou sur le scrotum, quelquefois aussi sur l’un et l’autre de ces organes simultanément.

Elles sont notablement plus communes à la verge (62 cas) qu’au scrotum (43).

Examinons-les d’abord sur la verge.

I. — Quelles modalités cliniques affectent sur ce siège spécial les syphilides secondaires de l’étape tertiaire ?

Chose étrange, paradoxale, les modalités sévères, importantes, du secondarisme, celles qui seraient le mieux à leur place en l’espèce, le mieux en harmonie avec le stade morbide, sont précisémcut celles qu’on ne rencontre pas ou qu’on ne rencontre que le plus rarement — et de beaucoup — dans l’étape tertiaire. Aiiisi :

La forme ulcéreuse des syphilides secondaires y est absolument rare, presque exceptionnelle. Üe même, pour la forme papulo-hypertrophique dont je n'ai pas encore rencontré d’exemples.

En revanche, ce qu’on y observe ce sont les modalitésycwyie^, superficielles, secondaires entre les secondaires, à savoir les modalités papuleuses ou meme simplement érythémateuses. — Je précise.

Le type le plus commun est le type papulo-squameux ^ constitué, comme l’on sait, par une série de petites élevures pleines, formant plateau ; — orbiculaires de contour et le plus souvent orbiculaires avec une correction parfaite ; — à surface sèche et squameuse, mais pauvrement squameuse; — d’un diamètre variable entre celui d’une lentille et (ce qui est plus rare) celui d’une pièce de vingt centimes.

Ces papules ont pour siège usuel le fourreau et la peau du prépuce, plus rarement la surface du gland.

En voici quatre exemples :

l. — Syphilis datant de cinq ans. — Sur la face supérieure du gland, deux papules sèches, lenticulaires, légèrement saillantes, à surface lisse, unie, décoloration brune, à contours bien définis et correctement circinés. — Goincidemment, syphilide bipalmaire, incontestable.

jï, Syphilis datant de six ans. — Sur la peau du prépuce, trois

papules lenticulaires, sèches, légèrement squamelleuses de surface, un peu plus grandes qu’une lentille ordinaire, nettement cerclées, de teinte rougeâtre ou rose foncé. — Goincidemment, syphilide palmaire.

m. Syphilis datant de sept ans. — Chancre induré, avec double

SYPHILIDES DE LA VERGE. MODALITÉ PAPULEUSE. H 7

adénopathie inguinale. — .Jamais le moindre accident consécutif, secondaire ou tertiaire; grâce sans doute à un traitement commencé dès le début et continué régulièrement pendant deux années (pilules de protoiodure, sirop de Gibert et iodurede potassium). Aussi, sept ans plus tard, le malade s’était-il cru autorisé à se laisser engager dans un mariage. Fort heureusement huit jours avant la date à laquelle devait avoir lieu la célébration de ce mariage, il vint me rendre visite à propos d’ « insignifiants bobos qui lui étaient poussés sur la verge », qu’il avait négligés jusqu’alors, « croyant que cela allait guérir comme c’était venu », et (pii, somme toute, persistaient. Or ces « insignifiants bobos » n’étaient rien autre qu’un groupe de syphilides papuleuses occupant la surface du gland et constitué par quatre belles papules sèches, lenticulaires, très correctement cerclées de contour, légèrement saillantes, légèrement rénitentes, de couleur brun foncé, etc., bref, présentant une physionomie qui ne pouvait laisser de doutes sur leur spécificité de nature. — Il va sans dire que je prescrivis à mon client de différer, — et de longtemps, — son mariage. Mais mon conseil a-t-il été suivi ?

IV. — Syphilis datant de onze ans. — Sur le fourreau et la peau du prépuce, neuf papules sèches; — comparables chacune comme surface à une lentille, à cela près de deux ou trois qui, jeunes encore, ne dépassent pas le diamètre d’une tète d’épingle; — légèrement saillantes; — squamelleuses, plutôt (jue véritablement squameuses de surface; — rosées; — quelque peu rénitentes de base ; — orbiculaires ou un peu ovalaires pour (|uel(jues-unes ; — et, finalement, d'aspect absolument secondaire. On dirait des manifestations d’une syphilis toute jeune, âgée de quehjues mois. — Goïncidemmentdeux papules semblables, sur le scrotum, de physionomie absolument secondaire.

Ainsi, remarquez bien ceci, messieurs : Sur des sujets afi’ectés de syphilis depuis cinq, six, sept et onze ans, des papules génitales typiques.^ de physionomie exactement semblable ti celle de lésions d'une syphilis toute jeune., d'une syphilis, par exemple, datant de quelques mois!

Sans doute, ces pa[)ules n’ofl'rent comme objectivité aucun signe qu’on puisse rigoureusement dire pathognomonique. Elles ne laissent pas cependant d’attester leur spécificité par une physionomie quelque peu spéciale, que constituent leur délimitation précise de contour, leur configuration méthodique, orbiculaire et souvent d’une orbicularité parfaite, mathématique, leur surface à desquamation pauvre et partielle, et plus encore, pour certains cas, leur groupement circiné. — Relati-

vement à cette dernière particularité, je citerai le cas d’un de mes clients qui, dans la quinzième année de sa syphilis (quinzième année, notez bien cette curieuse échéance), présenta sur le gland et la rainure une syphilide papulo-squameuse circinée, laquelle était composée par une dizaine de petites papules disposées en collier et formant ainsi une sorte de bague du diamètre d’une pièce d’un franc. Une telle disposition, à coup sûr, pourrait presque être dite pathognomonique ; mais elle est des plus rares.

Dernier détail. — Indépendamment de cette circination par groupement, la syphilide papuleuse génitale affecte quelquefois par elle-même une configuration circinée, d’une seule teneur, celle, par exemple, d’un segment de circonférence, d’un croissant, d’une demi-lune. Ainsi, un de mes malades portait sur le gland une bandelette papuleuse et sèche qui figurait d’une façon très correcte les deux tiers d’une circonférence. Un graphique de cet ordre comporte, on en conviendra, un cachet de spécificité peu contestable.

II. — Certes il est déjà bien étrange de voir la syphilis tertiaire affecter, par une sorte de retour sur elle-même, le type papuleux. Mais, a fortiori, il est tout à fait paradoxal, extraordinaire, incroyable, qu’elle puisse rebrousser chemin jusqu’à revenir aux formes les plus jeunes et les plus superficielles du secondarisme. Eh bien, cela a lieu cependant, comme nous en avons eu des preuves déjà, et cela se produit sur les organes génitaux comme ailleurs.

Ainsi, au cours de la période tertiaire on a vu des syphilides se constituer sur le gland ou la rainure sous forme de simples taches érythémateuses ou érythémato-squameuses (sans parler encore du type érosif qui nous occupera tout à l’heure). J’ai dans mes notes plusieurs cas bien étudiés et que je crois sûrement authentiques de lésions de cet ordre s’étant produites de la cinquième à la dixième année de la syphilis. En voici trois comme spécimens :

I. — Syphilis datant de cinq ans. — Syphilide du gland, papuleuse sur quelques points, mais sur d’autres absolument et exclusivement érythémateuse. Ainsi, au voisinage du méat urinaire, au niveau même de ce méat et sur le frein, existent quatre tachettes lenticulaires ou ovalaires, rosées, nettement délimitées de contour, ne faisant pas le moindre relief, n’offrant pas la moindre rénitence,

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constituées exclusivement par ceci : une teinte rouge foncé, tranchant sur la muqueuse, et, })Our quelques-unesseulement, fine desquamation de surface. (A noter, comme témoignage de l’intérêt pratique qui se rattache à la question qui nous occupe pour l’instant, que ce malade était à la veille même d'un mariage.)

II. — Syphilis datant de^wtYans. — Sur la surface dorsale du gland, trois taches érythémateuses et purement érythémateuses, rosées, non squamelleuses de surface, sèches (à cela près d’une seule qui se montre excoriée en un point), ovales, de la dimension d’une petite amande pour l’une et d’une lentille pour les deux autres.

— Coïncidemment, syphilide papuleuse scrotale des plus évidentes.

III. — Ce troisième cas est presque copié sur le précédent. — Syphilis datant de huit ans. — Syphilide palmaire. — Syphilides scrotales, de forme papuleuse. — Sur le gland trois taches érythémateuses, exactement identiques à celles que je viens de décrire.

— L'une de ces taches s’est érodée tout récemment.

Quelquefois, enfin, ces syphilides érythémateuses affectent, elles aussi, une configuration circinée qui les signale à l’attention. C’est ainsi, par exemple, que, sur un de mes malades, une de ces syphilides en forme de fer à cheval encadrait à moitié le méat urinaire.

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