‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 30 sur 55 · MODALITÉS ÉROSIVES. — LEURS DANGERS · texte numérisé non relu

MODALITÉS ÉROSIVES. — LEURS DANGERS

Si les lésions qui nous occupent restaient toujours sèches et, de ce fait, inolfensives (au moins suivant toute vraisemblance), elles n’auraient qu’un intérêt de curiosité clinique. Mais inutile de dire quels dangers elles comportent dès (ju’elles deviennent érosives, suppurantes. Or, il n’est pas rare (ju’elles deviennent érosives. Ainsi, pour une raison ou pour une autre, elles peuvent s’excorier, au moins partiellement. A preuve les deux derniers cas que je viens de vous citer. Dans l’un et l’autre, une syphilide érythémateuse du gland s’était en partie dénudée d’épithélium et présentait à découvert le derme muqueux. On conçoit aisément que des influences multiples et diverses puissent déterminer cette facile exfoliation de l’épithélium (adossement.de surfaces, irritations d’ordre quelconque, froissements, déchirures dans le co'it, etc.).

D’ailleurs et surtout, il est tout un groupe de ces syphilides

secondaires tardives qui, aux organes génitaux comme ailleurs, se présentent originairement, primitivement, à l’état de lésions humides et sécrétantes. Ce groupe est composé par les deux types de sypliilides dites érosives ou papulo-érosives^ types bien connus de tous et dont je n’ai qu’à vous rappeler très sommairement les caractères.

I. — Le premier est constitué par de simples érosions dermiques, aussi superficielles que possible; — bien circonscrites comme contours ; — petites et variant de l’étendue d’une lentille ou d’un pépin de poire à celle d’une amande, d’un haricot ou d’une pièce de 20 centimes; — fréquemment arrondies, mais pouvant être ovalaires, allongées suivant le sens d’un sillon muqueux (comme dans la rainure glando-préputiale, par exemple), ellipti([ues, fissuraires, etc. ; — plates et sans relief; — d’une couleur rouge ou rougeâtre, qui n’est que celle du derme dénudé ; — indolentes, aprurigineuses, et, de ce fait, le plus souvent négligées et dédaignées par les malades qui les considèrent comme d’insignifiants « boutons » ou de vulgaires « herpès » ; — et susceptibles enfin de passer inaperçues (toutes conditions, remarquez-le bien à l’avance, messieurs, merveilleusement faites pour ne rendre ces lésions que plus dangereuses au point de vue de la contagion).

Ces lésions ont deux sièges de prédilection, à savoir : la surface du gland et, plus encore, la rainure glando-préputiale.

IL — Le second type (type papiilo-érosif) est identique au premier, à la seule différence près d’un élément papuleux surajouté; c’est-à-dire que l’érosion dermique fait une légère saillie, surélevée qu’elle est en plateau. — A remarquer au reste que cette forme papuleuse est rare, très rare, par rapport à la forme érosive, laquelle, — je ne sais pourquoi, — reste le type à peu près exclusif de ces syphilides génitales secondaires attardées dans la période tertiaire.

Ne négligeons pas de dire — et pour cause, — que cette syphilide érosive génitale n ayant pas un seul caractère propre est souvent, par cela même, d’un diagnostic délicat, difficile, voire impossible. Trois lésions surtout peuvent la simuler et doivent en être soigneusement différenciées, à savoir : érosions accidentelles, traumatiques, dérivant du coït; — herpès; — et surtout érosions balanitiques. — Quelques mots à ce sujet ne seront pas superflus, je crois.

SYPHILIDES DE LA VERGE. JIODALITÉS ÉROSIVES.

1° Les érosions traumatiques, si communes aux organes génitaux, affectent parfois une physionomie très analogue à celle des syphilides érosives. Généralement, toutefois, elles s’en différencient par leur configuration non régulière, non arrondie, tout au contraire effilée, allongée, à la façon d’une rupture, d’une déchirure.

2° L'herpès est parfois un véritable sosie pour les syphilides érosives de cette région. Le plus souvent, néanmoins, il s’en distingue par les caractères suivants :

Vésiculation initiale en bouquet, avec ou sans vésicules aberrantes ;

Persistance possible, à sa période érosive, d’une ou de quelques vésicules en retard sur le gros de l’éruption primitive ;

Multiplicité possible de lésions, parfois presque caractéristique ;

Ténuité habituelle de certaines érosions isolées, dites miliaires, ne dépassant guère les dimensions d’une tête d’épingle ;

Et surtout, par-d(issus tout, polycyclisme et mickocyclisme de contour, signe précieux et souvent décisif sur lequel j’ai assez longuement insisté ailleurs pour n’avoir plus qu’à l’énoncer ici(l).

3° Les érosions halaniliques sont, elles aussi, merveilleusement faites pour simuler les érosions secondaires, comme

(1) Voy. Traité de la syphilis, t. I, p. 81. — « Examinez le contour d’une érosion herpétique, vous constaterez les deux particularités que voici ;

« 1“ Ce contour est tourmenté, sinueux, prescpie géographique, figurant çà et là des segments de circonféreiice. Cénéralernent, on observe plusieurs de ces segments de circonférence {polycyclisme) ; parfois on n’en rencontre qu'un seul.

« 2“ En second lieu, les segments arciformes i[ui prolilent sur quelques points le contour de la lésion appartiennent tous à de petites circonférences {microcycUsme). Ils représentent, par exemple, ce que serait un segment de circonférence d'une tête d’épingle ou d’un grain de millet.

<i Ces deux particularités, qu’on peut parfois percevoir avec de bons yeux, mais qui, en tout cas, n’échappent pas à la loupe, ne sont pas le fait du hasard. Elles relèvent, au contraire, d’un fait anatomi(iue ; elles tiennent à l’essence même de la lésion, au mode suivant lequel se constitue l’érosion composite de l’herpès. Cette érosion, en effet, résulte de la fusion de pliisieur.s vésicules voisines formant ce qu’on appelle le bouquet d’herpès. Par coalescence ces vésicules composent l’érosion; et, tout naturellement, leurs segments extérieurs se traduisent sur le contour de cette érosion par des tracés arciformes. De là, le polycyclisme ; de là aussi le microcyclisme, qui ne fait que traduire la ténuité des vésicules originelles.

« L’érosion herpétique doit donc à sa constitution même d’être une lésion à contour à la fois polycyclique et microcyclique. Or, comme aucune autre lésion n’a de raisons semblables pour affecter cette même conliguralion, il suit de là que la particularité en question appartient en propre à l’herpès et en constitue un indice qu’on peut qualifier, je crois, de pathognomonique. »

aussi pour être simulées par elles. Elles ne s’en différencient guère que par des nuances objectives, à savoir : en ce qu’elles sont généralement plus nombreuses; — plus étendues de surface ; — plus irrégulières de forme, sinueuses et véritablement géographiques de contour ; — plus rouges, plus carminées. — Ajoutez qu’elles s’accompagnent d’une rougeur plus générale de toute la région et d’une suppuration plus abondante. C’est dire, en un mot, qu’elles sont de type plus inflammatoire.

2° Syphilides du scrotum.

Venons aux localisations scrotales.

Je ne saurais vous en donner une meilleure idée qu’en vous présentant un malade actuel de nos salles. Voyez cet homme. 11 porte sur le fourreau de la verge et sur toute l’étendue du scrotum une éruption qui, de par sa physionomie, s’impose pour une syphilide papuleuse, car il est des diagnostics qui ne se discutent pas et celui-ci certes est du nombre. Le scrotum est littéralement criblé d’une foule de papules (une quarantaine pour le moins), papules typiques, petites, lenticulaires, rouges, sèches, très finement squamelleuses pour quelques-unes, à peine saillantes, à peine rénitentes au toucher, etc. Ce sont bien là des papules, et non des tubercules ; ce sont bien là des papules secondaires, répondant au type connu de ce qu’on appelle couramment des plaques muqueuses. Si je vous disais que ces lésions sont le produit d’une syphilis datant de six mois, d’un an, de deux ans, vous trouveriez qu’elles sont en harmonie parfaite avec l’âge de la maladie. Eh bien! elles sont le produit d’une syphilis qui remonte à dix ans^ syphilis classique, indéniable, à antécédents précis. Voici donc le type de ce que je vous décris actuellement, à savoir : une

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