‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 31 sur 55 · MANIFESTATION DE TYPE SECONDAIRE ATTARDÉE DANS LE STADE TER- TIAIRE · texte numérisé non relu

MANIFESTATION DE TYPE SECONDAIRE ATTARDÉE DANS LE STADE TER- TIAIRE

Or, les accidents de ce genre ne sont pas rares à la région des bourses, où les appellent sans doute certaines conditions locales (chaleur et moiteur habituelles, adossement des parties au niveau de la cuisse, âcreté particulière de la sueur chez certains sujets, défaut de soins, etc.).

SYPHILIDES SCROTALES

La forme papuleuse est celle qu’affectent là ces accidents pour la très grande majorité des cas.

Elle y est ou discrète ou contluente, comme aussi sèche ou humide.

Discrète, elle se compose d’un petit nombre (3, 5, 6, 7) de papules squameuses, lenticulaires, éparses sur le scrotum. Exemple : Sept de ces papules, de physionomie absolument secondaire, traduisaient, sur un de mes malades, une syphilis remontant à vingt-deux an s (22 ans, remarquez bien cette échéance, je vous prie). Le fait me parut tellementcurieux que j’adressai le malade à un de mes collègues, qui me répondit : « Vous avez raison ; ce sont là d’admirables papules secondaires sur un vieux terrain tertiaire. »

Il se peut encore que la lésion soit unique. Comme exemple, je produirai le cas suivant, dans lequel une plaque unique, aussi incontestable, aussi typique que possible (lire l’observation pour s’en convaincre), se développa sur le scrotum à la neuvième année de l’infection.

X..., ûgé de trente-six ans, se présente à ma consultation en août 1903, pour me demander un avis sur un « boulon » qui lui est survenu sur les bourses depuis quelques semaines et qui l’inquiète vivement en raison de sa ressemblance avec d’autres boutons ({u'il a eus autrefois. Autrefois, c’est-à-dire il y a nen/’am-, époque où il a contracté une syphilis pour laquelle il s’est fait traiter à l’iiopital Ricord. Cette syphilis s’est manifestée par la série des accidents suivants : chancre induré de la verge, puis roséole, croûtes du cuir chevelu, [)laques buccales à maintes reprises, plaques érosives (lu scrotum, adénopathies, etc. La réapjiarilion du bouton actuel l’étonne d’autant plus, ajoute-t-il, (pi’il s’est « bien traité, très bien traité, pendant quatre ans, et qu’au delà même il s’est soumis chaque année à une cure par l’iodure de potassium ». Somme toute, d’après une comptabilité très bien tenue, qu’il me montre, il aurait pris depuis le début de sa syphilis 935 pilules mercurielles (pilules de Ricord ou pilules de Dupuytren), et 31 flacons d’iodure à 30 grammes chacun (total : 930 gr. d’iodure), sans parler «d’au moins mille litres de tisane de salsepareille ». Depuis un an, seulement, il a cessé toute médication.

Je l’examine et trouve sur lui deux manifestations indubitablement syphilitiques, à savoir :

1° Une glossite depapillante, lisse, dont il ne m’avait pas parlé et dont il ne peut préciser l’origine ;

2° Sur le côté gauche du scrotum, une syphilide papulo-érosive

SYPHILIS SECONDAIKE TAHDIVE.

aussi typique que possible, c’est-à-dire une lésion très nettement délimitée et circonscrite, très correctement circulaire, surélevée au-dessus des téguments d’environ 2 millimètres, érosive de surface et suppurante, très rouge (enflammée qu’elle est par le défaut de soins et le frottement sur la cuisse), légèrement prurigineuse, etc... C’est là, je le répète, un type, un modèle admirable de syphilide papulo-érosive tendant à passer au type hypertrophique. Impossible de s’y tromper.

,1e prescris : pilules de protoiodure et traitement local consistant en ceci : bains, lotions fréquentes avec liqueur de Labarraque coupée d’eau, aspersions d’oxyde de zinc, ouate, suspensoir, etc.

Dix jours après, il ne reste plus qu'une tache blanc rosé sur les bourses. La lésion a disparu. — Très rapide guérison qui ajoute un témoignage confirmatif au diagnostic sus-énoncé, car on sait que le propre de ces syphilides papulo-érosives est de s’affaisser, de s’assécher et de se résorber, dès qu’on les traite, avec une étonnante facilité.

Inutile d’insister sur l’objectivité de telles lésions, car ce serait vous décrire à nouveau un type banal, connu de tous.

Confluente, l’éruption se compose, comme vous venez de le voir, d’un semis plus ou moins abondant de papules de même ordre. On en compte alors une quinzaine, une vingtaine, voire (mais c’est assez rare) une quarantaine, comme sur notre malade. — En général, leur nombre est en raison inverse de leur étendue.

Deux points réclament ici notre attention.

Le premier est relatif à la tendance vraiment particulière des syphilides scrotales à la forme circinée. C’est là pour elles (sans qu’on puisse en dire le pourquoi) une forme de prédilection; aussi, très communément les voit-on dessiner, à la surface des bourses, des arcades, des croissants, des demi-lunes, des anneaux le plus souvent incomplets, voire des arceaux conjugués, etc. Or, l’on sait quelle valeur diagnostique se rattache à ces diverses configurations, qu’il faut toujours rechercher avec soin. — A noter au passage que ces configurations peuvent échapper à un examen superficiel, en raison de la corrugation et du retrait des parties. Elles ne sont perçues parfois que grâce à un déplissement mécanique des tuniques scrotales.

SYPHILIDES SCROTALES.

Quelques exemples, en raison de l’importance clinique de cette particularité.

I. — Syphilis datant de cinq ans. — Sur la face antérieure du scrotum, deux demi-lunes, bien constituées, olTrant le diamètre d’une pièce de deux francs, papulo-squameuses.

II. — Syphilis datant de cinq ans. — Syphilide scrotalede modalité papulo-squameuse, de configuration annulaire. Elle figure exactement une bague. — L’année suivante, récidive au même point d’une syphilide circinée, papulo-squameuse, constituant les deux tiers d’un anneau.

III. — Syphilis datant de douze ans. — Syphilide scrotale papulosquameuse, en arceaux conjugués, figurant exactement un oméga minuscule.

IV. — Syphilis datant de dix-sept ans. — Syphilide papulo-squameuse du scrotum, figurant un anneau incomplet. « — L’aspect, dit l’observation, en est aussi secondaire que possible. »

Second point, celui-ci d’importance tout à fait majeure : Les syphilides de cette région (en raison, sans doute, de conditions locales dont je parlais tout à l’heure) offrent une tendance très accusée à affecter soit d’emblée soit secondairement le type humide et sécrétant, c’est-à-dire à se transformer en véritables plaques muqueuses.

Et, en effet, à moins d’être traitées localement, les papules scrotales desquamées ont pour règle très habituelle d’aboutir, après un certain temps, à s’irriter, à s’enflammer, à prendre une physionomie eczémateuse qui a pu dérouler parfois le diagnostic (1), linalement à desquamer, à s’exfolier, à devenir humides, suintantes, brefà se transformeren plaquesmuqueuses aussi typiques et aussi irrécusables que possible.

De cela voici un bel exemple, fait en (juelque sorte pour la démonstration. Un de mes clients, syphilitique depuis huit ans,

(1) Exemple : Un monsieur se présente à ma consultation, se disant affecté d’un« eczéma des bourses », qui dure depuis deux à trois mois et qui s’est montré rebelle jusqu’ici à divers traitements, notamment à un traitement arsenical. J’examine cette lésion, qui occupe presque tout le scrotum, et j’avoue que mon impression première est tout à fait favorable à ce diagnostic d’eczéma. Mais, inspectant les parties malades de plus près, en ayant soin (précaution à ne jamais négliger en pareil cas) de déplisser et de tendre les bourses, je reconnais, au milieu d’une nappe érythémato-érosive, des vestiges non douteux d’une éruption circinée en forme d’arceaux. Gela me donne un soupçon. J’interroge sur la syphilis, qu’avoue aussitôt le malade... Puis, poursuivant mes recherches, je trouve çà et là, sur les frontières de l’éruption, quelques papules qui me semblent bien spécifiques. — Bref, je prescris le traitement mercuriel, auquel cède bientôt et avec une rapidité significative ce prétendu eczéma, qui n’était qu’une syphilide à eczématisation artificielle.

se présente à moi affecté d’une syphilide papuleuse confluente qui criblait le scrotum. Or, sur toute la portion antérieure de l’organe les papules étaient sèches, absolument sèches et squamelleuses; tandis qu’au contraire, sur le côté gauche, côté adossé à la cuisse, elles étaient exfoliées, excoriées et même formaient là, dans l’étendue d’une pièce d’un franc, un placard dénudé à la façon d’un vésicatoire, excorié, suintant, irrité, et de couleur rouge carmin. Ce placard était un type de plaque muqueuse papulo-érosive, telle qu’il est banal d'en rencontrer dans les premiers mois d’une syphilis.

Eh bien, — j’en viens au fait capital qui nous intéresse spécialement, — une telle lésion, une plaque inuqueuse {appelons-la de son nom), bien qu’évoluant en pleine période tertiaire, conserve-t-elle la contagiosité qui lui est propre dans le stade secondaire? Je ne fais que poser la question pour l’instant, parce que nous aurons à la discuter bientôt.

Je terminerai ce paragraphe en ajoutant que ces syphilides scrotales ^ov^i sujettes à récidives au cours de l’étape tertiaire. Ainsi, un de mes clients, à ma connaissance et sous mes yeux, en a présenté trois poussées, à savoir : une première dans la huitième année de la syphilis ; — une seconde, identique de forme, six mois plus tard; — et une troisième, beaucoup plus confluente, dans la dixième année de l’infection.

Gela dit, venons au point qui intéresse spécialement notre sujet.

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