DURÉE DE LA CONTAGIOSITÉ SYPHILITIQUE
quant à la contagiosité de l’étape tertiaire, je ne puis y ajouter foi... »
Tout autres, bien opposées même, furent les conclusions du quatrième rapporteur, le D" Feulard, mon ancien chef de clinique. Celui-ci, jeune encore, eut le bon esprit d’en appeler à l’expérience d’autrui et institua en ce sens une véritable enquête sur la question. Réunissant de la sorte de nombreuses observations qui lui furent fournies et par ses maîtres et par sescollègues et par moi, il aboutit à présenter au Congrès une étude fortement documentée, très judicieuse, très intéressante, qui eut (je ne crois pas que l’amitié m’aveugle) un grand succès. Bien que modestement présentées et avec toutes réserves, ses conclusions n’en furent pas moins très remarquées. Les voici, sommairement :
« Il est impossible, quant à présent, de donner à la durée de la période contagieuse de la syphilis des limites fixes.
« ... On peut considérer comme répondant à l’immense majorité des faits l’opinion courante qui estime entre trois et quatre années le temps pendant lequel apparaissent et récidivent dans les conditions habituelles les accidents manifestement contagieux (syphilides des muqueuses, par exemple).
« D’autre part, un certain nombre de faits avérés prouvent que la transmission de la syphilis peut se faire au delà du délai communément accepté, après six ans^ après dix ans^ et même davantage.
«... 11 semble, enfin, que l’on puisse incriminer les syphilides tertiaires comme origine possible decontagions syphilitiques. »
Enfin, dans la discussion qui suivit, au Congrès, la lecture de ces rapports, l’éminent professeur Tarnowski (de Saint-Pétersbourg) intervint pour présenter une statistique émanant de sa pratique personnelle. De cette statistique il résultait que :
Sur 1.000 de ses malades :
802 avaient présenté des symptômes secondaires « condylomateux » de la 1'’® à la 5® année de la maladie;
167 avaient présenté de mêmes accidents au delà de la îi® année ;
Il ajoutait que, « dans 14 de ces cas, la virulence condylomateuse tardive avait pu être démontrée par confrontation»
et que \ infection se produisit après 5, 6, 9, 10, et^ pour un cas^ 15 ans après T accident primaire ».
Donc, concluait-il, la contagion peut se transmettre tant que les symptômes secondaires existent^ quelle que soit la date de leur apparition après le chancre. Le nombre d’années écoulées depuis l’infection première ne peut, en soi, avoir d’influence à cet égard.
Depuis le Congrès de Londres, la question n’a plus eu, que je sache, les honneurs d’une discussion publique. Et j’en aurai fini, je crois, avec la bibliographie qui la concerne en citant quelques publications plus récentes, à savoir :
1“ Un estimable travail du D’’ Tarassévitch, ayant pour titre : Contagiosité syphilitique tardive^ contagiosité tertiaire (1). Cette étude, basée sur un grand nombre d’observations, est consacrée à la défense des idées nouvelles sur la contagiosité syphilitique tardive. L’auteur croit à l’authenticité des contagions s’exerçant dans des étapes avancées, voire très avancées de la maladie, et cela du fait soit d’accidents secondaires attardés danslapériode tertiaire, soit memede lésions tertiaires.
2° Une note insérée par le professeur Neumann (de Vienne) dans le Wiener medizinische Presse (janvier 1899), relativement à la contagiosité des produits syphilitiques. D’après l’auteur, la contagiosité de la syphilis s’éteindrait, après un traitement correct, à terme de trois ou quatre ans, c’est-à-dire avec la période secondaire. « Toutefois elle pourrait se prolonger bien au delà par le fait de la persistance d’accidents secondaires. On voit, en effet, parfois des lésions secondaires contagieuses se produire cinq à dix ans après l’infection, et même (mais beaucoup plus rarement) au delà de la vingtième année... Ces lésions tardives, ultra-tardives, ont la bouche pour siège de prédilection et sont bien plus rares sur la muqueuse génitale. Elles consistent en érosions qui affectent la muqueuse de la bouche ou de la langue, spécialement chez les fumeurs et les buveurs. »
3" Dans une intéressante leçon, le D*" Filaretopoulo (d’Athènes) reconnaît que les observations de contagion tardive de syphilis « vont se multipliant de jour en jour et ébranlent l’opinion généralement admise d’après laquelle quatre années sont le
(1) Thèse de Paris, 1897.