LONGUE SURVIE POSSIBLE DE LA PÉBTODE SECONDAIRE
Scientifiquement, comme vous le verrez plus tard, tout cela est certes curieux. Pratiquement, cela est de notion utile. Car cela signifie que les dangers de contagion s’atténuent rapidement de la quatrième à la onzième année, et cela proportionnellement à Page de la maladie, pour finir par s’éteindre au cours des stades plus avancés.
III. — Mais un troisième point bien autrement intéressant ressort encore de la même statistique; et celui-ci n’est pas seulement digne de votre attention; il va, j’en suis bien sûr, provoquer votre étonnement, voire votre stupéfaction.
Ce point est relatif à la survie possible de la période secondaire au delà et bien au delà des limites chronologiques qui lui sont ordinairement assignées.
Et, en effet, si vous jetez encore les yeux sur ce même tableau, où se trouvent inscrites les explosions secondaires tardives que j’ai relevées sur mes malades, vous voyez immédiatement qu’elles se sont produites (pour des proportions numériques, à coup sûr, très inégales, mais n’importe) ù toute période de l'infection. Je puis bien dire à toute période, puisqu’elles figurent dans ce tableau de la quatrième à la trente et unième année. D’une part, en effet, leur graphique de fré(|uence forme une ligne ininterrompue de la quatrième àla vingt-quatrième année, ce qui indique que des accidents de ce genre ont été notés pour toutes les années comprises entre la quatrième et la vingt-quatrième année ; et, d’autre part, vous voyez ce même graphique se continuer, avec quelques brisures, jusqu’à la trente et unième année.
Jusqu’à la trente et unième année! En vérité, — n’est-ce pas? — c est à n'y pas croire. Quoi ! Des accidents de forme secondaire faisant invasion jusqu’à des étapes si reculées! — Quoi! Des accidents secondaires entrant en scène après dix, quinze, vingt, vingt-quatre ans (sans parler même de quelques autres qui paraissent s’être produits plus tard, et que tout le premier je suis tenté de sacrifier comme suspects, car, en fait de choses extraordinaires, la pluralité des cas est nécessaire à la démonstration) ! — « Mais de tels résuUats, ne manquera-t-on pas de dire, sont en contradiction llagrante avec les opinions reçues et accréditées ; mais de tels résultats vont à 1 encontre de tout ce que nous ont appris les maîtres de l’art. Alors, c’en est donc fait de la doctrine de Ricord et du partage
de la vérole en trois étapes successives; c’en est donc fait de cette succession méthodique et de cette hiérarchie d’accidents que ce grand maître avait établie dans l’évolution de la vérole ; et nous allons revenir à l’anarchie, au pêle-mêle clinique des anciens jours. »
Puis, dira-t-on encore bien certainement, les résultats en question sont tellement singuliers, voire extraordinaires pour certains d’entre eux, qu’à bon droit ils peuvent passer pour suspects. Est-ce que par hasard ils ne seraient pas le produit d’illusions, de méprises, d’erreurs diagnostiques, de différences d’interprétation sur la qualité secondaire ou tertiaire des accidents observés, laquelle n’est pas quelquefois sans être livrée à un certain arbitraire ? Etc., etc.
J’ai besoin de répondre à ces diverses et bien légitimes objections.
Tout d’abord, que Ton se rassure. Les résultats que j’apporte ici n’ont en rien le caractère qu’on pourrait être
tenté à première vue de leur supposer. Ils ne tendent en aucune façon à battre en brèche la doctrine bien connue de mon maître sur l’évolution générale de la syphilis. Cette doctrine, au moins dans ses grandes lignes, est inattaquable, et si quelque jour, par impossible, elle se trouvait attaquée, je ne serais pas le dernier à prendre la parole ou la plume pour la défendre. Elle n’est pas en cause ici, d’ailleurs. D’une part, en effet, les invasions secondaires tardives ne constituent qu’un fait particulier, spécial, par rapport à l’évolution générale de la syphilis; et, d’autre part, en toute vraisemblance, elles n’importent une dérogation à l’évolution normale de la syphilis qu’en vertu d’une condition particulière sur laquelle j’aurai à m’expliquer dans un instant, mais que, dès à présent, je puis bien vous dénoncer, à savoir \ influence 'perturbatrice du traitement. Dans le monde des phénomènes physiques, alors qu’une loi naturelle se trouve balancée ou annulée par une autre loi, suit-il de là qu’elle puisse être dite en défaut ou récusée? Non, certes. Eh bien, tel est également le cas ici.
Donc, que la syphilis secondaire, en certaines occasions et sous des intluences spéciales que nous chercherons à déterminer, puisse déroger à la normale en se traduisant par des manifestations tardives, ce n est là qu’une irrégularité partielle qui ne porte aucune atteinte aux grandes lois d’évo-
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