‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 7 sur 55 · LONGUE SURVIE POSSIBLE DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. H · texte numérisé non relu

LONGUE SURVIE POSSIBLE DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. H

lution de la maladie; ce n’est là qu’un fait particulier qui n’entame en rien la loi générale.

✓ D’autre part, quant à supposer que ces invasions tardives de la syphilis secondaire ne sont que des erreurs d’observation, une telle fin de non recevoir ne souiïre pas l’examen. Elle reste et doit rester non avenue. Nul n’est plus dispose que moi à admettre la possibilité d’erreurs en ce qui concerne les diagnostics de syphilis. J’ai vu trop d’erreurs de tout genre commises par autrui ou par moi pour n’avoir pas ma conviction faite à ce sujet. Mais, en l’espèce, l’objection « d’erreurs » n’est pas acceptable. Dire que toutes les observations de syphilis secondaire tardive, qui se comptent actuellement par milliers, ne reposent que sur des erreurs de diagnostic, ne serait qu’un non-sens, une absurdité, et cela pour toute une série de raisons dont je vais vous rendre j liges.

I. — D’abord, pour la grande majorité des cas, les lésions de la syphilis secondaire tardive sont des manifestations de diagnostic facile ou assez facile, cela de par leur objectivité, de par leurs localisations, de par leurs antécédents, etc. Il serait vraiment malaisé bien souvent de s’y tromper, de les méconnaître, de ne pas les rattacher à leur origine véritable.

II. — En second lieu, il n’est pas rare que certains accidents,

apparus au cours de la période secondaire normale et considérés comme syphilitiques de l’aveu général, se répètent, se reproduisent sous la même forme bien au delà du terme usuel de la période secondaire, par exemple jusqu’à la sixième, la huitième, la dixième année, et plus tard môme encore. Telles sont, par exemple, les plaques muqueuses buccales chez les fumeurs. Ainsi, l’on voit couramment certains fumeurs incorrigibles présenter, dès le début et au cours des premières années de l’infection, des érosions buccales auxquelles personne ne songerait à récuser la qualification de plaques muqueuses, puis, au delà, continuer à être affectés de lésions absolument pendant une longue série d’années. Vous

avez accepté ces lésions pour des plaques muqueuses au cours de la période secondaire ; quelle raison auriez-vous de les renier pour telles alors que, plus tardivement, elles se présentent avec les mômes caractères et sous la meme physionomie ?

III. — D’autres fois, la preuve de spécificité sera faite, pour ces mômes manifestations de syphilis secondaire tardive, par

un critérium irrécusable, à savoirle traitement. Exemple, entre cent autres du même genre que j’aurais à produire : Un psoriasis palmaire apparaît dans la douzième année d’une syphilis. Non traité pendant quinze mois, il persiste ; puis, soumis à un traitement mercuriel, il disparaît entreizejours. Quoide plus probant?

IV. — D’autres fois, comme vous le verrez par ce qui va suivre (car c’est là un point qui constitue l’intérêt principal de la question que nous étudions actuellement), la spécificité syphilitique des accidents dont il s’agit ressort de leur contagiosité. Déjà assez nombreux sont les cas bien authentiques où l’on a vu des maris infecter leur femme par des lésions secondaires dérivant de syphilis plus ou moins âgées, âgées, par exemple, de quatre à dix ans.

V. — Mais je passe rapidement sur toutes ces raisons, d’ailleurs des plus plausibles, parce qu’il en est une autre qui les domine toutes, une raison d’ordre supérieur, une raison formelle, irrécusable. Celle-ci, c’est la raison de nombre, la raison de fréquence de ces invasions secondaires tardives.

Ah ! si les survies secondaires tardives étaient des raretés, des exceptions, si elles se réduisaient dans nos statistiques à quelques unités clairsemées, oui, l’objection tirée d’erreurs possibles sur leur qualité secondaire pourrait être admissible, et encore ? Mais c’est que, précisément, tel n’est pas le cas, bien loin de là. Les faits relatifs à ces explosions plus ou moins tardives de la syphilis secondaire abondent au contraire et surabondent. On les compterait par centaines. J’en pourrais citer plus d’un mille, pour ma seule part. Or, ne voyez-vous pas, au nom du simple bon sens, qu’il n’est pas de négation possible en face de tant de faits accumulés ? Ne voyez-vous pas que, de ces faits, les uns servent de garants aux autres, que les uns attestent, confirment les autres, et réciproquement. En récuser quelques-uns serait encore possible; mais les récuser tous, les récuser en masse ne serait qu’une ineptie. Au nom du bon sens, je n’insisterai pas.

VI. — Reste, finalement, l’objection tirée d’une différence d’inter'prétation possible sur ce qu’on appelle accidents secondaires et accidents tertiaires. Qu’en penser aussi?

Certes, il est diverses manifestations de syphilis qu’on ne sait vraiment où classer, et qui, secondaires pour les uns, sont considérées comme tertiaires par d’autres. La meilleure preuve en est que pour quelques-unes on a du laire une tran-

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saction, en les qualifiant de secondo-tertiaires. Certaines périostites précoces, certaines formes de sarcocèle sont de ce nombre. Donc, l’objection susdite n’est pas sans quelque valeur a priori.

Mais, en l’espèce, il n’y a pas place pour une objection de cet ordre. Ainsi que vous le verrez bientôt par l’exposé qui va suivre, les manifestations qui composent la syphilis secondaire tardive sont, à quelques exceptions près, de l’ordre de celles sur lesquelles une discussion ne saurait s’élever relativement à leur qualité secondaire ou tertiaire. Ce sont ou des syphilides cutanées ou, plus fréquemment encore, des syphilides muqueuses, les unes et les autres exactement identiques à celles qui composent la syphilis secondaire. Par exemple, ce sont des érosions linguales absolument superficielles, simplement érosives, aussi bénignes que possible en tant que lésions, ne laissant jamais à leur suite la moindre cicatrice, n’entamant en rien les tissus, essentiellement résolutives, etc.; bref, ce sont des plaques muqueuses exactement et strictement comparables à l’espèce la plus banale d’accidents qu’on observe au seuil même de la syphilis, c’est-à-dire dans ses premiers mois ou ses premières années.

Ne pouvant entrer, quant à présent, dans un exposé plus circonstancié des accidents qui composent la syphilis secondaire tardive, je vous demande crédit sur ce point pour une démonstration plus complète; mais je m’engage à vous convaincre en temps et lieu que cette dernière objection n’est pas plus recevable que les précédentes.

Donc, vous le voyez, je suis autorisé à conclure que, très certainement, la syphilis est susceptible de réaliser, à termes plus ou moins éloignés de son début, c’est-à-dire en pleine période chronologiquement tertiaire, des accidents divers qui, entant qu’allure, en tant qu’aspect objectif, comme caractères et physionomie de lésions, etc., sont exactement identiques à ceux qui lui servent d’expressions dans sa période secondaire.

Ce sont les accidents de cet ordre qui composent notre sujet.

ÉTIOLOGIE - PATHOGÉNIE

Gela posé, une question se présente tout aussitôt, à savoir :

Quelles conditions président à la genèse de cette syphilis secondaire tardive? C’est-à-dire : quelles conditions réalisent ce fait curieux, étrange, qu’à des étapes distantes, largement et parfois extraordinairement distantes de son origine, la syphilis se traduise encore par des manifestations d’ordre secondaire ?

Sans nul doute, ces conditions doivent être multiples et diverses. Peut-être en est-il qui relèvent du germe morbide? Peut-être même en est-il qui relèvent du terrain, c’est-àdire de l’individu, de l’organisme sur lequel est appelé à se développer ce germe morbide? Peut-être même en est-il dont nous n’avons même pas idée aujourd’hui? Quelles surprises nous réserve à cet égard, comme à tant d’autres sans doute, la bactériologie encore peu connue de la maladie?

En tout cas, pour l'instant, nous n’avons pu pénétrer qu’une seule de ces conditions, toutes les autres nous ayant échappé. Heureusement, celle-ci paraît d’ordre supérieur, au point de dominer le sujet de sa haute importance.

Cette condition, pour la signaler immédiatement, réside en ceci : influence thérapeutique exercée par le mercure sur la syphilis.

Oui, sachez bien cela, messieurs, enregistrez bien cela en vos souvenirs, ce sont surtout les syphilis traitées, mercurialisées, qui se prolongent dans l’étape tertiaire et qui, à cette époque, traduisent leur survie par des manifestations de modalité secondaire.

Et, à tout prendre, rien que de logique à cela, au moins théoriquement. Car une syphilis traitée, mercurialisée, doit être, au nom du bon sens, une syphilis atténuée; — syphilis atténuée, qui, à ce titre, n’est plus guère susceptible que de se traduire par des formes bénignes, par des types inférieurs comme intensité virulente. Volontiers, en effet, je raisonnerais comme il suit, si vous vouliez me permettre, pour expliquer

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