INFLUENCE DU TRAITEMENT
ma pensée, une courte incursion dans leclomaine de l’hypothèse.
1“ Une syphilis longtemps et suffisamment soumise à son correctif le plus puissant, a savoir le mercure, me semble pouvoir être considérée comme une syphilis neutralisée, éteinte^ laquelle ne se traduira plus dans l’avenir par aucun phénomène d’ordre spécifique ;
2° Une syphilis traitée d’une façon moins longue, donc moins suffisante, doit être, à ce compte, une syphilis amoindrie^ mais 7ion épuisée^ donc susceptible, d’une part, d’attester encore sa survie par quelques phénomènes d’ordre spécifique, mais assez atténuée, d’autre part, pour ne plus pouvoir se traduire que par des manifestations bénignes ou relativement bénignes, c’est-à-dire par des manifestations analogues à celles qui caractérisent la période secondaire ;
3° Et, finalement, une syphilis à peine modifiée par le traitement ou, à fortiori, une syphilis non traitée doit subsister dans l’organisme avec sa virulence intégrale, et, conséquemment, se manifester par des symptômes intenses, graves, de l’ordre de ceux qui constituent ce qu’on appelle le tertiarisme.
Cela, à coup sûr, c’est du raisonnement a priori, c’est de l’hypothèse, et nombre de faits pourraient être immédiatement invoqués comme contredisant cette conception théorique. Ainsi, comme exemple, on voit des syphilis traitées, mais insuffisamment traitées, se traduire tout aussi bien par des accidents tertiaires que par des retours tardifs à des accidents secondaires. Pourquoi des accidents tertiaires dans tels cas, et pourquoi des accidents secondaires dans tels autres? Mystère ; mystère que nous n’avons pas encore pénétré et que sans doute nous ne pénétrerons jamais. Et, cependant, soyez sûrs que l’hypothèse en question n’est pas aussi vaine, aussi théorique qu’on le pourrait croire. Dans sesgrandes lignes et toutes réserves faites pour les exceptions qu’elle peut comporter, elle traduit d’une façon assez exacte ce qui se passe en clinique ; elle n’est qu’une formule des résultats de l’expérience.
C’est là ce dont je vais essayer de vous convaincre, en plaçant sous vos yeux deux statistiques empruntées à mon observation personnelle.
1. — En vue de chercher à me rendre compte de l’influence exercée par le traitement spécifique sur la fréquence des syphilis à manifestations secondaires tardives, j’ai réuni et soigneuse-
ment dépouillé toutes les observations de cet ordre où j’avais pu recueillir de la bouche de mes malades des renseignements positifs et précis sur la médication qu’ils avaient suivie à l’origine de l’infection. Ces observations où, je le répète à dessein, le traitement antérieur a pu être déterminé d’une façon assez exacte comme qualité de remèdes et comme durée de médication, s’élèvent à 581.
Or,voici quels résultats elles m’ont fournis sur le point à l’étude:
229 des malades en question avaient suivi un traitement mercuriel d’une durée supérieure à 2 ans;
144 des malades en question avaient suivi un traitement mercuriel d’une durée de 1 à 2 ans;
115 des malades en question avaient suivi un traitement mercuriel d’une durée inférieure à un an ;
92 des malades en question ne s’étaient traités que pendant quelques mois ;
1 seul n’avait suivi aucun traitement.
Total : 581
Eh bien, de tels chiffres n’ont-ils pas une signification formelle? Ils témoignent de ceci : que les syphilis secondaires tardives sont d’autant plus communes que le traitement originel opposé à la maladie a été plus sérieux ou, — disons mieux, — moins insuffisant. Voyez plutôt :
92 syphilis decetordre correspondent à|un traitement écourté ;
115syphilisde cetordre, àun traitement un peu moins court ;
144 syphilis de cet ordre correspondent à un traitement plus sérieux;
229 syphilis decetordre correspondent à un traitement moyen.
Ce qui veut dire que la fréquence des formes secondaires tardives s’accroît parallèlement à la durée du traitement, ou, ce qui revient au même, proportionnellement à Fintensité de la dépuration.
Ainsi, je le répète, les syphilis qui, non épuisées, non éteintes faute d’un traitement suffisant, se traduisent à long terme par des manifestations d’ordre secondaire, sont d’autant plus communes que leur traitement originel a été plus durable, plus sérieux; voilà ce qui résulte des chiffres précédents, voilà un fait d’observation qui n’est pas, je crois, contestable(l).
(1) M. le professeur Filaretopoulo (d’Athènes) a écrit de même :
« ... II a été noté que ces récidives de manifestations secondaires à unepériode très éloignée de la maladie ont été observées chez des personnes qui ont été soumises à un traitement rigoureux et régulier.» [Indépendance médicale, 1900, p. 203.)