OBSERVATION I
Malade de l'hôpital Laënnec, présenté à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, le 14 décembre 1923, par MM. Grenet et Peignaux :
G.... Jean, quarante-huit ans, est tombé malade le 13 février 1923. Il a cessé de travailler ce jour-là, ses jambes ayant gonflé subitement ; il a eu de grands frissons, des sueurs froides, un fort saignement de nez. Un médecin constate une grosse albuminurie (4 gr. 80 par litre) et porte le diagnostic de néphrite aigüe. Les épistaxis continuent à être fréquentes et abondantes ; un deuxième examen d’urines donne, au bout de quelques jours, un chiffre de 3 grammes d’albumine par litre; ce taux descend ensuite à 0 gr. 70.
Le médecin ayant constaté une notable augmentation du volume de la rate conseille au malade d’entrer à l'hôpital.
Nous le voyons le 18 mai 1923. C’est un homme amaigri (il a perdu 17 kilogr. en trois mois); il s’essouffle au moindre effort, et surtout il est d’une pâleur impressionnante, complètement blafard, les muqueuses pâles, à peine rosées, les ongles décolorés, tout l’ensemble du tégument d’un blanc cireux ; à part une légère bouffissure de la face, on ne constate aucun œdème périphérique. Le malade se présente avant tout comme un grand anémique.
Le ventre est souple, non ballonné, il n’y a pas d’ascite. La palpation permet de sentir, dans le flanc gauche, une masse volumineuse, dure, non bosselée et de surface lisse, indolente, paraissant immobile pendant la respiration, à bord antéro-interne régulier et net. Elle descend jusqu’à la ligne unissant l’ombilic à l’épine iliaque antéro-supérieure et en largeur arrive à deux travers de doigt à gauche de l’ombilic ; elle déborde les fausses côtes de 16 centimètres; elle est complètement mate à la percussion. Par sa forme, elle éveille immédiatement l’idée d’une rate très hypertrophiée. Nous remarquons toutefois que, par la palpation bimanuelle, on décèle un contact lombaire manifeste.
Le foie est gros ; sa limite supérieure n’est pas abaissée et il déborde les fausses côtes de trois travers de doigt. Il n’est pas douloureux, et son bord est régulier.
Les urines sont abondantes (2 litres), troubles. La réaction à la chaleur et à l’acide acétique décèle une notable proportion d’albumine: elles contiennent du sang, comme le montre la réaction de Meyer fortement positive.
La pointe du cœur est un peu abaissée, battant dans le 6e espace. Il
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n'existe pas de bruit de galop. On constate seulement à la pointe, un léger souffle méso-systolique, ne se propageant pas, disparaissant quand le malade s’assied, et qui présente tous les caractères des souffles extracardiaques. Tension artérielle : 14/9 (Vaquez-Laubry).
Nous noterons encore de la submatité à la base des deux poumons, avec légère diminution du murmure vésiculaire, quelques râles souscrépitants disséminés des deux côtés ; aucun signe d’épanchement. Tous les réflexes (tendineux, oculaires) sont normaux.
Aucune adénopathie périphérique.
Pas de fièvre (température 3608 à 370).
En présence de ces symptômes et spécialement de l'aspect anémique et de l’hypertrophie splénique, nous sommes orientés vers l’idée d’une leucémie myéloïde. Mais l'examen du sang nous donne le résultat suivant :
Hématies . . . 1.500.000 par m/m cube.
Leucocytes . . 10.000 — —
Hémoglobine. . 50 pour 100 Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles . . . . 85 p. 100 Moyens-mononucléaires =... T6 Formes dé transition. 20... …. , 6— PO MODES eee ue nee 0 em VO ME
Pas d’hématies nucléées ; pas de déformations globulaires ; pas de formes anormales de globules blancs.
Le diagnostic de leucémie étant éliminé, l’anémie pernicieuse à forme aplastique ne paraissant pas admissible, toute notion d’une infection antérieure (paludisme en particulier) étant écartée, nous songeons à la possibilité de la syphilis. Le malade la nie avec la plus entière bonne foi. Nous n’en relevons aucun stigmate ; il est marié, père d’un enfant de 18 ans, bien portant, et n’en a jamais eu d'autre; sa femme n’a jamais fait de fausses couches ; il n’y a ni leucoplasie buccale, ni aucune tache ou cicatrice suspecte sur les téguments ; nous avons signalé que tous les réflexes sont normaux. Mais une réaction de Bordet- Wassermann, faite sur le sang le 26 mai, est positive.
Un examen des urines, le 30 mai, donne les résultats suivants :
Volume en 24 heures : 2.450.
Aspect louche.
Couleur rouge par transparence, verte par réflexion. Réaction faiblement alcaline.
Urée : par litre, 8 gr. 32; par 24 heures, 19 gr. 70.
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