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Qu'il existe des cas cliniques de splénomégalies évoluant sur un terrain syphilitique et non dues elles-mêmes à la syphilis, la chose est vraisemblable. C’est au clinicien à faire la part des choses. On peut bien constater chez un malade une leucémie par exemple, et une réaction de Bordet-Wassermann positive. Parmi les douze cas de splénomégalie sur lesquels se base M. Weil, se trouvent trois leucémies chez lesquelles précisément le B. W. est négatif, mais notre observation B. conserne une leucémie nettement caractérisée avec B. W. positif. Nous ne dirons pas que cette leucémie est syphilitique, encore que certains auteurs (Sevestre, Tixier, Majerczak) aient pu affirmer qu’en fait de modifications hématologiques, la syphilis pouvait, du moins chez l'enfant,
tout donner, « depuis Panenfie le jusqu’à l'anémie
pseudo-leucémique et même la leucémie », peut-être même
aussi l’érythrémie de Vaquez (Schulmann et Weissmann). Mais le fait certain que la syphilis entrait pour une PRES quelconque et, à notre avis, comme facteur de gravité dans la pathogénie de la splénomégalie de notre malade. L’association leucémie-syphilis donne lieu à un syndrome complexe
contre lequel tout traitement semble illusoire, aussi bien le > traitement spécifique que la radiothérapie. Et cependant
M. Béclère affirmait encore tout récemment que jamais il n'avait vu une leucémie résister — et surtout quand il s’agit d’un traitement initial — aux rayons X.
En l’absence de constatations anatomo-pathologiques, nous nous gardons bien de conclure sur ce cas particulier et nous nous bornons à signaler la malignité de l'association de ces
deux facteurs. ù ï
RE , Ce fait, et l'observation qui précède, où il est difficile de
déméler cliniquement la part qui revient à la syphilis dans <
l’hypertrophie splénique, sont à notre avis des cas d’attente au sujet desquels À discussion reste ouverte. Ils valaient la peine, croyons-nous, d'être publiés.
Ils comportent une étiologie multiple où la part de chaque facteur est malaisée à déterminer. En cela ils différent de ceux rapportés par M. Weil où la splénomégalie ne peut être expliquée par aucun facteur étiologique, si l’on conteste, en pareille occurrence, la valeur de la Réaction de Wassermann.
Mais pourquoi refuser à la Réaction de Wassermann toute valeur pour le diagnostic de la syphilis, quand il s’agit de splénomégalie ? Cette réaction est très fréquemment positive dans les inflammations viscérales chroniques : «les recherches de Letulle et Bergeron, de Lenoir, à ce sujet, dit M. Weil, semblent prouver que l'infection syphilitique peut être cause de nombreuses hépatites et néphrites. » Et pourquoi les splénites feraient-elles exception ? Pourquoi, alors qu’en
Du autre cas, la séro-réaction conserve sa valeur, supposer -qu'’elle soit provoquée ici par une infection due à un parasite actuellement inconnu, d'autant plus que les recherches les plus minutieuses (examens de sang, hémoculture, ponction de la rate avec frottis, examens à l’ultra-microscope et inoculation au cobaye) effectuées par M. Weil lui-même, ont été totalement négatives ?
Le Wassermann, nous le savons, n’est pas, à proprement parler, une réaction spécifique, ni par son antigène, ni par son anticorps. Et il ne faut certes pas lui accorder une valeur illimitée, dans l'ignorance où nous sommes encore de nombreuses réactions vitales. Peut-être aussi convient-il d'accueillir avec circonspection, comme le disent MM. Rieux et Delater, une séro-réaction positive dans ces cas où les qualités du sérum sont si profondément modifiées, encore que les anticorps spécifiques ne subissent eux-mêmes probablement
aucune altération.
En pratique, les objections contre la réaction de Bordet- Wasserman se résument à deux : il est des cas de syphilis avérée où elle se montre Légtite et elle peut être positive en dehors de toute infection syphilitique.
- Dans la première éventualité, la conclusion de tous les cliniciens n'est-elle pas qu'il faut attacher de l'importance à un B. W. positif, n'en accorder aucune à un B. W. négatif et tenter un traitement d'épreuve? N'est-ce pas là la conduite préconisée dans nombre de cas, en particulier dans les anémies infantiles avec grosse rate (Tixier) et dans de nombreuses affections de l'adulte ? Nous ne citerons, comme exemple, que le sujet présenté à la Société médicale des Hôpitaux par MM. Gilbert, Chiray et Coury (Mars 1921) et dont parle Saint- Laurens dans sa thèse, qui présentait un gros foie douloureux, une grosse rate, une anémie peu marquée, avec un B. W. négatif et chez lequel mercure et 914 amenèrent la guérison et la reprise des occupations habituelles.
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Mais là n’est pas surtout la question qui nous intéresse. D'autre part, en effet, la Réaction de Bordet-Wassermann est ; positive parfois dans une série d'infections autres que la syphilis, par exemple paludisme, pian, lèpre, ictères spirochéto-hémorragiques, angines de Vincent... Il est à peine besoin de faire remarquer que chacune de ces infections se caractérise par un tableau clinique suffisamment net qui la distingue de la syphilis, qu'aucune d'elles ne donne la variété et la multiplicité des localisations syphilitiques, et que surtout la séro-réaction est loin d’avoir, chez les sujets atteints de ces affections, la même constance et par conséquent la même valeur que dans la syphilis.
Mais, de plus, le Wassermann se montre quelquefois positif chez des gens absolument normaux, absolument indemnes de toute syphilis décelable à l'examen le plus minutieux. Elle ne serait donc en ces cas, que l'expression d’une composition spéciale, particulière, du sang, due à certaines conditions physiologiques de temps et de lieu. C’est pourquoi l’on admet que l’on ne doit tenir aucun compte d’une réaction de Wassermann positive isolée, sans aucun autre symptôme de syphilis.
Pour en revenir à notre sujet, ce n’est pas ici le cas, puisque la raison qui incite à faire la recherche de cette réaction est la présence d’une grosse rate, qui a bien, elle, une certaine valeur au point de vue syphilis, puisqu'elle peut être, chez le nourrisson, le seul témoin d’une hérédo-syphilis, et que les auteurs sont d'accord pour affirmer l'atteinte de la rate à la période secondaire, dans la majorité des cas de syphilis acquise.
Sans vouloir discuter plus longuement ici l'interprétation de la réaction de Wassermann comme élément de diagnostic de la syphilis, nous dirons seulement — ce qui paraît généralement admis aujourd’hui — qu’une R. de B. W. positive, isolée, unique, ne permet pas de conclure, mais qu’elle
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acquiert une singulière valeur si, répétée à différentes reprises et dans diverses conditions, elle se montre constamment positive et si, comme dans les observations que nous rapportons, l’hémolyse est nulle ou à peu près.
Notre avis est donc, jusqu’à plus ample informé, que la Réaction de Wassermann, — qui de l’avis de même de M. Weil, ne ressortit pas aux lésions spléniques, puisque per- sistant après splénectomie — conserve pleine et entière sa valeur diagnostique au point de vue syphilis, dans les cas de splénomégalies chroniques. Il convient peut-être de faire quelques réserves à propos de certaines lésions de la rate pouvant évoluer chez des syphilitiques et qui seraient dues à d’autres
causes qu’au spirochète, encore que dans ces cas, il est bien rare que la syphilis n’ait pas une part quelconque dans la pathogénie de ces lésions. De plus les splénomégalies syphili- -ques n’ont pas une symptomatologie si riche et leur retirer le bénéfice de la Réaction de Bordet-Wassermann serait en rendre le diagnostic quasi impossible. La recherche de cette réaction sera souvent, en effet, d’un grand secours. Ainsi dans notre Obs. I c’est elle qui nous a donné, somme toute, la clef du diagnostic, et c'est sur cette seule indication que fut institué le traitement spécifique, qui donna, dans ce cas particulier, un si beau résultat.
Et ceci nous amène, en même temps, qu'à la 3e conclusion de M. Weil, au chapitre « Traitement. »