‹ Syphilis Tertiaire De La RateChapitre 33 sur 35 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

La splénomégalie syphilitique est justiciable du traitement ordinaire de toute manifestation spécifique et tous les antisyphilitiques connus ont été jusqu'ici employés, le plus souvent diversement associés. Le mercure et l’iodure de potassium

ont donné, dans les premiers cas signalés, des résultats favo-

rables (Guérin, Thomas). Divers sels de mercure ont été employés : le biiodure (Timbal), le benzoate (Jeanselme et

Schulmann), le cyanure. Cependant il faudra songer au rôle. néfaste que peut avoir le mercure sur les globules rouges (Hayem, Wilbouchewitch) et ne pas le donner de façon continue. On pourra d’ailleurs lui associer les produits arsenicaux : l’arséno et le novarsénobenzol, avec précaution toutefois et après s'être assuré de l'intégrité relative du foie et des reins.

M. Milian conseille, pour éviter les accidents de gingivo-sto-

matite et de gastro-entérite provoqués quelquefois par le mercure, de donner chaque jour au malade 1 gr. de carbonate de bismuth.

M. Queyrat a employé en 1913 un traitement complexe : frictions mercurielles, doses progressivement croissantes de KI de 2 à 6 gr. par jour, injections d'huile grise, injections intra-musculaires et intra-veineuses de 606. Le résultat obtenu fut merveilleux.

Les malades que nous avons suivis nous-même à l’hôpi-

tre

tal Laënnec et dont nous avons publié les observations, ont été traités par des injections alternées de sulfarsénol et de benzo-bismuth. On a vu que le résultat avait été, dans le premier cas, très beau. Cependant la guérison n’est pas constante, ni même l'amélioration des troubles et des lésions : il y a des cas, et nombreux, où les diverses médications n’eurent aucune influence. Galliard rapporte même un cas où le mer- . cure causa une aggravation non douteuse.

A ce sujet, deux questions sont à débattre : d’abord, fautil admettre cette conclusion de M. P.-E. Weil : « le Traitement anti ne modifie ni la splénomégalie, ni la positivité de la ‘séro-réaction mais aggrave plutôt l’état du malade » ? — Est-ce là une règle ? et les observations dont nous venons de parler n’en constituent-elles qu’une exception. qui la confirmerait ?

Poser en principe que le traitement aggrave plutôt l’état général semble contraire aux faits observés, même à ceux signalés par M. Weil. Sur les douze cas qu'il apporte, sept ayant un W+ et ayant été traités, il n’en mentionne qu’un (son Obs. VI) où il y ait eu aggravation. Dans tous les autres, sauf le dernier (Obs. VIT) où il obtint « une amélioration légère de l'état général et une petite diminution de la rate » —qui n’ont persisté que quelques mois —., il note : « traitement antisyphilitique inefficace ».

Parmi les cas que nous avons nous-même collationnés dans la littérature médicale, nous trouvons la même constatation à propos du malade de MM. Caussade et Lévi-Franckel (1914). Le traitement mercuriel (injections de cyanure et de biiodure, suppositoires de Sabouraud) se montra absolument inefficace ; mais ces auteurs ajoutent qu'il n’y eut «aucun accident d'hydrargyrisme, ni même aucun incident, ni aggravation des symptômes existants. De telle sorte qu’on peut dire que cette médication a été bien supportée et que si elle n’a pas enrayé les événements, elle n’a été nullement nuisible. Cette constatation était nécessaire à faire, insistent-ils, pour

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que, en toute connaissance de cause, nous ne mettions pas sur le compte du mercure des lésions entièrement et réellement imputables à la syphilis ou à des causes secondaires » (1). Il est en effet des cas où le degré, la multiplicité et l’ancienneté des lésions joints à l’altération grave de l’état général ne permettent raisonnablement pas d'attendre du traitement un résultat satisfaisant. Admettons même qu’en des éventualités rares, le traitement spécifique aggrave l’état du malade, on pourrait répondre encore que ces produits divers (arsenic, mercure, bismuth) sont des poisons que l’état de désorganisation d’organes tels que le foie, le rein et la rate ne permettent pas à l'individu de supporter.

Mais, heureusement, il est quelques beaux succès thérapeutiques qui sont bien, à notre connaissance, aussi nombreux que les échecs, tels sont ceux par exemple de MM. Guérin (1900), Jeanselme et Schulmann (1914), Queyrat (1921), Timbal (1922), Castaigne et Cathala (1920). Sabrazès étudiant les difficultés du diagnostic des états leucémiques et pseudoleucémiques (2) cite, entre autres cas particuliers, ceux de malades « à rate plus ou moins hypertrophiée et à gros foie, réalisant des syndromes divers de cirrhose, quelques-uns fébriles avec ténacité, à tendances hémorragiques » et ne rentrant dans le cadre d’aucune affection précise. Mais « une syphilis ancienne insuffisamment traitée figurait dans leurs antécédents et se retrouvait à l'examen de leur sang (R. de Wassermann positive). » Ces malades se montrèrent extrémement sensibles au traitement (hectargyre, atoxyl biioduré, 606) et furent « très heureusement influencés. »

Il faut remarquer cependant que le résultat est rarement complet ; seuls Guérin et Timbal affirment la restitutio ad integrum — disparition de toute matité splénique après un traitement de quatre à six semaines. Dans tous les autres cas, on

(1) Bull. Soc. Hôp. 1914, I p. 1056.

(2) Journal médical Français. Déc. 1911, p. 532,

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