II. SYPHILIS ACQUISE
a) PÉRIODES PRIMAIRE ET SECONDAIRE. — Dans la syphilis acquise, de nombreux auteurs ont signalé l'extrême fréquence
et l'extrême précocité de la tuméfaction splénique. Bien que
ce symptôme ne paraisse pas être, comme le pensent Quinquaud et Nicolle, un fait essentiel, pathognomonique, sa fréquence dans les stades initiaux de la syphilis est telle que de Gennes a pu affirmer que « l’atteinte précoce de la rate est la
(1) HayEem. Bull, Soc. Méd. Hôp. Paris, 24 Janv. 1908.
" - ‘ L règle et son intégrité l'exception. Exception qu'il ne faut admettre encore que sous toutes réserves, les moyens d’inves-
tigation que nous possédons ne nous permettant d'apprécier
l’altération de l’organe que par des signes physiques, tels que la splénomégalie, qui ne constituent sans doute pas l'unique traduction de la souffrance du parenchyme organique. » La précocité en est non moins impressionnante : son apparition est parfois contemporaine de l’éclosion du chancre (Dentillac), le suit quelquefois de cinq à six jours, précède toujours sa guérison ; c'est le plus précoce des accidents secondaires (Fournier). Enfin, dans certains cas de syphilis expérimentale, on l’a notée antérieure au chancre. Ceci n’a rien a priori qui doive étonner ; lorsque le chancre apparaît, l’infection est générale, et l’on ne voit pas pourquoi la rate qui réagit si rapidement dans les maladies infectieuses, ferait ici exception.
Cette splénomégalie, en général de dimensions moyennes, atteint son maximum à l'époque des exanthèmes. Elle reste ainsi pendant deux mois environ et sa décroissance va de pair avec celle des manifestations cutanées ; généralement elle reprend ses dimensions normales vers le 8 mois, sauf en quelques cas, très rares, d’ « anémie syphilitique, où le syndrome hépato-splénique est au premier plan et où l’on atteint la période des accidents tertiaires sans avoir vu rétrocéder l'aire de matité » (Dentillac). La tuméfaction splénique s’accompagne de modifications hématiques-:marquées, diminution de l’hémoglobine, puis des globules rouges qui s’altèrent, se déforment, tandis que les leucocytes se multiplient et que, dans le sérum quelque peu modifié, (en densité, alcalinité, teneur en chlorures), apparaissent les anticorps spécifiques (Réaction de Bordet-Wassermann positive du 15e au 25e jour).
Peut-on tirer de la splénomégalie une indication quelconque au sujet de la gravité de l'infection et au point de vue pronostic ? Serait-elle plus importante dans les formes graves (Bianchi, Dentillac) ? Et au point de vue traitement, peut-on la considérer comme « un véritable réactif permettant d’en
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suivre l'influence et l'efficacité » (Robert) ? On de le croit pas ; la splénomégalie paraît être l’apanage des formes bénignes comme des formes malignes et elle ne semble pas pouvoir, en règle générale, ainsi que se le demandait Fournier, « servir de thermomètre pour juger de l'intensité et de la permanence de l'infection ».
Une autre question peut se poser ici: cette splénomégalie du début de l'infection peut-elle faire en quelque sorte point d'appel, créer une sensibilité particulière de l'organe, et jouer par conséquent un rôle quelconque dans la pathogénie des accidents spléniques tertiaires ? Bien que les observations publiées et les cas examinés par nous-même ne nous aient apporté aucune donnée sur ce point, nous ne le pensons pas, l’atteinte de la rate à la période secondaire étant un fait trop général et les lésions tertiaires relativement rares, la rate ne paraissant pas être, dans la syphilis tertiaire, plus souvent touchée que certains autres organes.
b] PÉRIODE TERTIAIRE. — La tuméfaction splénique que détermine l'infection de l’organisme par le tréponème disparaît donc, d'ordinaire, avec les phénomènes de la période secondaire. Néanmoins il semble acquis que les accidents tertiaires s’accompagnent souvent de lésions de la rate, soit cliniquement décelables par une hypertrophie habituellement légère (Quinquaud et Nicolle, Dentillac, Gerhardt, de Beurmann...), soit trouvailles d’autopsie (Lancereaux...). Souvent, avons-nous dit, mais non toujours. C’est ainsi que Gaïllard- Lacombe (1) rapporte deux observations de sujets morts de cachexie syphilitique dont la rate fut trouvée normale à l’autopsie. Ces faits négatifs n’empêchent pas la réalité des faits positifs et ne leur enlèvent rien de leur valeur.
Mais la tuméfaction splénique tertiaire n’est pas toujours que le simple témoin d’autres accidents spécifiques, elle peut
(1) GAILLARD-LACOMBE. — Étude des accidents hépatiques de la syphilis chez l’adulte— Th. Paris, 1874.