CHAPITRE rst
SYEIENS* DEPUIS lES fEVLl^^ IBS PLUS MCVlM /tJSOfXj'À lÀ ÏÎW DE LA POMI^ATION EOMAlNÈ.
Nous avons eteavé jusquieî dé falw connaître les nomoreuses révolutions qui, depHÎs les temps les plus reculés jusqu'à ririvasioii des Arabes, ont plus ou moins modifié Tétat social et politique des populations de rancieniife Syrie.
Nous voulons, dans les pages goî vont â^uivre^ rassembler on certam tiOTibre de faits qui se l'attachent dlreotéibetit à notre récit , el qui peuvent népândre sur ses diverses parties une vive lumière (*).
Le commerce, encore ^lus que Pagncnlture, a fait, daM i'afltiquîté, la richesse, la splendeur et la pKMSpérité de la Syrie. Quelles étalent la Uëtureet retendue de ce commerce? C'est là le point historique , très-grave h ftOtrt) sens, que nous nous proposons d'examiner.
U y a lieu de s'étonner neot-êti^ que nos recherches portent îcî exeitfslvtsttient sur le commerce. Pourquoi ne *îen dire de rindustrie? Oe sont là ëèuit ehoses que rhistofien des temps nwderwes n'a jamais séparées. On ne peut guère aujourd'hui se rendre eompte ëes affaires commerciales d'un grand État, Sans connaître les résultats de ^t action indus* trielle. En voici la raison î ce sont les fabriques, ou plutôt c'est le ftfftVaîl libre de l'homme sans cesse surexcité parla concurrencequi, de notre temps, aKmente le commerce. Il y a bien , comme auti^fois, ries échanges d'objets non manufacturés, d'un pays à l'antre. Tel peuple moderne, comme les Phéniciens dans l'antiquité, parcourt les terres ou les mers pour se
oir pu, à càos/e le celte histoire,
^ pfas d'étendue à ce chapitre, pour
l(x|ael nous àvloiu fait de noMbralses r6db«r-
(*) Nous regrettons de n'ayi du plan et des dimensions d< donner Ici pfas d'étendue à ce
SYRIE ANGIËH NE.
preeurtrles j^roduetions naturelles Cunê contrée plus ou moins lointaine; mais c'est encore l'industrie qui vivifie ce commerce, et qui» si nous pouvons nous servir de eette expression, oentuple ses forces. Les vaisseaux qui couvrent nof ports, les lourdes voitures qui roulent teotement sur nos routes, ncoontienneni souvent que des denrées exclusivement réservées a nos fabriques. N'en était-il donc point ainsi dans Tantiquité , et no pourrait^on oomparer le commerce de r Angleterre ou de la France à celui de Tyr ou de Cartbage ? Non assurément. Il y a entre le commerce moderne et le commère ce ancien cette grave différence (|ue le der* nier n'a jamais eu pour base l'industrie. En général , les objets d'une oonsom»
mation générale et de première néces* site, les âoffes, par exemple, de laine ou de coton, sortent aujourd'hui de nos ma^nufecturea pour passer dans les magasins du marchand. C'est là que le riche et le pauvre vont chercher la toile et le drap qui servent à les couvrir et à les habiller. Rien de semblable dans l'antt-
Suite : il y avait alors deux classes bien istinctes , celle des hommes libres , et odle des esclaves. C'était l'esclave qui travaillait les toiles, les draps, les in^ traments aratoires, les armes, etc.; en un mot, tout ee qui était de première nécessité pour Isifanûlie sortait des mains des esclaves. Yoilà ce qui explique le discrédit où tomba l'industrie dans l'antiquité. Il y eut, en effet, dans certaines villes populeuses , des artisans libres par leur naissance, qui travaillaient pour ceux qui n'avaient point d'esclaves et qui étaient paufres comme eux. Cette petite industrie, nous le croyons, préserva plus d'une fois des crises sociales, c'est«à<tdire des plus violentes perturbations, les républiques de l'antiquité. Elle oceupait et nourrissait toute cette foule qui, à Home par eKemple,ne pouvait trouver toujours, éans le système de la clientèle, dans les désordres politiques , les moyens de subvenir à ses premiers besoins* Les écrivains de la Grèce et de Rome ne nous ont malheureusement transmis que des détails rares et très-incomplets sur cette industrie des grandes villes. Rien, dans une société où régnait l'esciavagei ne pouvait leur donner une idée de la dignité et des avantages du travail lilve. Ils
méprisaient cehiiqui, de son plein gré, devenait artisan. Travailler pour autrui, c'était, dans leur opinion, sa rapprocher de l'être qu'ils considéraient, non comme un homme, mais comme une chose : c'était s'assimiler k l'esclave.
Or, dans une société ainsi organisée, où , généralement, la/atniUê, au moyen du travail servile , pourvoyait à ses propres besoins , quelle devait être la nature du commerce? Il est facile maintenant de répondre à cette question : le commerce des anciens , à de rares et insigiifiantes exceptions près, s'appligua clusivement à la transmission et à la vente des objets de luxe.
C'était en Asie, on le confit, que devaient se rencontrer les marchands par excellence, et surtout dans cette oartie de l'Asie oui, a vois! haut la Méditerranée, était admirablement placée pour mettre en contact TOrlent et l'Occident. L'Europe fournissait , il est vrai , Tarnfore de la Baltigue et Tétain des fies Cassitérides; certaines contrées de l'intérieur de r Afrique, la poudre d'or, de l'ivoire, et des esclaves noirs ; mais peut-on com-
Itàrer ces objets pour leur quantité et eur valeur à ces cachemires , à ces vêtements de soie, à cette profusion d'épîees et de parfums qu'envoyait chaque jour le mystérieux Ohent ?
Cétait l'Asie qui, dans uil temps où Ton ne transportait, pour les vendre, que les objets de luxe , devait avoir le monopole du commerce du monde.
Les Phéniciens, se trouvant à l'extrémité du continent asiatique, dans une position telle, qu'ils pouvaient communiquer sans intermédiaire avec l'Afrique et l'Europe, absorbèrent longtemps tous les profits de ce commerce. Leurs riches et populeuses cités étaient, comme le devint plus tard Alexandrie, l'entrepôt de ces mille denrées qu'on tirait de llnde, de la Chine, de la Sibérie, des pays qui avoîsinent la mer Caspienne, de l'Asie centrale, de l'Arabie et de celles que de hardis navigateurs recevaient paréchan-
fe dans les contrées septentrionales de Afrique et sur les côtes de l'Espagne, de la Gaule , de Tltalie et de la Grèce.
lies Phéniciens tiraient d'immenses richesses du commerce par mer. La navigation , à l'époque de la splendeur de Tyr et de Sidon, n'était, il est vrai, ni
LTOflVERS.
aussi sûre Di aussi rapide qu'au temps des Alexandrins , où, grâce a la science, elle prit un grand essor. Mais ce qui fit la puissance des Phéniciens , c'est que sur ce vaste bassin de la Méditerranée ils ne rencontraient point de rivaux , et que TAsie, l'Europe et l'Afrique ne pouvaient communiquer qu'à Taide de leurs vaisseaux.
Il ne faudrait pas crcîre que l'activité des Phéniciens eût été absoroée tout entière par la navigation. Le commerce qui se faisait par mer ne pouvait subsister qu'à la condition d'être alimenté par un autre commerce, celui qui se faisait par terre , en Asie, et qui fournissait les denréesqueles vaisseaux, partis des ports de la Phénicie, allaient échanger contre les produits de l'Occident.
Quelles étaient la nature et l'étendue de ce dernier commerce? Quels en étaient les principaux agents? Ce sont là des questions qui concernent spécialement , il est vrai, l'histoire de laPnénicie, mais qui néanmoins, en l'absence de documents relatifs à la Syrie, peuvent seules nous éclairer, nous le croyons, sur le rôle que joua cette dernière contrée dans les affaires commerciales de la haute antiquité. D'ailleurs, plus tard, la Syrie devait hériter au moins en partie du commerce de la Phénicie, et se mettre en rapport, pour son propre compte, avec l'Arabie, la Babylonie et les autres pays de l'Asie. On peut donc , par une légitime induction, appliquer quelquefois aux Syriens ce que les auteurs anciens, hébreux ou autres, nous ont dit des voyages entrepris ou des commissions données aux caravanes, par les marchands de Tyr et de Sidon.
Quand les Phéniciens ou les peuplades qui les avoisinaient voulaient pénétrer en Arabie pour y acheter les aromates ou les denrées de l'extrême Orient qu'on apportait dans cette contrée par le golfe Persique ou la mer Rouge, ils s'adressaient aux Arabes du désert qui louaient aux marchands et aux voyageurs des chameaux, des guides et des escortes armées. « Tous les émirs de Cédar , dit Ézéchiel en s'adressant à Tyr, trafiquèrent avec toi et t'amenèrent leurs dromadaires (*}. » Les principales tribus ara-
n £séchtel, XXVIL 21 et 27.
bes qui faisaient le eommeroe par caravanes, et se trouvaient dans des rapports assidus avec les Phéniciens, étaient celles des Madianites et des Iduméens. Ces derniers eurent en leur possession les ports d'Elath et d'Aziongaber et Petra, ville fortifiée dans l'intérieur des terres qui servait d'entrepôt lux denrées de F Arabie. « Toutes ces tribus, dit M. Heeren , étaient les mêmes que les Grecs ont désignées sous le nom û^ Arabes Nabathéens , nom que Ton a longtemps appliqué à tous les peuples de l'Arabie septentrionale et que l'on a restreint depuis aux habitants de l'Hedjaz. Diodore, qui dépeint si fidèlement leur manière de vivre, se garde bien d'oublier leur commerce de caravanes vers l'Yémen. Une assez grande partie d'entre eux» dit-il , s^occupent à transporter jusqu^ à la Méditerranée l'encens, la myrrhe, et autres précieux aromates , qu'on leur amène de l'Arabie Heureuse, Il semblerait par là que ces Arabes n'allaient pas eux- mêmes dans l'Yémen; qu'ils se cornaient à fournir une traite intermédiaire jusqu'à la rencontre des caravanes venant de ce jpays, et en recevaient les charités qu'il lallait transporter plus loin. Mais cette seconde supposition n'exclut pas l'autre ; car le trafiquant change de conducAeurs en route suivant l'occasion ou le motif : à quoi nous ajouterons qu'il y eut même plus d'une fois des caravanes formées dans l'Arabie Heureuse pour se rendre en Phénicie, puisque le prophète dit expressément que les négociants de Javan et de Yadan portaient des marchandises de l'Yémen àTyr(*). »
Il y avait aussi , au temps de la splendeur de la Phénicie , des caravanes qui se dirigeaient vers lé golfe Persique. C'étaient les caravanes de Dédan, dont parlent les prophètes. Sur cette route, la ville de uerra servait d'entrepôt aux marchandises de l'extrême Asie, qu'on transportait de la cête orientale de la péninsule arabique aux bords de la Méditerranée.
En résumant ses considérations sur le commerce des Phéniciens avec l'Arabie, Heeren s'exprime ainsi : « 1*" Il est évident que l'Arabie fut le siège principal du commerce continental des Phéniciens
(♦) Heereo , Politique et commerce des peuples de l'antiquité, t. II de la tradactioo trançaiie, p. lis.
f(fd
et le centre de leurs oommunications avec VÉthlopie et l'Inde. Les vastes déserts de sable qui présenrèrent de tout temps l'Arabie de I avidité des conquérants, n'arrêtèrent pas celle des marchands étrangers. Des caravanes composées de diverses peuplades la traversèrent dans tous les sens, et y trafiquèrent directement ou indirectement [)Our le compte des Phéniciens, dont les villes maritimes devinrent enfin les entrepôts de ses denrées, qu'ils répandirent ensuite avec d'immenses bénéfices dans toutes les contrées de l'Occident. 2* Ce commerce dut être pour eux d'autant plus lucratif, qu'il n'était fondé que sur des échanges , comme on peut le voir dans Ézéchiel. Il n'est jamais question que d'échanges dans toutes leurs transactions , et les métaux précieux n'y entraient aussi que comme marchandises. Combien le marchand phénicien ne devait-il pas gagner sur les lingots d'argent de ribérie, qu'il échangeait contre de l'or dans l'Yémen , où ce dernier métal était si abondant! Combien gagnatt-il encore sur d'autres denrées que l'Arabe était forcé de prendre de sa main , puisqu'il n'avait affaire qu'à lui seul ! Mais tandis que les Phéniciens n'avaient à soutenir aucune concurrence, ils en établissaient une Dour les Arabes , en faisant venir à la rois de divers pays lés mêmes productions que l'Arabie leur fournissait. Ils empêchaient par là qu'on ne leur fit des prix arbitraires. Ils pouvaient se passer, a la rigueur, des marchands de Saba ou d'Aden, puisqu'ils recevaient de Gerra les denrées de ces deux pays ; et si les marchands de Gerra avaient voulu renchérir ces denrées , ils auraient été supplantés par ceux de l'Yémen. 3« Les rapports des Phéniciens avec les Arabes furent extrêmement facilités par la grande ressemblance de langage de ces deux peuples. L'un et l'autre parlaient un dialecte dérivé du même idiome , et les différences n'étaient pas assez grandes pour les empêcher de s'entendre. Quel avanta{|e n'était-ce pas pour le marchand phénicien de pouvoir se servir de sa propre langue au milieu de contrées lointaines, sans être obligé de se mettre à la merci d'interprètes perfides! Cet avantage seul aurait suffi pour assurer aux Phéniciens le commerce exclusif de toute l'Arabie ,
lors même que la poàtion de ce pays n'en eût pas rendu l'entrée difficile à des concurrents (*). »
Nous le répétons, le passage que nous ▼enons de citer peut s'appliquer aux Syriens, qui se trouvèrent, eux aussi, en relations directes avec l'Arabie dès l'instant où déclina la Phénide.
Les Phéniciens faisaient aussi un grand commerce avec l'Egypte. Ils y transportaient principalement les denrées venues de l'Occident, et aussi les produits naturels des provinces qui touchaient au mont Liban. Cest ainsi qu'ils emportaient d'abord par la voie de terre, et plus tard , au temps d' Amasis , par mer, le vin de la Syrie. Celui de la Cnalybonitide, suivant Strabon , était trèsrecherché. Cétait le meilleur de l'Asie : on le servait sur la table du grand roi. Plus tard, apr^ la chute de la Phénide, les Syriens, comme nous le dirons, exportèrent eux-mêmes les produits de leur sol, fertile en blé et en vins, sans recourir comme autrefois à des agents intermédiaires.
Hâtons-nous d'ajouter que dès les temps les plus anciens les Phéniciens achetaient en Syrie de belles laines, surtout dans les provinces qui avoisinaient le désert. C'étaient ces laines qui étaient mises en «euvre et teintes en pourpre dans les ateliers de Tyr et de Sidon, et qui formaient, quand elles étaient converties en étoffes d'un grand prix, une des principales branches du commerce de la Phénicie.
Heeren a dit, en parlant de la grande racequi occupait l'Asie occidentale : « En Arabie , elle mena la vie nomade ; en Syrie, elle connut l'agriculture et des demeures fixes ; en Babylonie, elle fonda la ville la plus magnifique de l'antiquité; sur les cotes de la Phénicie , elle construisit les premiers ports et équipa des flottes qui lui assurèrent le commerce universel. « Il est évident que si ce tableau est exact, \es habitants de la Syrie, voués par nécessité à l'agriculture , durent tirer du sol qu'ils exploitaient leur principale richesse. Mais il faut remarquer que parmi les provinces de la Syrie il y en avait qui étaient peu ferti-
(*) Heeren , J)e la politique tt du commerce des peuples de Pantiquité , t. Il , p. 128 et soiVf
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les, et que ks babilaiits de ces provînoeg durent eb«rcher ailleurs que dans la culture des terres un aliment à leuractivité» Ceux«jà prioeipalemeot se livrèrent au commerce , et , dans les anciens temps , ils devinrent, il n'en faut pas douter» sur les deux grandes routes commerciales qui aboutissaient à leur pays, les acheteurs de ses diverses denrées, qu'ils revendaient aux Phéniciens.
Les marchands des bords de la Méditerranée firent, dès la plus haute antiquité, avec la Babylonie, un commerce très-aotif. Ils en tiraient des tissus de lin, des vêtements qui n'étaient pas moins renommés et recherchés que les robes médlques, des tapis d'une grande beauté, et mille petits ooiets de luxe, par exemple des pierres taillées. Il y avait, comme on sait, des tisseranderies dans toutes les villes et bourgs qui avoisinaient Bahylone.
D'autre' part, les Babyloniens vendaient aussi les denrées de l'extrême Orient. Ils faisaient ainsi une active concurrence à ces Arabes dont nous avons parlé plus haut , qui étaient les possesseurs oe l'entrepôt de Gerra. On voyait arriver à Babylone , par la voie de terre on par le golfe Persique, la cannelle, les perles et les étoffes de l'Indé et du Cachemir teintes de couleurs éclatantes.
C'étaient des caravanes qui transportaient en Syrie, d'abord les denrées achetées à Babvlone , ou bien encore on chargeait des bateaux qui remontaient l'Euphrate jusqu'à Thapsaque (*). Il y avait affluence de marchands dans eette dernière ville. Ils s'y rendaient de. tous les points de la Syrie, de la Phénicie et de la Palestine. Pour ceux qui organisaient leurs caravanes à Damas , Héliopolis (Baalbeck) et Paimyre étaient les deux principales stations (**). On a re-
(*) La roate de Babylone en Syrie a été indiquée Avec assez de prédsioti par Strabon (p. 1084)*
{**) Hoas renvoyons ici àThistoire de la Palmyrpne, qui doit avoir une place spéciale dans la collection de Wnivers. Nous nous bornerons a signaler à ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir, avant la publication dont nou9 parlons, des notions suffisantes suir Tim-
Sortance comriierciale de Paimyre, Touvrage eHeeren, que -nous avons déjà cité {.Appendice y du volume cinquième de la traduction française , p. 308 et suiv. y. On y trouvera un extrait nit iMur i^aateur d'un mémoire étendu sur le eommerot de Paimyre et de quelques aali«s
marqué que toutes les caravanes qui se dirigent aujourd'hui de Damas vers l'Euphrate a'arrétent encore aux ruines de Paimyre. C'est là généralement qu'elles se séparent. Entre Héliopoiis et Paimyre il y avait une station à Émèse* Nommons encore deux villes syriennes, situées plus au noid, qui durent au commerce leur prospérité, Gyrrhus et surtout Hiéra polis, la cité la plus florissante de la région qui touchait à l'Euphrate, grand centre religieux, dont le temple célèbre offrait sans doute aux marchands, comme ceux d'Héliopolis et de Paimyre, un asile assuré.
Enfin, nous savons gue les Phéniciens entretenaient des relations commerciales { avec les contrées voisines de la meri Caspienne et avec l'Arménie. Ils achetaient sur ce point, entre autres choses, des esclaves et du cuivre brut ou travaillé. C'était par la Syrie que passaient ces marchandises. Il nous est permis de croire que dans les anciens temps , pour une partie des denrées qui venaient de l'est et pour toutes celles qui arrivaient de la mer Caspienne et de F Arménie, les Syriens étaient au nord ce que les Madianites, les Iduméens et d'autres tribus étaient au midi pour les produits de l'Arabie, les agents intermédiaires du commerce des Phéniciens.
Il est vraisemblable qu'à l'époque même où la Phénicie embrassait le monde entier dans ses relations, lesSyn riens ne se bornèrent pas à transporte^ de l'Euphrate à la Méditerranée, mo]^en^ nant salaire, les denrées qui arrivaient de mille points divers à leurs frontières^ Ils achetaient directement pour reven^ dre aux Phéniciens et à d autres peu-^
{>les. De là un commerce lucratif doni{ es profits ne firent que s'aocrottre, lors^ qu'a la suite de la conquête accompli^ par les rois de la haute Asie, Tyr et Si^ don perdirent leur indépendance et leui
Srospérité. Les Syriens se livrèrent es lors, par eux-mêmes et pour eux-raéi mes, à un négoce étendu « qui accumula dans leurs villes de grandes richesses] Les Perses n'arrêtèrent point ce mou] vement, qui augmentait l'importanc^ d'une de leurs plus belles provinces. ]
villes , qui a été inséré dans le tome TU des M^ moires de l'Académie des scieDces de Gceii Uogue. ,
STME AHCIËNIŒ.
Après la lottes qai suirireiit la moH d'AleiBndre, quand le pays oesaa 4e £ùi« partie de l'empire mecedoeien pour jouir de l'indépendanee soiis le goatrer'oemeat des âéleaddee, le eommerae prit im AoaTd enor. Leg inardiaDds afiDuaieat dans toutes les partiei de là Syrie. On importait, on exportait tans oesse, doit da cdté de IlSuphrate par Tbapaaque^. aôit da eôte de la mer par Laodioée. Cétait un immense moavement depuis les déserts de la Palmyrène jusqu'à fs Piérie et à la Gassiotide, et depuis la Gofiia|ène jusqu'à la Céiésjrie; rien n'égalait la splendeur et la richesse des Tilles syriennes, parmi le»queUes Antiodie, d'origine nouvelle, ooeupa kieotdt le premier rang. MaiÀ bâtons-noas d'arriver à une auue épo»
que, sur laquelle des documents nom*breux, a« inetns pour notre sujet, nous fournissent de précieux renseignements.
La Syrie, en devenant province romaine , ne perdit rien , dans les premiers temps, de sa prospérité matérielle. Le eommerae, qui faisait sa richesse^ loin de décroître alors , reçut une impulsion inattendue, et trouva dans le luxe des conquérants un aliment considérable.
Quand les vainqueurs eurent goûté des délices de l'Asie « et qu'ils se furent créé des besoins incoimus à leurs pères, un débooebé nouveau s'ouvrit aux négoeiants syriens. L'Italie demanda à l'Orient les parfums, la pourpre, la soie, les IKerreries, et les paja avec les dépouilles da monde. La Synederintua immense eatrepdt. De toutes parte affluèrent dans ses villes les trésors de l'Asie. Antioche, Damas, la eiié de Jupiter, la lumière de foui t Orient, la puissante et sainU Oamas, somme disait l'empereur Julien (*), Héliopolis, Laodicéesur la mer, Beroé, Cyrrhus, Hiérapolis, etc., etc., Tirent leurs marchés et leurs relations coromerinales prendre un nouveau dé-
Elles exp^iaient dans tout l'empire les denrées indigènes de la Syrie et les produits de llade. « Les marchands dé Rome venaient chercher sur les rivages asiatiques des aromates, des étoffes, dfâ perles, des esclates. Ils les transportaient en Europe, où ils employaient Tar-
n Bpist. 34.
gënt qu'Us en retiraient â acheter les mellleores productions de ritalie et des eontrées voisines ou tributaires. Horace exprime une partie de ce mouvement da commerce quand il dit :
Dives et aijreis Mercator eYsiccetculullis
Vina Syra repa^aU mcrce (•).
Spra nwrœ; arrétons^ous un instant aur ces moU. Ils ont donné lieu à sne diseossion. Les parfuma connus en Ita»
lie sous le nom de eyriau étaieal*ils réellement de Syrie ou n*acquéraieût-il« cette dénomination que parce qu*on les apportait dans les entrepots de cette provmce, là ou les négociants romains ve* naient les prendre? Il est certain que la plupart des denrées « que les aromates en particulier, qui reicoi vent chez les auteurs romains la qualification de produite syriens, venaient de différentes contrée! de TAsie. Nous lisons fréquemment par exemple ctnnamtrm syriumy et pourtent la Syrie n'avait pas Tarbrisseau qui donne le cioname; mais elle avait oertaiaement du galbanum, du nard, et même, quoi qu'on en ait dit, du malobathre. Pline Atteste que le malobathre naît en Syrie ; * il le décrit , il le compare aux autres aro^ mates de la même espèce , i I donne la pré» férenoe à quelques-uns d'entre eux; il place avant tout celui de l'Inde. Cela prouve qu'il les distinguait , qu'il n'a pu les confondre. Cela est encore plus clair pour le baume, qui était un produil indigène de la Syrie comme de la Judée (**). •
Les entrenôte de la Syrie recevaient encore le sairan do mont Olvmpe en Lycie, et du mont Coryee chez les Ciliciens, le pardalium de Tarse, etc. Les environs de Damas fournissaient l'onyx qui servait à renfermer les aromates. Il était de la première qualité, suivant Isidore; Pline ne le met qu'au troisième rang pour la blancheur et pour la beauté (^*). La murrbine était apportée de toutes les parties de 1 Orient (****). Toutes ces pro-
(**) Horace, Odes, 1.32.
(**) Mémoire de M. de Pastoret snr V Histoire du commerce chez les Romains Jusqu'au temps de ritelliut, dans le Recueil de l'Académie des ioscriptiODS.
('**) PUn., XXXVI, 8. — Isid., XVI, 5,
{*"**) f'oy, le Mémoire de M. de Pastoret (III, m.)
ii9
L'UIiIV£B&
ductions formaient la branche la plus lucrative peut-être du négoce des Syriens avec l'Italie; car les Romains, comme le prouve le témoignage des poètes , employaient une incroyable quantité ^de parfums venus de la Syrie (*).
Parmi les plus brillants objets de ce commerce de luxe, il faut encore nommer la pourpre de Tyr. L'usage de la pourpre était très-répandu chez les Romains. Sous le consulat de Gicéron , un édile curule, Publius Lentulus Spinther, avait été blâmé pour en avoir le premier bordé sa robe. Mais son exemple n*en fut pas moins imité. Dès les premiers temps de TEmpire la pourpre servait à couvrir les tables et les lits , et parfois, comme le dit Horace, elle cachait les draps mal lavés de Tindigent orgueilleux (*"). Dans le septième sieclede Rome, elle se vendait mille deniers au moins la livre (***). Son prix était trop élevé
rur qu'on ne s'efforçât point de I imiter moms de frais. Vitruve indique les moyens employés pour la falsifier {****). Le cèdre de Syrie fournissait aussi aux demeures des Romains et aux temples des Dieux de magnifiques ornements. Il don- ' nait à la fois une résine excellente et un bois incorruptible. On en tirait une substance qui garantissait les livres précieux de la moisissure et des vers (*****) . Avec le bois, on fabriquait des statues, des meubles , et parfois des galères , comme l'atteste Suétone (*****^). Le bitume de Sidon, comme le bitume et le térébinthe de
(•) Cabile
Sertis ac Syrio flagrsns oHvo.
(Catull. 6. 8.) CoronatiM nltentes Malobathro Syrio capUlos.
(Hor. Od. II, 7,7.) SlUlabat Syrio myrtea rorc coma.
(Tibull. m, 4, 28.) Jam dudum , Syrio madefactus tempora nardo.
(/6. 6, 62.) .... Orootea crines perfundere œyrrha.
(Properl. I, 2, 3.) Qaum dabitar Syrio raunere plena» onyx.
{Ibid, II I 10,30.) (♦•) Hor.,5a<., 11,2,84.
(***) Plln. , IX . 39.
(***') Vilruv., VII, 14.
{*****) Cannina
Lioenda cedro, et levi servanda cupresso i aor, j4rt Poét, 332.)
Cedro digna locutl.
(Pers. SaL 1, 42.) f ^***»*») Suétone , rie de Caligula , 37.
Judée, était souvent en^loyépar letf artisans d'Italie. Les serruriers en usaient pour vernir les têtes de dous et pour enduire les barres de fer. Il remplaçait aussi la cbaux pour cimenter les murs.
Parmi les productions indigènes du sol fertile de la Syrie, les froments, par exemple , entraient comme denrées commerciales, dans lés entrepôts des villes de la côte. Tyr^ Béryte, Tripoli, n'expédiaient pas seules du blé et des vins recberchés; Laodieée sur la mer en envoyait par grosses cargaisons à Alexandrie. Les dattes de Svrie étaient connues dans la médecine ; (îalien , dans ua de ses traités, parle de leurs propriétés , et les compare à celles d'Egypte (*). EnGn les prunes de Damas paraissaient sur les tableslesplus somptueuses (**). En ajoutant à ces fruits une espèce de poires dont la culture fut introduite en Italie , et que Virgile mentionne dans le second livre des Géorgiques (***), nous aurons donné une liste exacte des productions indigènes fournies par la Syrie aux négociants de l'empire.
Il nous reste à parler de la branche la plus considérable du commerce de la Svrie, c'est-à-dire, delà vente des escfaves.
Les Gaulois et les Germains ne fournissaient ipas seuls, aux Romains, ces innombrables familles entassées dans les murs de la ville éternelle, ou réparties , nour lamine de l'Italie, dans les villae et les latifundia, La guerre et la conquête ne recrutaient pas seules les marchés d'esclaves. Les Syriens, race néepow la servitude (****), se chargeaient d'approvisionner tous les trafiquants de chair humaine, sans parler des mercenaires qu'ils envoyaient en Grèce, dès le temps
{*] GateD. Il, De alim^fac. 26. — « Palmulas sic dividit Galenas , ut JÉgypttas tiocas et astriDgeotes, Syriacas vel Jadaicaa caryotas sea nucales, molles, tumidaset dulces esse affirmaret. E quibas apud Otientes quadrupedum wamimpnmiscibaserat, teste Plinio,Xlil, «. » ( Ex scholia Reioesi , ad Petroo. f raRmentuin , pag. 60.)
(**} « Paerant et tomacQla supra craticalam ferventia posita, infra craticalam, Syriaca pruna, cum graois punid mali. » {^Foy. PélroBe.)
(***) Nec surculus idem
CrustamUs SyriUquepiris, gravibiisque volemfs
(Virgll,(?eory., Il, 88.) (****) Judœi et Syri, nationes nais servi tuf i. (Gicéron, De prov. 10.)
SYRIE ANCIENKE.
de Xiéiiophon. Ils faisaient a?ec la rente des esdares un commerce très«producti£ « Les venalitiarii avaient plus d'argent que tous les Scipions et les Lébus {*), > et leurs fortunes effaçaient parfois ropulence de ces proconsuls qui avaieut mis au pillage les plus belles pro- TJoees de la république. Nous ne decriroDs pas ici le marché où les esclaves, exposés dans une cage de bois (**), ou placés sur le hpis mancipiorum, le cou chargé d'un écriteau qui indiquait leur qualité Jes pieds marqués de craie {gip^ iati pedes ) (***), étaient offerts au choix des acheteurs; mais, prenant les Syriens à leur entrée dans la famille romaiDe, nous étudierons leur physionomie distinctive, au milieu des autres barbares qui, achetés en diverses parties deFEmpire, vivaient à côté d'eux.
Dans les comédies de Plante et de Téreoee Je valet intrigant et fripon est toujours un Syrien (****). Syrui était déjà un nom d'esclave (*****). Plautedonne quel-
3ues détails sur leservice d'une Syrienne aosla maison d'un honnête bourgeois. Il nous montre une robuste ménagère, rude au travail , et fort étrangère aux manèges galants des soubrettes (******). Térence ao contraire, place sa viei lie 5yra auprès d'une courtisane d'Athènes, et lui prête UD langage d'une singulière amertume :
" 0 ma maîtresse, dit-elle, je t'en prie, n'aie pitié de personne ; dépouille, ruine, déchire tout ce qui tombe entre tes mains. Ah! que n'^i-ie ta jeunesse et ta beauté! Comme resclave alors se ven-
(*j « Divitiis omnes AMcanos ac Laelios multt venalitiarii mercatoresqae saperarunt. » (Cicéron,0rtU.70.)
(**) .... Qaem scpc coegtt
Barbara çipsatot ferre caUuta pedes.
(Tiballe,^/. 11,6,41.) (***) Noper in haneorbeoi pedlbus qui Tenerat albit. (Juvénal, .SaM, III.)
i***^ NnnqQtni rem 'fades. Abl t nescis tnescare [ homlnea ,
<UtQn de ces «claves dans les Adelphes , v. 321. {*****) Hae. Qnld est tibl nomen?
Ps. Serfu est batc lenonl Syms ;
Eoin esse m* dicam. Syras sum. Har. Syms? Ps. * Id est nomen mihl.
{Pseudolus, 653.)
/**•*• Dkmipbo.... Reclc ego eniero malri tuae j^ocillam -virafflaem altquam non roalam, forma mata, ttittiireaiaddecet familias, ant^yram, aut /Egj^
[pUam :
uDolet, conficlet pensnm, pensetar flaffro; neque "^opteream qoicquam erenlet nostris foribusflagllu.
{Menât, 434—438.;
8« Livraison, (syrie ancienne.)
gérait de tant de souffrances (*)! »
La Syrie pourvoyait aux plaisirs des jeunes débauchés de Rome, et leur envoyait ses courtisanes et des eunuques.
Properce parle de ces femmes venues des bords de rOronte et de TEuphrate C*) ; Lucien, dans ses dialogues, fait intervenir aussi des Syriennes, sorcières et entremetteuses. Partout cette race d'esclaves se fait reconnaître aux mêmes traits; partout elle paraît vile et dépravée, mais singulièrement entreprenante et habile.
Quelques-uns, il est vrai, les plus robustes sans doute, s'employaient aux travaux grossiers qui n'exigent que de la force. Toute dame romaine a des Syriens pour porter sa chaise (***); mais en général le valet syrien se platt dans les emplois les plus vils; il pénètre , comme le ait Juvénai , dans les entrailles des grandes maisons. Nul, mieux que lui, ne connaît l'art d*une adroite séduction.
Il use dans l'intrigue les ressources de son esprit, cultivé et corrompu par une instruction nui pare ses vices et les entretient (****). Il se glisse dans la faveur du maître, il s'enrichit; et , devenu libre par l'affranchissement, il s'établit à Rome, se place dans les rangs du peuple, étale aux yeux de ses riches patrons un luxe qui excite l'envie (♦****) ; il brigue les charges et les dignités, et obtient avec le tnbunat le droit de jeter du haut de la roche Tarpéienne et de livrer au bourreau descitoyens (******)> Bientôt les
1*) ....Ergo propterea te sedalo
ît moneo . et bortor, ne cûjusqaam misereat ; Qatn spolies, mutiles « lacereii, quemque nacta sis. Heu ! me mlseram I Cur non aut Istcc mlbi JEtas, et forma est, aatUbl bsec senlentia?
(Hecyr. 63—74.) (**) Et qnas Eaphratea, et quas milii mlslt Orontes
Me captant {***) .... Longornm yehituf oerrice Syromm. (JUV., VI. 360.) Octo Syris iottalta datnr lectica pnelic.
(Martial, IX, 3.) (****) Le père de CicéroD disait, en comparant les Romains de son temps aax esclaves syriens : Vt quisque optime grœce adret, ita esse nequianmum, ( Cioéron , de Orat II , 66. )
(*****) Neqae me divitie movent, neque vestis aut cslatum aurum et argentam auo nostros veteres Marcellos Maiimosque muUi eunuchi eSyria iEgyptoaue vicerant, neque vero ornamenta ista viOarum quibus L. Paulum et L. Mummium qui rébus his Urbem Italiamque omnem referserunt, ab aliquo video perfacile Deliaco aut Syro potuisse superari. ( Gicéron , Orat. 70. ) ****** Tu ne Sjfri Damœ aut Dyonisl filins audes
L'univERS.
tribuns mèmen cèdent le pas à ces parvenus (*) , dont la race odieuse eorahit Kome entière. « L'Oronte mêle sts eaax à celles du Tibre. » 11 apporte avec loi la langue et les mœurs de l'Asie, ses débauches (**)et ses danses {***).
Dèê le temps d'Auguste , Orîde parle, dans ses Fastes , de la Ténération des Syriens pour les poissons, donnant à ce mythe travesti par son iinaginatîon poétique une forme él^aate et gracieuse; il le rattache aux traditions du règne de Jupiter (****). Quelques sièctes après, le soleil, le dieu oriental, avait à Rome ses autels et son grand prêtre, Hélagabal était empereur. INous avons examiné ailleurs cette époque singulière où Rome fut envahie par rOricnt. r^ons ne revieiH drons pas ici sur les développements que nous avons empruntés à M. Amédée Thierry ; mais, en nous renfermant dans la question qui nous occupe ici, celle du commerce, nous émettrons une hyf)othèse qui nous semble fondée sur la vérité historique. C'est que cette perpétuelle immigration des Syriens dans l'Italie, cette fusion des esclaves devenus libres dans le peuple abâtardi de Rome , amena lentement l'introduction des mœurs et des croyances orientales dans la capitale de l'Empire. Le commerce des denrées de la Syrie, et surtout la traite des esclaves, établirent entre deux races de tout point opposées des rapports étroits et suivis, et préparèrent cette étrange révolution qui changea Rome pour un temps en une cité orientale.
Le commerce de la Syrie ne se bornait pas à l'exportation de ses produe-
n^eere e mio eives et tradete Cadmo.
(Horace , Sat. I, 6 , 38.) (*) Libertfnusprior est : « Prior . inquit, ego adsuin. Cdr tfmeam, dabftemTe locum defeodere? quamTis Relus ad EMphraCen», moUes aood la aiire fenestrie Arguertnt, ucet Ipse negemrsed...
... ego possideo pios Pallante , et Licinfs. » Eipectent ergo trlbtini : Vlneant dWtUs : sacro nec cedat honori, Nuper in banc arben pedibus qui venerat albis.
(Jtt Vénal,!, 102— m.) (**) Jam dadmn Syms 1d Hberim defluiU Orontes, Kt Hngnani, et mores, et cam tlblctne chordas ObUauas, neenon gentilla tympana secum Vexii, et ad Circum Jiissas prostare pueliaa.
(Juv.,m,69— 66.)
tiOBs indigènes et des escitvei. lies re* lations entretenues de tout temps par les trafiqu^oiu de la Syrie avec tes cou* trées les plut recelées de rorient, ne furent pas întemippues aiprès le r^oe des Séleuddes, qui leur avaient donné tant d'extension. Les caravanes qui XraL* versaient l'intérieiir de FAsie, les flottes qui suivaient la route de la mer Rouge , continuèrent lents périodiques expéditions.
La soie resta toujours la Inranche la plus importante de ce commerce. Ce n'é* tait que par de longs et pénibles voyages, à travers les régions centrales et les plus difficiles de l'Asie {*), que Ton pouvait se procurer une marchandise que les progrès du luxe et de la richesse rendaient indispensable chez les nations de l'Asie et de l'Europe établies sur les bords de la Méditerranée (**). Les Assyrienset les Mèdes avaient été longtemps tes possesseurs exclosife de ce commerce; c'est là ce qui, dans la hante antiquité, avait fait donner le nom de robes nriédiquesanx vêtements fabriqués avec la soie. Les Perses leur avaient soccédé dans ce n^oce; ils y attachaient une haute importance, et ne négligeaient rien pour en conserver le monopole. Cest d'eux que les marchands grecs et syriens de l'Asie recevaient la soie, qu'ils transportaient ensuite dans l'Occident. Elle y était rare et chère. Ce ne fut qu'au règne de Justinien que les Romains songèrent à s'affranchir de la dépendance ou ils se trouvaient des Perses pour cette branche de commerce. Ils cherchèrent donc à faire baisser le prix de la soie par la concurrence, soit en Tachetant à d'autres que les Perses, soit en la tirant directement du pays qui la produit... Les Chinois ont conserve, dans les annales de l'empire, le soirvenir de plusieurs tentatives faites par les Romains pour établir avec eux des relations. Ces faits ne sont pas racontés par les historiens anciens
âue le temps a respectés ; les monuments e l'extrême Orient , mieux conservés , suppléent ici au silence de l'antiquité :
(♦*•) « Ipse, erectis sapra frootem manibas , de
Syrum hislrionem exhlbebat,concïnenle tota famllia. » (Petron. fragm. Tragur. Lipsiœ, 1676, p. 24.) ♦**' Ovld., FasL, II , 461-474.
(*) F'oy.y dans le premier livre de la Géographie i Ptolemée la route que les marcbaods sui-
vaient pour pénétrer jusqu'à l'extrémité orientale de rÂsie.
(*♦) ^oy., sur rusage de la soie chez les Romains, Gibbon , t. VlÇ p. 269—271.
lis
kê Ghinow rapportent qu€ Les Mi et ies antres peuples scythes, établis à rerient de la mer Caspienne, entre la Perse et leur pays, et depuis longtemps en possession exclusive du commerce de la soie, s'opposaient de toutes leurs forces aux communications que les peuples du Fa-Thsin , c'est-à-dire les Romains y voulaient établir avec la Chine , dont ils cachaient la véritable route.
Ces difficultés, continuent les annales chinoises, contraignirent les Romains de tenter une autre voie 9 ils essayèrent de se mettre en relation avec la Chine par les mers du Midi, où ils se rendaient en traversant la mer Rouge et Toeéan Indien. Ils parvinrent ainn dans les provinces méridionales sous le règne d'an empereur romain qoe les Chinois appellent An-Ton , et qui est le même que Marc Aurèle Antonin le philosophe (*).
Ces détails , consignés dans les annales officielles de la Oaiae par des auteurs contemporains , datent du temps même où Ptolémée décrivait, à Alexandrie, les villes et les ports du pays des SinSB, sans doute d'après les récits des navigateurs syriens que le commerce avait conduits jusqu'aux extrémités du monde alors connu4 Les historiens chinois font mention de plusieurs ambassades et de diverses tentatives faites postérieurement pour mettre les Romams en relation avec l'empire de la Chine. Ces efforts, restés tnconnus à nos historiens, rendent raison des guerres et des négo* dations entreprises, sous le règne de Justinien, pour faire directement le commerce de la soie {**).
Le règne de Justinien nous offre un singulier exemple de ces tentatives.
« Pendant qu'HellesIée régnait en Ethiopie et Ésimiphée sur les Homérites, Tempereur leur députa Julien, un de ses secrétaires , et Nomose , pour représenter à ces deux princes, qu'étant déjà unis avec lui par la profession du chris-
{*) Foy,9 «ar oe voyage, qai est de Tan IM de notre ère, le Mém, histor, et géographique. »ur l* Arménie, nar M. Saiot-MarUo, II, 80 et 43. On peut conftuiter iar le même sujet un mémoire de M. Abel Rémusat, intitulé : Remarques sur Vettension de Vempire chinois du eôté deVoccident (t YIII des nouveaux Mémairet de TAcadémle des inscriptions, p. 60- 1 30) .
(**) Lebeau , HisL du Bas-Èmpire, IX , 222- 22»;édltâéSAiDt-MaitlD.
tiamsme , ils devaient le secourir contra les Perses. Les députés étaient chargés d'inviter en particulier le roi d'Ethiopie à se rendre maître du commerce de la soie, qui jusqu'alors se falsaitpar la Perse, et à tirer immédiatement des Indiens cette marchandise pour la transporter par le Mil à Alexandrie; ce qui procurerait à ses États un profit immense et aux Romains l'unique avantage de ne pas faire passer leur argent entre les mains de leurs ennemis... Les envoyés allèrent d'abord en Ethiopie, où ils furent bien reçus. Malala décrit ainsi cette audience : tt Le roi était monté sur un char à quatre roues oouvert de lames d'or et attelé de quatre éléphants. Il était nu jusqu'à la ceinture, ne portant sur ses épaules qu'une tunique ouverte par devant et sçmée de perles. Il avait des bracelets d'or. Sa tête était couverte d'un turban de toile de Hn brochée d'or, d'où pendaient de chaque côté quatre chaînettes d'or. Il portait un collier de même métal, et tenait d'une main une rondache dorée et de l'autre deux demi-piques ; autour de lui étaient rangés les courtisans sous les armes, entremêlés de musiciens qui
Jouaient de la fidte. Les ambassadeurs e saluèrent les genoux en terre; le roi, les ayant fait relever et approcher de lui, prit de ses mains la lettre de l'empereur, naisa l'empreinte du cachet, reçut les présents qui lui étaient offerts, et après avoir fait lire la lettre à un interprète, il expédia sur-le-ehamp des ordres pour faire marcher les troupes, et envoya par écrit au roi de Perse une déclaration de guerre... Mais ce grand empressement ne fut suivi d'aucun effet. Les Éthiopiens ne pouvaient enlever aux Perses le commerce de la soie , ceux-ci , par le voisinage de l'Inde , attirant cette marchandise dans leurs ports. Us ne pouvaient non plus pénétrer dans la Perse qu'après un long et pénible voyage au travers des sables et des vastes déserts de l'Arabie (*). »
Cette difficulté sauva la Syrie de sa ruine. Si la soie avait suivi la rout^u T^il , les villes commerçantes des bords de l'Euphrate auraient perdu la principale source de leurs ricnesses. Mais les Perses devaient conserver longtemps
(♦) Hist, du BaS'Smpire, t. VTII , p. IBS-I5S.
L'UNIVERS
encore le privilège exclusif de ce commerce, dont les Syriens étaient les facteurs.
Vers la iin du sixième siècle, les So^diens, devenus sujets des Turcs, envoyèrent à la cour de Perse, avec la permission du grand khakan , des députés ^ui demandèrent à Chosroès Tautorisation de faire sans obstacle le commerce de la soie dans son empire. Chosroès amusa longtemps ces ambassadeurs par des délais calculés. Ceux-ci , las des retards apportés à leur négociation, pressèrent enfin le roi de s'expliquer et de faire assembler son conseil pour lui soumettre cette affaire. « Il existait alors à la cour de Chosroès un ISephtalite, nommé Catoulf , qui jouissait d*un grand crédit. Catoulf conseilla au roi de ne pas laisser sortir la soie qui avait été apportée par les envoyés sogdiens; mais de la mettre à prix et de Tacheter, puis de faire venir les ambassadeurs et de brûler cette marchandise en leur présence , non pour leur faire injure, mais pour montrer qu'on n'avait aucun besoin de la soie des Turcs. Les ambassadeurs ne purent
{parvenir à faire expliquer Chosroès ; il ne e fit qu'en achetant toute la soie dont ils avaient apporté une grande quantité, et en la faisant brûler en leur présence. Les députés se retirèrent ensuite dans leur patrie , oh ils rendirent compte au grand khakan du peu de succès de leur mission... Le grand khakan résolut de se venger : pour être plus en étatd'y réussir, il crut devoir traiter avec les Romains, ennemis naturels des Perses. Maniach, qui était alors le chef des Sogdiens, lui avait le premier remontré que les Turcs devaient préférer l'amitié des Romains à celle des Perses; qu'il valait mieux leur transporter les avantages du commerce de la soie, parce que cette nation en faisait un plus ^rand usage que le reste du monde. Maniach avait offert de se joindre à l'ambassade qu'on pourrait envoyer pour cet objet, et il promettait d employer tous ses efforts pour établir une solide alliance entre les Romains et les Turcs. Le grand khakan fut convaincu par les raisons de Maniach, et il l'adjoignit aux ambassadeurs qu'il envoyait offrir à Justin le secours de ses armes contre tous ceux qui attaqueraient l'empire, et lui proposer le commerce
de la soie. Les ambassadeurs eurent bien des difficultés à surmonter avant de parvenir dans la ville impériale. Le chemin qu'il fallait parcourir pour aller du campement des Turcs à Constaotinople était long et dangereux. Ils eurent à franchir des montagnes couvertes de neiges et de brouillards, des plaines désertes, des forêts et des marécages, avant de traverser le Caucase , d'où ils se rendirent auprès de l'empereur C). » C'est par eux que fut signé le premier traité entre les Romains et les Turcs. Mais cette alliance resta sans résultat. Les Turcs, quoique placés aux contins de la Chine, ne purent enlever aux Perses le monopole oe commerce de la soie ; en effet ce négoce se bornait presque aux ports du midi, où les navires venaient s'approvisionner sans obstacle par le golfe Persique et l'Océan (**).
Les invasions de Chosroès ne tardèrent pas à porter le dernier coup au commerce de la Syrie. Quand les Arabes arrivèrent, ils ne trouvèrent plus rien à pilier et à détruire. Les Romains cependant avaient conservé dans le golfe Arabique un connptoir important, qu'ils défendirent avec courage : c'était l'île de Jotabé , dont les hanitants faisaient le commerce de la mer Rouge. Ils se gou* vernaient en république et ne payaient à l'empereur qu'une taxe sur les marchandises qu'ils recevaient des Indes (***), selon un tarif qui avait été dressé. Nous devons citer encore la foire d'Abyla, qui se tenait à environ trente milles de Damas , et réunissait chaque année les produits naturels ou labriqués de toute la Syrie. Les Juifs, les Grecs et les Arméniens, les Syriens et les habitants de l'Egypte s'y réunissaient de toutes parts : cette*foire , qui , grâce aux relations religieuses que les evéques syriens entretenaient avec les contrées situées au delà de lEuphrate, devenait de plus
(*) Hist. du Bas-Empire, t. X, p. 49-56 (**) Nous ne devons point oublier de mentionner ici, en terminant, les pages que Heeren a écrites sur le commerce de la soie dans l'antiquité. — Yoy. De la politique, etc.. t. 1 , p. 1 15 et suiv. de la trad. française.
(***) AÔOiç *P(i>(i.aioi; nçay[Mxe\naXç Soù< aOTOVô(Xfa>c oîxeîv n^v vfjerov, xal xà èÇ 'Iv6t5\ èx7iopeué<j6ai çopTia, xal tôv Tetaifiiiivov paffiXeî 9Ôpov eldà^eiv. CTlieoph., p. 141. )
SYRIE ANaENKE.
en plus active et fréquentée dura jusqu'à rinvaâon des Arab^O.
(*) Koy. LeqoieB, OriffMcArisftantM, c. 663 et SQIT., sur les rapports de la Syrie chrétlenoe ' ie, la Perse, rArménie, les proYlDoes ocddeoUtes
avec la
flnde.
deUCbine.
Mésopotamie et peai-étre le
Tout, en effet, devait disparaître devant ces farouches envahisseurs : ce furent eux qui frappèrent et anéantirent d*un même coup, en Syrie, ce qui avait fait la gloire et la prospérité de cette belle contrée, le commerce, la domination ro« maine, et le christianisme.