‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 14 sur 63 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

ORIGINE B0 CHBISVIÀNItMB SN SY* BIE. — G01VSTITUTI0W DB L'BGLISB SYBIBNKE.— HBBB8IBS.

PBEICIBBBS PBBDICÀTIOII8 ; BAB- NÂBÉ , PAUL BT PIBBBB ; OPINIOH BB CÉBINinB BBLÀTIYBHBIIT A LA CIBGONGI8I0N ; ÉGLISES D'ANTIO- CHE BT DE DAMAS ; LA PBBDICATION ÉTBNDUB AVX GENTILS. ^ Oo Sait

qu€ dès les temps les plus reculés il avait existé entre Jrame et Israël de continuels rapports. Les Juife, attitrés par le commerce, se transportaient en grand nombre dans les villes syriennes. Les goenres et les conquêtes des Assyriens, des Cbaldéens, des Perses et des Grecs n^sTaient pas interrompu ces relations. Les Séieucides, par intérêt sans doute, essayèrent, en la favorisant, de rendre durable Talliance des deux pays.

I LesJuifîs, sons les rois grées de la Syrie, I se fixèrent en grand nombre à Antiocbe. Là ils étaient en possession de tous les privilèges de la population beilénicpie. Ils durent bientôt au crédit dont ils jouissaient et à leurs grandes richesses, et peut-être aussi à Tindifféreueedu peuple au milieu duquel ilsYivaient, de pratiquer librement la religion de lears aïeux. Suivant le témoignage de Josèphe, ils élevèrent dans la capitale de la Syrie une magnifique Sj^nagogue ( '*' ) .

Ce fut au sein de cette population juive que le christianisme fit a Antiocbe ses premières conquêtes. Après la mort de saint Etienne, comme nous rapprennent les Actes des Apôtres , plusieurs de ceux qui croyaient en la mission divine du Christ abandonnèrent Jérusalem, et se rendirent dans les pays voisins. Quelques-uns s'arrêtèrent en Phénicieet dans 111e de Cvpre ; d'autres se fixèrent à Antioche. Ceux-ci ne s'adressèrent d'abord qu'aux Juifs ; mais

n Josèphe, de Bello judaico, VU, 21.

bientôt ils annoncèrent le Oirist aux Grecs eux-mêmes, et ils enseignèrent à tous indistinctement la nouvelle doctrine. Ils opérèrent ainsi de nombreuses conversions. La nouvelle en vint à Jérusalem. Aussitôt l'Église de cette ville se hâta d'envoyer en l^ie l'un de ses membres les plus zélés. C'était un ancien lévite, qui avait changé son nom de Josèphe en celui de Barnabe (fils du prophète). Il se rendit à Antioche, et la, en voyant ce qui avait été fait, il fut rempli de joie, et il exhorta vivement ses nouveaux frères à persévérer dans la foi du Christ. Barnabe, seul d'abord, puis avec l'aide de Paul, organisa rÉglise d' Antioche, dont les membres furent les premiers qui s'appelèrent chrétiens (*).

Une autre tradition veut que saint Pierre ait fondé l'Église de Syrie , et qu'il ait été le premier évêque d'Antioche, en l'an de J. C. 44. Il fit dans cette ville ^ selon saint Chrysostome, un séjour de sept années. Basile de Séleucie, d'un autre côté, qui écrivait vers 450, parle des miracles faits par saint Pierre à Antioche comme de choses généralement reconnues et qu'il est inutile de répéter. Toutefois saint Luc ne dit nulle part aue saint Pierre ait été évêque d'Antiooie.

Il est bon de remarquer d'ailleurs qu'aucun des apôtres, si Ton n'en excepte saint Jacques , évêque de Jérusalem , n'a été d'abord particulièrement attaché à une Église. Ils se partageaient les diverses provinces de l'empire romain, et parcouraient successivement les villes principales, où ils s'arrêtaient un temps plus ou moins long, suivant les circonstances et les besoins des fidèles. Antioche, par son importance et par la proximité de Jé-

rait

mot ,

ployé la première fois par des Romains. Origi

nés du ChruHanisme { trad. franc.), 1. 1, p. 5e.

— Lequien {Oriem ehrittianu», t. Il, c. e78)dik

Primam Antiochiœ eeelenam in Palœa geu urbe

veteri positam fuiue Theoderetus Chrysostd-

musqué tradunt.

L'UNIVERS

rusalem , devait nécessairement attirer une des premières l'attention des apôtres. Aussi Toyons-nous saint Paul et saint Barnabe partir de cette cité comme d'un centre déjà formé de population chrétienne pour aller évangéliser les villes et les provinces voisines. Après leurs premières excursions, les apôtres retour* nèrent à Antioche , où ils assemblèrent l'Église, et racontèrent aux fidèles les grandes choses que Dieu avait faites avec eux , et comment ils avaient ouvert aux gentils les portes de la foi (*). Ils y restèrent un temps considérable, et samt Paul ne quitta la ville que pour aller prêcher l'Évangile à ceux qui n'avaient point encore entendu parler de J. G., et jusqu'en Illyrie.

Tout nous porte donc à croire que si saint Pierre passe pour le premier évéque d' Antioche , c'est uniquement parce qu'il f fit un séjour continu , ou plus long que les autres apôtres. Il est constant quMl ne s'y trouvait pas lorsque s'éleva dans l'Égfise de cette ville une espèce de schisme qui donna lieu au troisième concile de Jérusalem.

Cérinthe, faux frère et faux apôtre, s'était mis {**) à la tête d'un parti qui voulait obliger les fidèles à la circoncision et à toutes les observances de la loi de Moïse (***). Saint Paul et saint Barnabe s'opposèrent fortement à cette doctrine, qui faisait rentrer les peuples dans une servitude don t le Christ était venu les délivrer (****). On résolut d'aller à Jérusalem consulter les apôtres et les prêtres sur cette question. Saint Paul partit donc avecTituset Barnabe , et retourna à Jérusalem quatorze ans après sa conversion. Il y trouva saint Pierre, saint Jacques et saint Jean. L'assemblée des fidèles se rangea à l'avis de saint Paul , de saint Pierre et de saint Barnabe , qui condamnaient les Cérinthiens, et une lettre fut adressée par le concile aux fidèles d'Antioche, de Syrie et de Cilicie; elle se terminait par ces mots : « Il a semblé bon au Saint-Esprit « et à nous de ne vous imposer d'autre « charge que celle-ci, qui est nécessaire ,

(♦) Fleury, liv. I, ch. 30.

{♦♦)Fleury, l.I,c.32.

(***) Quidam descendeotes de Jadsa docehant f ratres , ni«i drcomciderentur secandum legem MovsiSf salvari non posse. AcL Jp, XV, 1.

r'*) S.PauJ. Bp, ad Gai., ch. if, v. 4.

« de vous abstenir des viandes immo- « lées aux idoles, du san^; des bêtes « étouffées et de la fornication. »

On voitqu'en délivrant les fidèles de la plupartdes observances judaïques, le concile en laissait subsister une Saint Augustin a voulu expliquer cette décision (*). C'est que, dit-il, la défense de manger du sang venait de plus haut que la loi de Moïse, puisqu'elle avait été déclarée à r^oéau sortir de l'arche : ainsi elle semblait regarder toutes les nations. Il est donc à croi re que les apôtres voulurent laisser d'abord cette seule observance légale assez facile, pour réunir les gentils avec les Israélites et les faire souvenir de l'arche de r^oé, figure de l'Église, qui rassemble toutes les nations. Ajoutons à cela, d'après OrigèneC*), que l'opinion générale était alors que les faux dieux, c'est-à-dire les démons, se repaissaient du sang des victimes.

Une seconde remarque nous est suggérée par le texte de la lettre du concile : « Il ^ semblé bon au Saint-Esprit et à nous, » disent les Pères; preuve manifeste que dès lors il y avait un pouvoir fortement constitué dans l'Église, pouvoir qui, en toutes matières, décidait sans contrôle et en dernier ressort ; ce qui le prouve encore davantage , c^est la prompte soumission des fidèles et leur respect pour les paroles du concile, dont la hauteur et l'autorité ne donnèrent pas lieu à des réclamations.

L'Église de Damas est aussi ancienne oue celle d'Antioche. Nous savons, en eflet, qu'on y voyait déjà des fidèles en l'année 35 de notre ère. C'est l'époque de la conversion de saint Paul, qui allait en* trer dans la ville pour y rechercher les chrétiens, lorsqu'il fut miraculeusemeni converti. Ananias, ce disciple qui rendit la vue à Paul , est considéré comme l€ premier évêque de la ville. Paul, devenu chrétien, après un court séjour dans l'Arabie voisine, revint à Damas, et 3!

enseigna longtemps (***). Il y reparut encore souvent dans le cours de ses voyages Aussi l'on peut dire que si Barnabe et Pierre furent les apôtres d'Antioche^ Paul fut l'apôtre de Damas.

[*) s. Aug. Cont FatuLf cap. 13.

(♦»)Orig., Cont. Celé., liv. VllI.

^♦♦)GaT - -

)rig., Cont.

GaT., I, 17.

Pendant son séjour à Antiocbe, saint Pierre viola une décbioa de FÉglise gue lai-méme avait sanctionnée. H ne faisait d'abord aucune difficulté de cooverser avec les gentils et de manger arec eux. Mais quelques circoncis étant venus de la part de saint Jacques, saint Pierre craignit de leur déplaire et commeoça àse séparer des gentils. Tous les juifs convertis d'Antioche imitèrent la dissimulation de saint Pierre, et saint fiarDabé lui-même s'y laissa entraîner.

C'est alors que saint Paul , voyant qu'ils ce marchaient pas droit suivant la vérité de rÉvangile [guod non recte aw^ fiuhreniad veriiatem EvangelU (*)], reprit saiot Pierre devant tout le monde , et lui résista ,en face. Saint Pierre reeoQOQt sa faute, et dès lors les décrets du coodle furent ponctuellement exé« Otites.

Cefîit aussi à Antioche, comme nous ia?oas dit, que les fidèles commencèreot à se faire appeler chrétiens et à former véritablement une secte à part, se distinguant des juifs, qui y vivaient en très-grand nombre. Dans l'origine, on les avait appelés cettx de la voie, ou simplement disciples ou croyants. On les désignait aussi sous le nom de nazaréens.

Ce fut paiement à Antioche que se fit la première quête ou collecte pour subvemr aux nécessités des fidèles, à la suite d'une famine qui désola toute l'Asie Mineure en l'an 44. Saint Barnabe et saint Paul furent chargés de porter à Jénisalem, pour secourir les cnrétiens de |adée, les aumônes de ceux d' Antioche.

Us revinrent peu après, ramenant avec (!ux Jean Marc, cousin de Barnabe, qu'il ne faut pas confondre avec saint Marc 'eyangéliste, et qui, comme eux, s'oc^ «ipa de répandre la foi en Syrie parla prédication. Saint Paul eut encore de poissants auxiliaires , dans Judas notamment, qu^il ramena aussi de Jérusalem à son retour du concile en 51 (**).

STODB ET IGNACE ; L'ÉGLISE d'AN- IIOCHB, DANS L'OBIGINB, EMBRASSAIT

TOUTE LA SYRIE. — Saint Évode passe pour le second évêque d' Antioche. C'est

[I)S.Paal,^dGaL,cap. 2, v. I4.

l CoDsultez aussi, sar les commenoemenf s du «nsuanisn^ à Antioche et en Syrie, J . C. L. Gic- «'«; Uhrbuch der KirchengeMchichie, t. I,

du moins Topinion d*Eusèbe , qui a été suivie par saint Jérdme. Le chroniqueur dit nu'Évode fut établi par saint Pierre sur le siège d' Antioche, en 43, au moment où ce dernier allait partir pour se rendre à Rome. D'un autre côte, saint Gbrysostome assure, avec la chronique d'Alexandrie, que saint Ignace fut tait évéque d'Antioche par les apôtres : il affirme même que saint Ignace fut fait évé- Î|ue pour remplir la place que saint Pierre aissait vacante. Saint Manius, saint Athanase , Jean d'Antioche et plusieurs autres confirment l'opinion de saint Jean Chrysostome.

Pour accorder des assertions si différentes, le savant auteur des Annales ecclésiastiques, Baronius, ne trouve d'autres moyens que de faire de saint Évode et de saint Ignace deux évéques contemporains, ordonnés en même temps par saint Pierre et par saint Paul, Fun pour les juifs, l'autre pour les gentils, à cause de la division qui s'était élevée entre eux et dont nous avons parlé à propos de Cérinthe. Lorsque cette division eut été heureusement apaisée, saint Ignace céda, selon lui, l'é-

Siscopat entier à saint Évode, et lui succéa après sa mort, en 68. D'autres auteurs, le père Halloin, jésuite, dans la Vie de saint Ignace , et le protestant Hamont, dans son ouvrage pour la défense de l'épiscopat, prétendent qu'Évode et Ignace ont exerce Tépiscopat en même temps ; et que la différence de mœurs des juifs et des gentils nécessita Télection des deux évé* ^ues pendant les premiers temps du christianisme. Enfin , une autre opinion , qui est totalement dénuée de probabilité, mais que nous mentionnons parce que nous la trouvons consignée dans les Mémoires ecclésiastiques de Tillemont, c'est que saint Évode mourut très-peu de temps après son ordination, et que saint Pierre, avant de partir pour Rome, passa par Antioche et y sacra saint I^ace pour remplacer Évode, qu'il avait déjà sacré lui-même peu de temps auparavant. Mais comment accorder ce récit avecceluid'Eusèbe et des autres auteurs , qui font mourir Ëvode en 68.

Nous savons très-peu de chose de saint Évode. Il en est fait un grand éloge dans une épître attribuée à saint Ignace, mais qu'on a de fortes raisons de croire supposée. Saint Chrysosto me le met au nom

LOJBnVBRS.

bre des plus grands évéques, J'appelmt le parfum de F Église et le successeur des apôtres. L'historien grée Nicéphore, qui écrivait vers le milieu du douzième siècle, lui attribue divers écrits et entre autres une lettre intitulée : Lumière.

Ces ouvrages paraissent entièrement supposés. Selon la Chronique d'Ëusèbe, saint Évode finit par le martyre ; s'il en est ainsi, il dut mourir sur la fin de la persécution de Néron.

C'est à partir de saint Ignace que TÉglise d'Antioche, déjà fondée par les travaux des apôtres et par le sang de plusieurs martyrs , commence à devenir un chef-lieu important et révéré , où réside le chef du souvernement spirituel aussi bien queceluidu gouvernement civil de toute la Syrie. Saint Ignace s'ap<pelle lui-même Tévéque de Syrie dans son épftre aux Romains ; ce qui tait présumer aue toute cette provinée reconnaissait eès iors Tévéque d'Antioche pour métropolitain, comme elle Ta reconnu depuis sous le titre d'archevêque et de patriarche.

Nous devons ajouter ici que les Pères du concile de Nicée donnèrent à Antio^ she le troisième rang prmi les Églises dirétiennes. Ils la plaçaient après Alexandrie et Rome.

Quelques auteurs modernes ont prétendu que sous Ignace l'Église d'Antioche contenait deux cent mille chrétiens. Ils s'appuient sur un texte de saint Chrysostome, qui donne à cet évéque ^tte louange, d'avoir pu gouverner une ville de deux cent mille habitants {*), Mais pour admettre ce chiffre il faudrait supposer que dès le premier siè*> de toute la population avait embrassé la foi. Il est certain que les progrès de l'Église furent très-rapides. Au milieu du quatrième siècle, l'empereur Julien reproche à la ville d'Antioohe son attachement au christianisme : ^ Vous abandonnez, dit-il, les temples de Jupiter et d'Apollon pour les autels de Christ; tout votre peuple me fait un crime de rester fidèle aux dieux de nos pères (*^). »

(*) AliiAov tic ih»9i ixfctv6(uwv (iupid8aç> fiom, in JgnaUum»

(**) 'O jjLèv Yop $^(ioç àx^txai yioC tû wXeC- OTC]) (lipei, (AâXXov ^dhcotç, &0eÔTiriTa7C(>oeXo(i,evoÇf 8tt TOÏc waxpCoiç ôpql -rfî? i>[i(rz^io^ Hc[MXq Tcpoffxe(|UVov. fiisopogon.

Dans \k Cœlé-Syrie, la r^igion nouvelle s'établit plus difficilement. Au temps de Sozomène, les prêtres et les moines étaient encore poursuivis par -la haine des païens C). Sous l'empereur Julien û y eut des églises prpfanées, des évéques massacrés, dans les villes d'Héliopolis, d' Aréthuse, d'Apamée, d'Émèse ; les derniers temples des dieux ne furent renversés que sous Théodose.

SAINT iguàcb ; il ist jugb a an-

TIOGHB PAR TBAJAN ; IL BST Blf- VOYB A BOMB ', SON VOYAGB *, SON MABTYBB ; IMPOBTANCB DB SES ÉPI- TBES POUB L'HISTOIBE DES PBE- MIEBS TEMPS DU GHBISTIANISBTE. —

Saint Ignace est connu principalement par ses épîtres et par le glorieux supplice qui termina sa longue carrière. Ces épttres, écrites pour la plupart pendant son voyage à Rome, où il allait ét^ martyrisé, sont précieuses par les renseignements qu'elles nous fournissent sur les mœurs des premiers chrétiens, et sur les nombreuses hérésies qui s'élevaient alors de toutes parts, et dont Antioehe et l'Église de Syrie tout emlère eurent beaucoup à souffrir. Elles nous montrent aussi que ta suprématie spirituelle de l'évéque d'Antioche n'était pas restreinte dans les limites géographiques de la Syrie , mais qu'elle s'étendait dans toute rAsie Mineure. Aussi ne devra-t-on pas s'étonner, quoique l'histoire que nous avons entreprise soit spécialement celle de l'Église de Syrie, de rencontrer ici beaucoup de détails relatifs aux Églises voisines.

La persécution sous laquelle Ignace fut martyrisé est celle.de Trajan. Alors fut écrite , comme on le sait , la fameuse lettre de Pline le Jeune à l'empereur. Ce fut Trajan lui-même qui fit subir à saint Ignace son premier interrogatoire. Comme, à la suite d'une expédition, il passait en Orient, l'année 106 de J. C. et la 9« de son règne , il s'arrêta q^uelque temps à Antioche , d'oîî il allait partir bientôt pour combattre les Parthes. Saint Ignace fut amené devant lui , et répondit avec un çrand courage aux questions multipliées de l'empereur. Son interrogatoire nous a été conservé dans les actes qui portent son nom. En

(*) Sozomène, Hist» eccl., VI, 34.

les lisant il est impossible de ne pas songer aox paroles que Corneille rAet dans la bouche de Pofyeucte, lorsqu'il fient de renverser la statue de Jupiter, et nous croirions volontiers que notre grand tragique s'est inspiré des réponses de l'évéque d'Antioche. « Ta crois donc, dit Trajan, que nous n'avons pas dans le cœur les dieux qui combattent avec nous contre nos ennemis. » — <i Vous vous trompez de nommer dieux lesdémons des gentils. Il n'yaqu'unDieii qui a fiait le ciel et la terre, et la mer, et tout ce qu'ils contiennent, et il n'y a qu'un seul Jésus-Christ, le fils unique de Dieu, au royaume duquel j'aspire. » — « Tu parles, reprit Trajan, de celui qui a été crucifié sous Ponce Pilate. » — * C'est lui, répondit le saint, qui a crucifié le péché avec le démon auteur du péché, et qui met toute la malice du démon sous les pieds de ceux qui le portent dans leur cœur. » Alors Trajan : « Tu portes donc en toi le Crucifié? » — « Oui ; car il est écrit : « J'habiterai et je marcherai en eux. » Trajan prononça cette sentence : <( Nous ordonnons qu'Ignace , lequel « prétend qu'il porte en lui le Crucifié, « soit encnalne et conduit dans la « grande Rome, par les soldats, pour " être dévoré par les bétes dans les plai- « sirs du peuple. » C'était un usage d'envoyer a Rome les grands criminels de toutes les provinces.

Saint Ignace, en entendant prononcer son arrêt, rendit çrâce au ciel cle lui avoir accordé ce qu'il désirait depuis si longtemps. II prit sa chaîne, disent les Actes, et s'en chargea avec joie comme de pierreries spirituelles avec lesquelles fl souhaitait de ressusciter. Aussitôt après i 1 fut enlevé par les soldats pour être emmené à Rome. Toutefois, il n'y alla ni vite ni directement. Il semble qu'on ait pris à tâche, pour lasser sa patience, de faire traîner son voyage en longueur, et par suite de prolonger autant quepossible les mauvais traitements dont l'accablaient sans cesse les dix soldats ou plutôt , eomme il le dit lui-même dans ses lettres, les dix léopards qui l'accompagnaient.

Cette conduite ne contribua qu'à faire éclater davantage sa sérénité dans la souffrance , sa charité envers les nombreux chrétiens qui venaient baiser ses chaînes, et son impatiente ardeurdefinlr

par le martyre. 11 ne se choisit pas de successeur comme avait fait saint Pierre ; il laissa à l'Éslise de Syrie , comme il le dit dans une épître aux Romains, Jésus- Christ même pourévêque au lieu de lui, avec la protection delà charité et des prières qu'il demandait pour elle à toutes les autres Églises.

D'Antioche saint Ignace alla d'abord à Séleucie^ où il devait s'embarquer.

Philon, diacre de Cilieie, et Agathonus ou Agathopode de Syrie, ses disciples, l'accompagnèrent. Quelques-uns leur joignent encore Réus, qui passe, aux yeux de quelques savants, pour être la même personne qu' Agathopus. Les deux premiers sont inscrits au catalogue des saints. Ils passent pour les auteurs des Actes de saint Ignace. Saint Clément d'Alexandrie (*) cite une lettre de Thérésiarque Valentin à un Agathopode qu'on croit être celui dont nous panons.

Après de grandes fatigues, le saint aborda à Smyrne,oùPolycarpe, disciple de saint Jean comme Ignace, gouvernait alors l'Église. L'évéque d'Antioche se glorifia auprès de lui de ses chaînes , et le supplia , ainsi que tous les fidèles de Smyrne, de hâter par leurs prières l'aocomplissement de son sacrifice. Jusqu'alors, sur sa route, Ignaee avait été visité par les chrétiens qui accouraient en foule, et lui prodiguaient leurs soins pendant que lui-même les exhortait et les instruisait dans la foi. A Smyrae, il fut visité par Onésime, évêque d'Ëphèse, parBurrhus, diacre, par les fidèles Crocus et Fronton, et, au nom de .l'Église de Magnésie, par Damas, son év^ue, et quelques autres memlnres du clergé. L*Église de Tralles lui députa aussi révêque Polybe. Cest de Smyrne que saint Ignace écrivit à ces trois Églises des lettres qui sont parvenues jusqu'à nous.

Ces lettres, que nous ne devons pas examiner sous le rapport de la doctnne çt des sentiments chrétiens qui y éclatent, ne sont pas à négliger au point de vue de Thistoire. Bien qu'elles ne contiennent aucun détail précis sur les hérétiques du temps , que le saint se fait i|n devoir de ne jamais nommer, elles nous montrent, par la nature des recom-

nClém. d'Al. //a/n. m.

L'UNIVERS

donne

aux Églises , combien il y^avait alors de faux interprètes de TÊvangile de J.G. et combien de schismes tendaient sans cesse à se produire. « Vous devez , écrit- « il aux Éphésiens, concourir à la vo- « lonté de Tévéque comme vous faites.

« Car vos prêtres sont d'accord avec a révéque, comme les cordes d'une lyre, « et votre union fait un concert mer- « veilleux pour chanter la gloire d^ « J. G.... Que personne ne se trompe : « quiconque est séparé de l'autel est « privé du pain de Dieu ; car si la prière « d'une ou deux personnes a une telle « force , combien plus celle de l'évéque « et de toute l'Église! — Il y a des ft trompeurs qui, se parant du nom de « Dieu, font des choses indignes de lui. « Vous devez les éviter comme des bétes « farouches. Ce sont des chiens enragés <( qui mordent en cachette... J'ai su « aue vous aviez reçu parmi vous « des g;ens qui tiennent une mauvaise « doctrine : mais vous avez bouché vos « oreilles pour ne la pas recevoir. » Et dans l'épître aux Magnésiens : « Ne vous « égarez pas dans les opinions étrangè- « res ni dans les anciennes fables qui sont « inutiles. Si nous vivons encore selon « la loi , c'est avouer que nous n'avons « pas reçu la grâce. » Cette phrase est dirigée évidemment contre les cérinthiens, dont les partisans s'étaient perpétués depuis saint Pierre, et qui mêlaient obstinément les pratiques judaïques au culte nouveau (*). Le saint ajoute, pour rejeter de sa communion tous les chrétiens qui portaient les noms des diverses sectes : « Apprenons à vivre selon le « christianisme ; car celui qui porte un « autre nom n'est point de Dieu. »

(*)Cérinthe s'était renda à Ëphèse, où il essayait de propager ses opinions et où il devint, du vivant de Tapôtre Jean, le fondateur et le chef d'une secte assez nombreuse. Les historiens ecclésiastiques n*ont pas pu jusquMci se rendre un compte exact de sa doctrine : «. La question de savoir, dit Tun d*eux, sHl insista sur une observation constante de la loi mosaïque est fort controversée. Saint Irénée garde le silence à ce sujet, mais Ëpiphanes prétend qu'il aUribua une autorité obligatoire a une partie de cette même loi (peut-être à la partie morale, tout en rejetant les cérémonies). Que saint Jean ait écrit son évangile contre les Nicolailes et principalement contre Cérinthe, c^est ce qu'attestent unanimement saint Irénée , saint Épiphanes et saint Jérôme. »

Dans l'épitre aux Tratliens, saint Ignace, après leur avoir recommandé Tobéissance à Févêque, aux prêtres, aux diacres, les prémunit contre les erreurs des niénandriens, dont ilne prononce même pas le nom, selon son habitudcCes hérétiques, qui étaient très-nombreux à Antioche, avaient pour chef Ménandre , disciple de Simon le Magicien. Sadoctrineétait la même que celle de son maître, sauf quelques changements, qu'il avait introduits pour fonder une secte particulière; il soutenait entre autres choses, que quiconque ne se ferait point baptiser en son nom nepourraitêtre sauvé,et que ceux qui recevraient son baptême ne mourraient point; il niait que Jésus-Christ eût été véritablement homme, et il regardait son corps mortel comme une simple apparence.

On fait généralement remonter, comme on sait, toutes les sectes gnostiques à Simon et à Ménandre.

« Soyez sourds , dit saint Ignace aux Traliiens, quand on vous parlera sans Jésus-Christ , qui est de la race de David; qui est né de Marie véritablement; quia bu et mangé; qui a été crucifié véritablement, et qui est mort à la vue de tout ce qui est au ciel, en la terre et sous la terre Ou s'il n'a souffert qu'en apparen-

ce,commedisentquelguesimpies,jeveux dire les incrédules, qui ne sont eux-mêmes qu'en apparence, pourquoi suis-je enchaîné ? Pourquoi désiré-je combattre les bêtes.^Je meurs donc en vain.!* jVon, assurément, je ne meurs pas contre le Seigneur.»

De Smyrne, oii il resta encore quelque temps, le saint écrivit aux Romains sa huitième épître, qui fut portée par des Éphésiens qui allaient le devancer dans la grande ville. Il y exhorte ses frères de Rome, avec l'insistance la plus touchante et dans les termes les plus forts^ de ne taire aucune démarche pour le soustraire au supplice. «Je vous écris vivant, amoureux de la mort, leur dit-il. Mon amour est crucifié. Je n'ai point un feu matériel, mais une eau vive qui parie en moi et me dit intérieurement : Allons au Père. »

' De Smyrne , saint Ignace fut conduit enXroade, où il fut visité par l'évéque de Philadelphie , en Asie. Il adressa de là une épître aux frères de cette Église, à ceux de Smyrne et à saint Polycarpe. Son

SYRIE ANQENNE.

ép?tre aux Philadelphiens est encore pleine d'allusions aux schismes qai désolaient alors toute TAsie Mineure, quoi* Qu'elle fût en quelque sorte un des centres de la foi. C'était surtout V Église de Syrie, et celle d'Antioche en particulier, qui avait à en souffrir; mais c'était aussi de cette dernière que sortaient les plus solides enseignements. Les lettres de cet évéque qui allait mourir pour ses croyances sont un recueil des exhortations les plus puissantes, les plus tendres, et quelquefois les plus éloquentes, au maintien de ce qu'il regardait comme Torthodoxie; elles sont un modèled'humilité,d'abnégation, de mépris de soi-même pour tout ce qui ne regarde que Fhomme, que le simple frère des autres disciples; mais lorsque Ignace parle comme évéque, comme gardien de la foi, comme dépositaire des traditions apostoliques, sa parole ne respire plus qu une dignité ferme, la sévérité, et même la hauteur. Aussi, ses lettres furent-elles, dès l'origine, considérées comme un des monuments les plus importants de la doctrine catholique. Pendant plusieurs siècles, on les lut publiquement dans toutes les éjglises d'Orient comme les épttres de saint Paul et des autres apôtres.

Dans l'épître aux Smyrniens, saint Ignace combat , mais cette fois en les nommant, les hérétiques connus sous le nom de fantastiques ou docites, qui attaquaient le mystère de l'Incarnation, comme les ménandriens, dont ils n'étaient sans doute qu'un démembrement; ils soutenaientqueJésus-Christ n'avait souffert et n'était ressuscité qu'en apparence. « Ils ne sont eux-mêmes qu'en apparence, dit saint Ignace ; il leur arrivera suivant leurs opinions , puisqu'ils sont fantastiques et démoniaques ; pour moi , je sais qu'il a eu sa chair, même après sa résurrection, et je crois qu'il t'a encore.... Je vous donne ces avis, mes chers frères..., afin aue vous puissiez vous garder de ces bêtes à figure humaine, que vous devez non-seulement ne pas recevoir, mais, s'il se peut, ne pas rencontrer, et vous contenter seulement de prier pour eux, afin qu'ils se convertissent... » Et ailleurs : « Si Jésus-Christ n'a fait tout cela qu'en apparence, je ne suis donc aussi lié que par imagination ?» Il trace ensuite un tableau delà vie des hérétiques qui n'ont

point de charité, n'ont soin ni de la veuve ni de l'orphelin, ni de l'affligé, ni de celui qui est en prison , ni de celui qui a faim et soif.

iSaint Ignace se proposait d'écrire encore aux autres Églises d'Asie, lorsqu'on le fit subitement embarquer pour la Macédoine. Il n'eut que le temps d'adresser àPolycarpe, évêque de Smyrne,sa septième et dernière épttre : elle est pleine de ses recommandations ordinaires. Maisen outre il y remercie Dieu de la paix nouvellement rendue à l'Église d'Antioche, et conseille à Poiycarpe d'envoyer un , chrétien en Syrie pour féliciter ses frères dans la foi. « Il faut, bienheureux Po- « lycarpe, assembler un concile et choi- « sir quelqu'un qui vous soit cher, que l'on c puisse nommer le courrier de Dieu , « afin qu'il ait l'honneur d'aller en Syrie « et de faire paraître la ferveur de votre « charité. » Il recommande encore à saint Poiycarpe d'écrire, comme instruit de la vofonté de Dieu, aux Églises qui sont au delà, pour qu'elles fassent aussi la même chose : « Ceux qui pourront y « enverront par terre; les autres écriront « et chargeront de leurs lettres ceux que « vous enverrez , afin que vous receviez « de cette œuvre immortelle la gloire « que vous méritez. »

On voit, par l'importance extrême que saint Ignace attache à la fraternelle démarche qu'il conseille, combien était grande l'union des premiers chrétiens, lis regardaient comme un devoir de se visiter, de s'encourager les uns les autres, à quelque distance et dans quelques circonstances qu'ils se trouvassent, surtout dans les temps de persécution. Il faut remarquer encore quelle était l'influence de saint Ignace dans ses lettres, qui renferment non-seulement des conseils mais des ordres adressés à tous les évêques de l'Asie, soit que le siège d'Antioche eût déjà toute l'imçortancequ'il posséda plus tard sous le titre de patriarcat, soit que saint Ignace fût moins considéré comme un simple évéque que comme un apôtre instruit par ceux mêmes qui avaient vu J. C, et ajoutant a l'autorité qu'il tenait de saint Pierre , son prédécesseur, celle du martyre qu'il allait comme lui subir pour la foi.

Du lieu où il venait de débarquer,

L'UNIVERS

saint Ignace vint à Philippes , traversatoute la Macédoine jusqu'à Épidamne , où il s'embarqua enfin pour l'Italie.

Après avoir désiré vainement de des< cendre à Putéoli, suivant la trace de saint Paul, il arriva à l'embouchure du Tibre, et de là à Rome. Les frères vinrent au*devant de lui; Ignace leur fit la prière, qu'il leur avait déjà adres* sée dans la lettre, de ne tenter aucune démarche pour le sauver. Il fut exaucé et même au delà de ses vœux ; car il n'eut pas le temps de s'entretenir des choses de Dieu avec les chrétiens, comme il avait fait jusqu'alors dans toutes les villes où il passait. Au moment même où il entrait dans Rome, les jeux où il devait être livré aux bêtes allaient finir : aussi fut-il presque aussitôt conduit à l'amphithéâtre, où il consomma son martyre, le treizième jour des calendes de janvier, c'est-à-dire, le 20 décembre , l'an 107 de J. C, de Rome 860,du règne ée Trajan le daième.

Les reliaues de saint Ignace furent ra(rportées a Antioche par ceux qui l'avaient accompagné jusqu'à Rome. Elles furent déposées dans le cimetière de sa ville épiscopale. Trois cent trente-un ans plus tard, en 438^ Théodose le Jeune les fit transporter dans un vieux temple de la Fortune dont il venait de faire une église, sous l'invocation de saint Ignace. Lorsderhivasion des Sarrasins, ces reliques furent transportées à Rome, si l'on en croit Baromus. Enfin saint Bernardf dans un de ses sermons, fait entendre que l'abbaye de Clairvaux en possédait au moins une partie au douzième siècle.

C'est à saint Ignace que l'on attribue l'introduction dans l'Eglise du chant alternatif des psaumes. Un jour que le saint était en prières , il eut une vision : les anges lui apparurent , rangés autour du trône de Dieu et chantant ses louanges, partagés en deux choeurs qui se rér)ndaient. C'est cette vision qui donna saint Ignace l'idée d'adopter pour son Église cette sorte de chant. Elle devint bientôt générale. Théodorat , tout en laissant a l'Église d' Antioche l'honneur de cette innovation, l'attribue à deux prêtres de cette ville, Flavien et Théodore, qui vivaient vers l'an 350.

L'BVBQUE ÉBOS StJGGESSBUB DE

SAINT iGNAGB. •— Le succssseur d« saint Ignace fut Ëros, sur la vie et le pontificat duquel on n'a que des notions très-incomplètes. Dans des lettres que l'on attribue à saint Ignace, mais dont l'authenticité est fort contestée, il s'en trouve une adressée à Éros. Le saint le salue du nom de diaereet lui recommande l'Église d' Antioche; et, ne doutant pas qu'il doive lui succéder, il lui donne diverses instructions (*). Baronius parle d'une prière à saint Ignace, composée par le nouvel évêque d' Antioche. Il Va tirée, dit-il, d'un manuscrit du Vatican ; mais, dans notre opinion, elle est loin d'être authentique. Umard et A don, entre autres, le mettent dans leor catalogue de martyrs et marquent sa fête au 17 octobre. Us se contentent de dire qu'ayant imité saint Ignace, son prédécesseur, l'amour qu'il avait pour J. C.

lui fit donner sa vie pour le troupeau qui lui avait été confié, en 128, sous les persécutions d'Adrien. Il avait donc occupé le siège épiscopal pendant vingt ans environ.

HÉBBSiBS. — Avant de passer à l'histoire des successeurs d'Êros, il est bonde faire connaître les diverses hérésies qui s'étaient élevées dans le premier siècle et dont la Syrie et Antioche en particulier étaient le foyer. Nous avons déjà parlé à propos des lettres de saint Ignace, des ménandri«[i8 et des docites. Les autres sectes se produisirent en très-grand nombre; nous verrons cependant que sous des noms et des chefs différents les doctrines ont presque toutes entre elles quelques points de ressemblance.

LES NicoLAÏTBS. — Sans parler d'Hyménée, de Pbilet et d'Alexandre, que nomme saint Paul dans les deux épftres à Timothée et qu'il dévoue à Satan , de Simon le Magicien, dont les opinions répétées par Ménandre se présenteront encore à nous sous de nouvelles formes (**), nous trouvons dans le même

(♦) Bar. 110, 8 8 - 9.

(*♦) Dans ses Origines du Chtistîanisme, DoelliDger dit que le samaritain Simon, tegurde par les anciens auteurs ecclésiastiques comme lei)ère de tous les hérétiques, peut être appel^ à bon droit, \e précurseut du gnosticisme. M i^oQte : « Selon les Jetés des jipôtres, SimoD se nommait lui-même la grande force de Dieu.*. H^ présentait comme une vertu du Dieu suprême, et sa femme Hélène était, didait-ii , rame du

STRIE A]fCI£NK£.

temps rbéiMe des moolaïtes, qui prit paissaBce à Antioehe.

Elle reçut 8O0 nom de Mieolas, un des sept diaeres dont il est parlé dans les ietes des Ap6tres(*) 2 c'était un homme d'uD« grande piété et d^uoe éminente vertu. Aussi quelques Pères, et entre au* très saint Clément, d'Alexandrie le regardeot-ikecmmeentièrementinnocent des désordres de la secte qui porta son nom. SfloB lui, les hérétiques se fondaient sur m parole indiscrète de ce diacre, dont ils croyaient que la sainteté recmmae aytoriserait leur doctrine. Il avait dit gulifallsit abuser desa chair, «par où ce

* généreui diacre, dit saintClément, nous ■ apprenait que nous devons réprimer « les moovements de la volupté et de la ^ eoncopiseence et, par cet eiercice, mor- « tifier les passions et les impétuosités de « lacbair, au lieu que ces disciples de la «volupté (les nieolaïtes) expliquaient « ees paroles selon leur sensualité, et non

* selea la pensée de cet homme aposto- •lique. » Nous devons atouter que Nicolas avait amené un jour la femme dansrassemblée des chrétiens, ses f\rères, et l'avât offerte à qui voadrait l'épouser asaplaee.

Qu«i qu'il en soit de l'innocenee du *acrc, les nlcol»ftes , comme on le voit <>«jà par ce passage de saint €lément, avaient entièrement renoncé à la sévénté et à la pureté des mœurs évaneéli- Ques. Us admettaienft fa communauté des femmes, les pratiques des païens {**) ; ils ne mettaient aucune différence entre lesviaodes ordinaires et celles qui avaient

monde pareinemenf émanée deDiea, mais retefttecaptivi dans la matlèrt. H aralt mission de Me ivier «n mène temm que de rétaWir par- «Hitl ordre et l'barmooie. On ne peut plus dét^mlner à quel degré les doctrines des simomm vieniient réeRement de Simon. En tous ra»i ees sectaires Bepeoyent être regardés coBi- °ie représentant une hérésie chrétienne, car, à proprement parler, on trouve à peine chez eux wn seul dogme du christianisme, bien que, dans JJ'syncrétisn», ils reconnussent une réjeUlion d« Dieo dans le Christ. Le même 2!? "w^lae, diéaient-ils, s'est révélé comme J«re efttt les SamariUlns, comme fils dé Dieu ™/ C chez les Juifs, et oomne Saint-Esprit 5«J je» païens. Une secte issue d'eu», les Eu- 2ff^ » ï^eteit la loi morale comme un régnent arhitralTe imposé pat les esprits té- S2?w?«e cèMondiB, et oovfaft ainsi un libfe Sèrî n ^***"«*^ ^ * rimmoraKté la plus

nAcL',VI-6.

i ) Saint Augostin, De hœr,^ 6.

été immolées au idoles. C'est aux mœurs des nieolaites que saint Pierre fait allusion dans sa seconde énttre, et Dieu lui-même, dans rAp4M!aiypse de saint Jean, félicite Téréque d'Épbôse de os qu'il déteste leurs erreurs (*).

Les nieolaites, dont il est fait mention pour la première fois ters l'an 64 , ne subsistèrent pas longtemps sons ce nom.

Us se fondirent peu aprèi dans la secte des eaînites.

LES cAïniTis. -^ Les eafnites recon^ naissaient une vertu supérieure à celle du Créateur. Us donnaient à la première le nom de sagesse, et à l'autre celui de vertu postérieure, à^i-m 6<»ts>«v. Selon eux, Caîn, Coré, Datban et Jndas ap<»

partenaient àla Sagesse, et tous les autres au Créateur; pour cette raison Cain a surmonté Abel , et Judas a été un Juste. Les caïnistes niaient la résurrection et vivaient dans le désordre. A c6%é des nieolaites et des eaînites , il faut placer des sectaires plus célèbres, nous voulons parler des ébionites.

Ici , sans rappeler ce que nous avons dit de Cérintbe et de ses disciples, nous nous trouvons amené naturellement à parler de eertaines écoles ou sectes judaîsantes.

SSGTBS /UnAÏSAlfTBS; LBS itîO'^ NITBS, LES NAZABBBNS, lES ELX AÏ- TES, etc. — 11 existait parmi les Juifs, avant l'époque où parurent Jésus-Christ 'et les apôtres , diverses écoles qui , par leurs croyances et leurs mœurs, uevaient subir aisément Tinfluence du christianisme. Celle des esséniens était fa plus remarquable. Ce fut du sem dé cette école que devaient sortir les ébionites et les nazaréens.

Dans le principe, les ébionites restèrent fidèles aux croyances et aul pratiques juives : seulement ffsreconnaissaient que Jésus était le Messie. Plus tard, dans la contrée qui avoisine le Jourdain, il y eut un mélange qui s'opiéra entre ces semichrétiens et différentes sectes d'origine itosénienne. C'est là, si nous pouvons nous servir de ce mot, que se constitua la doctrine des ébionites.

D'après cette doctrine, Jésus était né homme de Joseph et de Marie. Il n'était devenu Dieu que longtemps après sa

C*) Jp, If. 6. 15.

L'UNIVERS

naissance, par sa vertu. C'était au moment de son baptême dans le Jourdain que le Messie, sous la forme d'une colombe, était entré en lui et l'avait divinisé. Contre le Christ , qui gouvernait le monde céleste, se tenait Satan, qui avait établi sa domination sur le monde inférieur et visible. On le voit : les ébionites admettaient jusqu'à un certain point la coexistence nécessaire du bien et du mal.

Si dans le culte ils rejetaient et condamnaient les sacrifices, ils étaient restés juifs en d'autres points. Ils observaient la circoncision, le sabbat et presque toutes les prescriptions de l'ancienne loi. Saint Paul, à leurs yeux, était un apostat. Pourquoi, disaient-ils, abolir la circoncision, puisque le Christ lui-même a été circoncis. Ils avaient aussi leur évangile particulier, V Évangile selon les Hébreux.

Les ébionites se répandirent dans la Syrie.

Les nazaréens, autre secte judaïsante, différait de la précédente en ce qu'elle reconnaissait Paul comme l'apôtre des gentils. Elle n'imposait point aux nouveaux convertis les pratiques ordonnées par la loi mosaïque. Les pnarîsiens , dont elle attaquait Thypocrisie avec violence, étaient ses ennemis irréconciliables.

« La secte des elxaïtes, dit un des historiens modernes de l'Église, paraît avoir peu différé de celle des ébionites. Elle ' était issue d'un ancien parti judaïque qui* tirait son nomd'EIxaï. Elle subsistait depuis le commencement du deuxième siècle; mais ce ne fut qu'au troisième qu'elle commença à trouver accès dans quelques églises chrétiennes. Alors elle fut combattue par Origèneet par Alcibiade d'Apâmée. Au rapport de Théodoret, les eixaïtes admettaient deux Christ, l'un supérieur^ l'autre inférieur, c'est-à-dire l'homme Jésus et l'Esprit divin, qui demeura d'abord dans Adam et les patriarches, puis s'unit paiement à Jésus. Ils possédaient un prétendu livre tombé du ciel auquel ou aux doctrines duquel ils attachaient une vertu effaçant les péchés. Ils détestaient aussi l'apôtre saint Paul ; mais ce qui frappait surtout en eux , c'était leur assertion que l'on pouvait renier le Christ pendant les persécutions, et sacrifier aux idoles, pourvu que l'on gardai seulement la foi au fond de son cœur.

Cela joint aux arts magiques, à l'astrologie et aux invocations des esprits en usage chez eux, fait soup^nner qu'ils s'étaient plus éloignés du judaïsme , et qu'ils avaient plus emprunté aux idées païennes que toutes les autres sectes judaisantes. »

Les eixaïtes, comme les nazaréens, avaient de nombreux partisans dans les principales villes de la Syrie. '

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