CHAPITRE III
l'arianisme.
ARIUS; COMMENCEMENTS DE l'a*
fiiAif ISME. — C'est durant son patriarcat que les premiers germes de Farianisme se développèrent en Orient, et Antioefaç, que les persécutions de Ijcinius n'avaient guère épargnée, ne fut pas à Tabri des troubles susôités par Arius. L'Orient devait être le foyer des bérésies ; les subtilités de Tesprit grec avaient corrompu Antioche, Alexandrie et toutes ces grandes cités asiatiques, d'ailleurs énervées par une mollesse que les Romains leur avaient si souvent reprochée. La philosophie d'Alexandrie était la plus énergique protestation du paganisme ancien contre le christianisme naissant (*). Ce fut à Alexandrie, dans l'étude de cette philosophie, qu' Arius conçut sa doctrine , si féconde en luttes et en combats.
Arius était très-habile dans la dialectique; cet énergique novateur, douze cents ans avant que Luther eût paru, met en œuvre le principe de la liberté d'examen. Esprit fier et audacieux, il rejette tout ce qu'il ne comprend pas. Le clergé d'Alexandrie se divise : la fureur de disputer sans règle et sans frein s'empare (tes esprits : c'est en vain que le concile d'Alexandrie, assemblé par l'évéque Alexandre (319 ou 320 ), fulmine l'anathème contre cet hérésiarque qui attaque la divinité du Verbe.
Arius avait cette taille élevée, cet air mélancolique, cette démarche grave qui parlçnt aux yeux des peuples : la douceur de sa parole lui gagnait les plus rebelles. Poète et musicien , il mit sa doctrine en cantiques : bientôt on la chanta partout; ii y eut des ariens, des demi-ariens, des eusébiens. Des évéques même prirent parti pour le réformateur. Cependant Arius, chassé sans doute d'Alexandrie par revécue Alexandre, se dirigea vers la Palestine, et parcourut les provinces
(*) Voir sur cette quesUon le rapport d« M. Barthélémy Saiot-Hilaire.
voisines ; rmbs il avait été pitéoédé en Sfrie par une lettre d'Alexandre à l'évéque d'Antioche. Arius avait connu dans eette ville Eusèbe de Nicomédie, autrefois soû condisciple dans l'école de saint Lucien et bientôt son plus ardent prosélyte. La lettre venue d'Alexandrie ne produisit pas tout l'effet qu'on en attendait; car on voit Alexandre se plaindre bientdt après de la faveur avec laquelle plusieurs évéques de Palestine et de Syrie avaient reçu Arius dans la communion de l'Église. En vain, Pbiiogone, qui gouvernait rÉglise d'Antioche dans ces temps difficiles, cherchait à réparer les malheurs de la persécution : l'hérésie menaçait son clergé des plus grands maux. Gfeorges ,
Srétre d'Alexandrie, déposé par Alexanre , porte , à son tour, le trouble dans cette Église, d'où il est chassé par Eustathe, le digne successeur de Pbiiogone , mais où le rappelleront plus tard les ariens, devenus les plus forts, en 331 , par l'expulsion d'Eustathe.
CONCILE DE mCÉS; BÔLE DES ÉTÂ- QUE8 DE STRIE A CE CONCILE ; EUSTA- THE; ses OUVRAGES DE POLÉMIQUE; LUTTE DES ARIENS ET DES CHRÉTIENS
A ANTIOCHE. — Constantin , vainqueur de Licinius, intervint dans les affaires de l'Église par la convocation du concile de Usitée. Tîllemont cite des autorités d*après lesquelles Eustathe aurait présidé à ces trois cents évéques rassemblés de tous les diocèses d'Orient et d'Occident. Ainsi Antioche était publiquement reconnue comme une des premières Églises du monde chrétien: on sait d'ailleurs qu'elle faisait remonter sa fondation jusqu'à saint Pierre, et tous les historiens ecclésiastiques s'accordent à la placer immédiatement après Alexandrie. Presoue tous les évéques de Syrie figurèrent a Nicée dans les rangs de ceux qui s'appelaient les orthodoxes, Eustatne composa même plusieurs écrits contre les ariens. Ceux-ci ne l'oublièrent pas : la participation qu'il avait prise au symbole de Nicée, la fermeté avec laquelle il avait maintenu la foi et le srége' d'Antioche contre les entreprises d'Etienne, de Léonce et d'Eudoxe, qui furent successivement évéques par le crédit des ariens, le désignaient à leur haine : on résolut de le perdre.
« Eustathe était aussi distingué pair
L'1INI¥£R&
4e son style. Il avait fumé plusieura ouryragoa opolyre les «o-ieos. Mais il s*étdit ABoatrifitpvtOM^ méoonleDtd'Ëusèbe de jGésàrée. Il évitait avec soin les évéquas arieQs » at ne disaiinulait pas sa haine <MM)^e eux. Ceax'd s'assemblèrent à An»liQchfî en 330, e^ le déposèrent. lia i'oceur paient, du moins à ce qm Von suppose^ de sabeilianisme, ain#i qm d'une liaison priminelle avec une femoie de mauYaise vie , qui , gagnée par les bérétiques , dét Clara que Tévéque d'Anlioche l'avait rendue mèrf». 3elon Atbanase , ils lui repro* chaiept aussi une eonduite peu respae^ tueuse envers la mère de l'eiiipereur {*)é Plusieurs prêtres et diacres f u rent exeom-i munies etb<inais en méipe temps qu'Bus^ tathe, tandis, que l'on aoeueiliait terni ceux que Tévéque avait privés de la eom^ munion de TÉglise C*>. Les catholiques d'Antiocbe en éprouvèrent un grand méconteiitamenti et il y eut dans la ville une telle fermejntationi qu'au dire d'Eusèbe lui-ipéroe elle faillit entratnef la destruction de la capitale^ de la Syrie. Ce malhei^r ne put être évité que fi^n les plus grands efforts 4e la part dea magistrats et même de ^empere^rv qu) écrivit lettre sur lettre) il fallut faire intervenir la force arméei. Çu3èbe de Césarée refusa l'éyéché d'Aplîothe, quj lui fut offert... ÈupératipuaeBaianéB,Ky% mace de Paltus, Asclépas de Gîpsa, Cyros ()é Béroé e^ plusieurs autres évéques partagèrent le sort dXpstath^. La.^^upart furent accusés de sabellianisme; a q^elaues-i^ns on reprocha d'autres crimes.
Ils furent déposes et b^Qnis par les conci* les, ou même ^ur une simple injonction de l'empereur (***). Car les ariens etajent a(ors tput-puissapts à la cpur. l^es évêr
f*) Éusèbe, de FUa Const. lU, w, passe entlé^éifaent sous silence la caase de sa dépôsi- UoÉ, parce quMl ne veet pti renouveler H squvea]r<les néchaiits* Socrai^t 1. I, c »iy, rf^mari(ue qu*Eusta(he avait été aecusé de sa- IjHfianisme, ihais selon d'adirés, de faits peu liMarables (owt àyoSèç alttotç), nkâ|» «i «»gsette que les évéques se. eonteotaeieut dd àér |>06er sans domier les raisons «% leurs cêsolutions. Saint Jérôme ( Contra inf, I. ijr. C. xi) et Tbéodorèt ( 1. 1 , c. Xxi ) élèétà pmiivémeut ' (m^ane femme de mauviiise vie avait été payés
S^ur rehdre un faux. iéfl»pigQage.( iVote de œhler. )
(*♦) Ath. BUt, Ar. aâmonaeh. c. IV.
r**) Athaa. % l, c. t; SoBrâi l,M;Théolio«'
^pies. dépoflés furtnt rém^aeéa par des «artïsanft d'Arius ou du iBoioa par des nonMMs «pii ne lui étaient point contrai*
res (*). »
l'ÉVÉQUE FLACILLE ; DÉPOSITION
d'athanasb; iBOBirDif; déploxlablb BTAT DE l'Église d'qpiewt. — Flacille, qui avait été élevé sur le siège d'Antipche, à l'instigation des aryens, présida le concile de Tyr, en 9^5. Il fut réCMsé nar saint Athanase, Celui-ci fut alors dénosé au milieu d'incroyables violences. Il paraît que, dans ce$ assemblées tumultueuses , la dignité q'év^que n'était pas une sauvegarde conti e ks excès des partis; et peu s'en fallut f^en plein concile les ariens furieux ne sp jetassent sur Atbanase.
. Les pressentiments de saint Âtitoine, disent certaines légendes , ne l'avaient pas trompé. Vn jour, étant assis, il entra çn extase, et, faisant un grand soupir, il dit à ceux qui Tentouraient :
{*) Athanfue le Grand et VÊglm de tom temps en tulle avec rarianisrhe, par Jeaa Adam Mife!il«r ; traduit de l'aliemaiia par Xean QobêDt I8*e; t II, p. 179.
Oo lit dans M. de Potter : « Sosçuqèaa s'apportii pas d'autre motif de cç qu^il appelle la perséctttioti dirigée êofltK Eustathe, que les apioioDS piofeBMes par peUii-al et centrairei^
aux opimons d'Eu^èba de pésarée , de Paulin e Tyr, de Palrophite dé Scvthopolis et de tous IlfS évéques orieotauK , également ennemis do oonsubstanUalteme. Cela ferait apposer que
SuaU^ à cinq ans seulement aprèâ le concile de icée tes décisions de cette assemblée ne trouraient déjà presque plus que des contradicteurs. K D^autves tiislorieosallësuent des faits beaucoup plus graves, ?t qui, d après le même Sozomène que nous venons de citer, ne lurent que le prétexte dont les artens se servirent oour p«rdre Eustathe. Us accusent l'évéque d'Aotioebe d'avoir déshonoré son caractère par une conduite scandaleuse, de s'être rendu coupable de viol, et d'avoir vécu en un conrinerce réprouvé
Kr ri^ise avec un« Jeune tiile* il avait, diseot- , manqué de respect à la mère de l'empereur dàtis des propos qui! avait tenus sui* son compte. ^ outre , une famine se plaignit nubliqueroent. dffvaat les évéques assemblés» de Timpossibilité où, 4i^ait'^ile, elle se trouvait do nourrir un enfant qu elle avait eu d'Euslalhe, et cour lequel cet évéque ayait cessé de lui fonrnir le néee^saire.
« Ttiéodoret, en rapportant oette histoire, aJoulR que cette femme, étant au lit de la mort , confessa qu'elle avait calomnié Tévèque d»Antioc4)e; que «'étaient £usèbe de Césarée et les évéques, ses complices, qui l'avaient subof née pour commettre ce faux témoignage. Elle avait eu un enfant à la vérité d'un EustaUié, nais maréchal de son métier, et non pas chef spirituel de l'Église. » ( De Potter, HisL du Chrisga».,t.irrp. S64. )
SYRnAMBNKE.
« ù UN. mMu, il «urt «î€Mi qae je meuTBavattl qve eafu&j 'ai^m s'aécom** plisse ; 9 «t, oomne oolle preMait «dooms ii 41t ea {ileimëft t r Lâ^coièce de Dieki vt tethhet sur TÉglisa^ «tle TB.toe Ih vréc à dti lidmaipt sémUÉblM a6i béM brutes; CAT^^fti va 1» féirrte table envi* roAtiés 4e. nÉDlets ipii yeÉvet«aient à coQ|» de pM ee qai étaift dessina, eonmé quand ees animaia sautant' et ruent en confusion 9 «S f «otsndais oae voii qai é\* sait ! AfOA aqtei sera iNro&iné. » - '
GepMidaiit^ TÉftise avaU encore ses jouts éelèto i la grande basilique que Osnstaiitin anrsst cOHiaaeiicée à ADtieehe venait de s^achevar rea ea fi^la dédicace en 341-, ea t^iéseatt ck^aagraBii tMMnbre d*évêques.
ATHSffiAsa FoysauiTi BAft us BDsÉBimîHav «oirciEB d'autiooidi)
IMl^OltJRXbB BB 8BS CANONB ÈJfJ POim BB TUa Bb HOOHd BfT DB LA. ÔtSOIi
niRB. — ' « £a 941, iee euséMeos^ après avoir iaït à Ronae de vaiaes dé* marches «outre Athaaase, s'efforeèreat de faire réussir lears p^^i)*^ ^^^'^ v* eenoile eonvoqué a Antieo|ie. 1je^piiÉ<»
texte de eetle assemWée fut la dédioaee de Féglise dont Coastantia a'vait fait commcneeii la esastruetio» dix ani auparavant. On eéMrait en même temps le dHOuième aontvevsaire de Tavéoe^ tnmi ém âis de Goastantin le Grand.
Athanase, que remperelir avait rappelé de Texit 01 tétabli dans sen diocèse , fut déposé pat laséviêqueà) paur avoir repria poKéssfott de son siège sans permissioif préalable d'Un eeneilev On m nomma UB successeur. Le ehoix tomba d'abord sur Eosèbe^Éfflèse^ homme très<»savaiit4 originaii^e d'Édesse^ cA formé à récolé d'Ëusèbe de Césarée. Mais il était troff sage et trop équitable pour eonpentip a prendre la place d'Athanase. Il était sur* tout retenu par la' peiaâée de l'attaehement des habitants d'Alexandrie pdur leur illustre évéqUe ("). It fut fait évôolie d'Émèse. £d revaaahe , U» certain (Aégoire devint évéque d'Alexandrie ^ et lut saeré à Antiocbe.
« OepetidantJesévéqapeeAssenffbtéseii
concile publièreRtquaitfes^rmbeies. Dans
(*) Aià xh «rqpoSpà ÛTci rou twv *ÀXeïav8pea)v ^aoù àffiraaouxéat tôv *A6ava<nov. Socrate, l. H,
ié tremkv, qnt.fisi jailli aili tfUms ajTr sddiales, ils disaient: «^oiieiiesomn^ss poiat les disciples d' Aaiitf ;.«qr , eomHWHI nous qui sommeaéviétfiisap^iiiVH^qsiiiims luitre UB simple prêtre? Nop^ »'aHU|f pas n<ln plus adopté d^autce f^i qq^ <9eÛe qui nous a été traasmiini depuis ùieom^ mencement. Nous avons été, au eontr«Mre» les juges de la foi que nous aveas approuvés. Mais e'e9t nous qqi avoûf adoptéArius lui-méme<«ànoi»sneravous pas suivi. Vous reeeaîkaJitreB cela vousr laéflMSt par oe qui suit^ licius avons dès lecMoimmeieeaaant appris à eroir^ en un seul Dieu etua fils unique 4^4)ieu qqi est avant taila les tempSi qui est avec son Père qui Ta engendré, par qui tout a été fait. » Une autre formule, jointe à une aur trelettre^s'exprimsaveo un fort grand dét tail , en se rapprochant beaucoup du syoh bole de Nicée. La voici : «« Npas crovons an un Dieu , en un Seigneua tousrOhi'ist ^on fils, unique Dieui par iqw tout estt engendré par le Père avant t«ms |0s tem pa^ Dieu de Dieu t, Teut du Tout ^ Unique de rUnique^ Par&U du Parfaite Rpi dti Roi, Seigneur du Seigneur > Je Verbe vivant 4 la Sagesse visanta ^ la vt aie j^umiàre,ls Voie^ M vérité, la Réaqrreqti^f lePaMur, laPorte.vl7nmuablaet Tl** naltérable, Vimage fui ne difCsre en i4en de la dif ioité, de la subetancei de la vo« kmté, delà puifsanea, dsle gloiredu Père) In Premier^néde t#ilte créati<>a, j^m 4 été au coDimeÉineknettt asee Difeu^ le Bie^ liOgos, de qui il est éeiit % • &t Dieu était le Tetbe » i par qui téut a été feit et ett oui tout existe ç et auSaiot'Enprit^ qui à été donné pour la eonsulation , la sanen tifiealion et la CQnsécration des fidèles, n Le reste s'étend sur rinoarnatian de Jéi sus-Cbrist et aur la personaalité du Pèray du Fils etdu Saint-Esprit. A la fin, il est fHPononeé ski anatbèipe «ir ceux ^ui sou-* tief)B(int qti^il fut un temps < où le fils notait pas ».i. eto« Du otté des eatboli* ques, on n'était pas absolument mécontent de cette formqle. A la vérité, oh n'y trouve pas Vhomousiosf mais oq ne tenait pas particulièrement au mot, pourvu que son sens fât exprimé pleine^ ment On combattit cependant une d<^s formules qui taisaient partie des anatfaèf mes et miî disait : « Si quelqu'un prétend aue le Fils est une créature comme une d'entre les créatures, etc.. » parce qu'elle
L*13CHV£BS:
domittt toajoun à eiieiMlre ne le Fili est une créature, quoique différente des autres O- En outre, le Père, te Fils et le Saint-Esprit sont désignés eomme étant trois par Vhvpostaié, mais un par leur aecoru ( rf h «utt^c^vif U ). Or dans le sens des ariens Vkypoêtase signifie sub* stance (**). »
Après ees règles de foi, le concile com« posa vingt-cinq canons de discipline. Le plus remarquable est le cinquième : « Si un prêtre, ou un diacre, au mépris de son éyéaue, se séparede l'Église, tient uneassemblée à part et érige un autei, au*il soit déposé. S'ilcontinue de troubler FÉglise, quHl so$t réprimé par la puissance exté* Heure eomme séditieux. » Remarquons cet appel à Tinterrention de la puissance temporelle , ce recours au bras séculier, apr^ que le diacre ou le prêtre a été mis aubanderÉgl]se(*^*).
Citons, en passant, quelques autres ca* nous touchant la résidence des évêques , les Jugements ecclésiastiques, le temporel des Églises , et l'ordre de la hiérarchie. Ainsi l'Église s'organise et établit sa discipline.
Les droits du métropolitain sont hau-^ tement défendus ; il prend soin de toute la province, et précède les autros évêques «n honneur : mais, si rien de con-i sidérable ne se peut faire sans lui , luimême ne peut rien sons le concours des autres évêoues. Rien n'égale l'habileté avec laquelle sont réglées Tes af&ires de Fadministration temporelle. Les évêques ne sont que des économes qui dotvent rendre leurs comptes et se rappeler cette parole du divin apôtre : « Pourvu que nous ayons de qud nous nourrir et nous vêtir, nous devons être con* tents. » Les biens de l'Église sont toujours appelés , dans les canons d'Antioche, les biens des pauvres, de la veuve et de l'orphelin; le clergé n'est qu'un dépositaire intègre et vigilant. Aussi
(*) Socrat I ; Il ; Sozom. III, 5, Alhan. Desy- Kod. , fol. 7S5et8qg. Hilar. Desynoâ. fol. ,21.
(**) Mœhler, t. II, p. 26!>-a58.
{**') Un autre canon défend à Tévèque déposé de s^adresser à Tempereur sous peine de perdre toute espèce de droit à son rétablisse- Dient : l'Église veut être indépendante du poU' voir civil , tout en profitant des services qu'il peut lui rendre. On reconnaît là les premiers traits de In politique qu'elle suivra pendant tout te moyen Age.
fortement etdstrtuée à Fiutérkar, Aéjà l'Église tend à s'aceroltre; eHe a<Hrt dei niurs et s!arrête dans la eampagne. Filte de la cité, dit AL Micheiet, elle comprit oue tout n'était pas dans la cité; Recréa «es évêques des champs eWles boivgades , des choréviê^pes, roù x^^p^ iiôaMmu Le concile #Antioche régla leurs, attributions, qui avaient déjà été définies par celui d'Ancyre, et qui ne doivent ps dépasser le pouvoir d'ordonner des lecteurs et des sous-diacres, jamais de prêtres ni de diacres sans Févéque dont ils dépendent. Le réseau de l'administration ecclésiastique s'étend, nous l'avons dit, sur la ville et la campagne; mais la campagne dépend de la ville, où l'Église a ses plus fortes racines.
La conformité des provinces fiodésiastiques avec celtes de r£mpire futrecoanue en principe au concile d'Antioche.
Le IX' canon déclare que Févéque de la métropole civile est jutfe supérieur des affaires ecclésiastiques de la province, toutes les affaires en général aboutissant à ce ehef-lieu, et qu'en conséquence aucun évêque provincial ne doit rien entreprendre d'important sans le concours de son métropolitain.
« Mais dans le même canon il avait étédécidé, conformément àl'espritde l'Église et à la marche suivie dès l'origine, que le métropolitain ne prononcerait sur rien d'important sans en avoir délibéré avecsesévêquessufifragants. Ainsi, continue M. Dœllinger (*), a qui nouaemprun* tons cette remarque, l'organisation des métropoles coïncide exactement avec celle des synodes : comme chaqueévéque a son collège de prêtres ou chapitre, de même chaque métropolitain a son synode provincial ou sénat ecclésiastique dans leqael toutes les affaires générales sont débattues. Le synode ressort essentiellement du génie de l'Église univer* selle; par là est maintenue Funité des églises et des évêques dans la foi, dans la discipline et l'amour. Souvent les synodes nrent cesser des divisions déplorables , sauvèrent de Fanarcbie des diocèses entiers, et par de solennels jugements terrassèrent ou paralysèrent lliérésie.
Chaque évêque était au synode le représentant naturel, l'organe des pensées de
C) DoelJinger, 1. 1, p. 370.
SYRIE ANCIEIf NE.
son Eglise ; calr elle était en lui comine lui en elle. Personne ne soneeait à envoyer au coneile un autre député; cela eût supposé un désaccord entre le pasteur et son troupeau, une scission destructÎTe de la confiance mutuelle et dé Tunité, une plaie intérieure que les autres évéques auraient avant tout cherché à guérir. Gomme successeur des apôtres ou des hommes apostoliques qui avaient fondé son siège et y avaient mis le dépôt de la foi , chaque évéque était en outre le principal dépositaire , le témoin authentique de la vraie doctrine. Le synode était ainsi la représentation d'une oartie plus ou moins grande de l'Église. Quant à une représentation complète, universelle, on n'y pouvait encore songer dans ce temps de'persécutipns. Le synode provincial exprimait donc réellement la pensée de toutes les églises de la province ou d'un cercle plus étendu, et tous ceux qui en faisaient partie devaient s'y soumettre. »
LES MONASTÈRES s'ÉLÈYENT EN SY- BIE ; SAINT HILÀBION ; ETIENNE , iVÂ- QUE B'ANTIOGHE, CONDAMNE LE PAPE.
— Vers la même époque, la renommée publiant en tous lieux les miracles que faisait le pieux solitaire Hilarion en Palestine, les peuples de Syrie accouraient à l'envi pour le voir ; et plus d'un des pieux visiteurs restait auprès de lui. C'est ainsi que s'élevèrent les premiers monastères en S^rie; Hilarion en fut le fondateur. Il fft ce que saint Antoine avait tenté en Egypte.
Cependant Atbanase prononce d'énergigues paroles : justifié une première fois par le concile de Rome , il le tut encore dans un autre concile tenu en 347. Le successeur de Flacille, Etienne, déjà mêlé aux troubles d'Antioche, et devenu évêque de cette ville, y fut déposé comme l'un des chefs de la faction arienne.
Etienne protesta avec soixante-treize évéques, et présida le conciliabule de Philippopolis , où l'évéque de Rome fut condamné avec Athanase.
Ce fait est grave : il nous montre l'évéque , d'Antioche , chef des Orientaux , ou du moins de soixante-treize évéques I d'Orient, s'élevant contre le chef de l'Église d'Occident , répondant par une sentence d'excommunication a celle qui avait été lancée contre lui : le schisme
10^ Livraison. (Sybie ancienne
et rhérésie se réunissetit contre l'Église.
TBOCBLES DANS L'sGLISB d'ANTIO-
ghe; intrigues o'btienne; flayien
ET DIODOBE; L'ÉYÉQUB LÉONCE. —
Aussi voyons-nous l'empereur Cons* tant, le défenseur d'Athanase, écrire à son frère Constance, qui était alors à Antioche, de s'informer des crimes d'Etienne, évéque d'Antioche, et de faire exécuter la sentence portée contre lui : les envoyés de Constant étant arrivés à Antioche, Etienne entreprit de les perdre de réputation pour leur ôter tout crédit.
« La députation se composait de deux vieillards, Ëuphrate, évêque de Cologne, etVicence, de Capoue, qui avait autrefois assisté auconcilede Nicée. Constant leur avait donné des lettres de recommandation, et avait même menacé son frère de lui faire la guerre s'il ne rétablissait pas les évêaues destitués. £n attendant, une ruse oaieuse était préparée pour faire manquer le but de leur voyage. Un homme déréglé était allé chez une femme de mauvaise vie, et lui avait dit de se rendre chez les évéques , comme si ceux-ci l'avaient fait demander. Cette femme était entrée la nuit dans la chambre d'Ëuphrate ; il s'éveilla, et, la prenant pour un fantôme, il appela à son secours Jésus- Christ, en le priant de le délivrer du démon. La prostituée reconnut alors que ce lieu n était pas fait pour elle, et se mit à pousser de grands cris, disant qu'on avait voulu lui faire du mai. Aussitôt, le jeune homme qui était à l'affût entra précipitamment dans la chambre avec plusieurs autres personnes pour être témoins du crime de l'évêaue. On espérait, par ce moyen, accabler de honte la députation et la faire renvoyer. Mais le grand bruit qui se faisait dans la maison y attira d'autres spectateurs, et toutes les personnes qui avaient eu part à cette afiaire furent conduites devant le commandant de la ville. L'évéque Etienne d'Antioche, qui avait été à Philippopolis avec les ariens, insista vainement pour qu'on lui rendît ses prêtres; car on reconnut alors que c'étaient eux qui avaient dressé cette embûche à la députation. La prostituée raconta par qui elle avait été appelée; ceux-ci avouèrent qu'Etienne avait dirigé tout le complot, dont ils n'avaient été que les
L'UNIVERS
îDSlrumcnts. Etienne fut destitué (*). » Mais les ariens eurent encore le crédit de faire élire éréque d'Antioche l'eunuque Léonce, un des appuis de leur parti ; et le siège d'Antioche , qui avait été honoré par lesvertus de Philogone et d'Eustathe, fut occupé par un évéquequi s'était lâchement mutilé pour échapper au reproche de concubinage. L'Église de Syrie dégénérait rapidement entre les mains de ces évéques hérésiarques et corrom-
{)us. Léonce n'ordonnait aucun cathoique; il craignait la multitude; et, en eftet, le clergé deSyrie était beaucoup plus entaché d'hérésie que le peuple.
c Du reste , Léonce fut assez prudent et assez sage pour ne point commettre des injustices trop criantes , et pour ne pas prêcher directement contre les croyances catholiques : il se contenta de suivre la route détournée qui devait les miner lentement. Il né choisit pour entrer dans le clergé aucune personne qu'il soupçonnât de catholicisme, et ne donna les ordres qu'à des ariens. Il était évident que l'orthodoxie , privée de prédicateurs, devait bientôt d'elle-même cesser d'exister. On conçoit que le but de ces efforts n'échappait point aux catholiques. Mais les choses en étaient déjà venues au point qu'ils n'avaient plus pour appuis qu'un petit nombre de laïques , comme , par exemple , I)iodore, qui se rendit plus tard si célèbre comme éfêque de Tarse, et Flavien, qui devint par la suite lui-même évêque d'Antioche. L'un et l'autre, dignes du plus grand respect jpar leur piété et jouissant d'une grande influence par leurs vastes connaissances, réunirent les catholiques qui ne faisaient point partie de la communion des eustathiens, tantôt dans leurs propres maisons , tantôt près des tombeaux des martyrs , et entretinrent ainsi la flamme de la vraie foi. Les catholiques auraient nu se rendre aussi dans les assemblées des ariens, s'ils l'avaient voulu; mais ils chantaient: « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit; » tandis que leurs adversaires disaient :. « Gloire au Père par le Fils dans le Saint-Esprit. » Ce fut ainsi que les fidèles voulurent poser une distinction bien nette entre eux et les ariens. Car
(•) Mahler, t H, p. 287.
ces derniers abusaient de leur doxologie pour appuyer leur système. On assure que c'est Flavius qui introduisit d'abord à Antioche la doxologie qui devint par la suite celle de toute l'Élise {*), » Quand Léonce voulut élever AétiusÇ*) au diaconat, ce furent Flavien et Diodore qui s'y opposèrent. Flavien et Diodore, qui mamtenaient si hautement les droits et les franchises de la Erimitive Église, avaient tous deux emrassé la vie ascétique. Diodore était si pauvre , qu'il ne possédait rien sur la terre , ni maison , ni table^ ni lit ; ses amis le nourrissaient; et il donnait tout son temps à la prière et à l'instruction. La pâleur de son visage et tout son extérieur témoignaient de la sévérité de ses mœurs. 11 avait étudié à Athènes la philosophie et la rhétorique, et avait été
(*) Mœhler, t. III, p. 76-7«.
On lit dans M. de Potter : « Léonce ayait été dégradé de la prêtrise parce qu*à Teiemple d*Origène il s'était ctiÂtré de ses mains, ce que défendent les canons apostoliques, sous peine de déposition ; car, disent-ils, c*e8t se montrer homicide de soi-même et ennemi de l'œuvre de Dieu ; néanmoins les mêmes canons déclarent les maUlés qui ne le sont pas par leur faute , habiles à des* servir le ministère des autels, lequel exige, non un corps sans défauts,*^ mais une ame pure.
« D'ailleurs le but de Léonce dans cette horrible mutilation avait été bien différent de celui du savant père de TËglise. Origène n'avait voulu que se soustraire aux tentations et à tout ce qui aurait pu le distraire de ses méditalicms philosophiques et religieuses. Léonce, au contraire, prétendit se mettre , par son impuissance reconnue , au-dessus de toute critique et se donner, au prix de ce violent sacriHoe, le droit de fréquenter désormais eç pleine lit)ertéuDe femme qu'il aimait et donton avait voulu qu'il se séparât. Selon saint Athanase, cet eunuque ou châtré, comme il ne manque Jamais d'appeler Léonce par dérision , quoique l'empereur eût ordonné par unéditde l'appeler évéque, recommença dès ce moment À coucher avec son Eusiotie (c'était le nom de sa compagne), qu'il affectait de nommer vierae, quoiqu'il n'ignorât pas qu'elle avait depuis longtemps cessé de l'être par son fait.
R II D'y a là qu'une bizarrerie, qui n'aura jamais qu'un bien petit nombre d'imitateurs. Les autres crimes de Léonce , que lui reproche saint Athanase , et que Tévèque Thcodoret ne rapporte que comme lui étant imputés par ré\éque d'Alexandrie, sont simplement des opinions théologiques, de l'arianisme en un mot, dont saint Athanase accuse l'évêquc d'Antioche d'avoir été un parUsan d'autant plus dangereux qu'il l'était plus secrètement. » Histduchrislianismepur de Potter, t. II, p. 35 r.
(**) AéUus, instruit à récole des sophistes, foisait son méUer de disputer : U poussa l'arianisme jusqu'à ses dernières conséquences : comme de traiter le péché de nécessité naturelle du corps.
disciple de Sylvain de Tarse. L'un et Tautre s'appliquaient jour et nuit, du temps de Léonce, à exciter dans les fidèles le zèle de la religion. Ils les assemblaient, comme ledit Mshler, aux tombeaux des martyrs, et y passaient les nuits avec eux à louer Dieu. Léonce n'osait les empêcher à cause de la multitude qui les suivait d'une grande affection 4 mais, avec une douceur apparente, ii les pria de iiaire oe service dans TÉglise. Quoiqu'ils connussent bien sa malice, ils ne laissèrent pas de lui obéir.
Atbanase , après avoir quitté Rome , et avant de rentrer dans son diocèse d'Alexandrie , visita l'empereur Constance , qui résidait encore à Antioche. L'évéque et l'empereur se réconcilièrent ; mais de nouvelles persécutions attendaient encore Atbanase. Pendant le -séjour qu'il fit à Antioche , il ne communiqua point avec Léonce, et l'évita comme un hérétique; toutefois, il entretint des rapports avec les eustathiens , qui étaient la plus pure partie du peuple catholique , et assista a leurs assemblées qui se tenaient dans des maisons particulières. L'eni- ^ pereur lui demandait un jour de laisser une des églises d'Alexandrie à ceux qui n'étaient pas de sa communion. Atnanase répondit qu*il le ferait; mais il pria l'empereur d'accorder la même faveur aux eustathiens : et les ariens, qui craipaient leur grand nombre, conseillèrent à l'empereur de n'en rien faire. Léonce lui-même n'était pas tranquille : il entendait les catholiques chanter, à la lin des psaumes. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; et il disait quelquefois , en touchant ses cheveux blancs : « Quand cette neige sera fondue , il y aura bien de la boue dans les rues d'Antioche. n 11 marquait ainsi la division du peuple qui devait éclater après sa mort.
GALLUS A ArtTIOGHE; IL PBENB PARTI POUB LES ABIENS; MOBT DE LEONCE; EUDOl^E USURPE LE SIEGE ÉPISCOPAL D'ANTIOCHE ; IL EST
CHASSÉ DE LA VILLE. — Cette prédiction devait s'accomplir. Déchirée par l'hérésie, la Syrie devait négliger ta défense de l'empire, que les Perses attaquaient enOrient. Sapor s'était montré sous les murs de Nisibe : et Constance , que la révolte de Magnence, après la mort de son frère Constant, appelait sur
d'autres points, eut à peine le temps de pourvoir à la sàreté des places de la Syrie. Ce ne fut qu'en S51 , au moment d'engager une affaire décisive avec Magnence, qu'il envoya à Antioche son parent Gallas, et le déclara César. Gallus , à son arrivée, sans doute pour se rendre agréable aux chrétiens, fit transporter dans le faubourg de Daphné les re^ liques de saint Babylas, pour purger ce lieu des impuretés qui s'y odmmettaient, et fermer lahoUche à Apoilont qui y rendait encore sesoracles. Mais bientôt Gallus , dit M. de Chateaubriand , passé de la solitude à la puissance, devint un tyran bas et cruel. Arrivé à Antioche, avec Thalassius , qui était préfet du diocèse d'Orient, il se laissa emporter à la violence, à la cruauté, a la suite de quelques succès obtenus sur les Perses et sur les Suifs révoltés : en même temps 11 s'attachait aux ariens Aétius et Théophile. 11 s'en allait déguisé dans les lieux publics; son travestissement ne l'empêchait pas d'être reconnu : car Antioche était éclairée la nuit d'une si grande quantité de Imliières , qu'on y voyait comme eu plein jour p). Ce détail, que nous empruntons à Ammien Marcellin , est confirmé par le témoignage de saint Jérôme , qui parle des feux qu'on allumait sur la place publique, à la lueur desquels on se rassemblait, pour disputer sur les intérêts du moment. Il est curieux de voir ce peuple disputeur ainsi réuni sur les places de cette grande et belle ville, qui avait déjà une police comme nos villes modernes.
Le séjour de Gallus à Antioche ne fut pas de longue durée. Mandé à la cour de Milan , après le massacre des deux ministres que lui avait envoyés l'empereur, il fut dépouillé de la pourpre des Césars et exécuté en 855. Quant à Léonce, l'évéque ariea d'Antioche, il mourut en 357. Ce fut alors qu'Ëudoxe, . évéque de Germanicie, un des chefs du même parti , qui avait assisté aux conciles de Sirmium , en 351, et de Milaiv, en 855, apnt appris sa mort, demanda son congé à l'empereur ; et , au lieu de retourner à Germanicie, se rendit à An* tioche. Il s'y fit reconnaître comme par
(*) Vbt pemoctantiufn luminum elaritudù diêfum notH imUari ful^orem,
L'UNIVERS
ordre de l'empereur, et surtout par le crédit des eunuques de la cour qui professaient les mêmes opinions que lui.
Aétius, dont nousavons déjà parié, s'empressa de revenir à Antioche, dont la vie molle et voluptueuse était en général, disent les catholiques, très-goûtée des ariens. Antiocbe était par excellence le pays des parasites et des filles de joie.
Les entreprises d'Ëudoxe devaient tôt ou tard trouver de la résistance : il ne s'était pas fait reconnaître par les principaux évékiues de Syrie, George de Laodicée, et Marc d'Aretbuse. Georgeécrivit à Macédonîus de Constantinople , à Basile d'Ancyre et à Cecropius de Nicomédie : • Prenez soin de la grande ville d' Antioche, qui est menacée ou naufrage par Ëudoxe et Aétius, de peur que la chute de cette grande ville n'entraîne celle de tout le monde. » Basile assembla aussitôt quelques évoques , et tint le concile d'Ancyre, qui était composé de derai-ariens. Puis il partit pour informer l'empereur du malheureux état de l'Église d'Antioche. Ck)nstance, qui venait de donner des lettres en faveur d'Ëudoxe, en écrivit d'autres où il le désavouait, et traitait Aétius de charlatan : il est vrai aue ces deux hommes étaient le fléau de l'Ëglise de Svrie : l'évéque de Rome lui-même fut obligé de se justifier des calomnies qu'ils avaient répandues sur son compte. Enfin accusés de crime d'État etd'avoir trempé dans la conjuration de Gallus, Eudoxe fut chassé d Antiocbe, et Aétius exilé en Phrygie.
NOUVEAUX TROUBLES A ANTIOCHE ; PARTIS QUI DIVISENT LA VILLE ', NOMI- NATION DE HÉLÈGE. — Mais cettc double condamnation ne rendit pas la paix à l'Église d'Antioche. En vain deux conciles furent assemblés , l'un en Occident et l'autre en Orient. La nomination d'Anien par le concile de Séleucie fut illusoire : les partisans d'Acace, un des chefs ariens, se saisirent de lui et leiremirent aux députés de l'empereur, qui le firent garder par des soldats et le condamnèrent ensuite à l'exil , malgré les protestations des évoques qui l'avaient élu. Athanase peignait l'Église désolée tous les traits de cette femme d'un Lévite qui, étant morte des outrages qu'elle avait reçus , fut coupée en douze mor-
ceaux que l'on envoya aux douze tribus d'Israël. La Syrie était divisée en ariens , semi-ariens, eusébiens, acaciens, ou anoméens et eustathiens; Antioehe renfermait dans ses murs six ou sept factions , qui souvent avaient failli en venir aux mains ; tout faisait craindre que l'Église de Syrie ne succombât au milieu de ces dissensions intestines. Enfin l'hérésie allait devenir persécutrice : la nomination de Mélèce au concile d'Antioche devait exciter de nouveaux troubles. Constance vint y passer l'hiver pour régler les affaires de Syrie. Aussitôt tous les partis se mirent à l'œuvre : il se trouva qu'ils avaient travaillé contre eux, et qu'au lieu d'une créature ils rencontrèrent dans Mélèce un homme juste et craignant Dieu (*). Son premier sermon, dont Constance avait donné le texte , confondit les hérétiques, aux applaudissements de la multitude , mais au grand mécontentement des ariens , comme on le croit sans peine. Dès lors ils n'eurent plus qu'un but, ce fut d'obtenir sa déposition. Constance, aveuglé sur les véritables intérêts de l'Eglise, souleva un nouveau schisme en faisant imposer les mains à Euzoïus. Ce fut le signal d'une grande défection ; tous ceux qui depuis trente ans avaient souffert l'insolence des ariens se séparèrent définitivement de leur communion, et tinrent désormais leurs assemblées dans l'église Paléa, Mais les eustathiens, qui étaient les catholiques purs , refusèrent] de se
réunir aux méléciens, comme étant tous •
i*) « Mélèce, selon Socrate> avait été éla |»ar les ariens d'Antioche ; il avait signé la formule d*Acace. Phitostorge prétend qoil avait , au concile de Rimini , donne son assentiment au dogme de l'entière dissimilitude des deux personnes divines, et quMl ne cessa jamais de feindre le plus grand zèle pour les opinions anoméennes , alors même qu'il se fut mis à enseigner en secret ia consubstantialité du Fils et du Père. Saint £pi-
ehane et l'évéque Théodoret sont en contradicon manifeste avec ces témoignages : le dernier même appelle Tévéque d'Antioche le grande le célèbre, te divin Mélèce. Nous opposerons à cet historien les écrits de saint Jérôme, qui ordonna de fuir la communion de l'évéque d'Antioche, comme on aurait fait du chef des ariens; et la chronique d'Alexandrie, qui, parlant dé Mélèce, à son retour de i'exirsous l^empereur Julien , dit que ce pasteur avait été déposé pour son impiété et ses autres crimes, et que, replacé sur son siège, sa conduite ne fut m plus régulière ni moine violente —(S. Hieronym. epist, u ad Damas, pap. t lY, part. 2, p. 20 ; epist, I6 ad emnd, p. 23.) » De Potter, t II, pb 41, n. 2.
entachés d'arianisme : et les fldèles euxmêmes se trouvèrent divisés eu deux camps.
BLBYATION DE JULIBN A l'eK-
PIBE. — Pendant que le fils de Constantin raffinait sur les subtilités théologiques, inventées par les membres de son parti, le génie de rem pire apparaissait à Julien : quelques mois plus tard il était proclamé empereur.
BTA.T DB l'église DE SYBIE ; JU- LIEN ▲ antioche; ses railleries
CONTEE LES HABITANTS; SA COLEBE;
BÉ ACTION païenne. — A iusi longtemps battues par les flots de Tbérésie , Antioche et son Église vont être victimes de cette réaction païenne dont Julien fut le chef et le philosophe^ Quel était Tétat de TÉglise do Syrie à ravéneraent de Julien? Nous venons de le voir. L'hérésie d'Arius avait tout divisé et désuni ; ce n'étaient qu'anathèmes lancés et reçus.
Les catholiques mêmes ne s'entendaient plus : les évêques se disputaient des sièges ; et le schisme ajoutait ses désordres à ceux de l'hérésie : ces querelles dans toutes les villes, dans tous les villages , dans tous les hameaux, en affaiblissant les i>rovinces d'Orient, affaiblissaient l'empire au dehors, paralysaient le [)ouvoir au dedans et rendaient l'administration impossible. L'Église d' Antioche s^était distinguée entre toutes par la violence de ses querelles , et la durée des hérésies qui l'agitaient : aussi Julien détestait par-dessus tout les habitants d' Antioche. Ce fut contre eux qu'il composa le Misopogom il les poursuivit toujours de sa naine et de ses railleries : il est vrai que ceux-ci ne les lui épargnaient guère. A peine arrivé à Antioche (362), on le voit aller sacrifier à Jupiter, sur le mont Cassius, donner des fêtes païennes pour attirer les chrétiens au paganisme. Mais bientôt il s'aperçoit que c'est à peine si l'ancienne religion a laissé quelques traces : le jour ou l'on devait célébrer la fête d'Apollon à Daphné , il accourt, comme il le dit luimême, l'imagination remplie de victimes, de libations, de danses, de parfums, de jeunes gens habillés de blanc et superbement parés, en un mot, de toute la magnificence qu' Antioche, la brillante cité , pouvait déployer. Mais quelle fut sa surprise de ne trouver dansie temple
que le sacrificateur ; pas un gâteau, pas un grain d'encens, une oie pour toute victime .'Encore le sacrificateur l'avait-il apportée de chez lui. Aussitôt, Julien entre au sénat; et ses historiens lui prêtent une belle harangue, digne assurément de l'apôtre du paganisme. L'empereur voulut se venger du mépris que les habitants d' Antioche avaient témoigné pour l'ancien culte à l'occasion du sacrifice à Apollon : dès lors il n'offrit plus que des hécatombes , et l'on craignait que l'espèce des bœufs ne vînt à manquer, s'il revenait vainoueur de la guerre de Perse. Saint Jean Cnrysostome nous le montre promenant par la ville des troupeaux de prostituées aux fêtes de Vénus (*)• Mais ces fêtes mêmes ne pouvaient lui gagner ce peuple vain et léger : on savait que sil honorait la débauche en païen, il s'en abstenait en philosophe. Antioche aimait le plaisir pour lui-même , et voyait de mauvais œU raustérité de ce réformateur. La grossièreté qu'affichait Julien égayait l'humeur caustique de ses habitants : sa barbe, les insectes qu'il y laissait errer, ses ongles d'une longueur démesurée , ses doigts noircis par la plume, tout son extérieur était un sujet de continuelles railleries : « Vous autres, leur répond Julien, vous autres de vie efféminée et de mœurs puériles, vous voulez jusque dans la vieillesse ressembler à vos enfants : ce n'est pas comme chez moi aux joues, mais à votre front ridé que l'homme se fait reconnaître. » Mais ces railleries l'in-
Suiétaient peu ; ce qui l'indignait, c'était e voir les chrétiens escorter en foule et avec des chants pieux les reliques de saint Babylas, qu'il avait fait enlever de son tombeau ; c'était d'entendrela veuve, à la tête de toute sa communauté, entonner le psaume : « Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés », toutes les fois que Julien passait. Son indignati(Mi l'emportait alors sur son habileté ordinaire. C'est ainsi qu'il ordonna de fermer • la grandeéglise d' Antioche et d'en porter les richesses au trésor impérial. C'est ainsi que, tout en les désavouant, il ne s'op-
(*) Ammien Maroellio lai-mème ooDfirme te témoignage de saint Jean Chrysostome : « ottentationis gratià , vehens licenter pro Baoerdotibus sacra, sUpatuique malierculu l«tabattir. » (xxu, 14.)
L'UNIVERS
posa point aux excès commis par son oncle Julien, comte d'Orient, qui déploya dans l'administration des affaires d'Ântioche aatant de violence et de cruauté que Salluste, son collègue, mit de douceur et de modération. On vit le comte Julien changer le caractè?^ paciGque de la réaction, méditée par son neveu, en fêtes sanglantes et en odieuses persécutions. On le vit salir Tautel, faire trancher la tête au prêtre Théodoret, et bientôt après mourir sous le poids de ranatiième itlipériai*
SOULBYBMSNT D'ANTIOCHE. — An-
tioche, qui jusqu'alors s'était contentée de faire assaut de railleries avec Julien, indignée de ces excès et pressée par une famine dont l'empereur avait, par de fausses mesures, été la cause involontaire, se révolta. Julien ordonna Tincarcération du sénat en masse : mais à côté des flatteurs , Julien avait auprès de lui le rhéteur Libanius, diçne représentant des lettres antiques, qui sut le fléchir par ses prières, et obtenir par son éloquence la grâce de ses concitoyens. Julien comprit qu'il se vengerait mieux par la plume que par l'épée; et il écrivit le Misopogon. Libanius, qui refusait de ê&mr les vengeances du tyran, applaudit à celles de l'homme d'esprit. On Sensé qu'il l'aida dans la composition e cette satire et de ses panégyriques de la religion païenne, derniers monuments du paganisme où se retrouvent les objections de Gelse, d'Hiérocles et de Porphyre, dans un style plein de grâce et d enjouement, et quelquefois d'énergie. Ainsi, l'empereur attaquait l'Église sur tous les points : ses pamphlets restaient sans réponse, et sa plume semblait victorieuse. Athanase, le rempart des Églises d'Orient, le héros de la foi oturétienne, parcourait sans doute alors ouelque solitude ignorée sous le poids a'un nouvel exil. Chmostome se formait à la rude école des déserts ; mais sa bouche d'orne s'était point encore ouverte pour confondre les ennemis du Christ.
Basile et Grégoire, anciens condisciples de Julien aux écoles d'Athènes , n'étaient pgs à l'abri de ses arrêts. Julien leur avait défendu d'enseigner les lettres profanes, dans la crainte d'une rivalité qui bles&ait son orgueil.
GRAVE SITUATION DE l'ÉGLISE DE
sybie; gabactère des habitants d'antioche; le paganisme a subvécu DANS LES MOBUBS. — Antioche avait-elle du moins dans la pureté de sa foi, dans l'austérité de ses mœurs, une garantie contre l'envahissement du paganisme? Antioche, au contraire, était, nous l'avons vu , le centre de toutes les hérésies qu'elle défendait avec toute la subtilité de l'esprit grec. L'extrême licence de ses mœurs orientales en faisait une nouvelle Babylone. Le triomphe du paganisme paraissait assuré. Il est eu- i rieux , à ce sujet, de tire les précieux dé- 1 tails qui nous ont été transmis par les contemporains : nous y verrons l'élément païen qui fermentait encore au fond même de la société chrétienne et qui infectait ses mœurs; mais nous verrons aussi comment cette lutte cachait un secret travail de réorganisation qui devait assurer la victoire définitive de l'Église de Syrie et la défaite de Julien; comment la réaction païenne ne flt Qu'arrêter les progrès de l'hérésie, en forçant l'Église, jusque-là divisée par ses déchirements intérieurs, à replier, pour ainsi dire, ses forces au centre; comment, enfln, de cette lutte féconde sortirent tous ces beaux génies de l'Eglise d'Orient et entre autres r(»rateur d'Antioche , V Athènes de tAsîe , le prêtre Chrysostome, qui réunit à un haut degré les richesses de l'antiquité grecque aux trésors de l'éloquence chrétienne. Mais, avant d'atteindre ces résultats, que nous signalons de loin, il faut traverser la crise qui ébranle si fortement les racines de la foi chrétienne en Orient. Nous ne parlerons plus des hérésies :
Antioche ne dispute pas sur le dogme, sous l'empire de Julien ; l'hérésie occupait délicieusement ses loisirs sous l'empereur arien Constance; mais Julien ^ tranche toutes les questions en se posant comme le restaurateur du paganisme. Il n'en reste olus qu'une qui demande une solution aéûnitive : « Antioche redeviendra-^elle païenne? » £h bien ! nous l'avons dit: si elle était chrétienne par les pornpes du culte extérieur, Antioche était demeurée naïenne par ses mœurs. Placée sur les bords du fleuve Oronte, dans une plaine enchanteresse, cette ville paisible, où régnait un mélange de mollesse et d'imagination, avait
STRIE ANCIENNE
bâti des églises , mais elle les arait placées à cAtè de ses théâtres. Le christiaoisme avait tout obtenu d'elle, excepté le sacrifiée du cirque et ^e ses fêtes nocturnes; là les chréticDS eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher d*être païens par amour d'Homère. Le sanctuaire retentissait des applaudissements qu'excitaient les diseours de Libanius. On suivait le rhéteur dans les campagnes, aux portes de la ville : de vastes toiles étaient tendues dans les airs pour. défendre de l'ardeur du soleil un nombreux auditoire enivré du charme de ses paroles. Sur les âpres sommets qui couronnent la plaine d'Antioche, étaient épars quelques solitaires; mais de ces solitaires comme Grégoire de Nazianze , qui aimaient à semer dans leur correspondance d'agréables peintures et de poétiques allusions , et qui se montraient sensibles aux charmes de la vie contemplative, prêts d'ailleurs à endurer toutes les austérités selon le caprice de leur imagination. Qu'était-ce donc des habitants même de Topulente et voluptueuse Antioebe? On n'v voyait que palais de cèdre et de porphyre; que femmes riches^ remplissant les rues de leur cortège d'eunuques et d'esclaves; que philosophes orgueilleux, se promenant avec leur manteau, leur longue barbe et leur bâton sous de vastes galeries. La chaire chrétienne h'était pas encore parvenue à réformer l'esclavage domestique; il n'était pas extraordinaire de compter dans Que opulente maison deux ou trois mille esclaves, destinés à servir toutes les fantaisies du luxe le plus capricieux. Une riche matrone, irritée contre quelques jeunes filles esclaves, les faisait attacher a sa litière et battre de verges, sous ses yeux. La plupart avaient une crédulité toute païenne pour les augures et les présages; à la moindre maladie, ils couraient à la synagogue, consultaient des enchanteurs ou portaient des amulettes, parmi lesquels figuraient des médailles d'Alexandre, dont la gloire était restée Gomme un merveilleux talisman chez les Grecs d'Asie. Il était même permis de faire servir le christianisme à la superstition : on portait aussi pour amulettes des feuillets de l'Évangile : on en suspendait au cou des petits enfants; on eroyait à la magie. Le concile de Laodi-
eée défendit anx eeeléaiastiqueB d'étudier l'astrologie et de faire des enchantements et des philtres. Des crimes bizarres se mêlaient aux folies superstitieuses. Dans l'idée que les âmes de ceux qui mouraient de mort violente échappaient au démon, Quelquefois on égorgeait de jeunes enâints.
L'éducation était païenne; et, dans les écoles d'éloquence , les mattres conservaient la plupart une préférence cachée pour l'ancien culte, qu'ils confondaient avec l'ancienne littérature. En vain le christianisme avait arraché quelques vierges aux délices d'Antioche. Rien n'égalait le luxe et la mollesse des femmes d'Orient ; elles étaient élevées au milieu des parfums et des roses, ornées de toutes les parures de l'Inde et des tissus précieux de Byblos et de Laodicée. La cérémonie du mariage se faisait souvent presque avec la licence des fêtes nuptiales du paganisme. Déjeunes chrétiens le disputaient avec les femmes de mollesse et de vanité. On les voyait traîner, dans les lieux publics, leurs chaussures brodées d'or et de soie. Ainsi les restes vivaces du paganisme s'étaient réfugiés dans les mœurs. Julien ne s'était pas trompé, quand il était venu se fixer à Antiodie, comme pour y commencer la réaction païenne qu'il méditait; et cependant il échoua. Bientôt Libanius va prononcer son oraison funèbre sur les ruines du paganisme qu'il avait tCQté de relever, et Flavien s'asseoir sur ce siège patriarcal que la puissance impériale avait en vain tenté de détruire.
YIGTOIBE DE l'BGLISB DB SYBIB:
GONTBB-BÉACÏION CHBÉTIBNIfB; AP- PBBGUTION DB LA TBNTATITB DB JU- UEN ; POBTBAIT DE CET EMPEftECE. —
S[uand on recherche les causes de cette îéfaite, on voit d'abord, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que Julien , dont nous ne saurions d'ailleurs contester l'habileté , compromit le succès de sa réforme , en s'alienant le peuple d'Antioche par un mélange de rigueur et d'indulgence; par une affectation d'austérité et de pédanterie; par une ostentation de pratiques uperstitieuses , qui le rendirent ridicule ou méprisable aux yeux de ce peuple vain et léger ; on voit surtout que sa réforme ne pouvait pas
i;UNIVEBS.
réussir, parce que la philosophie, en s'attachant au paganisme et en voulant ressusciter un cadavre, devait nécessai* rement succomber comme lui. Sans doute les Grecs d'Asie étaient encore énervés, et presque païens; mais tous les jours Taction de ia religion nouvelle se faisait plus vivement sentir. Sans doute les mœurs étaient corrompues, les moines paresseux et le cJergé amolli; mais des rangs de ce clergé^ du milieu de ces moines, sortirent des hommes qui furent les appuis deFÉglise , et ses réformateurs. Les lettres étaient païennes; mais Ghrysostome saura les rendre chrétiennes. Ainsi , cette crise solennelle , que vient de traverser TÉglise de Syrie , est pour elle une ère de régénération. Ghrysostome lui est donné en quelque sorte comme un gage assuré de sa victoire sur le paganisme.
Ainsi se sont évanouies les espérances de Julien. Le Galitéen a triomphé , et le vaincu reste voué à Fexécration de TÉglise, qui le condamne et le calomnie : « Julien, dit ;in habile et impartial écrivain , a le double malheur, en ce qui concerne sa mémoire , d'avoir été calomnié par ses ennemis ou flatté outre mesure par ses panégyristes. Saint Grégoire de Nazianze et Zozime sont également suspects : Tun pour ses déclamations violentes , Tautre pour son aveu- §le admiration. Libanius est plus moéré. Le rhéteur connaît et avoue les fautes de son héros; mais enfin c'est un panégyriste. Ammien-Marcellin est le seul historien dont le témoignage mérite confiance. Homme de guerre et d'administration , il ne voit en Juliep que rhomme politique, et le juge avec beaucoup de sens et de mesure. Grand admirateur de ses exploits militaires et de son génie politiaue, il n*aime en lui rien de ce qui sent le prêtre et le sophiste. Il lui reproche sa superstition et sa loquacité, un goût excessif pour la louange et la popularité, un oubli trop fréquent de la dignité impériale. Il loue généralement la tolérance et la justice de son eouvernement , sans approuver la défense faite aux chrétiens d'enseigner les lettres anciennes. Ammien-Marcellin a bien jugé l'empereur. Julien fut un
§rand prince , en dépit de son temps et e son éducation. Il eut le génie du
gouvernement : il n'en eut pas ia nabiesse et la dignité extérieures...
... Ce serait mal comprendre ce prince que de ,ne voir dans son entreprise que le calcul d'un homme d'État.
Il est très-vrai que de puissantes considérations ont du frapper son esprit politique. Il avait vu le gouvernement impérial aux prises avec les chefs de l'Ëglise nouvelle , impuissant à résister à leurs prétentions, aussi bien au'à calmer les querelles théologiques dont ils troublaient l'empire et le palais. Le polythéisme, au contraire, n'avait jamais porté ombrage ni imposé de joug à la puissance des empereurs. Le prince était à ia fois le chef de l'empire et du culte ; il réunissait en sa personne tous les pouvoirs de la terre et du ciel. En revenant aux dieux de l'empire , Julien émancipait le gouvernement impérial de la tutelle hautaine des évéques chrétiens, et le fortifiait par l'adjonction d'un titre et d'un pouvoir spirituel. D'autre part, la restauration du polythéisme était un retour aux traditions qui avalent fait la force et la gloire de Tempire. Au moment où les barbares d'Orient et d'Occident menaçaient toutes les frontières , n'était-il pas opportun de leur montrer ces vieux insignes de la victoire, ces images des dievix qui les avaient tant de fois frappés d'épouvante? Pour relever l'empire , n'était-il pas nécessaire de relever ses vieux autels? Enfin les querelles des orthodoxes et des ariens étaient, il faut le dire, un grand scandale pour l'empire. Elles avaient divisé la société chrétienne en deux camps et rallumé le feu des persécutions. Qu'était-ce donc
au'une société qui se déchirait avec tant e fureur de ses propres mains? Qu'étaitce qu'une doctrine qui ne savait pas rallier et retenir toutes les opinions dans son symbole? Le christianisme promettait au monde la paix, l'amour, l'harmonie universelle au sein de l'unité religieuse, et le voilà qui à peine parvenu à l'empire sème partout la division, la haine et la guerre! Avait-il encore le droit de déclamer contre l'anarchie et la violence du polythéisme, après les tristes scènes du règne de Constance ? Et les amis de l'empire nouvaient-lls bien augurer de la nouvelle religion pour l'ordre et l'unité de la société future?
Toutes ces raisons pouvaient faire im* pression sur le géoie politique du ieune César; mais ce n*est point là qui! faut chercher Texplication de son apostasie : c'est dans sa nature enthousiaste , dans les persécutions auxquelles son enfance et sa première jeunesse furent en butte, dans son éducation toute classique. Elevé dans la pratique de la religion nouvelle, lecteur de TEglise de Nicomédie , il n'a pas plutôt touché l'antiquité qu'il a reconnu sa mère. La foi aux mvthes du olythéisme pénètre dans son âme avec le goât des muses... Autant la sincérité de la conversion de Constantin parait équivoque , autant Vapostasie de Julien est facile à expliquer. Julien était une âme ardente, spontanée, héroïque, exagérant la foi jusqu'à la superstition , rentbousiaame jusqu'au fanatisme, le courage jusqu'à la témérité. On a trop vu en Julien le politique, et pas assez le prêtre et l'apôtre. Il est très-vrai qu'il montra dans son rôle toutes les ressources , toutes les ruses d'une politique con- Bonunée; mais il ne fit qu'employer toutes les ressources de son ^énie politique à préparer et à accomplir une restauration ^u'il avait rêvée avec la ferveur d'un mitié. S'il fut habile dans le choix des moyens, il fut enthousiaste et passionné dans la conception du dessein. Chrétien , il eût été martyr; empereur, il fut un héros. Une fois sur le trône, il fut à la hauteur de sa destinée, et gouverna comme les plus grands empereurs de Rome. Dans la courte durée de son règne, il réforma l'armée, la justice, les finances, le palais, toutes les parties de l'administration impériale. Son activité rappelle César; sa douceur, Marc-Aurèle; et pourtant, malgré ces éminentes qualités, on peut douter s'il fut réellement né pour l'empire. On voit que le pouvoir n'est pas son but , et que la politique n'est qu'un épisode de sa destinée. La mission de prêtre et d'apôtre lui tient à cœur beaucoup plus que sa dignité d'empereur; il porte mal le vêtement impérial ; le manteau de philosophe lui sied bien autrement. Sous ce vêtement, il marche, il agit, il parle, il écrit librement. Il n'a nul souci de son rang; il remplit dans les temples les fonctions les plus humbles du divin ministère. Un jour, il descend brusquement
du tribunal où il rendait la justice, pour courir au-devant de Maxime. Ses ennemis se moquent, ses amis rougissent d'un tel oubli de la majesté impériale. Pour Julien , il est indifférent aux sarcasmes des uns , aux conseils des autres ; il renvoie ironiquement à Constantin le goût et le mérite de la représentation. C'est très-siucèrement qu il se plaint de sa destinée, qu'il parle des ennuis et des dégoûts de la vie impériale, qu'il regrette sa vie d'études et de méditations. Julien eût vécu volontiers dans une école, comme un sage, ou dans un temple , comme un dévot; cette destinée eût suffi à son génie , bien supérieur à son ambition. Il ne désira le pouvoir que comme un moyen de rétablir et de restaurer des croyances oui lui étaient chères avant tout. Les nistoriens qui n'ont vu dans Julien que le génie politique s'étonnent ou un homme aussi supérieur se soit dévoué avec tant de zèle et de constance à une tâche ingrate et impossible ; ils regrettent qu'il n'ait pas élevé la politique impériale au-dessus des partis, et appliqué à l'administration des affaires publiques ce système de haute neutralité et de tolérance universelle, dont nous avons vu l'éloquente expression dans une lettre de Thémistius. Rien n'était moins dans le caractère de Julien qu'un tel rôle. Il avait horreur de la violence et de la persécution ; il pouvait être et il fut tolérant par bienveillance et par humanité, mais jamais par la neutralité d'un juçe indifférent. C'est un prêtre alexandrin sur le trône ; seulement il se trouve que ce prêtre a le génie d'un grand empereur et le courage d'un héros. On s'étonne de le voir sans cesse occupé de sacrifices et de théurgie; mais il ne fait que suivre sa vocation. Il accepte et il remplit comme un devoir ses lonctions publiques ; mais si les affaires de l'empire lui laissent un moment de liberté, avec quelle joie il retourne à ses études et à ses pratiques de prédilection ! Quand on le voit présider publiquement aux sacrifices et aux cérémonies du culte, on peut croire qu'il est là pour l'exemple. Mais, lorsqu^on le surprend la nuit, dans les endroits les plus secrets de son palais, invoquantlesdieux,évoquantlesdemons, passant de longues heures dans la contem-
L'UNIVERS
plation et dans l'extase , on a le spectacle d'un mysticisme sincère et d'une vraie dévotion...
H ... Cet héroïsme et cet enthousiasme religieux font de Julien un personnage à part , au milieu de ces figures impassibles de la politique impériale ; c'est ce qui Jette un intérêt si dramatique sur la destinée de cet homme extraordinaire , indépendamment des grandes choses qu'il a faites. S'il n'était qu'un grand politique , comme Dioclétien ou Constantin , on ne lui pardonnerait pas d'avoir déployé tant de rares qualités au service d'une mauvaise cause. Mais on plaint tant de génie et de vertu aux prises avec le faux et l'impossible ; on plaint cet enthousiasme solitaire qui rencontre si peu d'échos , ce dévouement infatigable qui trouve si peu de secours dans une société indifférente , ou livrée à un esprit contraire. Quelle ardeur, quelle activité,
auelle constance dans l'accomplissement e ses desseins! Avec quelle sollicitude, avec quelles angoisses il suit les vicissitudes diverses , les bonnes ou les mauvaises fortunes de l'entreprise! Quelle joie il ressent du triomphe , quelle douleur de l'impuissance! Il se fait illusion tout d'abord : parce qu'il voit l'armée, l'administration, la cour, revenir à sa voix au culte des vieux autels , il se croit sûr de la victoire. Mais cette réaction se renferme dans la société officielle; elle n'a point gagné la grande société de Tempire. Là, le polythéisme est toujours mort; et le christianisme de plus en plus vivant. L'un reste insensible à l'enthousiasme de Julien et de ses prêtres: l'autre se rit de leurs efforts. Julien trouve des obstacles de tous côtés; il n'avait compté que sur la résistance de ses ennemis ; il découvre , à mesure qu'il poursuit sa restauration , les faiblesses et les misères de son propre parti. 11 est forcé de recommander à ses prêtres la vie pure , la charité , les vertus des chrétiens. « Si l'hellénisme ne fait pas autant de progrès que nous l'espérions , c'est la faute de ceux qui le professent aujourd'hui. Ne tournerons-nous point nos regards sur les causes qui ont tavorisé l'accroissement de la religion impie de nos adversaires, je veux dire, sur leur philanthropie envers les étrangers , sur leur sollicitude à ensevelir et
honorer les morts, sur la sévérité (quoique feinte et affectée ) de leurs mœurs ? voilà en effet autant de vertus qu'il nous appartient, ce semble, de mettre réellement en pratique. Il ne te suffit pas de tendre à ce but sublime; mais il est de ton devoir d'y ramener pour toujours tous les prêtres répandus dans la Galatie, soit par la persuasion , soit par les menaces , soit même en les destituant de leur ministère sacré , s'ils ne donnent pas, eux, leurs femmes, leurs enfants et leurs serviteurs, l'exemple du respect envers les dieux ; s'ils n'empêchent point les serviteurs , les enfants et les femmes des Galiiéens d'insulter aux dieux, en substituant leur athéisnoe ( (i6eoTYjT«) au culte qui leur est dû. Ne manque pas , en outre , de défendre à tout prêtre de fréquenter leâ spectacles, de boire dans les tavernes', et d'exercer un métier vil ou ignoble. Honore ceux qui t'obéiront , bannis ceux qui oseront te résister ; établis dans chaque cité des hospices , pour que les gens sans asile , ou sans nioyens de vivre, y jouissent de nos bienfaits, quelle que soit d'ailleurs la religion qu'ils professent. Il serait
§ar trop honteux que nos sujets fussent épourvus de tout secours de notre part, tandis qu'on ne voit aucun mendiant, ni chez les Juifs, ni même parmi la secte impie des Galiiéens , qui nourrit non -seulement ses pauvres, mais souvent les nôtres. »
« L'indifférence de son parti ne décourage point cet infatigable athlète ; seulement les obstacles commencent 5 l'irriter. Toujours tolérant pour les sarcasmes qui s'adressent à sa personne, il ne répond aux insultes des habitants d'Antioche que par une satire, plus triste encore qiramere, on perce le sentiment de sa défaite, bien plutôt que le cri d'une vanité blessée. Mais il ne pardonne pas les outrages à ses dieux : il punit sévèrement les chrétiens convaincus ou seulement soupçonnés d'avoir détruit les temples. Il ne persécute point les partisans de la religion nouvelle; il ne leur interdit ni l'exercice de leur culte, ni la prédication de leur doctrine; mais il les écarte des fonctions publiques. Cette partialité, blâmable dans l'homme d Etat, était bien naturelle au dévot.
L'apôtre de la restauration du poly-
SYRIE ANaENNE.
^^""^ théisme pouvait-il moins faire dans l'in- "!"térét (le sa cause? Il interdit aux chrélll^^tiens renseignement des lettres greci^^ques; mais, n'est-ee pas autant la piété ^^ pour ses dieux que la politique qui lui f "^ inspire cette mesure? Il faut bien reconnaître, du reste, que Julien oublia plus d*une fois sa tolérance et son humanité dans Tentratnement de la lutte.
'" Il ferme les yeux sur les sanslantes repré- '^'^^ sailles du peuple d*Alexandrie ; il poursuit, sous prétexte du repos public, le ' héros de T Eglise, le grand Athanase; il ; dépouille les chrétiens d'Alexandrie de - leurs biens , et ajoute la raillerie à la ;' conOscation. On voit que les succès des chrétiens Tirritent encore plus que leurs violences ; les passions du prêtre Tempor- ; tent sur la sagesse de Tempereur. Julien, ' indifférent à tout ce qui s'attache à sa personne, perd toute mesure guand il s'a- ^ git de venger les offenses faites à ses dieux. Enfin son génie se ressent des tristes nécessités de son rôle. Toute cause désespérée force plus ou moins le caractère de ses héros. L'éloquence de Déinosthène est un peu déclamatoire ; la vertu politique de Brutus et de Caton a queU que chose de roide et de farouche. L'ardeur de Julien manque de mesure; et comme la violence lui répugne, il descend quelquefois à la ruse, pour vaincre ses ennemis.
« Malgré tout cela, Julien n'en est pas moins un prince plein de douceur et d'humanité, dans un temps où ces vertus étaient fort rares sur le trône. La politique de Constantin fut quelquefois . cruelle; la violence était hal)ituelie à Constance; Valentinien aimait à verser le sang , on sait combien la colère du grand Théodose tut terrible. L'âme des ., Antonin se retrouve dans Julien; il ne [ lui manqua que d'avoir vécu dans les ^ beaux jours de l'empire. 11 tient sans doute du prêtre et du sophiste; il a toute la ferveur de l'un et toute la subtilité de l'autre; mais sous le prétre^t le sophiste se révèle toujours le héros. Sa vie est un combat perpétuel; empereur, il lutte contre les ennemis de l'empire; païen, il lutte contre le christianisme ; homme, il lutte contre les passions de son caractère mobile et ardent; il lutte sans rej lâche, avec une activité infatigable et i une indomptable énergie, jusqu'à la
mort. Sa fin fut digne de sa vie. Au moment du péril, tout préoccupé du salut de l'armée , il néglige le soin de sa défense personnelle; et quand il est blessé, il oublie sa blessure pour voler au plus fort de la mêlée. Quels nobles et touchants adieux à ses compagnons d'armes! Quelle résignation y quelle douce sérénité dans ses derniers moments!
Julien fut le dernier grand empereur de Rome : il eut toutes les vertus du sage et toutes les qualités du héros. Profondément étranger, par son esprit et son caractère , à la société nouvelle, il ne put ni la comprendre ni l'aimer; son ame était toute païenne, en ce sens qu'elle fut le type vivant des vertus et des qualités de la vieille société qui allait faire place au christianisme; il fut le dernier fils de cette noble antiquité, qu'il défendit avec tant de dévouement (*). »
« Julien succomba, à l'âge de trentedeux ans, dans une bataille contre les Perses, après un règne de vingt mois. Sa mort préserva l'Église des malheurs qui la menaçaient. En effet, dans les derniers tenipsde sa vie, l'animosité de l'empereur contre les chrétiens s'était tellement accrue, que, selon toute apparence, à son retour, il aurait employé les plus violentes mesures, et la résistarce qu'il aurait rencontrée edt sans doute amené une persécution sanglante. Mais dès lors s'écroula d'elle-même l'œuvre péniblement commencée de la restauration du paganisme. Cette foule d apostats qui avaient vendu leur religion à la faveur impériale, et qui, suivant l'expression de Thémistius « adoraient non pas la divinité, mais la pourpre » sévirent amèrement déçus; car Jovien, successeur de leur maître, était chrétien. A peine monté sur le trône, il manifesta ses sentiments d'une manière éclatante, en ordonnant aux gouverneurs des provinces de protéger les chrétiens dans le libre exercice de leur culte, et de rendre aux ecclésiastiques, aux vierges et aux veuves consa- . crées à Dieu tous les privilèges qui leur avaient été accordés par Constantin et ses fils, mais que Julien leur avait retirés. En même temps, il assurait aux païens la liberté de conscience, leur per*-
C*) M. Yacberot, Histoire de l'école (TAlexan" drie.
L'UNIVERS
mettait les sacrifices et n*interdisait que la magie. Aussi, le païen Thémistius, dans son discours prononcé devant Jovien, ioue-t-il la sagesse de cet empereur, €|ui semble seul comprendre que la religion ne doit être soumise-à aucune violence; puis il peint en termes énergiques la légèreté avec laquelle la plupart, à cette époque, passaient des tables sacrées des chrétiens aux autels des dieux et retournaient de ces autels aux tables qu'ils avaient abandonnées. Il blâme aussi très-clairement la conduite de Julien :
« Cette loi de tolérance, dit-il, n*est pas moins importante, ni moins précieuse que le traité conclu avec les Perses; car jusqu'à présent nous avons été plus hosti- ' les les uns contre les autres que les Perses ne l'ont été contre nous, et nous avons moins souffert des incursions des barbares que de nos dissensions religieuses. » Libanius, au contraire, continua d'exalter sans restriction Julien, son héros, son demi-dieu, et de trouver tout en lui excellent et divin. 11 avait conçu avec ceux qui partageaient ses idées le brillant espoFr de voir, après la victoire de Julien sur les Perses, les tombeaux (il veut dire les Églises chrétiennes) céder si complètement la place aux temples des dieux que tous allaient de nouveau se précipiter aux autels et offrir des sacrinces. Or, cet espoir était tout à fait anéanti. Une nuit profonde, ce sont ses paroles, couvrait rempire comme avant Julien. « Les temples, s écrie-t-il, les temples que l'on avait commencé de bâtir sous le grand empereur, restent inachevés ou oien sont détruits de fond en comble au milieu des risées des chrétiens. Les prêtres et les philosophes sont obligés de rendre compte, ceux-là de l'argent employé par eux aux sacrifices, ceux-ci des sommes qu'ils ont reçues de la munificence du prmce. » Sans doute on n'écouta pas partout le sage conseil donné aussitôt après la mort de Julien par Gré-
Î;oire de Nazianze, de ne pas s(buser de a prépondérance que les fidèles venaient de reconquérir, et de ne point se livrer à des représailles : mais, dans tous les cas, la réaction dut être assez faible, puisque les charges importantes étaient encore entre les mains des païens (*). »
{*) DœlllDger, Ong, du christ., t. U, p. 36 .
HGBT d'athànase; bestes d'àrià-
niSME EN SYfiIE;'BÔLE PAGIFIGATEUA BU PATEIAEGHE d'aNTIOGHE MÉLÈCE ; AYÉNEMENT DE THÉODOSE. — Le rè-
gnede Jovien futcourt, et Valens renouvela bientôt les persécutions contre les catholiques. Athanase, intrépide défenseur de la foi de Kicée, le rempart des Églises d'Orient, revenu à Alexandrie, où le rappellait une dernière épreuve , termina une vie pleine de combats et de périls (373) sans avoir pu déraciner l'hérésie qu'il avait tant combattue. Sans lui, c'en était fait de l'Ëglise d'Orient, envahie de tous côtés par les flots de l'arianisme. Cependant , en 381 un nouveau concile s'assemble à Constant! nople. Mélèce occupait le siège épiscopal d'Antioche depuis vingt ans; il avait présidé , en 372 , le concile syrien qui reconnut le pape Damase. £n 381 , il présida celui de Constantinople , convoqué par le nouvel empereur Théodose.
Théodose, n'étant encore que général de Gratien, avait cru voir en songe un vieillard vénérable le revêtir du manteau impérial. Quand les Pères du concile de Constantinople vinrent le saluer, il fut d'abord frappé de l'air majestueuxde l'évéqued'Antioche; puis, en fixant sur lui ses regards, il reconnut ou feignit de reconnaître le vieillard mystérieux qu'il avait vu jadis dans ses rêves ; il l'embrassa aussitôt, baisant avec ferveur cette main qui lui avait présenté la couronne impériale : il lui raconta publiquement le songe prophétique qui avait promis l'empire à la race de Théodose , et il pria Mélece de chercher, avec les autres évéques , à pacifier l'Église. Ce fut , en efifet , à ce concile que ce vertueux patriarche, aidé par Grégoire deNazianze, termina le long schisme d'Antioche(*). Pour la première
(*) fc Théodoret a manifesté sa partialité pour Meléce , et encore plus poarFlavfen , successeur de celui-ci sur le siège d'AnUoclie : il loue beaucoup Flavien, qui, n'étant encore que simple prêtre, avait, aidé de son collègue Dioaore , dirigé les fidèles en i'absence de Mélèce, pendant la perséçuUon de Tarien Valens. Aussi Tiiéodoret nous dit-ii que Mélèce seul se montra raisonnable dans le différend entre les deux églises orthodoxes. Il avait proposé à Paulin le partage de radministralion spirituelle des fidèles, qui finalement serait demeurée tout enUère au survivant des deux pasteurs ; mais Paulin rejeta ces conditions, et provoqua de cette manière le schisme.
« Socrate et SozomëDe, bien au contraire ,
SYRIE ÀI9GIENNB.
fois depuis Constantin, rempereor et les évéques travaillaient de concert à là pacification de FÉglise. Mélèce mourut au milieu du concile, après avoir longtemps honoré le siège épiscopal par ses vertus.