‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 3 sur 63 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

HTSTOIBE DE LA. SYBIE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS BECULÉS JUSQU'A LA. CONQUETE MACEDONIENNE.

FOBVATION DES BOYAUl^ES SYBIENS.

— Les Syriens , connus dans T Écriture sous le nom générique d'Araméens , se partageaient d'abord en tribus indépendantes. Chaque peuplade avait son chef ou roi , appelé Mekch dans la langue du paj^s. Le temps altéra cette constitution primitive. Par des changements plus ou moins rapides, dont Thistoire n'a pas rendu compte , quelques tribus s'élevèrent, quelques autres déchurent; les plus favorisées réunirent sous une domination commune des voisins moins heu* reux; et, sans modifier Tancienne constitution patriarcale, imposèrent aux chefs particuliers leur suzeraineté nouvelle.

Ainsi se formèrent les États de Sobâ, (Zobah, Tsobâ), d'Hamath ou Hemath^ d'Arpad, de Maacha, de Gueschour ou Gessur, de Beth-Rehob, de Dameschek (Damas).

L'histoire de ces. petits royaumes reste couverte jusqu'au onzième siècle (avant J. C.) de la pii|s complète obscurité. Le silence de l'Ecriture , qui ne les nomme pas avant le règne de Saûl (Schaoul), prouve seulement qu' Arame ne s'associa point d'abord à la ligue de la race de Cham contre le peuple de Dieu. Les victoires du premier roi d'Israël les tirèrent enfin de cette dangereuse indifférence. Jusque-là , battues et assujetties par les Pélichtimes (Philistins), les douze tribus s'étaient relevées : déjà elles re-

f toussaient les vainqueurs au delà de eurs limites. Schaoul allait ramener les temps de Josué. C'est alors que nous voyons les rois de Sobâ figurer pour la première fois dans le livre de Samuel.

Schaoul obtint la royauté sur Israël ; et il combattit tous ses ennemis à l'entour : Moab, les fils d' Ammône, Edome, les rois de Sobâ, et les Pélichtimes, et partout où il se tournait, il répandait la terreur (*).

(*) Schemoueî, liv. I, XIV, 47.

Les rois de Sobâ devaient gouverner dans une sorte d'union féderative la partie de la S^^rie voisine du Liban « qui était bornée à l'est, par TEuphrate; au sud-ouest , par le pays de Chanaan et par Damesohek. Au nombre de ces rois , on place Réchob, père deHadadezer.

BÈONB DB HADABBZBB. — Hadadezar paraît au temps de David, vers i OôO avant J. C. (*). Héritier des projets de son père contre les Hébreux^ mais instruit par rexpérience d'un premier revers, ce prince, avant d'attaquer le successeur de Schaoul, concentra dans sa main toutes les forces du pavs de Sobâ. Il assujettit les chefii de tribu , et régna seul avec une autorité qui, divisée, se fût affaiblie. Bientôt , recherchant le principe de la grandeur dans Funité, il rallie tous les peupleïi syriens contre l'ennemi commun, et se place, comme chef national , à la tête d'une vaste confédération. Mais en poursuivant cette grande idée, il ne sut pas tenir assez compte des intérétST)articuiier8. Déjà Taimaï, fils d'Amihoud, roi de Gueschour, avait donné à David sa fille Maaclia, et montré l'exemple de l'alliance avec l'étranger.

A son tour, Tohi, roi de Hamath, se jette par haine d'un rival dans le parti d'Is-* raël, et combat les envahissements du roi de Sobâ. Hadadezer ne s'effraye point de cette opposition partielle; sûr de l'appui des Syriens de Damas , il s'avance avec confiance contre David , vainqueur des Moabites. Mais il ne trouva dans cette expédition que honte et revers :

David lui enleva 1 ,700 cavaliers et 20,000 hommes de pied ; David coupa les jarrets à tous les attelages , et n'en réserva que cent (**). La Chronique parle de 1,000 obarriots, 7,000 cavaliers, et 20,000 hommes de pied (***). Quel que soit le chiffre qu'on adopte , retendue de ce désastre compromettait à la fois etau mémedegré^eut-étre, la puissance

(*) lie nom de oe prince revient plusieurs fois dans le livre de Scfaemouei et dans les Chroniques sous une forme différente : Hadarezer et Hadadezer, par exemple; Chr.y I, cli. XYIII, V. 3; etSamneUiv- 1I,X, le. Mais Hadadezer ejit la véritable ortbograptie; hadadmraît être le litre commun de tous les rois œkrame. Ben^Hadad I«% Ben-HadafI II, etc.; de mêmeParau, Pharao, chez les EgypUeos, Abgar chez le» Arabes.

(**) Sam., liv. II, VIII, 4.

(***) Chroniques, liv. !, VIII, 4.

STRIE ANCIENNE

Doareile du roi de Sobâ et l'indépendance d'Arame. Les habitants de Dameschek comprirent le danger; ils arrivèrent au secours de leur allié; mais cette fois encore David triompha de la ligue syrienne et battit 22,000 liom* mes d'Arame (*).

Ce coup était décisif. Hadadezer, aban* donné par une partie de ses serviteurs, se soumit {**). Dameschek reçut des postes militaires , et ceux d'Arame devinrent sujets et tributaires de David (***). Les vainqueurs rapportèrent à Jérusalem un riche butin , les boucliers d'or, les carquois d'or pris sur les serviteurs de Hadadezer, et l'airain enlevé dans les villes de Bétah et de Bérothaï (****) , de Tibath etdeCoune (*****).

Ainsi , le sort avait confondu les vas* tes projets du dominateur d'Arame , et donné gain de cause aux adversaires de sa puissance. Tobi , roi de Hamath, envoya son Gis Jorame à Jérusalem pour féliciter David de la défaite de leur commun ennemi, et lui offrir en présent dès vases d'argent,des vases d'or et des vases d'airain (******), Le vaincu , cependant, n'était pas dompté; il ne renonçait pas à sa difficile entreprise , et se préparait pour une nouvelle tentative.

David régnait en paix sur Israël ; vain-

Sueur de Moab, d'Ammdne, d'Arame, es Pélichtimes et d' Amalek , il étendait sur tous ses voisins une puissance solidement affermie.

C'est alors que le roi des enfants d*Ammône mourut; et Hanoune, son fils, régna en sa place (*******).

« David dit : « Je veux agir avec bonté envers Hanoune, fils de Nahasch, comme son père a agi avec bonté envers moi ; » et David envoya ses serviteurs pour le consoler de la mort de son père. Les serîiteurs de David arrivèrent au pays des enfants d'Ammône.

« I>es princes des fils d'Ammône dirent à Hanoune, leur maître : n Est-ce que David veut honorer ton père à tes yeux, qu'il t'a envoyé des consolateurs? S'est*

(*) Sam. tWd., 6. - Chr, , ibid. . &.

(**j Rézone, fils d'Eliada, va s'établir à Dameschek comme chef de bande. Rots, 1. 1, XI, SS. (*'•) Sara., Hv. II, vni, 6.

(•••*) Sam. , tftîd. , 8.

(*•*••) Chroniques, Uv. I, XVIIl , 8.

(•*****) Sam.,t6id., 10.

C*******) Sam., Hv. Il, X, l.

oe pas plutôt pour explorer la ville, pour l'épier, afiirdo la détruire, que David a envoyé ses serviteurs vers toi P »

« Hanoune prit les serviteurs, de David, leur fit raser la moitié de la barbe, c&u|)er la moitié de leurs habits jusqu'aux hanches, et les renvoya.

« Ils le firent savoir è David; et il envoya au devant d*eux ; car ces hommes étaient très-confus; le roi dit : « Demeurez à Jerého (Jéricho) , jusqu'à ce que votre barbe ait repoussé , et puis vous reviendrez. »

Les fils d'Ammône , voyant qu'ils s'étaient mis en péril , cherchèrent des détours contre la vengeance des Hébreux.

Ils prirent à leur solde de Bethrehob et de Sobâ 20,000 hommes de pied; du roi de Maacha, 1,000 hommes, et des hommes de Tob (Istob), 12,000 (*).

Ainsi, le parti formé, dans Arame, par Hadadezer se relevait de sa chute, pour recommencer, au compte et avec l'appui des Ammonites, la lutte de la race de Cham contre les envahissements d'Israël.

David l'ayant appris, envoya Joab et toute son armée (**).

« Les enfants d'Ammône sortirent et se rangèrent en bataille à l'entrée de la porte. Arame Sobâ , Rehob et les hommes de Tob et de Maacha étaient à part dans la campagne (**^.

« Joab , ayant vu que l^rmée était tournée contre lui , devant et derrière, choisit parmi tous les hommes d'élite d'Israël, et les rangea contre Aramé ;

« Et remit le reste du peuple , qu'il rangea contre les enfants d'Ammône, dans la maind'Abischaî, son frère.

« Il dit : « Si Arame est plus fort que moi, tu viendras à mon secours; si les enfants d'Ammône sont plus forts que toi , j'irai te secourir.

« Sois fort; et agissons avec force pour notre peuple, et pour les villes de notre Dieu, et que l'Éternel fasse ce qui sera bon à ses yeux. »

« Joab et le peuple qui était avec lui s'approchèrent pour le combat contre Arame, qui s'enfuit devant lui.

« Les enfants d'Ammône, voyant qu'Arame avait pris la fuite, prirent

(*) Sam., ibid, , 6. - Chr., \iv, /., XIX. 6. (**) Sam.,t6td.,7.

{***) Campés en face de Medaba, au midi de Rabbath-Aiornoo; Chr., liv. i, XIX, 7.

L*U5iy£RS.

i UùâU devant Abiidiaî C). * Ainsi Ici Sjrrieofà peaprèt leolsootsoiitena lecboedef Hébieux.Vaiiieiis, leordé* Cnté est poor Araine un éebec national. Ce n*eft donc phis désormais au compte d*un allié, c'est en lenr nom, c*est pour leor indépendance menacée qulls doivent combattre. Hadadézer se met à la létedn mouvement, pour assurer le triomphe de ses projets; ii se sert du danger commun , et , ralliant toutes les tribus des deux bords de FEupbrate, fonde 9 au profit de son ambition , l'unité momentanée des peuples d'Arame.

« Les enfants d* A rame, se voyant battus devant Israël, s*unirent ensemble.

< Hadadézer envoya (**) et // sotm tir ceux WJrame gui étaient au delà du fleuve; ceux-ci vinrent à Héiame. Scho* bah , chef de Tarmée d'Hadadézer , était devant eux. »

Cette fois Tattaque était menaçante pour Israël. David assembla tout son peuple et passa le Jardène (Jourdain). lies Syriens rangèrent en bataille leurs cba* riots et leur cavalerie; mais rÉtemel donna la victoire à David. Schobah périt dans la mêlée : 700 chariots, 40,000 cavaliers, suivant Samuel (***), 7,000 chariots, 40,000 hommes de pied, suivant les Chroniques (****), couvrirent la plaine de Héiame.

« Tous les rois, serviteurs d*Hadadézer, ayant vu qu'ils avaient été battus devant Israël^ firent la paix avec Israël, dont ils devinrent les sujets, et Arame craignit de secourir encore une fois les enfants d'Ammône (*****). »

Ici se termine Thistoire et probablement la vied*Hadadézer. Bien ne resta de Toeuvrede ce grand chef, pas même le royaume que son ambition avait élevé à une importance peu durable.

11 avait rêvé rmdépendance d'Arame, fondée sur l'unité. Arame perd à la fois Tunité et rindépendance. Ses peuples , à peine rapprochés par les liens de leur récente confédération . se morcellent pour s'affaiblir sous la aomination d'Israël.

Tout le pays en deçà de TEuphrate jusqu'à Tipbah (******) (Thapsaquc), recon-

i*)8ain., nv.ll,x.

*^) Mitlt nuotios. Chr., liv. i, XlX, 16. •**) Llv.l.X,l8.

*•**) LIv. t, XIX» 18.

**•**) Sam., t6»d., I9.

(***M*)/îe/i llv. I, iv,24.

nut la loi deSeheloaM. Seul, un serviteur d'Hadadézer,Ré»>ne,fi]sd'Éliada, continue la lutte contre les vainqueurs. Rézone avait déserté le cunp du roi de Sobâ poor se fiûre chef de bande, et s'établira Dameschek. De cette place, comme Taigle de son aire, dit la Bible, il dominala Syrieet les frontières de la Judée.

« Il fut un adversaire d'Israël pendant tout le temps de Scbélomo (Salomon); il eut de la répugnance pour Israël , et r^na sur Arame (*}. >

A Rézone succéda Hésione. Ce chef, qui, sans doute, avait commencé par servir dans la bande de Rézone, n*a laissé dans l'histoire aucun souvenir. Quelques critiques même C*) ont nié son existence. Ils ont pris Hésione et Rézone pour deux formes du même nom.

Tobrimone , fils d'Hésione , renonça à toute hostilité contre les Hébreux , et vécut dans ralliance d'Abiain , roi de Juda (Abiam régna de 958 à 9.>5).

Il ne s'occupa point d'étendre sa puissance au dehors ; mais , par une politique mieux entendue, il réunit dans l'unité du royaume d'Arame les différentes fractions de la puissance syrienne. Pendant que les Syriens se formaient ainsi en corps de nation sous l'autorité d'un seul chef, les dix tribus d'Israël se séparaient de Juda, et fondaient, en face de Jérusalem, un royaume rival.

LUTTE ACHABNÉE CONTEE LES IS- BAÉLITES ; BEN-BÀDAD l'^ ET BEN-HA-

i)^D II. — Ben-Hadad I^*^, fils de Tobrimone, sut habilement profiter de ces divisions.

Il s'unit d'abord avec Baascha , roi d'Israël.

« Mais Assa, roi de Juda, prit tout l'argent et l'or oui étaient restés dans les trésors de la maison de Dieu et dans les trésors de la maison du roi , les donna à ses serviteurs, et les envoya vers Ben-Hadad, fils de Tobrimone, filsd'Hésione, roi d'Arame, qui demeurait à Dameschek , en lui disant :

« Qu'il y ait une alliance entre moi et toi , comme entre mon père et ton père ; voici : je t'envoie un présent en argent et en or; va , romps ton alliance avec Baascha, roi d'Israël. »

« Ben-Hadad écouta ia'proposition de

(*) /îow,llv. I,XI,25.

(*♦) Newton, ChronoL, p. 238.

IS

Assa, et envoya les capitaines dé son armée contre les villes d'Israël, et battit Ti(Aie, Dane, Abel-Beth-Maaciia et tout Kiitroth (*) , dans tout le paysdeNephtali(939 av. J. C.) (*♦).»

C'était le jour des représailles. Ben- Hadad vengeait Hadadézer;Arame, fort de son unité nouvelle, prenait sa revanche sur Israël, affaibli et divisé. Etrange aveuglement ! Le peu pie de Juda applaudît au triomphe de l'étranger; seuls, les {n-ophètes protestèrent', au nom de leur Dieu , contre ralliancé des ennemis de Jéhova.

«Hanani, le prophète, vint vers Assa, roi de Juda, et lui dit : « Parce que tu as mis ta confiance dans le roi d'Arame, et non dans le Seigneur, ton Dieu , c'est pourquoi l'armée du roi d'Arame s'est échappée de ta main.

« Est-ce que les Éthiopiens et les Libyens n'étaient pas bien plus nombreux , avec lenrs chariots et leurs cavaliers , et leur multitude? Tu t'es confié au Seigneur ; et le Seigneur les a livrés dans tes Diains.

« Car les veux du Seigneur voient toute la face de la terre , et donnent de la force à ceux qui se reposent sur lui» Tu as donc follement agi , et pour cela, à partir de ce jour, des guerres s'élèveront contre toi (***). »

Le peuple était habitué à révérer la voix des nommes inspirés. Il se troubla des menaces d'Qanani. Mais Assa, pour rétablir le calme, fit châtier le propnète importun et mettre à mort quelques mécontents (****).

Sans inquiétude du côté de Jérusalem, Ben-Hadad I^*^ continua ses hostih'tés contre le royaume d'Israël. Il enleva plusieurs villes sous le règne d'Omri (*****), et obtint pour les marchands syriens des privilèges commerciaux , le droit de libre entrée et de libre sortie dans la ville de Schomrone (******), le droit d'y vivre ensemble selon les lois de leur pays et d'y bâtir des rues. Ben-Hadad II, fils de Ben-Hadad P', hérita de la puis* sance de son père et de ses projets d'agrandissement (901 avant J. C).

{*) Le nom inoderne est Gennesarelh.

(*♦) Roiê, liv. I, XV, 18 et 8uiv.

(***) Chroniques liv* II, XVI, 7 et solv.

('"•) Chr, iltd., 10.

l****») RoU, liv. I, XX, 34,

(•*•***) Samarie, récemment bàlie, 921.

Ben-Hadad, roi d*Arame, assembla toute son arméç : trente-deux rois (ou chefis de tribu ) étaient avec lui , ainsi que des chevaux et des chariots. Il monta, dit l'Écriture, assiégea Schomrone , et lui fit la guerre.

« Et il envoya des messagers vers Achab , roi d'Israël , dans la ville ;

« £t lui dit : « Ainsi a dit Ben-Hadad : Ton argent et ton or sont à moi ; tes femmes et tes plus beaux enfants sont à moi. »

A la vue de cette multitude , campée aux portes de Schomrone, Achab se troubla. Il crut que le roi d'Arame se contenterait d'une simple suzeraineté , et se reconnut son vassal.

« Le roi d'Israël répondit, et dit : « Mon Seigneur le roi, comme tu dis , je suis à toi, avec tout ce que j'ai. »

« Les messagers retournèrent , et dirent : « Ainsi a dit Ben-Hadad , savoir : Puisque j'ai envoyé auprès de toi pour dire : Ju me donneras ton argent, ton or, tes femmes et tes enfants ;

« Sache que, lorsque j'enverrai demain, à cette heure, mes serviteurs chez toi , ils fouilleront ta maison et les maisons de tes serviteurs , se saisiront de tout ce qui est agréable à tes yeux , et l'emporteront (*). »

Achab avait compté sur la modération des Syriens : détrompé par la réponse de Ben-Hadad , il refusa de se livrer sans défense à la merci de cet insatiable ennemi. Il consulta les anciens d'Israël;

« Et tous les anciens et tout le peuple lui dirent: « INf'obéispas, et n'accorde pas. »

« Alors un prophète s'approcha d'Achab, roi d'Israël, et dit : « Ainsi a dit rÉternel : As-tu vu cette grande multitude? Je la livrerai entre tes mains aujourd'hui, et tu. sauras que moi je suis ÎËternel. » Ben-Hadad ne s'attendait point à la résistance; indigné de l'audace d' Achab :

« Ainsi me fassent les dieux, s'écriat-il , et plus encore , si la poussière de Samarie suffit pour les pieds de tout le peuple qui me suit. »

« Le roi d'Israël répondît : «Celui qui se ceint de l'éuée ne se vante pas comme celui qui la délie. »

« Le roi* d'Arame, lorsqu'il entendît ce discours ( il buvait alors dans les

(*)UoM, Uv.I, XX, I,

L'UNIVERS

tentes avec les rois) , dit à ses serviteurs : « Commencez; et iljs commencèrent le siège de la ville. »

Le camp des Syriens était rempli de désordre : les chefs eux-mêmes donnaient l'exemple d'une aveugle assurance. Confiants dans leur nombre, dans la force de leurs chariots et de leur cavalerie, ils se livraient, dans leurs tentes, à tous les excès du vin. Achab crut le moment favorable pour tenter une sortie ; il rassembla une petite armée de sept mille hommes , et donna Tordre du combat. Une troupe d'élite, composée de deux cent trentendeux Jeunes gens de naissance, s'avança la première. Ben-Hadad les envoya reconnaître : « Qu'ils soient venus, dit-il, pour la paix ou pour la guerre , amenez-les vivants. » Cette imprudente sécurité perdit les Syriens.

Bans le trouble et la confusion d'une dtta(]ue inattendue, embarrassés deleurs chariots et de leurs bagages , ils n'eurent pas le temps de se reconnaître. Ben- Hadad lui-même se sauva sur un cheval avec quelques cavaliers.

Honteux d'un tel renversement de fortune , les serviteurs du roi d'Arame attribuèrent leur déroute à quelque mystérieuse influence. « Leurs dieux, direntils, sont des dieux de montagne ; voilà pourquoi ils ont été plus forts que nous; mais combattons dans la plaine, est-ce que nous ne serons pas plus forts qu'eux (*)? »

Ben-Hadad dut adopter une opinion qui consolait son amour-propre numihé ; mais il ne s'abusa point sur la véritable cause de sa défaite. Aux chefs de tribu , aux rois qui conservaient dans les camps une indépendance gênante, il substitua des officiers entièrement soumis à l'autorité de leur maître.

Quand il eut, par ce changement, réta*^ bli dans la confédération des troupes syriennes l'ordre et la discipline, il passa son peuple en revue, et monta vers Aphek pour la guerre contre Israël. Achab vint à sa rencontre, animé par les promesses des prophètes. — a Un homme de Dieu s'était approché et lui avait dit: « Telle est la parole de l'Éternel : Puis- « que ceux d'Arame ont dit ; Jéhova est f un dieu des montagnes , mais il n'est « pas un dieu des vall&s, je livrerai cette

(*) Uow, Uv.I, XX,23.

« grande multitude entre tes mains, et « vous saurez que je suis l'Éternel. » — Les deux armées restèrent sept jours en présence. Les enfants d'Israël semblaient deux troupeaux de chèvres, et ceux d'Arame remplissaient le pays. Enfin, le septième jour^ on en vint aux mains. Les Syriens perdirent dans le combat cent mille hommes de pied. Vingt-sept mille, retirés dans la ville d^Aphek, périrent écrasés sous la chute des remparts.

Ben-Hadad prit la fuite et vint dans là ville.

Ses serviteurs lui dirent : « Nous avons ouï que les rois de la maison d'Israël sont des rois miséricordieux ; mettons maintenant des sacs sur nos reins et des cordes à nos têtes ^ et sortons vers le roL d'Israël; peut-être qu'il te laissera la vie. »

Ils se ceignirent de sacs autour des reins et de cordes autour de la tête, et vinrent vers le roi d'Israël en disant : «t Ton serviteur Ben-Hadad a dit : « De ft grâce, laisse-moi la vie ! » il répondit : « Vit-il encore? Il est mon frère (*). »

Achab pardonna au suppliant et l'accueillit dans son alliance. Pour toutes conditions , il exigea la restitution des villes enlevées à Omri, et le droit de se faire des places à Dameschek, comme Ben-Hadad en avait fait à Schomrone.

Les prophètes reprochèrent amèrement au roi d Israël sa maladroite faiblesse. Ils refaisaient de croire aux promesses dei,rétranger , et rappelaient au peuple que Ben-Hadad I®*, le vainqueur d'Israël, avait déjà, par une alliance perfide, trahi l'imprudent Baascha.

La paix ne dura pas longtemps entre Arame et Israël. Trois ans s étaient écoulés depuis la conclusion du traité, et Ben-Hadad n'avait point encore rendu toutes les villes enlevées par son père.

Sur ces entrefaites, il arriva que Jeboschaphate (Josaphat), roi de Jenouda^ descendit vers le roi d'Israël.

« Le roi d'Israël dit à ses serviteurs : « Savez-vous que Ramoth de Guilad est à nous, et nous négligeons de la reprendre de la main du roi d'Arame ? »

« U dit à Jehoschaphate : « Viendras-tu avec moi à la guerre contre Ramoth de Guilad? » Jehoschaphate dit au roi d'Israël i « Moi comme toi ,

(*) Rois, ihid' , 33.

SYRIE AWaENJNE.

Ift

mon peupie comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux (*). » •

En vain Michaiah, fils de Timlâ, osa* t-il prédire la défaite et la mort du loi d'Israël : Tordre des prophètes applaudissait à ralliance des deux rois , et leur promettait la victoire : « Montez, disaientils , à Bamoth de Guilad, r£terael la livrera entre vos mains. »

Ben-H[3dad était prêt à soutenir le combat II avait exhorté les trente-deux chefs de ses chariots, en disant : « Ne combattez ni contre petit ni contre grand , mais contre le roi d'Israël seul. »

Acbab apprit le danger qui le menaçait; pour tromper les ennemis, il se confondit dans les rangs. Aussi , quand les chefs des ohariots virent Jeboscbapbâte vêtu de ses habits royaux, ils s'écrièrent : « C'est là le roi d'Israël ^ » et ilsTentourèrenten combattant. Mais lui poussa un cri vers le Seigneur , et le Seipeur le secourut et le délivra. Car sitôt que les chefs des cavaliers virent que ce n'était point le roi d'Israël, ils se détournèrent de* lui. Alors quelqu'un tira de son arc au hasard , et frappa Acbab au défaut de la cuirasse {**) ; et le roi dit à celui qui conduisait son char : « Tourne ta main , et fais-moi sortir du camp ; car je suis grièvement blessé. » ' La bataille se termina ce jour-là; et le roi fut soutenu sur son char en face d'Arame jusqu'au soir , et il mourut au coucher du soleil {**"*). »

Beo-Hadad , suivant le récit de Joséphe, fut présent à cette bataille; mais il laissa le commandement de l'afmée à soo serviteur Naemane*

Naemane était un homme puissant et considéré auprès de son mettre; par lui, rÉternelavaitdonné la victoire à Arame; mais cet homme fort et vaillan^ était lépreux.

Or, en ce temps- là, une jeune fille <lu pays d'Israël , enlevée par une troupe d'Araméens, servait la femme de !Nae<* mane. Jalouse de faire éclater la puissan- <!e de son Dieu , l'Israélite dit à sa maîtresse : « Il est àSchomrone un prophète aimé de Jéhova. Puisse mon maître al-

(*)flaM, Hv.I,XXfî,4.

(**) Le Syrien qaf tua le roi d'Israël est appelé Aman par Josëphe.

(*♦*) CAfxm., Uv.lI,XVin,34.-iîoM,liv. I, ^^I, 35.

1er à Sebomronel L'homme de Dieu le délivrerait de sa lèpre. »

Naemane entendit ces paroles; il alU ▼ers le roi son seigneur, et lui dit : « Mon Seigneur, le Dieu d'Israël est un Dieu puissant; peut-être aara«t«il pitié de son serviteur; » et il répéta les paroles de la jeune captivci Le roi d'Arame aimait ]>iaemane, sou serviteur, fc Va, ditil ; prends dix talents dVgent , six mille pièces d'or , et dix vêtements de rechange. Je te donnerai une lettre pour Jo-* rame, roi d'Israël. » Naemane partit avec ses chevaux et ses chariots : il porta la lettre de son mettre au roi d'Israël ; et cette lettre contenait ces mots : « Je t'envoie Naemane, mon serviteur. Ta le délivreras de sa lèpre. » Jorame, roi d'Israël, lutces mots et se trouMa : «Quoi, dit-il , suis-je donc un dieu pour faire mourir ou pour rendre la viel suisie un dieu pour purifier les plaies de cet homme! Arame cherche une occasion contre moi! » Et parlant ainsi, il déchirait ses vêtements. Jorame, fils d'Achab, disait vrai; fils impie d'un père impie, il n'avait pas puissance poxir délivrer Pïaemane; mais , suivant la parole de l'Israélite captive, un prophète, aimé de Jéhova, vivait àSchomrone. Élischa ( Elisée ) envoya dire au roi d'Israël. : « Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Que Naemane vienne donc vers moi^ il saura qu'il j a un prophète en Israël. » Naemane dit à ses serviteurs : « Allons vers l'homme de Dieu : sans doute il sortira, il invoquera l'Étemel, son Dieu; il élèvera les mains vers le temple , et le lépreux sera purifié- » Il dit, et, avec ses chevaux et ses chariots, il se plaça à l'entrée de la maison d'Éliscba. Le

Î prophète ne sortit point de sa maison; I n'éleva pas les mains vers le temple; ibais il envoya un messager à Naemane avec ces mots : « Va et lave-toi sept fois dans le Jardène : ta chair redeviendra saine, comme la chair d'un jeune enfant. » Naemane s'attendait à voir éclater, dans un solennel appareil , la puissance de Jéhova : il entendit avec colère les paroles du messager. « Partons , dit-il à ses serviteurs, le prophète étran-

§er s'est joué de votre mettre. Avais-je onc besoin de quitter Dameschek pour me baigner sept fols dans les eaux d'un fleuve? Abna et Parpar, fleuves de

LUMVERS.

HMMi pays, ne sont-ik pas metUeurs que toutes les eaai d^Israêl? * 11 panait amn, et s*en allait en grande colère.

Let serfiteui» de Naemane finrent touebés de Tezeès de ta dooieur. Us attelèreot les cheraux pour le départ; mais, quand tout fiât prêt et disposé, ils s'approchèrent de fear maitee, et loi dirent : e Mon père, si le prophète t'arait ordonné qudoue grande diow, n*aorais-to point obéi? tune eonnnais pas le dieu étranger. *

Naemane vit que ses senriteurs parlaient avec sens. Il descendit, et se fingea dans le Jaidèoe sqit fois , selon funrole de rhomme de Dieu; et sa chair redevint saine comme la chair d^un jeune enfant.

chant le bien. Il retourna, im et toute sa suite, vers Éliseha, Thomme de Dieu, disant: « Non, il n'est qu'un Dieu en toute la terre; c'est le Dieu d'Israël : reçois , je te prie , le don que t'a destiné ton serviteur. »

Il dit: mais Éliseha prit l'Étemel à témoin qu*il refusait d^ccepter aucun présent.

• Naemane cessa d'inutiles Instances :

« Si tu ne veux, dit-il , ni or, ni argent, ni vêtements de rechange, si tu rejettes l'offre de ton serviteur, prouve seulement que lu n'es pas irrité contre lui; permets qu'il emporte de la terre du pays d'Israël la charge de deux mulets; car ton serviteur ne fera plus d'holocauste ni de sacrifice à d'autres dieux ; mais seulement à TÉteroel. Mais que l'Étemel pardonne en un point à son serviteur. Quand mon maître entre dans la maison de Rimône pour s'y prosterner, et qu'il s'appuie sur ma main, je me prosterne avec lui, dans la maison de Rimône. Puisse rÉternel me pardonner. »

Eliseha dit à Naemane : « Va en paix, et que le Seigneur soit avec toi ! »

Naemane se disposa au retour : il prît ses chevaux et ses chariots, et descendit lahauteu(de Schomrone. Déjà il avait fait une partie du chemin; il s'entretenait avec ses serviteurs de la joie que son retour allait ramener dans sa maison ; il leur parlait de la puissance, du désintéressement de l'homme de Dieu; et il n'oubliait pas non plus la jeune cap-

tive Israélite, qui, sansdoute, nes'al tendait pas à trouver, dans son mal tre, dooblenient purifié, un servi teu de Jéfaova. Tandis que sa pensée fl partageait ainsi entre Schomrone i Dameschek , toot à eoup il vit accouri derrière lui, Guéhazi, serviteurd'Élischd Il se jeta en bas de son chariot, et lu cria :« Tout va-t-H bien? » — « Toutvs bien, répondit Guéhazi; je viens, ai nom de mon maître , pour te dire : Deua jeunes gens de la montagne d'Éphraïm^ des fils de prophètes, sont venus veri moi; donne, je te prie, pour eux, ui talent d'aigent et dies vêtements de re4 change. > — « Prends, dit Naemane J

Kends deux talents au lieu d'un, enven ppe-les dans deux sacs, avec deux vê-j tements de rechange; deux de mes ser-j viteurs les porteront devant toi. » ^

Arrivé à la colline, Guéhazi renvoya les deux serviteurs. Il prit de leurs mains le présent de Naemane, et le serra dans sa maison ; car il s'était dit avec un esprit de malice : « Bloa maître a refusé de prendre les présents de l'Araméen; mais , rive Dieu ! si je cours après ce Naemane, je lui enlèverai quelque chose. » Sa fourberie n'avait pomt échappé aux yeux du prophète. « D'où viens-tu, Guéhazi? dit Ëlischa. Parle, mon cœur t'a suivi, quand un homme est venu de son chariot au-devant de toi. Quéhazi^ ce n'est point le temps de prendre de l'argent et des vêtements , des oliviers, des vignes, des troupeaux, des serviteurs et des servantes, va, la lèpre de Naemane s'attachera à toi et à ta postérité à jamais. » £t Guéhazi sortit de la maison deson maître, lépreux comme la neige {*). Ici setermine le récit biblique. L'Écriture ne dit point si Naemane vécut longtemps dans la faveur de son maître. Il ne paraît pas qu'il ait conservé le commandement de l'armée; mais sans doute, attaché à la personne du roi, il continua de l'accompagner au temple de Rimône dans les cérémonies religieuses. Sans doute aussi, accordant avec les obligations de sa charge . l'hommage qu'il devait au vrai Dieu , il construisit,

X*) Rois, Uv. n, ch. V. — Le voyageur Thévenot prétend avoir vu près des murs de Damas un hôpital de lépreux à qui la tradition donne pour fondateur Naemane l'Araméen. Voyage de Thévenot, tome Hl, ch. IV, p. 62.

STRIE ANCIENNE

IT

avec la tore apportée d*l8raël , un autel h Jéhora. On ne sait si la jeune esclave, rendue à la liberté , revit les rives du Janlène; peut-être vieillit-elle dans la maison de Tétranger. Mais alors ^ du moins, psortageant avec son roattre le soin d'offiîr à Jéhova des prières et des sacrifices, elle trouva dans les occupations de sa piété un souvenir de la patrie, et se consola de son exil.

Les hostilités n'avaient point cessé entre Arame et Israël. Ben-Hadad dressa des embûches à Jorame, son ennemi.

Il tint conseil avec ses serviteurs, et leur dit : « En tel et tel lieu sera mon camp. »

Elischa, Thomme de Dieu, envoya dire au roi d'Israël : « Garde-toi de passer en ce lieu-là. Car les Araméens sont descendus. »

Le roi d'Israël envoya des troupes à l'endroit dont lui avait parlé l'homme de Dieu ; il déjoua toutes les ruses de ' Ben-Hadad.

Le cœur du roi d* Arame fut troublé , à cause de cela : il appela ses serviteurs, I et leur dit : « Me dira-t-on qui de nous est pour le roi d'Israël ? »

Un de ses serviteurs lui dit : « Il n'y a pas de traître parmi nous , ô roi mon seigneur ! Mais Elischa , le prophète qui est en Israël , entend toutes les paroles que tu prononces , même dans ta chambre à coucher, et les rapporte au roi d'Israël.»

Le roi dit : « Allez et voyez où il est , pour que je le fasse saisir. » — On lui répondit : « U est à Dothane. »

11 y envoya des chevaux , des chariots, et une troupe considérable; ils Tînreift de nuit et entourèrent la ville.

L'homme de Dieu se leva de bon matin pour s'en aller, et sortit ; mais voici qu'une troupe avait investi la ville avec des chevaux et des chariots : son serviteur lui dit : « Hélas ! mon seigneur , comment ferons-nous ? »

Il dit : « Ne crains pas ; car ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. >

£lischa pria et dit : a Éternel ! ouvre , je te prie, ses yeux pour qu'il voie. » L'Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chariots de feu autour d'Êlischa.

Les Araméens étant descendus vers lui, Elischa prial'Ëternel, et dit : « Frappe, je te prie, cette nation d'éblouisse-

r livraison, (sybie ancienne.)

ment; « et l'Éternel les frappa d*éblouu> sèment selon la parole d'Êlischa.

Elischa leur dit : « Ce n'est pas ici le chemin , et ce n'est pSs ici la ville : suivez-moi, et je vous conduirai auprès de l'homme que vous cherchez ; » et il les conduisit à Schomrone.

Quand ils furent arrivés à Schomrone, Elischa pria le Seigneur : « Seigneur, ouvre les yeux à ces hofnmes, pour qu'ils voient. » L'Éternel leur ouvrit les yeux, et ils virent qu'ils étaient au milieu de Schomrone.

Le roi d'Israël , quand il les vit , dit à Elischa : « Frapperai- je, frapperai-je, mon père? »

— « Non , tu ne frapperas pas : ceux que tu prends avec Tare et l'épée , voilà ceux que tu peux frapper. Mets du pain et de l'eau devant ces hommes; qu'ils mangent et qu'ils boivent, et qu'ils s'en aillent vers leur maître, v

Il leur fit un grand repas ; ils mangèrent et burent , et ils s'en allèrent vers leur maître, et les troupes d' Arame ne revinrent plus au pays d'Israël (*). Ben- Hadad renonçant à des ruses inutiles , continua ouvertement la guerre (**), Il rassembla toute son armée, et monta pour faire le siège de Schomrone. La ville, pressée de tous côtés , fut bientôt réduite à une horrible famine. Une tête d'âne se vendait quatre-vingts pièces d'argent, et un quart de fiente de pigeons cinq pièces d'argent. Il arriva que comme le roi d'Israël passait sur la muraille, une femme lui cria, en disant : « Au secours, mon seigneur le roi.

Vois ; cette femme m'a dit : Donne ton fils et mangeons-le aujourd'hui ; demain nous mangerons mon fils. Nous avons fait cuire mon fils; nous l'avons mangé ; je lui dis le jour d'après : Donne ton fils , nous le mangerohs : mais elle a caché son fils. » Jorame entendit avec horreur les paroles de cette femme. Il déchira ses vêtements ; et le peuple vit qu'il avait un sac sur la chair.

Elischa était à Schomrone dans sa maison; il avait conseillé au roi de fermer les portes de la ville, et de résister avec constance. Jorame s'en prit à lui des maux de son peuple. Il envoya un messager pour le tuer. Mais l'homme] de

(•) ilOMLlW. II,V1.9~23.

L'USÎVERS.

Dieu dît aux anciens : « Ecoutez la parolede rÉternel. L'Éternel a dit : Demain à cette heure on aura un seah de flne farine pour un^chekel, deux seahs d*orge pour un schekel, à la porte de Schomrone. » Un capitaine du roi entendit ces mots:

« Bon ! dit il , quand Dieu ferait des fenêtres au ciel, est-ce possible ?» — Élischa répondit : « Tu verras de tes yeux cette abondance; mais tu n*en jouiras pas. »

Or, quatre hommes lépreux étaient à rentrée de la porte ; ils se dirent Tun à l'autre : Que faisons-nous ici? Irons-nous à la ville? Mais la famine est dans Schomrone ; nous y mourrons. Si nous restons ici, c'est pour mourir. Allons, jetonsnous dans le camp : s'ils nous laissent la vie, nous vivrons; et nous mourrons, s*il faut mourir. Ils se levèrent donc avec l'aube , et se mirent en chemin. Le camp était plongé dans l'ombre douteuse des dernières heures de la nuit. Arrivés à l'enceinte extérieure, ils pénétrèrent dans les tentes silencieuses. L'armée d'Arame avait disparu. Car l'Éternel avait fait entendre dans le camp d'Arame un bruit de chariots et un bruit de chevaux , un bruit d'une grande armée ; et ils avaient dit : a Voilà ; le roi d'Israël a engagé contre nous les Héthéens et les rois d'Egypte pour nous assaillir. » Ils s'étaient levés, et avaient pris la fuite pendant le crépuscule , et avaient laissé leurs tentes, leurs chevaux et leurs ânes , le camp tel qu'il était , et avaient couru pour sauver leur vie. Les lépreux entrèrent dans une tente : ils mangèrent et burent avec les provisions abandonnées ; puis, leur faim apaisée, ils se chargèrent d'argent, d'or et de vêtements; enfin , avant que le jour éclairât entièrement la ville, ils vinrent frapper à la porte de Schomrone/ et ils appelèrent les gardiens endormis. Le roi reçut avec détiance cette étonnante nouvelle. Il dit à ses serviteurs : « Prenons garde ; les Araméens se seront cachés dans les champs pour nous surprendre. » Il envoya donc deux trains de chevaux pour reconnaître le pays jusqu'au Jardene; mais tout le chemin était couvert de vêtements et de bagages dispersés.

Rassuré par le rapport des messagers, le peuple sortit et se précipita sur le camp; il ne laissa rien dans les tentes désertes* Alors il eut un iseah de fine

farine pour un schekel , et deux seabs d'orge pour un schekel , à la i>brte de Schomrone; et la parole d'Ëlischa fut accomplie. Le capitaine du roi vit de ses yeux cette abondance. Mais, comme il se tenait près de la porte de la ville, il fut écrasé par la foule, et il mourut (*).

BÈGNE d'HÀZAEL; GllÀNDBUfi BS

LÀ SYRIE.— Ben-Hadad ne survécut pas longtemps à la honte de sa déroute.

Quand il fut près de mourir , Élischa se rendit à Dameschek , pour accomplir la parole de rÉternel. « Va, retourne par ton chemin, vers le désert de Dameschek:quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaél cour roi sur Arame (**). »

Le roi apprit que l'homme de Biea était venu. Il dit à son serviteur Hazaël : « Prends en main un présent, va au-devant d'Ëlischa, et consulte l'Éternel auprès de lui, en disant : « Relèverai-ie de cette maladie ? » Hazaël prit un présent de tout ce qu'il y avait de bon à Da- 1 meschek ; c'était la charge de quarante chameaux. 11 vint et s'arrêta devant Thomme de Dieu, disant: « Ton filsBeo- Hadad , roi d'Arame , m'envoie vers toi I pour te dire : Relèverai-je de cette mala- ' die ? — Va , dis-lui : Tu relèveras de maladie; mais l'Éternel m'a montré qu'il mourra. » Ainsi parla le prophète; et il arrêta sa vue sur Hazaël , et versa des larmes. Hazaël dit : « Pourquoi mon seigneur pleure- t-il ? — Parce que je sais que tu feras du mal aux enfants d'Israël ; tu mettras le feu à leurs villes fortes ; tu tueras par le glaive leurs jeunes gens; tu écraseras leurs petits enfants , et tu éventreras leurs femmes enceintes. »

Hazaël dit : « Mais qui est ton serviteur, ce chien, pour faire de si grandes choses? » Elischa dit : « L'Éternel m'a montré que tu régneras sur Arame. » Le lendemam, Hazaél prit un linge trempé dans l'eau , et l'étendit sur le visage de son maître. Ben-Hadad mourut étouffé (***), et Hazaël régna en sa place.

Hazaël fut une verge dans la main de Jéhova pour châtier Schomrone et Jerouschalaïme. Toutefois il ne commença point les hostilités : elles éclatent seulement en 884. Ahaziahou (Achazia),

{") Rois, II, ch. VU.

(•*) Rois, llv. I, XIX. 15.

(•«) RoU, liv. II, VIII, 8-15. — Suivant Josèphé , AnHq,, IX, 2, il fat étranglé par Hazaél.

roi de Juda , et Jorame, roi d'Israël, renouvelant contre Araine ralliance d'Âchab et de Josaphat, assiésent et reprennent Ramoth de GuHad (*). Jorame , mortellement blessé , se retire à Yezreel. Il est assassiné par Jehou ( Jehu ), fils de Jehoschaphate.

flazaël eut bientôt réparé la perte dé Hamoth. Il battît les troupes de Jehu, et ravagea, depuis le Jardène, vers le lever du soleil, tout le pays de Guilad, le pa^i de Gad , de Reoubene et de Menasche, depuis Aroer , qui est sur te torrent d*Arnone, jusqu'à Guilad et Baschane {**).

La guerre continua pendant le règne de Joachaz, Gis de Jéhu; mais la colère de Jéhova avait éclaté contre Israël. Il ne resta de tout le peuple que cinquante cavaliers ^ dix chariots et dix mille hommes de pied , parce que le roi d'Arame les avait. détruits, et les avait broyés comme la poussière qu'on foule (***).

Juda s'était ligué contre Arame avec Israël. Plus heureux que son allié, il détourna d'abord la* vengeance des Syriens. Hazaël s'empara de Gath et menaça Jérusalem. « Mais Joasch , roi de Juâa , suivit l'exemple donné autrefois par Assa : il prit dans le temple tout ce que Josaphat, Joram et Achazia, ses pè^ res , avaient consacré, ce qu'il avait consacré lui-même; tous les trésors de la maison de l'Éternel et de la maison du roi, et les envoya au roi d' Arame (****). » Hazaël ajourna seulement ses projets.

Un an après le meurtre de Zacharie, fils de JoTada, assassiné par Joasch, les Syriens arrivèrent et saccagèrent la ville , tuèrent tous les princes du peuiple et emportèrent un riche butin. Ils étaient venus en petit nombre contre toutes les forces de Juda ; mais le Seigneur leur livra , comme aux ministres de sa colère , Jérusalem infidèle , parce qu'elle avait quitté le Dieu de ses pères (*****).

Enfin, Jéhova eut pitié de son peuple, à cause de son alliance avec Abraham , Isaac et Jacob. Il n'avait nas résolu d'effacer le nom d'Israël de dessous les cieux. Hazaël mourut, et les enfants d'Is-

(•) Josèphe, jini., IX, 6. - MeU, Uv. II, VIK,

(**)JRoM, liv.II.X, 83.

r**^)C/in)».,Uv.Il, iXlV,24.

raël furent délivrés du joug des Syriens. « Les enfants d'Israël purent habiter dans leurs tentes «comme auparavant (*). »

BBACTfOlT; SUCCÈS D'iSBÀRL ICON- TBB LES ABÀMÉSNS AU TEMPS DB BBIC-

HADAb III.— Elischa, l'homme de Dieu, était malade de la maladie dont il mourut; Joasch^ roi d'Israël, descendit vers lui , et fleurant sur son visage, il dit : « Mon père , mon père , chariots et cavalerie d'Israël ! »

Klischa lui dit :« Prends un arc et des flèches ; » et il lui apporta un arc et des flèches.

Il dit au roi : « Appuie la main sur Parc; v et il mit ses mains sur les mains du roi.

Il dit : « Ouvre la fenêtre vers l'orient ; » et le roi l'ouvrit. Il dit : « Tire : » et le roi tira. Il dit : « Cest une flèche de salut pour l'Éternel 9 et une flèche de salut contre Arame ; tu battras complètement Arame à Aphek. » »«

Il ajouta : « Prends les flèches, et frappe contre terre ; » le roi frappa trois fois et s'arrêta.

Et l'homme de Dieu se mit en colère, disant. « il fallait frapper cinq fois, six fois, alors tu aurais complètement frappé Arame ; maintenant tu ne le frapperas que trois fois (**). »

La parole du prophète fut accomplie.

Joas attaqua Ben-Hadad III, fils de Hazaël , et lui reprit toutes les places enlevées à Joachaz.

Jéroboam II, Qls de Joas, poursuivit la guerre contre les Syriens, et reconquit tout le pays près du Jourdain , depuis Hamath jusqu'à la mer de la plaine (la mer Morte) (***) . Il paraît même s'être empa ré d'Hamath et de Dameschek (****). Après la mort de Jéroboam II , en 784, le royaume d'Israël tomba dans l'anarchie et laissa aux Syriens quelques années de repos. Enfin, Ménahème, vers 771, met le siège devant Tiphsàh (Tha-

Esaque)(*****),-et extermine tous leshaitants de ta contrée.

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