CONQUÊTE DE LA SYBIE PAB LES AS
(*) «OM, liv. II, XÎII, B.
(*•) Rois, liv. IL XIIÏ, 14—19.
{*»*) /?OM,llv. li,XV!,26.
****) Rois, liv. 11, ibid. 28.
, «...•, ..T..,, .mu. 28.
*****) SeloD quelques commentateors, la ville ir Meuahème était uue autre Tiphsah
prise par
du partage d'Eptiraime
L'UNIVERS
SYBiENS. — Mais déjà s'élève à TOrient une puissance nouveile , dont les [>rogrès menacent à la fois tous les pays voisins de TEuphrate. Encore un demi-siècle , et Terapire d'Aschour aura réuni dans une servitude commune les peuples d'Arame et d'Israël . Poul (Phul), roi des Assyriens, envahit laSyrieets'avance contreSchomrone avec soixante mille hommes. Satisfait delà soumission de Ménahème, il l'affermit sur son trône usurpé , et reçoit en retour mille talents d'argent. Ménahème meurt (760). Son fils Pekabia est assassiné (758). Un des meurtriers , Pekah, fils de Rémalia, s'empare du trône. Pekab, pour se soutenir, avait besoin d'un allié; il en trouve un dans Retsine (Résin), roi d'Arame. Unis par un commun intérêt contre l'ambition de Tiglath- Pilesser (le dominateur du Tigre), ils s'efforcent d'associer à leur ligue Jotham , roi de Juda. Sur son refus, ils forment le projet de le détrôner, et de mettre en sa place Ben Tabeel (*); mais, arrêtés par les mesures de ce sage et habile prince, ils réservent leurs coups à son fils Achaz. Retsine envahit, avec son allié, le pays de Juda, et met le siège devant Jérusalem. Il range l'armée d'Arame autour de la ville, et déjà Achaz se trouble au lieu de recourir à l'Éternel; il implore l^ppui des Assyriens , et montre à l'étranger le chemin de la terre sainte. En vain le prophète Isaïe proteste contre cette alliance fatale : « Ne crains rien, dit l'homme de Dieu ; au'as-tu à redouter de ces deux bouts e tisons fumants? » Il dit; mais Achaz est sourd à tous les conseils ; il enlève les trésors de la maison de l'Éternel, les trésors de la maison du roi, et envoie des messagers avec des présents vers Tiglath-Pilesser, roi d'Aschour, disant:
« Je suis ton serviteur et ton fils ; monte, et délivre-moi de la main du roi d'Arame et de la main du roi d'Israël. » Honteuse et inutile lâcheté. Déjà les Syriens épuisés ont commencé leur retraite.
Retsine lève le siège et se détourne vers Élath pour y rétablir les Iduméens.
Mais le dominateur du Tigre a enten- <lu l'appel du roi de Juda. Il accourt, il monte vers Dameschek, s'en empare , et d*Arame conquis fait une province assy-
(*) Isaïe, Vir, «.
rîenne. Retsine, dernier roi de l'ancienne j Syrie, est mis à mort; et son peuple, transporté à Kir, sur le bord du fleuve Cyurhus, va se perdre obscurément dans un coin de l'empire d'Aschour..
La prédiction d'Amos était accomplie :
« Ainsi a parlé Jéhova ; Dameschek , pour trois crimes et pour le quatrième. Je ne retiendrai pas le châtiment , parce qu'ils ont foulé Guilad avec des crochets de fer.
« J'enverrai le feu dans la maison de Hazaêl ; et 11 consumera le palais des fils de Uadad: j
« Je briserai la barre de Dameschek. J J'exterminerai les habitants de Bikath- 1 Aven et de BethÉden , qui tient le scep- 1 tre , et le peuple d'Arame sera transporté à Kir. Ainsi Jéhova a prononcé (*). »
C'en était fait de la vieille race d'Arame ; ensevelie au sein de la domination assyrienne, elle avait perdu pour toujours son indépendance. Le conquérant avait dispersé dans l'exil tous les chefs du pays et la moitié des habitants; il repeupla la Syrie, en distribuant à des colonies assyriennes les maisons et les terres des exilés. Pour surveiller la population soumise et protéger les éta- Dlissements des colons, il établit sur divers points des garnisons et des postes. Il chargea les prmcipaux commandants d'imposer ot ae recueillir le tribut, et sans doute aussi d'approvisionner l'armée; car la contrée, fertile en blé -et en bétail (**) , dut être sans cesse traversée ou occupée par les troupes de Tiglath- Pilesser, de Salmanassar, de Sargon et de Sennachérih.
Tiglath-Pilesser n'avait pas encore achevé sa conquête, lorsque le roi de Juda vint à sa rencontre à Dameschek. Achaz vit le temple où les Syriens sacrifiaient à leurs dieux nationaux. Il envoya au grand
Srêtre Ouriah le modèle et la figure e l'autel , avec ordre d'en construire un semblable. Le ^rand prêtre obéit; et quand le roi revmt de Dameschek > « il fit l'encensement de son holocauste et de son offrande , versa des libations , et répandit le sang de ses sacrifices pacifiques (***). »
Dans tous les coins de Jérusalem , dans
(*) Amos , 1 , 3, 4, 5.
(**) Xénophon, Cyropêdie, VI , a.
(***)«OM,Uv. II, XVI, 13.
toutes les villes de Juda , il éleva des autels aux divinités araméennes (*).
UÉteroel laissait triompher Timpie.
11 retardait pour Juda le jour du châtiment et le hâtait pour Israël. En 721, Salmanassar prit Schomrone , et transporta le peuple à Halah, sur le Habor, fleuve de Gozane» et dans les villes des Mèdes (**) ; mais il ue voulait pas laisser le pays sans habitants.
« Il fît venir des gens de Babel , de Couth , d'Ava , de Hamath et de Separvaïme, et les établit dans les villes a*Is* raël (^*). » Ainsi^ vingt ans après la prise de Dameschek, une colonie de Syriens vient prendre dans Schomrone , à son tour conquise, la place des anciens alliés de Retsine. Il fallait que Salmanassar eût pleine confiance ou dans la faiblesse ou dans la fidélité de ses sujets. Du reste, pour plus de sûreté, il plaça dans la nouvelle province une garnison assez forte, dont la présence devait arrêter tout complot entre les indigènes et les colons étrangers. Les Syriens , établis à Schomrone , observèrent le culte du vrai Dieu , avec les superstitions de leur patrie , et partagèrent leur hommage entre Aschima et Jebova (****). Confondus, sous le nom commun de Coutbéens , avec les gens de Coutha, d'Ava et de Séparvaîme, ils formèrent la secte des Samaritains.
Après rétablissement de la colonie de Schomrone , le nom de la Syrie ne reparaît plus dans Thistoire d'Aschour. Sans doute les règnes de Sargon , de Sennachérib , et d^Èsar-Haddon même , n'amenèrent aucun changement dans la condition de cette province. Mais il est probable qu'après la mort d'Esar-Haddon, dans la décadence de Ninive, les habitants de la rive droite de TEuphrate ne furent pas les derniers à se détacher de Tempire. Enfin, Aschour tomba (625).
Le moment était venu pour les Syriens de reconquérir, par des mesures énergiques, leur indépendance. Les colonies assyriennes et les débris de U famille d' Arame s'étaient rapprochés , unis, mélan* gés; mais la fusion n'avait pas eu le temps de s'achever. De l'accouplement
(*) Chron., liv. II, XXVIII, 28.
n«ow,Uv.II,XVIl,6.
Hiîois, Uv.II,XVn,24.
r-) «oi», Uv. H, XVII, 30.
des deux races sortit un peuple bâtard, sans nationalité , sans caractère , destiné à vieillir dans l'abaissement et la servitude; proie sans défense offerte à l'ambition de tous les conquérants.
hk SYBIB sous LES CHALDÉENS.— Ce
fut Nabopolassar, roi chaldéen de Babylone, qui, le premier, menaça la Syrie. Vainqueur de Ninive, il allait traverser TEuphrate, quand Néchao, roi d'Egypte, pour arrêter ses progrès, résolut de s'emparer de Carchemisch ou Circésium, à l'embouchure du Chaboras. Arrêté un moment par Josias , roi de Juda , qu'il bat à Megiddo, il ajourna son entre-
f)rise contre Circésium , pour soumettre a Svrie et la Palestine, et II s'établit à Ribla , ville du territoire de Hamath (*),
Suivant le récit d'Hérodote (**) , les Syriens tentèrent une résistance inutile. Vaincus près de Magdole , ils ne purent défendre, contre des forces supérieures, la villedeCadytis.
Quand le Pharaon eut étendu sa domination de la Méditerranéeà PEuphrate, il reprit ses projets contre Nabopolassar. Mais, vaincu à Circésium (606) , il per« dit toutes ses conquêtes (605). Les Cnaldéens le rejetèrent dans les limites de l'Egypte, et fondèrent en Syrie une puissance solidement affermie : ils impo* sèrent aux habitants le tribut, sans doute, et certainement l'obligation du service militaire ; mais ils leur accordèrent des chefs nationaux. Nous voyons , sous le règne de Sodékia, des rois d'Ëdom, de Moab et d'Ammône. Nabuchadnessar, qui avait laissé à tous ces pays leurs souverains particuliers, ne dut pas exclure d'une faveur commune les populations tranquilles de la Syrie. En 599 , « l'Éternel envoya contre Joakim les troupes de Cardime ( Chaldéens ), les troupes d'Arame, les troupes de Moab et les troupes des enfants d'Ammône : il les envoya contre Jehouda pour le détruire (***). » Ainsi, les Syriens combattaient dans les rangs de l'armée chaîdéenne. D'ailleurs, ils paraissent avoir supporté sans, regret la domination de Banylone. Soit prudence, soit attachement pour le maitlre, étranger, ils ne
(') Rois, Uv. ILXXIII, 33.
(*^) fiérodote, II, 159. — Foy, la savante Hùtoire de la Palestine de M. MuDCk, p. 3i3. C"*) Rois, Uv. II, XXIV, a.
sa
prirent aucune part aux complota dea natioQS voisines. ^
Les revers des sucesseurs de Nabuchadnessar n'ébranfèrent point leur fidélité. Ils prirent les armes pour la défense de Nabonnède contre Cyrus et Cyaxare. Mais Babylone devait succomber. Cyrus réunit , sous son sceptre , la Perse, la Médie et tout Tempire aes Chaldéens.
LA SYAIB sous LA DOMINATION DES
PERSES. — La Syrie changea encore une fois de mattre. Elle perdit ses chefs nationaux et reçut un satrape perse. Ce satra|>e gouvernait les habitants, levait les impôts, paj^ait les garnisons (*). Il recueillait aussi des tributs en nature pour les envoyer à la cour du roi (**). A côté de lui , se plaçaient les gouverneurs des postes et des garnisons dpnt la Syrie était couverte. Ces commandants étaient sous la dépendance imifiédiate du roi, et recevaient de la cour leur grade et leur solde (***). Ainsi, d'un côté, les officiers royaux, de l'autre, une sorte de chef féodal, vassal du roi, mais qui avait aussi ses vassaux. Sous la suzeraineté du satrape, se groupent une foule de seigneurs qui ont reçu en récompense de leur fidélité et de leur bravoure (****) des terres en Syrie. Ces vassaux sont astreints à Thommage et au «ervice militaire. Ils lèvent, dans leurs domaines, un certain nombre de cavaliers et les conduisent à rar<née, sous le commandement du satrape (*****). ij^ pe sont pas seuls possesseurs du sol : les courtisans reçoivent ^lussi à titre de pensions des propriétés héréditaires (******). Chaque seigneur a des esclaves attachés ^ la glèbe. Les serfs, c*est-â-dirQ les Yaincus, les Syriens , cultivent les champs
Sour leurs maîtres (*******). Us payent es tailles, des impôts de toutes sortes : % Quand ils seront pauvres , dit Cyrus, U seraplusfaciledelesassouplir(***^***).»
Ce n est point assez des tailles, ils pnt aussi les corvées. Quand le roi,, par exemple, inventa les postes, et les établit en
C) Xénopb., Cyropédie, L. YIIl , ch. 6 , g 3.
gibid.
) Ibid., gl et pasHm* *) Liv. vil, ch. 5. « CyruB donna des , des maisons, des terres, distribuant les meilleurs lots aux plus braves. »
(*****)Xén., liv. VllI, ch.8, àla fiq.
(^*;**[ Xén., liv. yil, cli^e, g 4.
Syrie pour la commodité de son administration , ils construisirent les écuries aux relais marqués, et quelquefois même ils fournirent les chevaux (*). On ne songeait point à les indemniser. Quand le satrape avait envie d'un parc, ils enfermaient, dans une enceinte de murs, des forêts et des lacs {**) ; mais , quand ils avaient faim, ils n'osaient toucher au gibier privilégié. D'ailleurs, ils ne pouvaient chasser : il était défendu aux serfs, sous peine de mort, d'avoir des armes O-
Les artisans des villes , les commerçants , les bourgeois , étaient plus heureux. On avait besoin de leur industrie et de leur commerce. Ils approvisionnaient la cour du satrape , la cour du roi, les armées. Ils équipaient, dans les ports de Syrie, des trirèmes dont le roi pouvait au besoin former une flotte (****). £n un mot, ils étaient utiles et point dangereux. Peut-être serait-il' permis d'affirmer que, sqr les. bords de la Méditerranée et de l'Ëuphrate , les habitants des villes formèrent une classe moyenne entre les seigneurs perses et les Syriens esclaves (*****).
Ainsi est tombé le peuple d'Arame. Il avait perdu sous les Assyriens et sous les Chaldéens sop indépendance. Cette fois, il perd sa nationalité. La Syrie, devenue province et satrapie, embrasse sous une même administration tout le pays compris entre l'Ëuphrate et la mer, par exemple , la Palestine et la Phénicie (******).
Sous Xerxès, les Phéniciens et les Syriens de la Palestine fournissent une partie delà flotte (*******). C'est e» Syrie et en Phénicie qu'Artaxerxès rassemble contre le roi d'Egypte, Inarus, une armée de terre et de mer. La province ^vait alors pour gouverneur Megabyze, beau-frère d'Artaxerxès. Ce satrape se révolte après l'expédition d'Egypte,
) Xén., liv. VU , ch. 6.
[«) Xén. Cyr, Uv. ¥in, ob. «.
^**) ibid.
^ '*) Id. ib. VU, ch. 5.
(****^) Sur les 1207 vaisseaux delà flotte de Xerx« dans la guerre médique , les Phéniciens et les Sy riens eo fournireut 3oo. Hérodote, VU , 89.
(****) Nous devoDS ajouter que, sous la dominaUon des Perses, il y eut de nombreuses émigraUoQS de Syriens ; ils se mirent souvent aussi comme mercenaires au service d(*s villes grecques. C'est ce que nou^ apprend -Xénophoa, J}e rectig. 11, 3.
(•*****) Esra, ni, e.
(******) Hérodote, Vn, 89.
rassembki nae araiée eonsidérable, et 'bat deux fois les troupes royales.
Son exemple devait trouver des imitateurs. En 401, Gyrus le Jeune prit les armes contre son frère Artaxerxès IVInémon. ^historien Xénophon, qui le suivit dans cette guerre, raconte le passage de Parmée eu Syrie. »
a Dlssus, dernière ville de Cilicie , Cyrus vint en une marche de cinq parasanges, au passage de la Cilicie et de la Syrie. Deux murs se présentaient : Tun, en deçà et au-devant delà Cilicie, était gardé par Syennésis et ses troupes : on disait qu'une garnison d'Artaxerxès occupait celui qui était au delà , du côté de la Syrie. Entre les deux coule le fleuve Carsus (Kersas), large d'un pieihre.
L'espace qui est entre les deux murs est de trois stades; on ne pouvait forcer ce passage étroit : les murs descendaient jusqu^à la mer : au-dessus étaient des rochers à pic , et l'on avait pratiqué des portes dans les murs. Pour s'ouvrir ce passage, Cyrus avait fait venir sa flotte, afin de débarquer des hoplites entre ces deux murs et au delà , et de forcer le pas de Syrie, s'il était défendu par les ennemis. Il s'attendait qu'Abrooomas, qui avait beaucoup de troupes à ses ordres, lai disputerait ce passade. Mais Abrocomas D'en fit rien. Dès qu'il sut que Cyrus était en Cilicie, il se retira de la Phénicie, et marcha vers le roi avec une armée qu'on disait être de trois cent mille hommes. De là Cyrus fit, en un jour de marche, cinq parasanges dans la Syrie , et l'on arriva à Myriandre, ville maritime, habitée par les Phéniciens. C'est une ville decommerce où mouillent beaucoup de vaisseaux marchands. On s'j^ arrêta sept jours.... Cyrus fit ensuite vingt parasanges en Quatre marches , et vint sur les bords du Chalus, fleuve large d'un plèthre , et rempli de grands poissons privés : les Syriens les regardent comme des dieux , et ne permettent pas qu'on leur fasse du mal, non plus qu'aux colombes. Les villages où l'on campa appartenaient à Parysatis , mère du roi. Ils lui avaient été donnés pour son entretien. De là, après trente parasanges, en cinq marches , on arriva aux sources du fleuve Dardés, lar^e d'un plèthre. Là était le palais de Bélésis, gouverneur de Syrie, avec de très-beaux et très -vastes
jardins , féconds en fruits de toutes les saisons. Cyrus rasa le parc et brûla le palais. Enfin, après trois jours de marche, l'armée arriva à Thâpsaque, ville grande et riche, sur l'Euphrate, large en ce lieu de quatre stades. Cyrus v demeura cinq jours. On traversa le fleuve à gué avec de l'eau jusqu'à l'aisselle. Les habitants de Thâpsaque prétendaient que l'Euphrate n'avait jamais été guéa" oie qu'en ce moment , et qu'on ne pouirait le traverser sans bateaux ; Abrocomas, qui avait devancé Cvrus, les avait brûlés. On regarda cet événement comme un miracle, il parut évident que le fleuve s'était abaissé devant Cyrus, comme devant sou roi futur O* *
La Syrie, restée indifférente dans la lutte d' Artaxerxès et de son frère, n'eut point de regrets pour Cyrus vaincu et tué dans les champs de Cunaxa (401).
Mais file ne devait pas se contenter longtemps de ce rôle passif. En 362, toutes les provinces de l'Asie Mineure se soulevèrent à la fois, et proclamèrent leur indépendance. Dans cette vaste confédération, nous trouvons au premier rang, la Syrie, avec la Lycie, la Pisidie, la Pamphylie, la Phénicie, et presque toutes les cités maritimes.
« Les révoltés, dit Diodore de Sicile, élurent pour leur chef, avec une autorité souveraine, Oronte, satrape de Mysie.
Mais , aussitôt que ce satrape fut investi du pouvoir, et qu'il eut reçu l'argent nécessaire pour entretenir, pendant une année , une armée de vin^ mille hommes, il trahit ceux qui avaient mis en lui leur confiance. Comme il se figurait qu'il obtiendrait aisément du roi de magnifi-
aues récompenses, et la satrapie générale es provinces maritimes , s'il livrait les révoltés aux Perses, il commença par envoyer devant Artaxerxès ceux qui lui avaient apporté l'argent, et livra également aux offlciers, détachés sur les lieux parl^ roi, un grand nombre de villes avec leurs garnisons, composées d'étrangers à la solde des confédérés.
Rhéomithrès, envoyé par les rebelles en Egypte, près du roi Tachos, et en ayant reçu cmq cents talents avec cinquante vaisseaux longs , revint en Asie et aborda à Leucé. Arrivé dans cette ville, il appela près de lui plusieurs des prince XéDophOD , Afutb» ,1,4.
LUNIVERS.
eipaux chefs de la lisue , les Gt arrêter, et les envoya , charges de chaînes, à Artaxerxès. Pour prix de cette perfidie, il obtint de faire sa paix avec le roi (*)• * Ainsi fut comprimé ce mouvement
3ui, secondé pjar l'Égypte et par Lacéémone , devait renverser, sur toute la côte d'Asie, la domination des Perses.
Dix mille Grecs mercenaires, soudoyés par Tacbos, avaient abordé en Phénicie, sous la conduite de Chabrias; mais rappelé en Egypte par la révolte de son fils Ifectanébus , Tacbos abandonna ses alliés. Les Syriens se soumirent; et désormais convaincus de leur impuissance, ils oublièrent des souvenirs importuns de gloire et de liberté.
C est en vain que sous le règne d*ArtaxerxèsIII, la Pbenicie, Chypre et TÉgypte renouent les liens de leur ligue dissoute. Les Syriens restent sourds à Tappel de leurs anciens alliés (354).
Mais déjà les Perses touchent au terme fatal de leur domination. Encore vingt ans, et la Syrie aura changé do maures.
Ochus meurt en 338 , son fils Arsès en 336, tous deux empoisonnés par Teunuque Bagoas. Darius Godoman monte sur le trône (336). Ce prince eût sauvé Tempire, si l'empire avait pu être sauvé. Mais la Grèce s'est souvenue des ferres roédiques : Alexandre s'avance a la conquête de l'Asie (334.)
J^ vaste empire des Perses était divisé par le cours de TEuphrate en deux parties distinctes : FAsie Mineure et la haute Asie. L'Asie Mineure, ou pays en deçà de l'Euphrate, formait elle-même deux régions séparées par la chaîne du Taurus, la basse Asie, et la Syrie. La i Cilicie était la limite commune.
^ « Cette province est tellement enfermée par le mont Taurus , qu'on la prendrait, suivant l'expression d un voyageur, pour un enclos de murailles. Du côté de l'oc- , cident, la montagne est absolument! m- 7 praticable; et il ne parait pas qu'on ait jamais tenté de la traverser par la Pamphylie. A l'orient , il y a un autre bras du Taurus, sous le nom d'Amanus, où l'on trouve deux passages , l'un au nord et l'autre au sud , distants de deux stathmes ou de cinq parasanges; ces défilés donnent seuls entrée dans la Syrie; ils
j (*) Diodore de Sicile , XY , 91 et saiy .
se nomment, l'un Portes de Syrie, Pautre Pyles Amaniques (*). »
Le passage du Granioue avait ouvert aux Macédoniens toute la basse Asie. Le Taurus seul pouvait arrêter leur marche et sauver la Syrie. Darius vint camper àSochos,dansïaComniagène. Cette position était bien choisie ; elle permettait aux Perses de fermer les défilés , et leur laissait, en cas de revers, une ligne de défense derrière l'Euphrate , qui forme un angle avec l'Amanus.Le roi se perdit par une impatience maladroite. Il apprit qu'Alexandre s'avançait à travers les Pyles deCilicie. « Le chemin, dit Quinte- Curce , pouvait à peine contenir quatre hommes de front; le sommet de la montagne dominait sur le passage, qui était non-seulement étroit , mais encore rom-
5u en plusieurs endroits, par une infinité e ruisseaux qui s'y répandent de tous côtés (**). » Darius devait attendre aux Portes de Syrie ou au défilé de l'Amanus les Macédoniens fatigués. Emporté par son ardeur imprudente, il envoya ses trésors à Damas, sous la garde d'une faible eamison, et franchit, avec toutes ses forces, les Pyles amaniques. Il comptait surprendre l'ennemi dans sa marche ; mais il était trop tard : les Macédoniens étaient arrivés à Myriandre, sur la côte de Syrie C"). Alexandre vit le mou-
(*) Sainte-Croix, Examen critique det historien» d'Alexandre , V éd., p. 681.
(**) Quinte Curce, III, 4.
(***) « Après avoir traversé les Pyles synennes, Alexandre campa près de Myriandras, ville mariUme. Xenopbon, qui accompagnait le Jeune Cyrus, en iit autant, et cet auteur compte dans cet espace cinq parasances. La parasange, comme Ta évaluée d'Anviire(a), est égale à trois milles romains anciens; le mille étant de 756 toises, elle revient à 2,î68 toises. Or, cinq parasanges font 11,340 toises, et c'est à peu de chose près la mesure que Ton trouve sur la carte de Niebuhr, et sur celles du Voyage de Drummond [h) , entre un cliàteau appelé Merkes, qui parait élre à Pendroitméme des Pyles syriennes, et la situation d'Alexandrelte. On doit donc croire que la ville d*Alexandrelte est sur l'emplacement même du camp d'Alexandre et de Cyrus, et que c'est l'endroit qu'avait désigné Alexandre (c) pour construire la vUle qui depuis fut appelée Alexandria-cata-isson {d) à cause de sa situation.
(o) D'AnvIIle, Tr, des' M es. itin., p. 44, 78 et t.
(b) Nlebuhr. rodage, t. Il , pi. 62 , p. 336. - Drommond , Travels , pi. Jl , p. ao5. ^ ,, „^
(c) Scyron., p. 54. ap. Geogr. mm. grec, t H. — Herod., III, 12. ^. .
Cd) Vaillant, J^um. grœc.,^. 27 et 97. — Plolcm. Ceogr., V , i&.
SYRIE ANQENNE.
vement des Perses. Il pouvait tomber sur leur arrière-garde, et les prendre en queue dans le passage de rAmanus; mais il aima mieux repasser, par une contre-marche rapide, les Portes syriennes : le lendemain, la bataille d*Issus décida de la fortune deTAsie (833).
Tandis qu'Alexandre vainqueur élevait, sur les bords du Pinare, des trophées et des autels, Darius fuyait vers l'Euphrate, à travers ces plaines de la Syrie la veille encore couvertes d'une immense armée, maintenant silencieuses et désertes C).
Alexandre ne poursuivit pas les vaincus dans leur retraite. Avant de s'engager au delà de TEuphrate , il voulait afïermîr sa domination dans la Syrie et soumettre toute la rive droite du fleuve. 11 s'avança vers la Cœlésyrie , en ion* géant le littoral , et se rendit maître de nie d'Aradus et des villes de Mariamne et de Marathe. En même temps, Parmenion s'enfonçait plus avant dans les terres et marchait sur Damas, pour faire le siège de cette ville. Au milieu de la route, les éclairéurs trouvèrent un barbare qui portait une lettre adressée par le gouverneur de Damas à Alexandre. Ce satrape promettait de livrer tous les trésors du roi si on lui envoyait un des généraux avec quelques troupes. Le prisonnier , renvoyé sous escorte à Damas, s'échappa des mains de ses gardes. Sa fuite jeta les Macédoniens dans l'inquiétude et l'embarras. Ils craignaient quelque secrète embûche, et n'avançaient
t Dans ce cas , cette ville, par sa positloD, devait 86 trouver fort près de celle de Myriandnis; et ces deux villes devaient ea quelque façon former le faubourg Tuoe de Pautre. Aussi Ptolémée les ptaoe-t-il dans la même loogitude ; mais il met on peu d*écart dans leur latitude (a), Néanmoins ces deux villes existèrent ooncurremment , jusqu'à ce qu'entin celle de Myrian- (Iras céda à sa rivale ; car il n'est plus question que de la ville d'Alexandria dans les Notices eccUnastique* ib). » ^ Analyte de la carte des marches et de l'empire d'Alexandre^ par M. Barbie du Bocage, dans Sainte -Croix , S" éd.. p. 805.
(*) Per loca , gua prope iinmensiê agmmibus compleverat, jam inania et ingenti solitudine vaitufugiebaL Pauei regem sequebantur : nam n«c eodem amnes fugam intenderant , et , defidentUtuê equis , cursum eorum quos ,rcx subinde mutabat, œquare non poteranL -^ Quint CurL, lY. I.
W Ptolem., Geogr,, V, i5.
(6) Rién>cl.,5ynec(lem., p. 70I.— Oriens clirist., t. Il, col. 9o3 et 904.
qu'avec précaution. EdIIq, Parménîon,
Slein de foi dans la fortune d'Alexanre, prit pour guides des Syriens de la campagne, et arriva en quatre jours au pied des remparts. Damas ouvrit ses portes. Les trésors de Darius , oui montaient à deux mille cinq cents talents (") , tombèrent au pouvoir de Parménion ; mais ce n'était pas la partie la plus précieuse du butin. Au nombre des prisonniers se trouvaient les enfants et les femmes de tous les seigneurs les plus nobles de la Perse. On cite les trois nlles d'Ochus et leur mère, la fille d'Oxathris , frère de Darius , l'épouse d'Ar* tabaze et son fils ; l'épouse et le fils de Pharnabaze, satrape des provinces maritimes; les trois filles de Mentor; l'épouse et le fils du fameu]^ Memnon; enfin une jeune femme de Pydne, nommée Antigone, remarquable entre toutes les captives par sa beauté. Elle échut en partage à Philotas, fils de Parménion (**).
Darius avait laissé à Damas, comme dans une sûre retraite , les envoyés des villes grecques. La trahison du satrape les livra aux mains de leur ennemi. Mais Alexandre se montra généreux : il remit en liberté les deux députés de Thèbes, et le fils d'Iphicrate, député d'Athènes (**^).« Les cavaliers thessaliens firent dans cette campagne un gain considérable; comme ils s'étaient distingués dans le combat, le roi les y envoya exprès pour leur donner une occasion de s'enrichir. Le reste de l'armée v amassa aussi de grandes richesses ; et les Macédoniens, qui goûtaient pour la première fois de l'or, de l'argent, des femmes et du luxe des barbares , furent ensuite comme des chiens qui ont tâté de la curée : ils allaient avec ardeur sur toutes les voies pour découvrir à la piste les richesses des Perses (****). »
Parménion, au retour de son expédition de Damas, reçut le gouvernement du pays en deçà de TEuphrate.
La Syrie et' la PhPiiicie étaient soumises; seuls, les habitants deTyr fermaient leurs portes aux Macédoniens.
(*) Sainte-Croix , 2« éd., p. 429.
^-*) Plutarque, rie d'Alex,, LXXV.
(***) Foy., pour ce récU, Quinte Curce, III IS. (****) Plutarque, Fie d'Alex,, XXXIÏ, trad. de Ricard.
L'UNIVERS
' Pendant le sî^ de eette ville, Alexandre reçût nne ambassade de Darius.
Le roi de Perse offrait à son ennemi la main d'une de ses filles , trois mille talents et tout le pays en deçà de l'Ëupbrate. Pour sauver la haute Asie , il abandonnait TAsie Mineure et la Syrie, c'est-à-dire toute la côte, et se renfermait dans fintérieur des terres. Alexandre refusa. « La terre, dit-il, ne peut i|?oir qu'un maître (*). »
« Vers le milieu du siège, il alla faire l$i guerre aux Arabes de TAnti-Liban. Il y courut risque de la vie pour savoir attendu son précepteur Lysimaque, qui avait voulu le suivre a cette expédition, en disant qu'il n'était ni plus vieux ni moins courageux que Phénix, qui avait accompagné Achille au siège de Troie. Quand on fut au pied delà montagne, Alexandre quittâtes c))evaux' pour la monter à pied. Ses troupes le devancèrent de beaucoup ; et comme il était déjà tard, que les ennemis n'étaient pas loin, il ne voulut pas abandonner Lysimaque, à qui la pesanteur de son corps rendait la marche difficile ; mais, en l'encourageant et le partant à moitié, il ne s'aperçut pas qu'il s'était séparé de son armée , qu'il n'avait avec lui que très-peu de monde, et que par une nuit obscure et un froid très-piquant , il était engagé dans des lieux difficiles. Il vit de loin un grand nombre de feux que Içs Arabes avaient allumés de côté et d'autre. Se confiant à sa légèreté naturelle, accoutumé, en travaillant lui-même, à soutenir les Macédoniens dans leurs fatigues , il courut à ceux des barbares dont les feux étaient le plus proches^ en perça de son épée deux qui étaient assis auprès du feu , et prenant un tison allume , il revint trouver les siens, qui allumèrent de grands feux dont les Arabes furent si effrayés qu'ils s'enfuirent précipitamment. Tel est le récit de l'historien Charès (**). »
La prise de Tyr acheva de fonder sur la rive droite de l'Ëuphrate, depuis le fleuve jusqu'à la mer, la domination macédonienne. Alexandre confia la Cilicie à Socrate, et le pays de Tyr à Philotas. Parménion remit à Andromaque
le gouvernement de la Gœlésyrie, et partit pour l'armée (*).
Mais les Samaritains se révoltèrent contrôle nouveau commandant^ le pri« rent, et le brûlèrent vif. Alexandre revenait d'Egypte, quand il reçut cette nouvelle ; aussitôt il nomma Memnon au gouvernement delà Syrie, et fit exécuter les assassins d'Anaromaque(**). Ces mesures ne retardèrent pas la marche de l'armée; elle traversa l'Ëuphrate à Thapsaque (***). La cavalerie passa la première, suivie de la phalange (****); elle trouva le fleuve guéable au milieu (*****).
Mazée était venu , avec six raille cavaliers , pour empêcher le passage. Il n'osa faire l'épreuve de ses forces , et se retira derrière le Tigre (******). Ainsi la haute Asie s'ouvrait devant le conquérant : c'en était fait de Darius et de son empire (331).
]Vous ne suivrons pas Alexandre dans sa marche au delà de l'Ëuphrate; mais
(*) Ciliciam Socrati iradiderat , Philoia re~ 'gioni circa Tyrum jusso prœsidere. Syriam , qtUB Cœle appellatur, Andromacho Partnenio tradiderat, bello quod supererat inter/uturus . Quint. Cur.,IV, 5.
(**) Andfùmachum vivum Samaritm cre-
maverant. Quint. Car., IV. 8. — « Abul-Farage, ou aulrement Gregorius Bar-Hebrxus, dans la seconde partie^ non^imprimée de sa Chroni-z que syriaque t fait d'Ândromaque un grand prêtre, et prétend que les Samaritains le tuèrent parce qu'il avait reconnu Alexandre^pour roi , et Tavait traité avec honneur, etc. » Sainte- Croix, p. 553.
(^**) « Alexandre passaVEuphrateà Thapsa-
?oe, que M. d*Anville croit élre aqjourd^hai endroit appelé El-Der (a) ; mais il se trompe. Tbapsaque, suivant la marche des Dix mille (6), était à soixante-cinq parasanges de Myriandrug, et ceUe mesure, à partir de la ville d'Alexandrette, tombe assez bien sur Racca, qui est encore un grand passage de l*Euphrate. » M. Barbie du Bocage, dans Sainte-Croix , p. Sio.
« Pline et Dion Cassius (c) rapportent qu'Alexandre traversa le fleuve près de Zeugma, sur un pont soutenu par des cnatnes de fer. Ces écrivains ont sans doute été induits en erreur par rétymologie du nom de ce lieu; l'itinéraire de l'armée macédonienne, depuis Tyr JusqiTà Arbèle, démontre la faosselè de leur récit. » Sainte-Croix, p. 296.
(*♦**) V Undecimiscastrispervenitad Buphraiem ; quo pontibus juncto , équités primot ire, phalangem sequi jubeU Quint. Cur., IV, ».
(*•♦•*) Arrlen, 111,7.
(*•**•*) Mazœoqui adinhibendumtranntum ejuSf cum sex millibus equitum occurrerat, non auso periculum sui facere. Quint» Car., IV, ». ...
(*)Diod.Sic.,XVII,54.
(**; Plut., Fie d'Alex,,
xxxni.
fa) D'AovUle , Euphrate et Tigre , p. 45.
S) Plin., V, a4. - Dion Cass., liv. XL, t.II , p. m«.
STRIE A19CIENNE.
renfermant notre rédtd^ns les limites de la Syrie , nous étudierons Tétat de cette province sous la domination macédonienne.
La Syrie, successivement gouvernée par Parménion , Andromaque et Men^non, comprenait, cpmme au temps des Perses , la Phénicie et la Palestine.
Les habitants, tenus en respect par des comnoandants çt des garnisons, payaient le tribut sans résistance, et fournissaient à Teiitretien des troupes. Ils avaient d^abord supporté avec impatience roccqpation militaire (*). L'irritation générale éclata par la révolte des Samaritains et le meurtre d'Andromaque. Mai^ une réoression rapide convainquit les peuples opprimés de leur impuissance; L'ordre rétabli ne fut plus troublé; insensiblement, il s'opéra Qoe sorte de fusion. Au contact des vainqueurs , les vaincus modifièrent les coutumes , les mœurs, la religion nationales; et du mélange des deux civilisations, rOrient sortit transformé.
Déjà, s*il faut en croire la tradition rapportée par le sophiste Libanius, Alexandre avait posé les fondements d'Antiodie, la capitale de ce monde nouveau.
« Alexandre, en traversant la Syrie, après la bataille d'Issus, s'arrêta tout près des sources de la fontaine de Daphné, y dressa sa tente; il trouva Feau de cette fontaine si agréable, qu'elle lui rappela toute la douceur du lait qui coulait des mamelles d'Qlympias, sa mère. Aussitôt, il conçut le projet de bâtir une ville en cet endroit, et ordopna d'en commencer la construction. Le temple de Jupiter-Bottienet la citadelle, appelée Emathie, sont les restes de ces premiers travaux. Tel est le récit de Libanius , confirmé par Malala ; mais il repose sur une fausse tradition, ims^r ginée pour flatter la vanité des Antiochiens (*•).
Déjà la domination macédonienne
appelle la Syrie à de grandes et glo-
neuses destniées. Alexandre, vainqueur
deTAsie, médite la conquête du monde,
(*] Ntnmm imperium Syri, nondurn belli claéibus domtU aspemahantur ; sed celetilet, mbacti , obedienter imperata fecerunU » Quint. Car.,V, I.
(•*) Liban., Or. 11, t. I op. p. 296 et 297. éd. Reiske. — Halal. Chron,, p. 302. Cités par Sainte-Croix, p. 406.
et place sur la rive droite de TEuphratt le centre de ses prodigietises entreprises, ' « Les moyens ne l'embarrassaient pas; il n'avait besoin que de vivre. On ne peut douter de ses projets, puisqu'ils se trouvèrent consignés dans ses propres Mémoires. Ephippus d'Olynthe devait en avoir eu connaissance; et c'est vraisemblablement dans son ouvrage que Diodore de Sicile les a puisés. Perdiocas fit lecture aux Macédoniens assemblés des principaux articles de c^ Mémoires (*). D'abord il s'agissait défaire construire en Svrie, en Cilicie et dans l'île de Cypre, mille vaisseaux longs, plûç forts que les trirèmes, destinés à porter la guerre chez les Carthaginois et les peuples de la Mumidie , jusqu'au^ colonnes d'Hercule f *). Les Macédoniens applaudirent beaucoup à ces vastes desseius; mais ils jugèrent qu'il leuv était impossible de remplir à cet égard les vues d'Alexandre (***). »
D'autres projets moins ambitieux avaient déjà reçu un commencement (('exécution.
« La découverte des côtes de la mer Caspienne était un de ceux que le rpi avait le plus à cœur. Il ordonna à Héraclide de faire couper des bois dans les forêts d'Uyrcanie, pour construire des navires longs, les uns pontés^ les autres sans pont , destinés à cette première découverte (****). Les préparatiâ «pour là seconde se firent à Thapsaaue; on devait y transporter tous les bois coupés sur le mont Liban, afin d'y équiper neuf cents septirèmes ; et les rois de Cypre avaient ordre de les fournir de fer, de voilesetde cordages (*****}. Tous ces détails, que nous devons à
(*) ""Hv 8è tAv ^oiiVYiiidiiiiv xk ^\vta huclX l^vvil&TX ^ta T«6e, etc. Dfod. Sic., XYII, 4.
(**) Ipse, animo injlnita complexua , sia^ iuerat omni <td Orientem maritima regionc perdomita , ex Syria petere Mricam , Carthagini infensw : tnde, I>tumiaia êoUtudmibut peragratis, cursum Gades diriuere, HitpanioM deinde adiré, et prœtervehi jlpee, liatiœgue oram^ unde in Epirum brevif cunut est. Quint Ciir. . X, I.
(♦**) Sainte-Croix, p. 4SI.
(•*•*) Arrien,VlI, 16.
{****») Materia in Liàano monte cœea, deveeior que ad urbem Syria Thapaacum , ingentium carinas navium ponere , septirèmes omnes esse, deducique Babylonem. Cyprivrum regibus imperatum , ut œs stuppamque et vêla prmberent, (^uiot. Cur. , X, ).
LUNIVERS.
Quinte-Curce, ont été vivement critiqués ; il a paru inconcevable qu'on ait imaginé de faire descendre à des septirèmes TEuphrate, qui est une rivière tortueuse, ordinairement peu profonde et charriant beaucoup de sable (*). Elle avait trois cents toises de large à Thapsaque (**) , et si peu de profondeur que les Dix mille la passèrent en cet endroit n*ayant de Feau que jusque sous les bras (***). Alexandre même la trouva guéable aii milieu , lorsqu'il la traversa pour entrer dans la Mésopotamie {****), Au-dessus , vers TArménie , on n'y naviguait qu*avec des canots d'écorce (*****) ; et au-dessous, avec des bateaux de troncs de saule, couverts extérieurement de peaux (******). Enfln, le cours de TEuphrate ayant plus de trois cents grandes lieues, depuis Thapsaque jusqu'à son embouchure, qu'Alexandre venait de rouvrir, ne passa jamais pour être facilement navigable. <^omnient donc ce prince aurait-ii pu concevoir le dessein d'établir le chantier de sa marine sur un pareil fleuve et à une si grande distance de la mer? 11 avait sans doute compté sur les crues d*eau gui arrivaient à la fonte des neiges et faisaient déborder l'Euphrate (*******). Si de gros bâtiments pouvaient être alors mis a flot, il était bien hasardeux de les faire naviguer sur ce fleuve, pendant un si long trajet.
D'ailleurs , quelque idée qu'on se fasse des septirèmes , elles tiraient trop d'eau pour descendre de Thapsaque à Baby^ lone. Suivant Aristobule, ce fut en cette dernière ville que se rendit la flotte de Né^rque, oii se trouvaient deux pentirèmes, trois quatrirèmes, douze trirèmes et trente bâtiments à trente rames. Ils avaient été transportés en pièces et à dos de chameaux , de Phénicie à Thapsaque, d'où, après avoir été ^ assemblés, ils naviguèrent jusqu'à Ba- * bjlone (********). Cette petite flotte , s^ns aucun chargement , et à la faveur des
(*) Deslandes , Essai sur la Marine des anciens, p. 86. '
(**) D'An ville , VEuphrate et le Tigre , p. 44.
f***) Xén.,^iia6., !,♦.
(•***) Arrien, 111,7.
(**♦•*) Ad td naves codicariœ occultoper hyemem fahricatœ aderanU Sallust. mst, fratfm. , !. IV.
(******) H^rod., 1,194.
('*•****) Strab., XV,p.509.- Arrien, yil, 67«
(****•***) Aristoi?. ap, Arrian., Yll, 19.
crues périodiques d'eau, a pu arriver à sa destination, mais non sans des peines infinies, et sans beaucoup d'avaries.
C'est vraisemblablement ce qui engagea Alexandre à en construire une autre avec des cyprès, dont il y avait une quantité considérable en AJssyrie. 11 fit bâtir, non loin de Babylone, un arsenal maritime , et creuser un port capable de contenir mille vaisseaux. Tous les ouvriers , matelots et pécheurs de la contrée furent rassemblés, et il envoya Miccale, de Glazomène, en Syrie et en Phénicie (*), avec cinq cents talents, pour y enrôler tous les gens de mer qu'il
f courrait engager à le suivre (**}. » Ainsi a face du monde va changer sous la main d'Alexandre. L'Inde s'unira par l'Ëuphrate à l'Asie Mineure (***) ; l'Asie touchera aux colonnes d'Hercule, et bientôt le soleil , en parcourant sa carrière , ne verra plus les bornes de la domination macédonienne. Déjà l'Asie adore le fils de Jupiter Ammon ; déjà la Grèce même, parla main desThéores,
(*) Arrien,VII, 19.
l**\ Sainte-Croix , p. 484-486.
(***) < Alexandre forma le dessein â*anir les Indes avec FOccident par un commerce maritime, comme il les avait unis par des colonies qu'il avait établies dans les terres.
« A peine fut-il arrivé des Indes qu'il fit construire de nouvelles flottes , et navigua sur l'Euléus , le Tigre, TEuphrate , et la mer. Il ôta les cataractes que les Perses avaient mises sur ces fleuves ; il découvrit que le sein Persique était un golfe de TOcéan. Gomme il alla reconnaître cette mer, ainsi qu'il avait reconnu celle des Indes ; comme il fit construire un port à Babylone pour mille vaissseaux et des arsenaux; comme il envoya cinq cents talents en Syrie et en Phénicie , pour en faire venir des nautoniers, qu'il voulait placer dans les colonies qu'il répandait sur les côtes; comme, enfin , il fit des travaux immenses sur l'Ëuphrate et les autres Couves de l'Assyrie . on ne peut douter que son dessein ne fût de faire le commerce des Indes par Babylone et le golfe Arabique.
« Après Alexandre, les rois de Syrie laissèrent à ceux d'Ëgynte le commerce méridional des Indes, et ne sTittachèrent qu'à ce commerce septentrional qui se faisait par l'Oxus et la mer Caspienne. Séleucus et AnUochus eurent une attention particulière à la reconnaître : ils y entretinrent des flottes. Ce que Séleucus reconnut fut appelé mer Séleucide; ce qu'Antiochus découvrit fut appelé mer Antiochide. • « Le commerce par l'Oxus et la mer Caspienne reçut de nouvelles facilités par l'établissement des colonies macédoniennes ; les marchandises des provinces plus septentrionales de l'Inde étaient portées depuis Sera, la tour de Pierre et autres étapes Jusqu'à TEupbrate. » Montes- QUIEC , Esprit des lois, 11 v. XXI , ch. 8 , 9, 16.
couronne le dieu de la terre (*)• Mais ce dieu n'est qu'un dieu mortel. Ëpuisé de débauches, empoisonné peut-être^ Alexandre meurt à Babylone (**) (324).
PARTAGE DES PECYINGES APBÈS
LA MOBT d'Alexandre; laomsoon
GOUVERNEUR DE LA SYRIE. — Oll H
dit qu'à ses derniers instants , le conquérant macédonien voulut opposer un obstacle aux ambitieux qui devaient troubler et déchirer son vaste empire ; et puisque , auprès de lui , même dans sa famille , il ne voyait personne qui pût maintenir cette alliance entre l'Europe et l'Asie qui avait été Tobjet de tous ses rêves et de tous ses efforts , qu'il essaya de prévenir, au moins en partie^ une dissolution violente, en créant quatre royaumes au profit de ceux qu^il avait initiés à ses projets et qui, plus que les autres, devaient partager ses grandes idées. Est-il donc vrai qu'Alexandre , sur son lit de mort , ait fait un testament? La révolution qui s'accomplit, sous les murs de Babylone, au moment même où il venait d'expirer , semble attester qu'il ne put ou ne voulut point régler pour 1 avenir les affaires de son empire. Il ne prononça , avant de mourir qu*un mot : Au plus digne ! Il s'était tourné, il est vrai, vers Perdiccas; mais chaque général, dans son orgueil, pouvait croire que ce mot lui était adressé (***).
Les soldats, comme on le sait, par un sentiment de reconnaissance et d'admiration , proclamèrent rois le fils et le frère d'Alexandre. Perdiccas, qui ne se croyait pas encore assez fort pour dominer ses anciens compagnons d'ar-
' (*) AÙTOt te lerrÊçavôLLévoi 'AXe$àv8pw Tcpo- OT)X0ov, xai êffTE^àvouv auxàv axeoàvoïc yj^oXi, b>; Oscopol dfjOev é; ti(ai^v OeoO açiYtiévoi. Ar* rien , Vif, 23. •
(**)Le 28 du mois dcesiiu ( hécatoinbœOD.) (***) Ce ne fut que plus tard, à une époque de décadence, vers le temps de la conquéle romaine, que les rois asiatiques, pour se grandir peut- être, imaginèrent un testament d'Aleiandre. lis prétendirent que leurs ancêtres étaient devenus rois , non par la force des armes, mais par une succession légale , si nous pouvons nous serrir de ce mot , c'iest-à-dire en vertu des dispositions du testament dont nous parlons* On a beaucoup discuté sur ce point. Voyez Droysen , qui a réuni tous les textes et toutes les opinions, dans un excellent, ouvrage inUtnlé : Getchichie des HellenUmus , t. I , p. 69iyappend, 3; Hambourg, 18^.
mes , avait encouragé et dirigé peut* être ce mouvement militaire. Il gagna alors le titre de tuteur et de régent, qui sembla le mettre au-dessus des autres généraux.
Bientôt il fallut pourvoir à toutes les ambitions ; et on partagea les provinces entre les chefs les plus influents et les plus dangereux. Dans ce partage , Laomédon ontint la Syrie. Celui-ci n'était , par son titre , que le délégué des deux rois proclamés par les soldats ; mais lui, comme les autres gouverneurs , n'avait quitté Tarmée que dans l'intention de se créer une position indépendante.
Tout nous porte à croire que ne rencontrant , pour obstacle, que la volonté impuissante de Perdiccas , il eut , sur la Syrie , un pouvoir égal à celui des anciens chefs nationaux ou des rois assyriens, chaldéens et perses qui, tour à tour , avaient dominé l'Asie.
Quand Perdiccas mourut, Pithon accepta la tutelle des rois; puis, ii s'en démit. Antipater lui succéda. On fit alors , à Trisparadis , en Syrie , un nouveau partage des provinces ( 320 ). Ce fut à la suite de ce partace que Ptolémée , le premier des Lagides , essaya de dépouiller Laomédon.
Il attaqua les villes maritimes avec sa flotte, et envoya dans l'intérieur du pays une armée commandée par Nicanor.
Avec ces forces réunies, il soumit toute la rive droite de l'Euphrate (*) : mais il ne prit aucune mesure pour assurer sa conquête . Antigone envahit la Syrie (315) , et la trouva sans défense : les vaisseaux de guerre qui mouillaient sur les côtes s'étaient retirés à son approche. Antigone s'empara des ports et les changea en vastes chantiers de construction. Attaqué par Cassandre (**), il laissa au jeune Démétrius, à peine âgé de vingt ans, le soin d'arrêter les invasions de Ptoiémée. Le roi d'Egypte profita de l'éloignement d'Antigone et ae Tinexpérience de son fiis. Il fit une descente sur les côtes (313) , et pilla plusieurs villes peu importantes (***). Les événements de l'année suivante eurent une
(*) CbampoUion, Egypte (Univ. pittoresque), p. 393, a,
(**) Champollion, ihtd.t p. 395.
(***) W., lôirf., p. 390, a, 6. — Voy. aussi Dlodore de Sicile et Plularque, dans la rie de Démétrius.
L'UNIVERS
dédsive sur te sort des pajs en deçà de TEaphrate. L'oeeupalîoo d*iine partie de la Sjrie par les Égyp* tiens (SU) permitàPtoléiiiéede secourir Séleueus. Gelai-ei, arec treize ceots hommes, s'empara de Babylone. C'est ici que eommenee Tère des Séleaeîdes (*). Un présafls heureoi anoonç la grandeur fîitore du iiouTel empire. L*armée trouva, sous mie roche, près des bonis de PEapîirate, one ancre enfouie. Cette ancre, signe de force et de stabilité, resta ooosaerée par les traditions (**),
Tandis que rheureax Séleucos s'éta* blissait dans les provinces babyloniennes, Ptoléméeavaità combattre' les forées réunies d'Antigone et de son fils, et perdait toutes ses conquêtes. Antigoue, vainqueur, fixa sa résidence en Syrie, et envoya Démétrius en Grèce. Le jeune prince rétablit dans Athènes le gouvernement de la multitude. Il attaqua Cypre, où commandait Ménélas, trère de Ptolémée (***), et battit la flotte do roi d'Egypte: En même temps , son père arrêtait sur TEuphrate les incur* sions des Arabes. Proclamé roi par les Syriens, Démétrius partagea le pou* voir avec Antigone(306). Mais ses victoires avaient excité la jalousie des vieux généraux d*Alexandre. Séleucus qui, peu de temps auparavant, avait battu et tué IVicanor, le meilleur général d'Antigone, forma contre la Syrie une redoutable coalition.
C'était en 302. Antigonie s'élevait sur les bords de TOronte. Des jeux solennels a? aient attiré une multitude d'étrangers qui , retenus par la beauté du pays et la magnificence de la ville, s'é* tablissaient avec leurs familles dans la nouvelle capitale (****). Tout à coup les fêtes cessèrent. L'armée de Lysimaque avait traversé la Phrygie, la Lydie, la Lycaonie, toutes les provinces au delà du Méandre ; Ptolémée menaçait la frontière de Gœlésyrie. 11 était temps de sortir du
(*) Babylooe fat prise en 3ii. (Test donc à rautomne de cette année , et non en 3i2, qu'il fftul placer le rx>mmencement de Père des Seleaddeii. Voy. Saint Marlin , J3%. univ.^ art. Séleucua. tom. XLI , p. 608 , noie.
(**) Séleacus prit pour armes une ancre de DâTire.
(***) Champollioo, Egypte, p. 398, a, b; 399, 4oo.
(••*•) Justin, XV. 4. - l)iod., liv. XX. - Platarq., f te de Démétrius,
repos; Antîgone quitta la ville qu'il ne devait plus revoir , et partit avec cent ■ mille hommes. Il espérait arrêter , dans ^ les plaines de Phrygie, Lysimaque et Séleucus; mais Ipsus décida la querelle.
Séleucns, vainqueur, s'empara de toute la rive droite de l'Euphrate (*>