‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 34 sur 63 · CONQUÊTES DE L'ISLAM · texte numérisé non relu

CONQUÊTES DE L'ISLAM

BTÀT DE LÀ SYBIE EN 622.

Que nous représente la Syrie l'an premier de l'hé^îre, date obscure pour les contemporains, lumineuse pour l'histoire ? Une grande prospérité qui s'éteint ; des campagnes, toujours fertiles, mais qu'abandonnent peu à peu leurs habitants; d'anciennes capitales, encore riches, mais qui commencent à se fortifier de toutes parts , signe de faiblesse sur les frontières de l'Empire, dernière ressource des nations en décadence; un littoral encore renipli de havres , mais dont le commerce diminue par la perte croissante de sécurité; des émigrations perpétuelles, des extrémités au centre; des agglomérations d'hommes sur des

SYRIE MODËRINË.

points où ik 86 gênent; des terres en friche , non faute de bras , mais faute de bonne volonté pour les cultiver (*). C'est que le colosse remain se détraque de tous côtésv c'est que les colonnes les plus éloignées de Tempire s'ébranlent sous des efforts répétés , c'est que le nord comme le midi sont ravagés à la fois. Désastreux spectacle ! Moment fatal où les plus grands courages se lassent, où ce <)ui faisait la force dans les temps de dévouement et d'union , le Bombre des provinces , fait la faiblesse dans les temps d'égoîsme et d'anarchie ! Tel est l'ensemble d'affaissement et d'impuissance qu'offre cette partie déjà sacrifiée de l'empire byzantin ; le détail est peut-être plus affligeant encore.

Le voici dans toute sa nudité : une grande cité à l'agonie, Antioche, exmétropolc d'un royaume détruit , ville toute grecque du reste, mais grec(]ue du Bas-Empire, c'est-à-dire pusillanime au lieu d'être belliqueuse , défendue par sa ceinture de murailles beaucoup plus que par le patriotisme de ses citoyens , passionnée pour le luxe, préférant les profits du négoce à la gloire des arts, indifférente à la domination souveraine, pourvu que ses trésors soient bien gardés et ses jouissances toujours nouvelles. Ceux de ses habitants que l'amour du lucre et le soin de leurs plaisirs n'absorbent pas tout entiers ont un vice de l'intelligence qui vaut tous les vices du corps , la manie de la controverse religieuse. Les ariens , les nestoriens , les partisans d'Eutichès, les monotbélites passent constamment de la dispute au combat. Ils se persécutent réciproquement , selon que la force et la majorité se déclarent pour un parti ou pour l'autre. Le christianisme est devenu, dans cette cité, une doctrine plutôt qu'une religion, un scandale plutôt qu'une vertu. Mais ce n'est là que la preoccu* pation du petit nombre ; celle du grand nombre est l'avidité pour l'argent, la rage pour les plaisirs. Les campagnes qui entourent Antioche , avant les mêmes intérêts, lui ressemblent par les mœurs et les actes. Le port de Séleucie montre encore une grande activité, mais moins pour les opérations commerciales )que pour les jeux de la fortune. Ainsi,

n Voyez Théophane et Cédrénus.

au nord de la Syrie, des Grecs abâtardis, mélangés de races diverses, romaine, byzantine, juive, mais unis par des intérêts égaux , par des vices de même nature , se proposant un but commun et unique, le gain.

Pour se reposer de ce tablée honteux , il faut monter jusques au sommet du Liban. Ici se rencontrent d'excellents montagnards , au cœur noble , à l'hospitalité immémoriale, hommes simples, candides , insoucieux serviteurs des

Suissances terrestres , sectateurs zélés e la divine omnipotence, ces Chrétiens sincères, ces sages anachorètes, ces moines dévoués sous les disciples de l'orthodoxe Marroun , qui protesta si fermement du fond de sa solitude contre les hérésies du cinquième siècle , et particulièrement contre celle d'Eutichès. Les couvents de ces braves religieux, disséminés dans la montagne, furent de tout temps les étapes des pèlerins , leurs égli* ses des champs d'asile, leurs presbytères des hôpitaux (*). Cette contrée, sereine comme le ciel qui lacouvre,cx)mme l'air qui l'entoure, n'est d'ailleurs qu'une exception.

Au versant occidental de la chaîne Libanique , sur les côtes orageuses de la Méditerranée, voici des villes jadis florissantes, Tortose, Tripoli, Béryte, Sidon, inquiètes aujourd'hui, laissant à l'abri de leurs môles leurs galères vides , sans agrès et sans rames; puis Tyr , encore tout émue de sa révolte des Juifs, gui, au nombre de quarante mille , avaient projeté le massacre des vingt mille Chrétiens de la ville; enfin, tout le long du littoral , de Séleucie à Césarée, une suite de petits ports abandonnés , de rades qui se ferment sous le sable qu'apportent journellement les lames de la haute mer, de rivages dépouillés et brûlants, que n'habitent plus que quelques pauvres pêcheurs, sans caractère propre, sans race distincte, sans nationalité, comme tous les prolétaires de ce monde.

Contraste manifeste! Au versant oriental des montagnes , les plus doux des climats , la plus suave des atmosphères , la plus féconde des natures ,

(♦) Voyez AboulfaradJ, dans sa Chronique sy» riaque, et les écrits de Fausle JNairoo, da P. Lequien et d'Âssémani.

L'UNIVERS

une grande ville tout asiatique , entrepôt des richesses les plus prodigieuses , rendez-vous de toutes les fortunes humaines, réunion de toutes les familles favorisées, molle et heureuse, tranquille et satisfaite, Damas, que les Perses ont épargnée, que les Ommiades agrandiront encore. La campagne qui Tenvironne est comme aujourd'hui un jardin de fruits et de fleurs. Mais, si cette ville, avec son vaste jardin , est encore toute Grecque , les plaines fertiles qui s'étendent audelà ne sont déjà peuplées que d'Arabes. Et plus on avance vers le sud , plus les descendants d'Ismaël sont nombreux, Chrétiens aujourd'hui pour devenir Musulmans demain, intrus successifs qui viennent vers les forêts d'orangers et les champs de froment de cette terre de prédilection , de même que l'aimant se tourne vers le nord.

Puis commence l'âpre Palestine, cent fois ravagée, avec ses tristes habitants, et sa sainte capitale, qu'hier encore Chosroës polluait et dépouillait.

Au delà sont les domaines des Ghassanides, cavalerie légère des empereurs de Byzance , là où il faudrait des garnisons sédentaires, peuplade nomade et guerrière d'ailleurs, trop avide de pillage et d'aventures pour rien respecter et rien édifier. Au sud de Damas , se rencontrent encore quelques grandes villes, mais dont Topulence n'existe plus que dans leur architecture, Palmyre et Balbek. Les autres cités plus modernes, exposées qu'elles sont sans cesse aux incursions des ennemis de Constantinople , tremblent et gémissent comme Apamée tant de fois envahie, ou s'étourdissent dans des fêtes d'un jour, comme Émèse, lors du passage de l'empereur.

? Ainsi une population abattue, un littoral que fuit le commerce , dos villes centrales sans défense, une capitale corrompue, une populace esclave de quiconque la nourrit, une aristocratie lâche et dissipatrice, dés cités qu'on verrouille le soir comme la porte d'un coffre-fort , des campagnes de plus en plus abandonnées, tel est le tableau déplorable que présente la Svrie, la six cent vingt-deuxième année de notre ère.

L'homogénéité manquait à ces débris de royaumes , à ces restes de cités , à ces peuples dégénérés ; pour les relier

et les relever , il eût fallu une grande puissance et un grand homme. Or, qu'était-ce alors que l'empire byzantin?

qu'était-ce que son chef? Essayons de répondre à ces deux questions.

L'empire byzantin a eu cela de funeste que sa fondation elle-même peut être considérée comme une faute. Constantinopie est un centre merveilleux, c'est vrai ; mais c'est un centre asiatique, et non européen. Or, les Romains n'avaient jamais valu que comme race européenne ; en transplantant tout d'un coup cette nation, qui fut si vivace et si forte sur son terrain et dans son climat, on lui fit perdre , au bout d'une génération, toute sa sève et toute sa vigueur. Les légions romaines de Constantin épuisèrent leur énergie avec une rapidité désastreuse. La mollesse et Findolence asiatiques changèrent en moins d'un siècle le caractère audacieux et actif des dominateurs du monde, La religion chrétienne elle-même fut impuissante pour les régénérer ; et le croisement progressif de deux races antipathiques, d'instinct et d'éducation essentiellement divers, forma une nation hybride , pour ainsi dire , qui n'eut jamais une véritable puissance. Le san^ romain , d'ailleurs, était déjà trop vieilli pour rajeunir la lymphe asiatique. Aussi est-il impossible de trouver dans l'his- ; toire du monde entier une plus longue ; et plus pénible décadence que celle du premier peuple de l'univers. Cette décadence dura plus de douze siècles ; et son premier jour est certainement le jour de la translation du pouvoir central de Rome à Constantinople. A l'époque qui nous occupe, cette décadence avait donc près de quatre siècles de durée , et elle en était arrivée à une de ses crises les plus graves.

L'ignoble tyran Phocas, qui avait usurpé le sceptre par un assassinat , et qui n'avait racheté ses crimes par aucune vertu, avait compromis sur tous les points le salut de l'Empire.

Les finances étaient épuisées; l'armée était sans discipline, le peuple sans espérance. Les Perses en Asie et les Abares en Europe pillaient toutes les villes, et poussaient l'insolence jusqu'à venir narguer I^s Byzantins sous les murs de leur capitale. La corruption la plus sordide et

SYRIE MODEANE.

la plus générale s'établH impudemment dans tous les centres de population.

L'honneur était moins qu'un mot, 6'était un ridiêule. Le courage était une vertu reléguée dans les temps fabuleux. La patrie était une charge pesante dont on fuyait les devoirs. Les troupes ne se réunissaient que pour exiger de IVmpereur qu'elLs avaient fait , de nouvelles largesses; en face de Tennemi , elles ne savaient que se débander. La Thrace était un incendie permanent, la Syrie un sac continuel. Jérusalem avait' été réduite eu poudre, Édessedévastée, A pâmée presque détruite. Partout enûn régnait la terreur; Tesclavage ou la mort semblaient menacer toutes les populalions (*). Tel était le lamentable (tat de Tempire byzantin, au commencement du septième siècle. Mais Phocas fut enfin puni par le glaive d'Héraclius : il s'était encore trouvé dans le peuple, mais là seulement, un reste d'énergie; et, malgré les riches et les courtisans, le peuple s'était délivré par Tinsurrection de la plus honteuse tyrannie. Malheureusement il n'était pas donné à Héraclius de réparer tous les maux qui accablaient l'Empire.

HÉBACLIUS ET MAHOMET.

HéracHus, c'est la contradiction couronnée. Du temps du premier empire romain , du grand , on avait vu sur le trône la toute-puissance avec Trajan , la bonté avec Titus , la philosophie avec Marc-Aurèle; il était réservé au Bas-Empire d'y voir le paradoxe avec Julien , l'impuissance avec Maurice, le crime avec Phocas. Successeur immédiat de ces deux derniers, il eût fallu à Héraclius le génie des premiers Romains uni à l'adresse des premiers Grecs. Loin d'être sublime par l'intelligence , il ne se montra seulement pas remarquable par l'habileté. Doux et humain , il condamna à mort une pauvre servante qui par mégarde avait craché, du toit d'une maison, sur le convoi funèbre de l'impérutrice; courageux, téméraire même dans ses combats contre les Perses, on le vit plus tard fuir de ville en ville devant une poignée d'Arabes ; sincèrement attaché au christianisme, il se laissa engager

n Voyez Paul Diacre, ZoDare etNicéphore. 4^ Livraison. (Syrie moderne.)

dans la doctrine des monothélites, sorte d'éclectisme religieux oui tenait à la fois des trois grandes hérésies dominantes d'Arius, deNestoriusetd'Eutychès ; mou par nature, il fut énergique par circonstance ; voluptueux par goût, il fut sobre par nécessité.

La même contradiction qui forme son caractère éclate dans ses actes.

Troublé par Tétat pitoyable où il trouve Tempire, son âme s'abat, et, faute de résolution , il s'endort dans la mollesse ; accablé par la fureur de ses ennemis , son cœur faiblit, et il regarde d'un œil hébété Chalcédoine, qui brûle en face de son palais ; la famine surprend Constantinople, sa tête s*égare, et il veut s*éehapperen Afrique. Orgueilleux avec les Perses , il est humble avec les Abares. De la même main qui vient d'écraser ses adversaires les plus redoutables , il signe de honteux traités en faveur d>nnemis sans puissance. Étrange destinée! bon soldat , mais pitoyable politique , il perd avec la plume tout ce qu'il gagne avec l'épée. Enfin, grâce à l'amour de son peuple, il se rassure, il reprend toute son audace; comme le sanglier acculé qui se retourne contre la meute qui Ta longtemps poursuivi , il éventre les pre* mières lignes des Perses , attaque Chosroës dans le cœur de son royaume» s'em-

Sare de sa capitale; mais, tout étonné de e sa victoire, il n'ose étouffer le tyran qu'il foule à ses pieds. En somme, son règne de trente ans se divise en trois périodes : dans la première, il ne se montre que décourage et impuissant ; dans la seconde, il se relève et grandit tout à coup ; dans la troisième , il retombe plus bas que jamais. C'est à la fin de la seconde que commence notre histoire.

Cependant, au fond d'un désert que les Romains, dans leur toute-puissance, avaient dédaignéde conquérir, il pointait une lumière morale , l'islnm , il naissait un prophète, Mahomet (Mohammed).

Rien de plus obscur et de plus difficile que les commencements de Mahomet.

Orphelin, sans fortune, sans prépondérance, il est obligé d'entrer au service d'une riche veuve. Son emploi est d'abord de la plus commune uature : il conduit les chameaux de sa maîtresse de la Mekke aux frontières de Syrie. Puis, au contact des hommes , son intelligence

rUHflVERS.

se développe ; il rapplique au oommeree;, et ses serTioee prennent de jour en Jour plus d'importanee. Bientôt de ohanielier il devient intendant de Topulente Rhadidja. Enfin « il épouse eette Khadidja; mais aon existence ne change pas encore : il ne semble avoir jusqu^à quarante ans ni Tidée qui occupera les dernières années de sa vie, ni le but vers leguel il tendra plus tard avec une si inutigable persévérance. Ses voyages Tavaient-ils instruit? Les méditations, auxquelles on le vojait se livrer habituel* lement avaient- elles mûri son esprit ou tourné sa tête? Un jour il arrive auprès de sa femme , les yeux éclatants , la démardie furibonde, Tair inspiré, etpré« tend avoir reçu la visite de Tange Ga« briel. De ce iour il se dit prophète.

Trois ans durant, ses prédications ne 8*étendent pas au delà de sa famille ; il y trouve même plus d'incrédules que de disciples. Il n^n continue pas moins son œuvre, gagne des partisans homme par homme , et en vient à exposer publiquement sa doctrine. Dès lors il blesse les préjugés et surtout les intérêts de sa tribu : ses préjugés, en attaquant l'idolâtrie; ses intérêts , en enlevant son prestige au temple de la Kaaba, qui attirait des visiteurs de toutes les parties de l'Arabie. Cette tribu réagit contre Mahomet , le chasse et le persécute. La fuite à Médine du prophète proscrit est celle d'un homme qui ne paraissait avoir ni ^ puissance ni avenir. Sa victoire de Bedr n'a aucune importance réelle :

d'ailleurs, en cliefchant à arrêter une riche caravane , il commettait plutôt le crime d'un brigand qu'il n'accomplissait l'acte d'un envoyé de Dieu. Sa défaite d'Uhud, si elle ne Tabat pas, lui 6te au moins du crédit, et forme un nouvel obstacle à sa marche en avant.

Quant à la vengeance qu'il tire de la tribu des Benou-Koraïzlia , elle est atroce : les sept cents têtes qu^il fait tomber froidement gâtent bien des pages de sa morale élastique (*).

Énigme singulière que le caractère de cet homme! Il croit avec sa fortune , mais en sens inverse des aventuriers or» dinaires : plus il monte, moins il s'aban-

(*) Voyez rexcellenté tradactioû d'Aboulféda, ^M de êiéhammeë, par M. fto«l des Ver-

donne à »èê plâilo&i ; plot U eonqaieft , oaoini il paratt ambitieax; plus il 0'éiève, 0M»ins îl se montre sapejfbe. Ses premières guerres ne sont pas autre ehose que des luttes de tribus à tribus; rien n'est changé à eette époque dans les habitudes de la nation arabe, ou plutôt il n'y a pas encore de nation arabe.

Mais rexpéditioB du prophète contre ta Mekke avec mille hommes tout dévoués, et surtout son traité de paix avec les KoréischiteSy ses plus anciens et ses plus imp'acables ennemis, sont des actes de politique habile, et aussi d^âfierisique résolution; car il agit malgré les vœui et les conseils de ses conaparaions.

La prise de la riebe ville juive de Khaibar décida du sort de Mahomet. A dater de ce jour, il ne cessa de paraître tel que nous l'avons esquissé tout à l'heure : sa démence inépuisable est aussi adroite que généreuse; à mesure ^ue sa puissance se consolide , il en fait a Dieu le plus constant hommage ; à mesure que ses ennemis les plus acharnés lui sont amenés prisonniers , loin de se montrer d'autant plus sévère et plus cruel qu'il a été naguère plus humilié et plus persécuté, il agit, au contraire , avec eux comme avec des frères égarés, mais toujours chers. A quelque sentiment, à quelque cause que vous attribuiez cette conduite , elle est aussi louable que rare. Mahomet, d'ailleurs, commandait à des bêtes féroces , et il lui fallaitavant tout les apprivoiser lOmar est un lion; Kaled est un tigre; Ali, l'un des meilleurs , tue , de sa propre autorité, un Arabe qui jadis a frappé un de ses parents. Tels sont les eïms , jugez des soldats. Il n'y a pas jusqu^aux enfants qui ne soient d'une eruauté infâme : le jeune Rabia, par exemple, égorge, pendant la guerre civile, un vieillard de cent ans , enfermé dans une litière, en empruntant même le sabre de ce vénérable patriarche. Peuple vraiment barbare que ces Arabes, avee quelques qualités nobles, une certaine grandeur farouche , une générosité hospitalière, mais avec les passions les plus violentes et les plus effrénées : l'amour de la vengeance^ l'ardeur la plus excessive au pillage, le mépris le plus

f profond pour la vie de leurs semblables, 'orgueil de l'aigle , l'avidité du vautour.

HaiMiiBei «mit done beaueoup à faire pour plier au sentiment de Tordre ces ners indépendants, au sentiment de la nationalité ces fils rancuniers de tribus rivales , au sentiment religieux ces idolâtres entêtés. Est-ce dans la prévision de ces difficultés quMl attendit Fexpérienee de Tà^e mâr potir exécuter son projet de réforme? Cette réforme fut.

Il est n>ai , incomplète et inefficace sous bien des côtés ; mais elle paraît phénoménale , si l'on considère les obstacles qu'elle a rencontrés et les progrès qu'elle a accomplis. Avait il , du reste, la con^* fiance de son succès colossal , ce Mafao* met rêveur, grave, taciturne, sobre , courageux, mais passionné pour les femmes jusqu'au délire , et passionné matériellement et brutalement, car celui qui les aimait tant les a asservies ? Est-ce le promoteur d'une idée, ou n'est-ce qu un bras qui frappe que cet homme, moitié prophète, moitié soldat?

Le Koran a rallié les Arabes , mais ne les a pas modifiés. Les tribus de Ghassan et de Hira, établies sur les confins méridionaux de la Syrie, avaient les mêmes instincts, le même caractère, les mêmes mœurs que les tribus de rHedjaz et de l'Yémen. Aussi, Sjirès quelques combats insignifiants, prirent-elles fait et cause pour leurs frères des Arables Pétrée et Heureuse. Par là Tunion si difficile des tribus indépendantes commença à s'opérer; parla les peuplades de même origine q ue les Romai ns a vaien t soumises, se détachèrent de Tempire byzantin. Les ardeurs de la guerre, les bénéfices de la conquête devaient achever ce que la foi avait ébauché, tant il est vrai que le Koran ne fut que le drapeau autour duquel vinrent se grouper des populations ambitieuses, aventurières , pour qui la guerre offrait tous les avantages possibles : IVspoir du butin , et la conquête de contrées productives.

Tout semblait préparer, en outre, la domination des Arabes. Le despotisme insupportable des rois de la Perse avait fini par soulever les populations les plus soumises. La corruption de la cour byzantine avait gagné toute les provinces i et les deux puissances d'Asie Tenairnt d'épuiser leurs finances et leurs soldats par sept campagnes

consécutives. Mahomet , avant aperçu et compris cet état de décadence, voulut traiter de puissance à puissance avec Héraclius comme avec Cbosroês. Le

t)remier reçut, dit-on, avec honneur, 'ambassadeur arabe; le second ne voulut pas même l'admettre en sa présence (*]. Héraclius avait-il un va^ue pressentiment de l'avenir? Chosroës était-il déjà frappé de cet aveuglement qui précède la chute des rois ? Ces ambassades , envoyées vers les différents souverains, sont les premiers actes de Mahomet à l'extérieur. Elles affectent, il est vrai, la forme de la prédication ; elles annoncent une foi nouvelle; elles essayent de convertir les rois et les peuples; mais ce n'est là, eu réalité, qu'une apparence : au fond , elles ont un but tout politique , celui d'étudier le terrain, de sonder rame de chacun, et de disjoindre, autant que possible, les parties hétérogènes oui concouraient à former les deux grandes unités chancelantes de cette époque, l'empire byzantin et le royaume des Perses. Mahomet, en agissant ainsi, se montrait habile et prévoyant. Le peu de concordance qui existait dans le caractère des Arabes chrétiens et des Grecs de Syrie ne lui avait point échappé; la soumission vague et capricieuse des Ghassanides aux ordres de Tempereur de Constantinople , et surtout Tesprit d'indépendance et de domination a la fois de ces peuplades méridionales, lui firent compter sur des alliés aussi douteux, sur des tributaires aussi turbulents d'Héraclius.

Il ne s'agissnit donc que de trouver un prétexte pour se mettre en rapport avec eux : la proiagande religieuse était le meilleur de tous. Aussi , c est auprès des tribus syriennes qu'il expédie ses plus adroits partisans. Uu clief des Ghassanides, se croyant menacé dans son autorité par cette puissance incounue qui surgit du désert, rassemble des troupes pour, se défendre. Mahomet sVn inquiète à peine, et continue ses tentatives sur d'autres points. Eufin, la méfiame contre le nouveau prophète gagne de proche en proche ; mais en même temps, comme on le verra plus tard, son iniluence s'ac* croît sur certains groupes d'hommes ,

(*) Voyez Ockley, Histoire des Sarrasins.

L*UN1VERS

sur les plus impatients du joug romain, sur les plus audacieux, sur les plus actifs. Un descendant de la race des rois de la frontière de Syrie , allié à la famille des émirs de Ghassan, commet un crime:

il assassine renvoyé du maître de THedjaz auprès du gouverneur de Bostra; c'en est assez pour allumer la guerre, que Mahomet appelait sans doute de tous èes vœux.

Mahomet a tout préparé , en vue de ce conAit , avec une patience et une suite dans sa conduite qui étonnent; il a excité secrètement les populations par la bouche de ses émissaires ; il a essayé sur les chefs l'effet de ses paroles élo* quentes, sur les crédules la puissance de sa mission divine , sur les ambitieux la promesse des conquêtes. Héraclius , au contraire , grâce à son esprit habituel de contradiction, ne s'est bientôt plus occupé de ceux qui en moins de sept années devaient le dépouiller de la Syrie tout entière. Durant sa promenade triomphale à travers son empire, après ses victoires sur Chosroës , il n'a fait attention , dans les pays qu'il parcourait, qu'à l'enthousiasme de commande dont il était l'objet. Que lui importent ces Sarrasins qui errent sur les confins asiatiques de ses immenses possessions ! Il laisse ses intendants leur refuser la solde qu'ils ont gagnée dans leurs derniers combats; il permet qu'on les insulte, lorsqu'ils réclament à plusieurs reprises ce qui leur est dû comme prix de leur sang. Il institue une fête religieuse à Jérusalem, en y rapportant le bois de la sainte croix ; il s'abandonne aux festins et aux jeux dans la molle et charmante Émèse; mais quant à Bostra, la ville de guerre, il n'a que faire de la visiter; quant aux autres places de la Palestine, il n'ira pas s'engager dans des sables brûlants pour les inspecter l'une après l'autre (*). C'est qu'aussi maintenant il ne s'imagine plusqu'on puisse jamais rien avoir a craindre de cette coalition de tribus qui s'agitent dans le désert. Aussi, s'informe-t-il à peine, une fois retourné dans sa capitale, de ce qui se passe au fond de la Syrie. Il faudra des coups de foudre pour le réveiller; mais ces coups de foudre l'épouvanteront tel-

f*) Voyez Nicéphore.

lement, qu'il se sentira incapable d'en éviter les atteintes.

PREMIÈRES HOSTILITÉS EIITBE LES ÀHABES ET LES BOUAINS.

Cependant, Mahomet avait rassemblé trois mille de ses compagnons les mieux éprouvés; et leur ayant donné pour chef son cher affranchi Zaîd, le premier qui crut à la parole inspirée du prophète, il les lança vers la Syrie, bien sûr qu'il était que Tindolent Héraclius ne saurait leur opposer que des soldats faciles à vaincre. Cette petite troupe déterminée entra avec résolution en Syrie, et aux environs de Moutah, elle joignit une armée romaine , considérable, si l'on en croit les historiens musulmans, fort supérieure en nombre aux soldats du prophète, au dire même des écrivains grecs. Ce premier combat de llslam fut assez brillant pour qu'on n'attribuât

3u'au fanatisme l'impétuosité héroïque es Mahométans. Zaîd, à la tête de tous les siens, se précipita au milieu de ses ennemis avec une énergie et une ardeur admirables. Il fut tue. Djaafar, cousin de Mahomet, saisit alors l'étendard de rislam que Zaîd avait laissé échapper de ses mains mourantes. Djaafar reçut •cinquante blessures sans tomber; il perdit tour à tour la main droite et la main gauche, sans quitter son drapeau qu'il ' appuyait contre sa poitrine avec ses moi- ' gnons sanglants; un dernier coup de ' sabre , qui lui fendit le crâne , lui fit seul ^ abandonner le commandement avec la ' vie. Abd- Allah, fils de Rawahah ,j*eprit I ce commandement et mourut à son tour, { après avoir donné un nouvel exemple de courage et de persévérance Enfin, Khaled, le plus jeune, sinon le moins vaillant des chefs arabes, voyant que ses compagnons décimés allaient se résoudre à la retraite, les rallie, les exhorte, les enflamme; et, entreprenant une attaque désespérée, il rejoint les Romains avec plus de fureur quejamais, les étonne, les fatigue, les débande et les met i en déroute.

Après avoir poursuivi les fuyards jusque dans les ténèbres, Khaled ne s'arrêta aue quand ils s'arrêtèrent; et, après avoir onné le jour de la bataille tant de preuves d'intrépidité, il en donna le lende-

marn de rose et d'habileté militaires.

Tout vaincus qu'ils fussent, les Romains étaient encore supérieurs en nombre à leurs vainqueurs. Kbaled sentit ce grave inconvénient, et voici comment il y para : dès l'aurore, il reconnut le terrain; et. comme ce terrain ne manquait ni de mouvements ni de végétations , et se prêtait merveilleusement au stratagème qu'il avait imaginé, il fit faire à sa troupe mille évolutions, afin de donner le change aux Romains. Ceux-ci crurent, en effets que de nombreux ren* forts étaient arrivés aux Musulmans pendant la nuit, et comme ils étaient déjà accablés sous la lassitude et le désespoir, ils s'épouvantèrent facilement, et s'échappèrent pèle mêle vers les mon^ tagnes voisines. Khaled tomba sur eux, en atteignit un grand nombre, et les massacra sans pitié, si bien que la plaine en demeura toute baignée de sang et toute couverte de cadavres. Les bagages des Romains restèrent entre les mains des Musulmans : ils les pillèrent; mais, sans pousser plus avant, ils s'en retournèrent en Arabie avec leur riche butin.

Cette agression, aussi prompte que hardie, n'eut point sans doute un résultat immédiat; mais elle fit connaître aux soldats de Mahomet leur supériorité sur ceuxd'lléraclius; elle augmenta le lustre d'un chef déjà renommé et (]ui avait précédemment mérité le beau titre parmi les siens de Saïf-JUah, l'épée de Dieu; elle apprit la guerre contre les masses à des hommes qui jusque-là n'avaient eu à déployer leur courage que contre quelques gros d'ennemis , et oui D avaient encore lutté qu'individuellement. Les Grecs, comme toujours, ont cherché à diminuer l'importance de ce premier exploit des Arabes; à les eu croire, un certain Théodore, lieutenant du gouverneur de Palestine, aurait taillé en pièces les troupes de Mahomet, et Khaled aurait seul échappé au carnage.

Mais ce qui peut faire douter de la véracité des annalistes oHiciels de TEmpire, c'est que dès l'année suivante, 630, les Grecs rassemblèrent une armée pour fondre sur l'Arabie. Si le combat de Moutah eût été favorable aux Grecs , ils n'eussent pas à coup sûr songé à se mettre en dépenses d'hommes et d'argent

pour tirer vengeance d'une invasion sans succès.Ils étaient accoutumés, d'ailleurs, à ces courses de barbares jusque sous les mur? de leurs villes frontières, et tant

Su'ils étaient sûrs de les réprimer, ils ne évaient point sans doute s'en préoccuper vivement. Aussi, croyons-nous que l'expédition des Grecs contre l'Arabie, longuement et sérieusement projetée, était une revanche militaire, et non une simple répression de police internationale.

Les préparatifs des Romains, du reste, leurjportèrent malheur, et furent une grave faute oui ne peut rencontrer son excuse que dans l'orgueil national blessé par la défaite de Moutah. Maho* met y en effet, trouva dans l'intention des Syriens le motif d'une levée d'hommes considérable. Il s'agissait cette fois de repousser l'invasion étrangère, et de punir de leur audace d'insolents ennemis. Trente mille Musulmans, enflammés par les discours du prophète et par ses promesses tout à la fois terrestres et religieuses, le pillage pour les vivants et le paradis pour les morts, se réunirent autour de lui, et affrontèrent, avec une constance inébranlable, les difficultés d'une longue et pénible route. Cette marche rapide intimida les Romains.

Ils laissèrent Mahomet s'avancer jusqu'à Tabouk , lieu situé à la même distance de Médine que de Damas. C'était présenter hardiment la bataille que de camper ainsi entre les deux pays, à moitié chemin des deux capitales. Pourquoi donc les Grecs , s'ils n'avaient pas encore éprouvé la force des armes arabes, aurdient-ils ainsi refusé d'en venir aux mains? Preuve nouvelle qu'ils avaient été battus à Moutah.

Cependant, sans combat, sans victoire, Mahomet en arriva à ses fins : il avait réuni la plus puissante armée qu'il posséda jamais, dix mille cavaliers et vingt mille fantassins; il les avait éprouvés de toutes façons. Dix jours de marche consécutifs dans le désert n'avaient point épuisé leurs forces; les traits brûlants du soleil n'avaient point abattu leur courage; la soif et la faim n'avaient point lassé leur j>a.tience. Sobriété, énergie, persévérance, voilà les conquêtes que Mahomet avait fait faire à son peuple dans cette expédition sans

L'UNIVERS

bénéfice pour des yeax vulgaires. A Tabouk, ce n'étaient plus des tribus réunies qui campaient , c*était une nation.

Aussi , la seule présence de cette armée, toute dévouée à son chef, toute confiante en son avenir, tout assurée de sa fone, produisit des miracles pour la cause musulmane. Plusieurs princes envoyèrent des députés au camp de Mahomet; plusieurs vilies de Syrie vinrent sollii-i er sa protection. Youhanna, fils de Raubah, maître «le la ville d'Aîîath, s'en vint, de l'extrémité du golfe Arabique, lui offir son hommage, et 8*engagi'a à lui payer un tribut annuel de trois mille dinars (pièces d'or.) Les cités syriennes lie Djara et d'Adraa lui propo.s'èrent aus^'i un tribut de deux cents dinars. Déjà l'un des préceptes du Koran était appliqué : ceux qui ne se faisaient pas Musulmans s'engageaient à payer leur indépendance religieuse, tout en reconnaissant la suzeraineté politique de l'empire des Ar.bes.

Il faut remarquer ici la prudence de Mahomet, et reconnaître que sa longue station hostile sur les terres de l'empire byzantin est pf ut-étre l'acte le plus habile et le plus sage de toute sa vie. Un conquérant ordinaire edt poussé en avant; mais alors la destinée de l'Arabie était remise à la chance des armes : une bataille perdue détruisait tout le prestige de la nouvelle nation ; des hommes, tout redoutables qu'ils fussent un à un, n'inspiraient plus de craintes sérieuses, si on les pouvait vaincre réunis. Jusqu'alors les Arabes n'avaient passé que pour de hardis aventuriers ; leurs excursions étaient aussi rapides que désastreuses; ils fHllaient, mais n'envahissaient pas:

semblables aux torrents de leurs montagnes, on les voyait fondre en hiver du sud au nord , détruire tout sur leur passage ; mais , au bout de quelques mois de dévastation, ils allaient s'engouffrer dans le désert comme les torrents dans les abîmes. Mahomet voulut faire une armée régulière de ces bandes indisciplinées, comme i) avait déjà fait une société unique de tant de tribus ennemies : il réussit au delà de ses souhaits. Aussi, ne voulut-il pasr exposer cette première armée aux hasards d'uneinvasion hâtive.

Les Arabes, dans leurs expéditions, ne devaient pas procéder comme les bar-

bares des plaines septentridnales : ils n'avaient pas , comme ces derniers, des masses renaissantes derrière eux; ils ne pouvaient pas amonceler impnnén>ent devant leurs pas les cadavres de leurs frères; ils ne devaient pas abandonner à toujours le pays dont ils sortaient, la contrée bénie qui contenait , selon la parole du prophète , les deux villes saintes par excellence, la Mekke et Médine Les Arabes étaient peu nombreux, il leur fallait conquérir et non éniigrer ; il leur fallait se créer avant tout des prosélytes ; et, comme ils portaient avec eux leur tjvre saint et leur code, «il leur fallait constituer plutôt que vaincre, convertir plutôt que tuer. Mahomet traça donc*à Tabouk la conduite que devait suivre sa nation dans l'avenir : il inspira par son attitude menaçante une terreur qui lui fut tout avantageu'^e , et préféra gagner des adhérents que de s^emparer de quelques villages. Excellente tactique, qui lui permit de retourner dans rHedja2 plus fort et mieux consolidé que jamais.

Ce grand fait accompli, Mahomet pouvait mourir , son œuvre était achevée.

Depuis longtemps déjà il ne vivait plus que par la tête. Un empoisonnement, combattu assez à temps pour n'être pas immédiatement mortel , avait miné sa santé et augmenté encore sa maladie habituelle, l'épilepsie (*). La lumière de son corps alla dès lors toujours en vacillaiït Jusqu'à ce qu'elle s'éteignit complètement le 8 juin 632. Héradkis, un instant, put se croire délivré d'un rival inquiétant, du seul chef capable de mener les Arabes à la victoire ; il dut un instant s'enorgueillir ; il dut se féliciter de tie s'être pas compromis en personne contre des adversaires indignes de sa majesté, contre de misérables cavaliers, à peine couverts d'un mauvais manteau de poil de chamelle, armés de lances, pour la plupart , faute d'épées; il dut se rendormir plus que jamais dans son indolente sécurité. Imprévoyant empereur qui avait laissé se fonder, dans quelquesunes de ses provinces, une autorité opposée à la sienne, qui avait traité une religion nouvelle comme une obscure hérésie, qui ne voyait qu'un homme mourir là où naissait une nation !

Dans la suite des âges, dans l'histoire (*) Voyez Àbou'ItMIa, Fie de Mohommed,

des peiq;)l68, la infériorité hamatne se manifeste sous des formes diverses; mais elle n'a jamais qu'on bot unique, la domination. Mahomet s'adresse à une motion, qa'îl forme lui-même, oui a toutes les qualités primitives , fenthousiasme ou plutôt Tardeur en toutes choses, l'ardeur guerrière, fardeur de propagande, Tardeur des jouissances matérielles.

Mahomet cherche donc la guerre; il invente une religion ; il promet à ses disciples des voluptés de toute sorte diins son cie*i comme sur la terre. Mjis est-ce là la seule cause de son prodigieux succès ? Non , ce succès tient aussi à la faiblesse de l'adversaire du prophète. Héraclius ne savait pas gouverner. Gouverner , c'est prévoir ; et Héraolius n'a cru à ta puissance des Arabes que lorsqu'ils eurent terminé la conquête de la Syrie tout entière. Gouverner, c'est savoir se servir des éléments qu'on possède; Héraclius, s'il ne trouvait parmi ses populations abâtardies ni vertu puissante, ni généreux élans, ni noble enthousiasme, pouvait y rencontrer du moins le sentiment de la conservation personnelle ou'il fallait exalter, relever, ennoblir par fa nécessité de l'union commune pour la défense du sol, de la famille, de la patrie. Ainsi, faute de génie dans son chef, voilà une grande nation asservie par une peuplade, voilà le nombre, la discipline, la puissance financière vaincus par une poignée d'hommes, sans art militaire , sans ressource d'aucune espèce, et qui, pour ainsi parler, ne trouve des armes et def vivres que chez ses ennemis. Et qu'oa ne dise pas qu'il n'y avait rien à faire avec les Grecs du Bas -Empire, et qu'Héraclius est assez grand pour avoir vaincu les Perses. Qu'importent les difficultés qu'on rencontre sur son chemin?

un empereur n'a de ^énie qu'autant Qu'il atteint son but. Heraclius , loin de I atteindre, n'en a pas même approché : s'il a sauvé quelques parties éloignées et sans importance de l'Asie Mineure, il a perdu sans espoir sa plus riche province orientale, la Syrie. Voyons maintenant avec quelle rapidité.

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