SUCCÈS RAPIDES DES A.BA.BB
Abou-Bekr, premier successeur de Mahomet, était un de ces chefs pasteurs ,
qn de ces patriarches des temps primitib qui inspirent à tous l'obéissance par le respect. Quoiqu*il edt rencontre bien des obstacles à son élévation au khalifat, malgré son grand âge et son dos courbé , il trouva encore en lui assez de fermeté pour remporter sur son redoutable compéfiteur, Ali, gendre de Mahomet.
Omar, d'ailleurs, cet autre vétéran des ferres saintes, appuya le choix d'Abou- Bekr, et devint bientôt son plus sOr et son plus habituel conseiller. Ces deux hommes , aussi prudents qu'énergiques , commencèrent par somnettre l'intérieur.
Du vivant même de Mahomet , une partie de l'Yémen avait cru à la parole prétendue prophétique d' A souad, une partie de l'Yémama à celle de Mozaïlania; l'exemple de Mahomet avait tenté ce^ deux imposteurs. Abou-Bekr sut les vaincre, quoiqu'ils fussent déjà asse; puissants, de même qu'il étoufta les r^ voltes contre la dîme.
L'Arabie une fois pacifiée, l'unité une fois imposée à toutes les croyances et à tous les intérêts, Abou-Bekr, se trouvait à la tête de cent viugt-quatre mille Musulmans , se crut maître de forces asse^ considérables pour entreprendre de^ conquêtes. Le vieux scheik du désert avait raison : ces cent vingt-quatre mille Musulmans valaient les quinze millions de Syriens. Jusque-là l'Islam avait eu des armées d'observation, pour aina dire, sur les frontières de la Syrie et de la Mésopotamie ; dès le commencement de l'année 633 ces armées combinèrent leurs mouvements et commencèrent des hostilités régulières et suivies.
Tandis que Khaled pénétrait dans l'Irak arabique (*), avec son impétuosité or<dinaire, Oçama entrait en Syrie. Ce qu'avait prévu le prophète , arriva : à mesure qu'Oi^ama avançait dans le pays, les Ar^r Des désertaient la cause des Grecs et venaient en foule grossir l'armée des Musulmans. Oçama pénétra jusuu 'à la ville d*Obna sans coup férir ; il la pilla, et s'en revint en Arabie avec des richesses nombreuses et des hommes de plus. Les deux tentatives d'AbouBekr ayant réussi sur l'Irak oomme sur la Syrie, il se dépidfi à une expédition générale, rassembla une armée nombreuse autour de Médin«,
(•) Voyez Théopbane.
L'UNIVERS
et IVahorta lonffuenoeot comme faisait Mahomet. Sa ngure austère et noble dans sa maigreur, son front élevé , son œil vif et profond donnaient à la parole de ce vieillard r^uelque chose de la puissance prophétique. Ses conseils étaient, d ailleurs , mêles de générosité et de barbarie ; s*il recommandait aux che/tde traiter leurs soldats comme des frères , aux soldats de combattre avec vaillance, Je mourir plutôt que de fuir, mais de ne tuer ni les vieillards , ni les enfants, ni les femmes, de ne détruire ni les palmiers, ni les blés , ni le bétail , il n'en désignait pas moins une race à la haine mortelle des Musulmans ; s'il consentait à épargner les moines chrétiens, il n'en pariait pas moins aussi d'extermination.
Voici la un du discours qu'on lui prête, et qu'il aurait adressé à Yézid , frère de Moawiah, qui fonda la dynastie des Ommiades : « Vous trouverez sur votre « route des hommes qui vivent en re- « traite, et nuise sont consacrés à Dieu ; « épargnez-les, eux et leurs monastères : « mais pour ces membres de la synago- « gue de satan , que vous reconnaîtrez à « leur tonsure , i^ndez-ieur la tête, et ne « leur faites point de quartier, à moins t qu'ils ne se fassent Musulmans, ou « qu'ils ne consentent à payer tribut. »
Siuels sont les membres de la synagogue c satan ? Sont-ce les Juifs ou les simples prêtres grecs? Toujours est-il que les Musulmans montrèrent tout d'abord plus d'aversion pour les Juifs que pour les Chrétiens, et qu'il en est encore ainsi aujourdliui dans toute l'étendue de l'empire ottoman.
Il partit d'abord d'Arabie vingt mille tommes seulement (*). Abou-Bekr^ malgré les avantages qu'avaient déjà remportés les Musulmans , ne se hâtait pas de frapper le coup décisif, et il voulait qu'une suite deeouibats brillants, de petites victoires productives, entraînât peu à peu tous les croyants et augmentât de jour en jour les nouveaux convertis.
Abou- Bekr avait bien calculé; patient et prudent comme tous les vieillards orientaux , il voulait que ses compatriotes sol- Hcitassenteux-mêmesThonneuretravantage d'aller guerroyer en Syrie. Il confia le commandement de son avant-garde à •AbouObaïda, homme grave, réfléchi,
(*) Voyez ElmaciD , Hist, sarac.
doux et généreux, plus capable encore de conquérir des prosélytes à l'Islam que des provinces à l'empire arabe. Ce dernier pourtant était aussi un soldat valeureux, un chef habile ; et il trouva bientôt l'occasion de le orouver.
Cependant Héraclius avait fini par s^cmouvoir quelque peu de l'audace croissante des Arabes ; et, comme si sa présence en Syrie devait seule suffire pour rétablir Tordre si fortement compromis, et faire reculer de téméraires aventuriers, il alla s'établir à Damas. Mais là, au lieu de réunir des troupes aguerries , au lieu de relever les esprits et de donner l'exemple de la prévoyance sinon du courage, il s'abandonna , dès son arrivée, aux plaisirs et à la dissipation , traita de mensonges ou d'exagérations les récits qu'on lui faisait de la bravoure et des progrès des Musulmans ; et, loin de leur opposer une digue puissante, il n'envoya contre eux qu'un vieillard , Sergius, et un simple détachement. Sergius était un de ces anciens soldats uses par les interminables guerres contre les Perses , et à qui on avait donné pour retraite le gouvernement de la ville de Césarée en Palestine. Il ne put donc former son corps d'observation que de Samaritains sans habitude des combats; et c'est à peine s'il put trouver trois cents Romains pour servir à la fois d'instructeurs et de chefs de file à ces quelques milliers de soldats inexpérimentés. Aussi qu'arriva-t-il? Ayant reconnu le nombre supérieur de ses ennemis, il lui fut impossible de se replier sur une forteresse", tant ses troupes se montrèrent incapables de marches rapides et continues.
Pour n'être point déshonoré par une débandade honteuse, il résolut donc de combattre , malgré des chances fort peu favorables. Ce tut dans les environs de Thadoun, non loin de Gaza, que Sergius se trouva entouré par les Arabes, et qu'il les attaqua en désespoir de cause. Mais, malgré le courage personnel qu'il déploya , sa troupe céda de toutes parts , fut taillée en pièces ; et blessé grièvement, démonté à deux fois , le malheureux Sergius se laissa prendre, quoiqu'il connût la haine implacable que lui portaient les Arabes. C'était lui , en effet, qui , comme l'un des gouverneurs de la frontière, avait été chargé de mettre à exécution
Tordre impérial qui défeodait aux tribus soumises a i'eiiipire byzantin de commercer avec leurs frères de THedjaz et de PTémen. Cet in soient et tyramiique interdit avait violemment irrité les Ara« bes ; et malgré les ordres de clémence de leur chef Al)ou-Obaïda, malgré les recommandations généreuses de leur khalife, les Musulmans se vengèrent de Sergius de la façon la plus cruelle en le cousant dans uue peau de chameau nouvellement tué qu'ils exposèrent au soleil , et qui , en se desséchant peu à peu , Gt subir un supplice aussi horrible que prolongé au malheureux gouverneur de Gésarée.
A peine eut- on appris à Médine les premiers succès de Pavant-sarde mahométane, que chacun voulut prendre part à une expédition qui promettait a ta fois une gloire assurée et un riche butin. On vint de toutes parts réclamera Abou-Bekr la faveur aatler rejoindre le corps d'armée d'Abou-Obaïda.
C'était là la manifestation générale que le khalife attendait, et qui lui garantissait Fenthousiasme et le dévouement de ses troupes. Une nouvelle masse d^Arabes entra donc en Syrie, en même temps que les soldats de Khaled recevaient l'ordre, après leurs courses victorieuses à travers le royaume de Hira , de se réunir aux forces déjà si nombreuses des Musuhuans. Héraclius fut-il enfin éclairé par les mouvements divers de ses ennemis? Fut-il convaincu cette fois qu'il ne s'agissait plus d'une incursion momentanée , mais bien d'une invasion en règle, longuement mûrie et prudemment combinée? Pas encore; car, loin d'opposer des masses contre des masses, une armée à une armée, il laissa les gouverneurs de ses places fortes se tirer comme ils pourraient de ce danger, et à peine leur envoya-t-il quelques secours insignifiants.
Cependant , Abou-Obalda ne montrait pas seulement du courage, mais de l'habileté militaire. Pour assurer un centre à ses opérations futures , il résolut de s'emparer d'une ville fortifiée, florissante, qui lui offrît en même temps un point d'appui et un lieu de ravitaillement. Dans cette intention il alla mettre le siège devant Bostra , située sur la route de Damas , à trente lieues sud de cette capitale , et qui com-
mandait les plaines fertiles du Hauran.
Il paraît qu*faéraclius n'avait pas seulement abandonné ses villes frontières , mais qu'il en avait encore très-mal choisi les gouverneurs. Celui de Bostra , par exemple, qbi s'appelait Romain , à l'approche de l'armée qui le men.içait, commença à s'inquiéter vivement, et s'en alla* vers les premiers postes des ennemis traiter de la livraison de la ville , sous le prétexte de savoir ce que les Arabes venaient faire sur les possessions byzantines.
On reçut tout d'abord Romain avec hauteur et mépris dans le camp des Musulmans; et il lui fut répondu qu'on venait apporter aux habitants de Bostra ou le paradis ou C enfer. Déterminezvou.% ajoutait - on, à vous faire mahométans, ou à payer le tribut, ou à moU' rir, Romain, dont ce langage hnrdl avait augmenté la frayeur, fit auprès de ses concitoyens les efforts les plus grands pour les engager à payer le tribut. On repoussa ce conseil pusillanime; on s'exhorta à la défense , on s'arma ; et le lâche gouverneur fut obligé de sortir de la ville avec ses douze mille cavaliers de garnison et une troupe assez forte d'infanterie , composée du plus grand nombre des habitants de Bostra. Alors se Eassa une comédie aussi étrange que onteuse.
Romain , profitant de la coutume encore en vigueur des combats singuliers entre les chefs d'armée, précipita son cheval au galop, s'avança seul vers les lignes ennemies, et appela Khaled , qu'il savait commander l'avant-garde arabe.
Ce dernier piqua des deux de son côté, approcha de son adversaire; mais, au lieu d*une provocation, il en entendit la proposition suivante : « Je désire depuis « longtemps , lui dit le fourbe Byzantin, « embrasser votre religion , et j'ai donné « le même conseil aux habitants de « Bostra ; mais, au lieu de les persuader, u je n'ai fait que m'attirer leur haine : « accordez-nous encore quelques jours , « je vais retourner dans la ville , et re- « nouveler mes efforts pour les engager « à se rendre. » Khaled promit à ce traître, s'il se déclarait musulman, de lui conserver tous ses biens personnels selon les prescriptions de la loi mahométane. Alors Romain, qui, tout en
LTTNÎVERS.
faisant bon marché de 9on honneur, voulait acquérir une réputation de vaillance, demanda à Khaled de simuler entre eux un combat, afin d'en imposer plus facilement aux habitants.de Bostra.
khaled accepta cette offre; mais, soit qu*il voulût prouver son mépris à t*hvpocrite gouverneur, soit qu'il ne piit calmer son impétuosité naturelle, il porta â Romain de si rudes coups, tout en épargnant sa vie, ainsi qu'il était convenu, que celui-ci , tout meurtri, fut obligé de s'enfuir, et perdit ainsi ie bénéfice de son ignoble tromperie.
Malgré ses nouveaux efforts, Romain ne parvint pas à faire abandonner les armes à ses concitoyens; bien, au contraire, à ses discours déshonorants on ne répondit que par des injures, par un soulèvement , et par le choix d'un autre chef. Malheureusement ce nouveau commandant voulut trop tôt se rendre digne des suffrages de la multitude. Il alla imprudemment défier un des chefs de l'armée arabe. Abd-Er-Rahman , fils d'AbouBekr, répondit à son appel , et le chargea avec tant de vigueur qu'il le mit en fuite , comme Khaled avait fait de Romain. Ce premier échec fut suivi d'un autre beaucoup plus grave. Les deux armées en étant venues aux mains, les Grecs, malgré leurs charges réitérées, furent battus et repoussés dans la ville, dont les hautes murailles devinrent désormais leur seule chance de salut.
Le siège de Bostra , du reste , aurait pu durer longtemps , tant les fortiûcations étaient solides, tant la terreur qu'inspiraient les JVlahométans avait excité le courage de chacun ; mais Romains, bafoué, honni, emprisonné dans sa maison, songeait non-seulement à sauver sa teto et sa fortune, mais encore à se venger. Pour arriver plus vite à ses 6ns criminelles, il eut l'infamie de passer plusieurs jours à percer la partie des murs de la ville qui donnait sur son jardin, et, cela fait, d'envoyer un émissaire chercher les Arabes. Ceuxci s'étant introduits chez l'ancien gouverneur, y trouvèrent des costumes semblables aux costumes des Grecs, et, d'après les indications de Romain, les uns se répandirent dans certains quartiers de la ville, tandis que les autres s'en allèrent surprendre ie château prin-
cipal. Pais, à un sî^al donné, le combat commença sur plusieurs points à la fois, les portes furent ouvertes, et i^armée entière des Arabes se précipita d^ins la ville. Bientôt les Musulmans vainqueurs mirent à mort tous ceux qui ne demandèrent pas l'aman (le pardon) et qui ne s'engagèrent pas à payer le kharadj (le rachat de leur tête).
Une partie seulement de l'armée mahométane avait été employée au siège de Bostra ; un autre corps , sous lecojnmandementd'Amrou-Ben-lil-As, était resté en arrière, avec l'ordre d'assiéger Gaza. Ici se passa un de ces actes qui prou\ent la hardiesse et la confiance en soi qui faisaient la puissance des Arabes. A l'apparition des Musulmans devant la place, le gouverneur grec voulut obtenir une conférence avec l'un des chefs de l'armée ennemie. Aussitôt Amrou lui-même pénétra dans la ville, et se présenta au gouverneur. Celui-ci lui ayant demandé ce qui amenait les Mahométans devant les murs de Gaza, le chef arabe lui répondit : « L'or- « dre de Dieu et de notre maître. Si « vous embrassez notre religion , vous « deviendrez nos frères. Si vous voulez « conserver la vôtre, engagez- vous à « nous payer à perpétuité un tribut « annuel, et nous vous défendrons cou- « tre vos ennemis. Autrement , il n'y « aura que l'épée entre vous et nous. » A ces paroles si fières, le gouverneur se douta qu'il avait affaire aii chef mémç des troupes agressives, et ordonna immédiatement qu'on le mît à mort à sa sortie de la ville. Cette intention, si odieusement contraire aux lois de la guerre, ne fut pas suivie d'exécution, grâce à la présence d'esprit du compagnon d'Amrou qui s'appelait AVardan (*).
Cet ancien esclave, d'origine arménienne, comprenait la langue grecque ; et aussitôt il traduisit en arabe à son chef l'ordre infâme que venait de doader le gouverneur de Gaza. Alors Amrou, tout en conservant son impassibilité première prononça , en se retirant, les paroles suivantes : « Seigneur, je ne « suis que le dernier des dix capitaines « qui commandent l'armée. Cest par « leur ordre que je vous parle. Ils sou-
(*) Voyez Hamaker.
t hatart vonr tous ensemble pour Urai- • ter arce yous, si je leur porte ua « sauf-eonduit de votre part. » A eei mots, le oauvemenr, toiQours perfide, mais vouTaot ao débarrasser à la foie des dix capitaînef dont oo lui parlait, renonça à Tassassinat d'Amrou, et le laissa tranquillemeat rejoindre son ar* met. Après quelques jours d^attente, furieux d^avoir été joué par un barbare, ~ le gouverneur de Ga/a sortit avec toute sa garnison pour aller fondre sur les Arabes. Ceux-ci le laissèrent épuiser sa première furie, lui coupèrent la retraite, et, Tattaquaut ensuite de tous eotés, écrasèrent ses meilleures troupes, mirent en déroute le reste, et poursuivirent les fuyards jusqu*aux murs de Jénisalein, où ils trouvèrent heureusement un refuge. Les Arabes, après cette victoire, retournèrent sur leurs pas, et s'emparèrent facilement d'une ville qui n'avait plus ni garnison ni gouverneur.
Une fois possesseurs de Gaza et de Bostra, ies defs de l'occident et de lorient de la Syrie méridionale, les Musulmans tournèrent Damas comme ils avaient tourné Jérusalem , et se dirigeant vers le nord-est, se rendirent maîtres successivement de Tadmor (Taneienne Palmyre), de Soknah, au nord de Tadmor, et deRakkah, place forte sur TEuphrate. Ainsi, dans leur première campagne, les Arabes avaient déjà enlevé aux Romains cinq villes importantes; les eommunieations leur étaient ouvertes avec leur pays par deux côtés différents, par Gaza et par Bostra; et, grâce à leurs possessions dans le nord , ils pouvaient dorénavant isoler Damas , enipéclier le facile ravitaillement de cette capitale, et l'assiéger avec toutes les chances de succès (*).
Héractius ouvrit enfin les yeux ; mais ii était trop tard. Les Syriens, efjfrayés de la rapidité des conquêtes de rislim, s'enfuyaient de toutes parts , abandonnaient leurs champs dévastés, quittaient leurs villages et s'allaient renfermer dans les places fortes du sud et du littoral. Les Arabes, jadis tributaires des Romains , s^étaient presque tous faits musulmans. Plus de cavalerie légère à opposer aux Irruptions qui allaient dorénavant se Succéder sans intervalle ;
n Voyez Wakédy, Conquête de la Syrie.
plus de secours à espérer de la Syrie méridionale, dont la majeure partie d'alliée était devenue hostile ; des gar«> Disons en prison dans les villes qu'elles ^ devaient défendre, telles que les garnisons de Gesarée» de Jérusalem, de ^éapolis, de Joppé et de Jéricho; des communications inquiétées entre les deux capitales syriennes, Antioche et Damas; les villes situées sur TOronte menacées par les attaques qui devaient leur venir de Tadmor, de Sokuah et de Rakkah ; enfln, le décoi.irageinent parmi les troupes , la terreur parmi les populations. Que fit Uéraelius dans une pa* reilie extrémité? Il quitta Damas, où 0 craignait pour sa sûreté, et suivit la foulé des fuyards à Autiodie.
SIÉGS DS DIMAS.
Aprè« tant d*éelairs , il fallait un coup de foudre. Pour que rislam imposât son autorité au reste dfs dissidents, épouvantât les monarques et courbât 1^ peuples sous son joug, il ne s'agissait point ne se borner a vaincre les petits rois de Hira et de Ghassan , à jeter la terreur parmi les populations liuiitro* phes; rheure de la conquête de l'Asie était venue, il fallait suivre l'entrâtnanie destinée. Abou-Bekr, tout phtbi* sique qu'il était, conservait dans les souffrances de son corps l'énergie de son âme; et ce fut encore lui qui poussa sa nation en avant, et qui ordonna le siège de Damas. Dès le mois de février chaque corps d'armée se mit en marche; les sept mille hommes d'Amrou s'unirent aux trente-sept mille d'Abou- Obaïda; et Khaled s'élança en avant avec quinze cents cavaliers aguerris, qui venaient de ravager la basse Mésopotamie. Contre cette formidable armée, Héraclius, toujours imprévoyant, n'envoya que cinq mille hommes, sous le commandement du plus bravache et du plus incapable des généraux. Les annalistes grecs n'ont pas même mentionné ce misérable chef, et Thi-v toire ne le connaît que sous le nom de Khalous, ainsi que les Arabes l'appelaient. Ce pitoyable courtisan, rencontrant à Balbek et à Emèse des populations terrifiées , les rassurait en leur annonçant qu'il s'en allait pourfendre
L'UNIVERS
ce Khaled redouté, et qu'uvant peu il rentrerait dans leurs murs avec la tête du barbare au bout de sa lance. Comme les Musulmans n'étaient pas encore arrivés devant Damas, il put y entrer.
Là, nouvelle fanfaronnade, nouvelle vanterie de sa part. Sa vanité Tamena même à disputer le commandement général de la ville à Ismaïl, le gouverneur. 11 perdit donc un temps précieux dans de ridicules disputes, au heu de se concerter avec cet Ismaïl, et préparer avec lui les moyens de défense C).
Bientôt parurent les Arabes; les troupes romaines sortirent immédiatement de Damas, se rangèrent en bataille devant leurs ennemis, et les masses se mesurèrent de l'œil , tandis que les chefs se provoquaient en luttes particulières.
L'un des plus intrépides Musulmims, Dhérar , fils d'Azwar, se lança tout seul contre les bataillons dama'squins, fcappa de mort six fantassins et quatre cavaliers, et s'en retourna sans blessure dans ies ranss de ses frères.
Abd-Er-Rhaman , ce fils valeureux du khalife Abou-Bekr, que nous avons déjà vu $e distinguer à Bostra, alla, de son côté, pro|)oser le déG à quiconque aurait l'audace de l'accepter. Les Grecs alors jetèrent les yeux sur leur vantard commandant ; et celui-ci se vit forcé de répondre au vœu impératif de son armée.
Mais Khalous, toujours vain, malgré soa effroi qu'il dissimule , semble dédaigner lajeunesse d' Abd-£r-Rhaman, et appelle Khaled à grands cris. Celui-ci s'avance ; Khalous l'injurie , le menace, excite son cheval, et se précipite au galop comme pour terrasser son ennemi.
Khaled n'eut qu'à lever sa lance , à en frapper une seule fois Khalous pour le démonter, et le saisir dans la poussière où il roulait. Le gouverneur Ismaïl voulut venger Khalous; mais il eut bientôt éprouvé le même sort. L'armée romaine se sentit découragée par la perte de ses deux chefs ; et elle rentra sans combattre dans les murs de Damas, 011 les Arabes lui jetèrent les têtes d'Ismaïl etde Khalous. N'était-ce pas là un véritable combat de l'Iliade? seulement si, d'un côté, se trouvaient un Achille et un Ajax, de l'autre il ne s'était présenté qu'un Thersite et un Oolon.
(*) Voyez Elmacin.
Les Damasquins avaient renoncé aux sorties; mais les Arabes, qui avaient appris des anciens auxiliaires d'Héraclius à se servir des machines de guerre, commencèrent, dès le lendemain, à battre la ville sur plusieurs points. Les Grecs, de plus en plus effrayés, envoyaient courrier sur courrier à leur empereur pour lui demander des secours.
Ces secours se firent attendre six semaines. Alors les habitants de Damas, croyant non sans raison qu'on les abandonnait ainsi qu'on avait fait de Bostra et de Paimyre, eurent la faiblesse d'offrir à Khaled mille onces d'or et deux cents habits de soie , s'il consentait à lever le siège, même temporairement.
Pusillanimité inutile! Damas était une trop belle proie pour que les Arabes en suspendissent la prise. Aussi fut-il répondu aux pressantes prières des Grecs que l'armée arabe, si elle était douée d'un invincible courage, ne manauait pas non plus de patience, qu'elle saurait bien abattre les murailles les plus fortes, et que, d'ailleurs, elle ne se retirerait qu'autant que les Damasquins se rendraient musulmans ou tributaires.
Cette première phase du siège de Damas fit faire à Héraclius de tardifs efforts. Il leva des troupes , et en confia le commandement à son frère Théodore, qui donna dans cette occasion les preuves d'une complète incapacité. Les historiens arabes élèvent jusqu'à cent mille hommes le chiffre de l'armée romaine; mais on a eu raison de le diminuer de moitié, en considérant le temps qu'avait perdu Héraclius au commencement de la campagne, les difficultés qu'il avait dû rencontrer dans la réunion de légions nombreuses à une des extrémités de son empire , et privé des ressour^j ces que lui auraient offertes Constantin nople et sa riche province. Toujours est-il qu*en se dirigeant à marches foF*j cées sur Damas, Théodore, avec sefl cinquante mille soldats, aurait pu sa] jeter dans la ville, et choisir son heui et son terrain pour combattre. Mail loin de là, avec la présomption ordinaire aux Byzantins , il crut qu'il n'ati rait qu'à paraître pour vaincre , ne si hâta aucnnenoent, et s'arrêta en soi chemin d^ns toutes les villes où il fl
SYRtË MODERNE.
et
donnait p<rar un prochain libérateur.
Ce turent les Arabes qui vinrent audevant de lui. Quelques cavaliers, sous la conduite de Dhérar, poussèrent jusqu'aux premières lignes de Théodore; et comme ils étaient en fort petit nom« bre, les Grecs, avec leurs masses, parvinrent à les entourer et à faire Dhérar prisonnier. Les Musulmans, émus de ta perte de leur chef, allaient se débander et fuir, lorsque Rafy , fils d'Omeïrah , Fuu des héros de la fameuse tribu de Tbay, remonta leur courage par ces paroles : « Quoi donc , avez-vous oublié « que quiconque tourne le dos à Ten* 0 nemi offense Dieu et son prophète?
« Retournez à la charge ; je marcherai de- « vant vous. QuMmporte que votre chef « soit mort ou prisonnier? Votre Dieu « est vivant , et il voit votre lâcheté. » A ces mots, la petite troupe arabe fondit de nouveau sur les urecs, et soutint intrépidement le combat jusqu'à l'arrivée de Khaled et de son corps d'armée (*).
Ce succès d'avant-garde, qui eût paru sans importance à un généra] expérimenté, augmenta à tel point la confiance de Théodore , que , sans faire reposer ses troupes, sans choisir son terrain , il marcha à la rencontre des Arabes. Son impétuosité n'était que factice, et elle s'amortit bientôt contre les rangs serrés des Musulmans. Puis , ceux-ci, s'élançant à leur tour contre les Grecs, les écrasèrent, les séparèrent, et les mirent en déroute complète. Durant cette bataille, qui s'était donnée dans un lieu appelé Gabatha , un détachement d'Arabes s'était élancé à la poursuite de l'escorte romaine qui emmenait Dhérar à Antioche. Cette escorte fut atteinte, taillée en pièces, et Dhérar, avec son libérateur Rafy, rejoignit Khaled , qui avait eu la prudence et l'habileté de retourner au siège de Damas, plutôt que de poursuivre inutilement les débris de l'armée ennemie. Après sa honteuse déroute , Théodore ne reparaît plus sur la scène. Quelques historiens prétendent qu'il fut tué à Gabatha ; d'autres disent qu'étant revenu à Antioche auprès d'Héraclius , il en fut naturellenient fort mal reçu , et que , dépouillé de ses grades , il fut reu-
(*) Voyez Théophaoe, Cedrenus et ockley.
voyé sans emploi à Constantinople.
Privé successivement de ses généraux , désillusionné sur son fîrère, Héraelius, qui baissait de jour en jour, et qui, au milieu de tant de désastres si inquiétants pour son empire , ne se tourmentait que de la jalousie que lui inspirait sa femme , n'eut pas le courage de se mettre lui-même à la tête d'une nouvelle armée. Avec les restes des bataillons vaincus de Théodore, avec quelques nouvelles levées hâtivement et misérablement faites, il crut encore qu'il pourrait sauver Damas. Seulement aucun général habile ne se présentait à son choix , et il se trouva dans la triste nécessité de confier l'honneur des aigles romaines à un étranger, à un certain Vahan, Perse d'origme. Le commandement en second fut donné à son sacellaire, Théodore Trithurius. Ces deux généraux se rendirent d'abord à Émèse, où ils trouvèrent tout ce <)u'on avait pu ramasser d'Arabes chrétiens sur les rivages de la Syrie; masse confuse, sans discipline et sans art militaire , et dont on pouvait craindre, d'ailleurs , la défection une fois en présence des Musulmans.
Cependant telle était la pénurie des Grecs, que ces bandes de soldats de toutes sortes de tribus formèrent un renfort de dix mille hommes, qu'on
Sça en avant de l'armée (*). Soit que deux généraux ne pussent s'entendre, soit qu'il fût dans la destinée des Grecs de commettre faute sur faute, loin de marcher ensemble sur Damas, Vahan et Trithurius se séparèrent en deux corps , et employèrent un temps précieux à combattre et à chasser devant eux tous les maraudeurs qu'ils rencontrèrent. Étant enfin arrivés devant Damas, un accident ridicule leur fit encore perdre des hommes. Le nouveau gouverneur de la ville, qui devait payer leur solde aux troupes impériales , chose fort nécessaire surtout pour les nombreux auxiliaires qu'on avait enrôlés , voulut manifester son mécontentement de rabandoii où l'on avait si longtemps laissé Damas , en différant de quelque temps le payement dont on l'avait chargé. Au bout d'une quinzaine seulement il s'exécuta ; mais au lieu d'aller pendant le jour au (*) Voyez EutycbiQsetEimacin.
L'UiaVËRS.
camp des Romains , il choisit une nuit noire, et se fit accooipagaer par une troupe nombreuse, avec force trompettes et instruments retentissants. A ce bruit inaccoutumé les Grecs, réveillés en sursaut , s'effrayèrent , et crurent à une surprise des Arabes. Il s'ensuivit donc ua tumulte et une confusion tels qu'un grand nombre de Grecs effarés se jetèreal et se noyèrent dans les eaux et la rivière El-Baradi, auprès de laquelle ét^iit placé leur camp.
La lenteur de la marche des deux corps de troupes romaines, la perte considérable de temps jusqu'aux porter marnes de Damas, permirent à Khaled de réunir toutes ses bandes dispersées, de demander à Abou-Bekretd'en recevoir des renforts, de tout préparer pour une lutte dernière et définitive. Le rendez-vous générai des Musulmans fut Ûxé à Adjnadin , lieu situé à quelques milles au sud de Damas. Pour se rendre à cet endroit Khaled et Abou-Obaïda furent forcés de se retirer de devant les murs de Damas. Cette sorte de retraite donna lieu à quelques combats qui méritent ici une courte mention. Deux Damasquins, jeunes gens pleins d'ardeur et de courage, tombèrent sur l'arrière^garde arabe, la firent reculer, et lui enlevèrent ses bagages. Malheu* reusement Khaled fut averti assez à temps pour rejoindre avec sa cavalerie les Grecs agresseurs. Or, l'un des deux ÎHtrép ides jeunes gens, nommé Paul, fut pris, tandis que son frère Pierre emmenait à Damas une assez grande quantité de femmes prisonnières. Ces femmes, du reste, se montrèrent les dignes compagnes des héros de l'Islam.
A la première halte que firent les troupes de Pierre, comnfe elles étaient enfermées seules dans des tentes , elles se saisirent des piquets de ces tentes , se serrèrent les unes contre les autres et tentèrent ainsi de rejoindre l'armée musulmane. L'étonnement des Grecs fht bientôt remplacé dans leur cœur par la colère; on se battit vigoureuse-, ment , et les héroïnes arabes se défendirent avec tant de bravoure que Khaled eut le temps d'arriver, de délivrer ces audacieuses femmes, et de massacrer leurs ravisseurs. Pierre et Paul eurent la tête tranchée, et sur six mille eava- «
iiers il n'en rentra jpas cent à Damas. Cest par de pareilles échaufiburées, c'est par des tentatives aussi imprudentes que malheureuses que les Damasquins perdaient de plus en plus des nommes, et que cette suite de revers leur étaient toute confiance en soi et tout espoir dans l'avenir.
^ Une fois toutes les troupes arabes réunies, Abou-Obaîda et Klialed s'avancèrent vers les Romains, qui, de leur côté, étaient venus au-devant de leurs ennemis. Les deux armées se rencontrèrent, versles derniers jours de juillet 633 , dans une plaine sablonneuse au sud de Damas. Les Musulmans étaient pleins d'enthousiasme; les femmes elles-mêmes voulurent s'armer et prendre part au combat. Leur offre fut acceptée; seulement on les plaça sur la dernière ligne de Tarméeavec 1 injonction de frapper de mort tous les fuyards. Yahan voulut faire <ks propositions de paix à Khaled et à Abou- Obaïda , mais, dans la disposition où se trouvaient leurs troupes, les chefs musulmans repoussèrenttoutaccommodement.
On s'apprêta donc à en venir aux mains ; et comme un vent assez violent s'était élevé gui poussait des tourbillons de poussière dans les yeux des Arabes, Khaled fit faire plusieurs mouvements à ses troupes pour tâcher de reprendre le vent à dos, et pour que les Musulmans ne trouvassent pas d'obstacles matériels au moment du choc général. Mais pendant que ces évolutions se faisaient, un bataillon d'habiles archers arméniens décimait les Arabes; ce que voyant, Khaled se décida à marcher en avant. Le choc des deux armées fut terrible, et ce fut bientôt une suite de combats corps à corps, où les Musulmans , prodigues de leur vie et açiles de leurs membres, commençaient a avoir l'avantage, lorsque le saceilaire impérial Trithurius offrit une suspension a'armes jusqu'au lendemain qui fut acceptée. luutilerép t! Maigre le repos de la nuit, les Chrétiens» à demi découragés, se défendirent a peine quelques heures après le lever du soleil. On les vit bientôt céder de toutes parts , particulièrement à l'aile commandée par Trithurjus ; enfin , avant midi, tous les bataillons romains étaient débandés, et le massacre commençait de tous cdtés(*). C) Yoyef Théopbaneflt Akoa'V landj.
QttoiftN l68 histoviaas bjrzaotins et arabes ne soieot d'accord m sur la date de cette bataille , ni sur le nom des chefs qui commandaient les Romains, ni sur les hostilités qui suivirent, nous n'en présumons pas moins que les généraux qui furent vaincus auprès d'Adjnadin sont les mêmes ^ue nous avons vus partir en dernier lieu d'Antioche, arriver après une suite d^escarniouches jusqu'auprès de Damas, et demeurer là près d'un mois en attendant la solde de leurs troupes. 11 n'est pas probable, en effet, que les deux chefs que nous avons nommés aient été révoqués avant d'avoir livré une grande bataille, ou qu'ils tussent rentrés dans l'intérieur de l'empire sans avoir joué La partie, sans avoir tenté de sauver une capitale.
Toujours est-il que deux fortes armées furent détruites par les Arabes , de février à juillet 693 , et qu'ils se retrouvèrent au commencement d'août de la même année devant les murs de Damas, cette malheureuse cité plus faible et plus découragée que jamais. Déjà , les plus abattus parlaient de se rendre, lorsque les derniers efforts d'un homme de cœur prolongèrent encore quel(|ue peu l'agonie de la plaee. Cet homme, nommé Thomas « et qui était gendre de l'empereur, quoique sans titre militaire et sans emploi positif, invoqua avec tant d'éloquenee la religion et l'honneur,
2uMl put, pour un instant, réveiller les ^amasquins de leur engourdissement désespéré. Puis , joiKuant l'exemple aux préceptes « il se mit à la tête des plus braves ; il entreprit une vigoureuse sortie, et revint avec un œil crevé d'un coup de flèche f mais ayant rendu quelque espoir aux assiégés. Le courage est coûimunicatif ; d'autres partisans hardis se rencontrèrent qui firent encore deux sorties sanglantes.
Malheureusement la moitié de la garnison et des habitants perdit la vie dans ces luttes partielles et sans fruits; et eomme aucun secours ne venait plus, on fut contraint de deniander une suspension d'armes pour traiter de la reddition de la place. Khaled la refusa , Abou-Obaïda l'accorda.
Alors se passa un fait aussi étrange que d^lorable. On rendit la ville à Abou-Obaïda , moyennant la vie sauve
des habitants, la conservation de sept églises , et la tolérance du culte chrétien; tandis que Khaled, sur un autre point, combattait toujours et avee une vigueur croissante. Puis il se trouva qu'au même moment où Abou-Obaîda entrait pacifiquement dans Damas, dont on lui avait ouvert une des portes, Rbaled y pénétrait par une brécl^, et la parcourait le sabre à la main , massacrant tous les malheureux qui se présentaient devant lui. Les deux troupes se rejoignirent ao milieu de la ville»
Rhaled , exalté par le sang qu'il avait déjà répandu à flots , voulut continuer le carnage; il s'emporta , il rugit comme un tigre a qui on veut arracher sa proie, et ce ne fut qu'à force de prières et d'é-» nergie tout ensemble qu Abou-Obaïda put désarmer sa rage. Qu'importe l'in* trépidité de ce Khaled tant vanté , son atroce férocité le déshonore à jamais!
FBOOHàS Dfi 'P1AS9 BU PLUS BAPIDM BBS ABABBS.
L'Islam, comme une marée montante, avait déjà envahi ta moitié de la Syrie ; ses flots se pressaient de plu» en plus, et s'ils semblaient se retirer parinstants, c'était pour revenir ensuite
Êius puissants et s^étendre plus loin, [éraclius ne songeait déjà plus à opposer une digue à ces formidables vagues humaines , et cet empereur déchu , cet indolent et pauvre monarque , lorsqu'on lui apprit la reddition de Damas, ne trouva rien autre chose à dire que cette parole désespérée : j4dieu la Syrie ( * ), rien autre chose à faire que cette action pusillanime, s'enfuir à Constantinople.
C'en était fait, l'Empire romain, dans une de ses crises capitales , avait à souffrir le plus funeste des interrègnes, celui de la lâcheté.
Une des plus douloureuses remarques que l'histoire ait à faire, c'est que les nations douces et inoffensives sont presque constamment vaincues, et que les nations cruelles et avides l'emportent toujours , par la vigueur même de leurs mauvaises passions. Ainsi
n Tons les historiens orientaux 8'aocordeDl pour rapporter ce propos d*Héraclius. Voyez lalot-MarUD, notes sur Phiitoire deUbeaa
LUNIVERS.
fut41 des Syriens, ainsi des Arabes.
Loin de racheter par leur magnanimité Tinjustice de leur agression, les Arabes se montrèrent aussi perfides que féroces. Dans la capitulation qui leur avait livré Damas, les chefs musulmans avaient donné trois jourà aux familles chrétiennes pour se retirer. Ce ne fut d'abord que larmes et désolation; des femmes éplorées s'en allaient à pied par le^ campagnes avec leurs enfants dans les bras, des vieillards avec leur or. Mais à peine les émigrés de Damas furent-ils parvenus aux premières collinesde P Anti-Liban que Khaled résolut de les poursuivre. Pour ajouter encore la dissimulation à la mauvaise foi, pour que son méchant coup ne fût pas entravé par la rencontre de troupes grecques , il fit vêtir à ses quatre mille compagnons le costume des Arabes chrétiens, qui étaient encore restés fidèles à Tempire byzantin. A la faveur de ce déguisement, les Musulmans purent passer librement à travers les possessions romaines; et, comme ils n'inspiraient de loin aucune défiance, les malheureux fugitifs, qu'ils atteignirent près de Laodicée, les laissèrent approcher sans se mettre en défense, et lurent dès lors facilement vaincus.
Thomas , le dernier héros de Damas, qui se trouvait parmi les émigrés , eut beau faire des prodiges de valeur , les hommes qu'il commandait, embarrassés par la masse des bagages et par le grand nombre de femmes et d'eofants qui les entouraient, ne purent longtemps lutter contre les quatre mille solaats de Khaled, montés sur d'excellents chevaux, et furent tués un par un jusqu'au dernier. Alors les Arabes, au lieu de se borner à piller les richesses qu'ils avaient vues avec tant de regret partir de Damas, massacrèrent impitoyablement tous les Chrétiens, sans épargner ni le sexe ni l'âge. Cette soif du sang humain est aussi atroce que le mépris des traités est infâme; et ce qui prouve à quel point de cruel abrutissement les peuplades arabes en étaient encore, c'est que, malgré les prescriptions de leur prophète, les recommandations de leur khalife, les prières d'un de leurs généraux, Abou-Obaïda, il leur suffisait d*une mauvaise excitation pour revenir
à leur nature sauvage , pour s'abandonner à leur instinct sanguinaire.
Pour réprimer la férocité native des Arabes il eût fallu plusieurs chefs aussi énergiques qu'humains : Mahomet n'avait fait qu*ébaucher leur apprivoisement; Abou-Bekr ne vécut pas assez longtemps pour achever l'œuvre du prophète. Ce khalife mourut, en effet, le jour même de la prise de Damas, après un règne de deux ans , deux mois et dix jours. On loue avec raison la noblesse du caractère, l'austérité des mœurs , et surtout l'inaltérable intégrité d' Abou- Bekr. Il possédait les deux grandes qualités qui donnent toujours aux hommes une incontestable supériorité sur leurs semblables, le mépris de la mort et le mépris de l'argent. Aussi prodigue de sa vie dans les premières luttes de rislain que désintéressé dans ses premières victoires, il s'était montré brave dans sa jeunesse , dans sa vieillesse il fut un modèle de simplicité patriarcale. Des innombrables butins qu'on lui envoyait de tous côtés, il fit des distributions égales aux gens de guerre et aux gens de plume ; et, malgré l'accroissement progressif du trésor musulman, il ne s'attribua jamais que trois dirhems par jour, environ cinquante sous de notre monnaie. Cette modique somme dépassait encore ses modestes besoins ; et tout ce qu'il épargnait, il le distribuait en aumônes, si bien qu'il ne laissa à son fils Abd-Er-Rhaman, déjà illustre, qu'un manteau , un chameau et un esclave (*).
Abou-Bekr avait désigné Omar pour son successeur. Celui-ci avait d'abord refusé la dignité qu'on lui offrait , déclarant dans son noble désintéressement qu'il n'en avait pas besoin : Je le sais bien, M répondit le khalife mourant, mais cette dignité a besoin de toi. Omar justifia en partie, mais exclusivement au point de vue arabe, la hatite opinion qu'en avait conçue Abou-Bekr. Plus rigide que ce dernier, violent par accès, inexorable dans sa justice comme dans sa vengeance, il montra la droiture et l'énergie de la puissance: s'il possédait l'inilexibilité du despotisme , il eut toutes les qualités nobles du lion , comme
n Vôvez Eatvchius, Abou'i'féda, AbouTferadj et ElmaciD.
il en eut parfois les fureurs : grand , fort et souple au physique, généreux envers ses ennemis mêmes, iuste, quand il n'avait pas soif de conquête , humain ,
?uand il n'avait pas faim de carnage ; tel ut Omar, véritable chef de barbares, plus grand que bon , plus beau de loin que de près.
Le premier acte d'Omar fut, du reste, un acte de justice. Indicé de la froide cruauté de Khaled , il lui enleva le commandement supérieur, qu*il partageait en Syrie avec Abou-Obaïda, et, sans le rappeler en Arabie , il ordonna qu'il ne fût traité que comme un chef secon* (la ire. Ce farouche soldat montra alors que s'il n'était pas doué du sentiment (le rhumanîté, il avait au moins celui de la discipline hiérarchique. Quand Abou-Obaïda lui apprit sa disgrâce, celui-ci s'attendait à des emportements furieux ; mais Khaled , au contraire, conservant toute sou impassibilité, se contenta de lui répondre :
« Commande ; j'obéirais à un enfant si « le khalife lui avait confié la direction « de l'armée. Tu me trouveras toujours « prêt à suivre tes ordres. Je te respecte « encore à un autre titre : tu as professé « avant moi la véritable religion. » C'est « avec une pareille résignation , c'est avec un pareil caractère , qu'aucun caprice de la fortune ne pouvait abattre ou iiumilier, que les Musulmans se sont trouvés si souvent supérieurs à la mauvaise fortune.
Si les Arabes se montraient de plus en plus audacieux et hardis, les Syriens semblaient s'abattre et s'affaisser de jour en jour. Loin de s'unir contre l'enuemi commun , ils s'abandounaient réciproquement , s'accusaient les uns les autres, et plaignaient à peine les victimes. Un vieillard, consulté par l'empereur sur l'état de la Syrie, lui dit avec une déplorable franchise : « Qu'on ne « pouvait attribuer les victoires des Ara- « bes qu'à la colère de Dieu irrité con- « tre les Syriens, qui, foulant aux pieds « les lois de l'Évangile, s'abandonnaient « aux plus hopteux désordres , et se « faisaient une guerre intestine , plus « opiniâtre que celle des Arabes, par « leurs concussions , leurs violences , *" leurs injustices et leurs usures. » Ce vieillard avait raison : désormais , chez
5* Lioraison, (Syrie modebne.
les Grecs, Tégoïsme individuel avait remplacé le patriotisme. La corruption des mœurs et l'ardente passion de l'or achevèrent la perte de cette misérable population. Les villes aux murailles les plus élevées et les plus fortes, aux garnisons les plus nombreuses, n'eurent pas honte d'acheter des trêves au lieu de combattre.
Les Arabes, n'étant nullement in-
3uiétésdans leur possession d'une moitié e la Syrie, ne songeaient qu*à s'emparer de cette contrée tout entière; et, en attendant, c'étaient, de leur part, des attentats de toutes sortes contre les propriétés, des attaques quotidiennes, des courses dévastatrices à trente lieues autour de Damas. Dans ces expéditions les Musulmans faisaient un grand nombre de prisonniers, et la politique adroite d'Abou-Obaîda , loin de les traiter brutalement comme aurait fait Khaled, et de les massacrer lorsqu'ils résistaient, s'efforçait, au contraire^ de gaener leur esprit en leur rendant leurs Femmes , leurs enfants et leurs biens, à la condition qu'ils payassent le tribut. Cette conduite conciliatrice fut fort avantageuse aux Musulmans. Les chrétiens pauvres , qu'ils avaient épargnés , leur servirent d interprètes , de guides et d'espions. Aussi plus le temps se passait, plus Héraclius tardait à tenter un dernier 'effort pour sauver au moins Antioche, Alep, et leurs riches campagnes; plus la puissance des Arabes croissait, plus les orages s'amoncelaient autour oe la malheureuse Syrie (*).
Parmi les villes qui avaient obtenu un répit dans l'invasion générale à force de pièces d'or et de robes de soie , outre Émèse, Hamah, Restan, Chizar, il y avait aussi Kinesrin et Al-Hadhir, les premières villes situées sur l'Oronte, les secondes placées au uord-est de Damas, sur la lisière du désert, chemin d'Antioche ou d'Alep, comme on voit.
Toutes ces cités furent tranquilles pendant la durée de la trêve accordée ; mais l'ardeur des Arabes s'étant à peine satisfaite par des excursions sans importance , rien ne put les arrêter , une fois le terme des conventions arrivé.
Èmèse fut la première attaquée : elle
(*) Voyez AbouTfaradj,
L'UNIVERS
se défendit avec tant de vigueur, elle était si bien nouivue, de munitiops , sa
girniwn étau si nombreuse, qu'Àboybaïda, désespérant de la prendre de vive forcé, proposa au gouverneur de se retirer ,{ moyennant qu'on lui fournirait pour ses troupes cinq ^ours de vivres et pour ses chevaux cinq jours de fourrage. Cette condition fut consentie; et les habitants eurent encore la niaiserie, voyant qu'on les payait en bel et bon or, de vendre une partie de leur subsistance : faute grave, inoprévoyant marché qui devaient les livrer plus tard à un ennemi qui ne cessait pas de lès couver de l'œil. ^
Cendant Àbou-Obaïd« , en descendant t^oujours le cours de rOronte, rencontra bientôt la place de ^estan , qui , bien fortifiée et bien gardée, refusa de se rendre. Malheureusement l'incapacité de son gouverneur la perdit, et voici comme : Abou-Obaïda promit à cet imbécile de ne point attaquer sa ville à la condition qu'il lui permit d'y laisser quelques gros bagages embarrassants pour son armée en marche. Le gouverneur grec, ne se méfiant aucunement de cette demande extraordinaire, y consentit. Alors Abou-Obaîda choisit vingt de ses plus braves guerriers, parmi lesquels se trouvaient l'intrépide Dhérar, Abd'Er-Rhaman, et Abd'Allah,l'un fils et l'autre beau-fils d'Abou-Bekr, les enferma dans vingt caisses qui s'ouvraient en dedans, et les fît transporter ainsi dans la citadelle. Puis, ayant laissé Khaled dans un bois près de la ville avec quelques troupes aguerries, il continua sa marche vers le nord. A peine eut-il disparu à l'horizon avec le gros de son armée que les habitants de Restan s'en allèrent dans leur église remercier Dieu de leur délivrance. Les Arabes profitèrent de cette occasion pour se saisir de la femme du gouverneur^ la forcer de leur livrer les clefs de la ville , ouvrir les portes à Khaled , et venir en masse tomber sur les Restaniens , qui chantaient toujours leurs actions de grâces, et qui furent égorgés sur leur autel même.
L'histoire ne rapporte pas comment Hamah se rendit. Chizar ne voulut pas se défendre , tua son gouverneur, qui sommait les habitants de prendre les armes, et se livra sans combat aux Ara-
bes. Quant à Kinesrin, sa proximité d'Alep, trois lieues tout au plus , lui eût permis de recevoir des secoues de cette grande ville ; mais un différend entre les deux gouverneurs les empéeh'a de s'unir pour la défense commune; et après une sortie malheureuse, Kinesrin capitula.
Abpu-Gbaïda retowrna » aussitôt après cette reddition , vers Ëmèse, s*étant en quelques mois rendu maître de la plus grande partie du cours derOronte (*).
A l'apparition nouvelle des Musulmans, les Émésiens comprirent enfin la faute qu'ils avaient commise , en se dér garnissant de leurs provisions pour quelques pièces d'or qui allaient leur devenir sidifnciles à conserver. Cependant,irrités par la sorte de trahison dont ils étaient victimes , encouragés par leur énergique gouverneur, leur attitude fut aussi ferme qu'honorable. Chose étrange ! c'était la ville du luxe, des plaisirs, qui ifemblait donner l'exemple du courage et du dévouement aux cités du calcul et des affaires. Il reste parfois plus de cœur aux débauchés qu'aux avares. Là Vaillance même des Ëmésiens alla d'abord jusqu'à la témérité. Au lieu de laisser les Arabes fatiguer leur première ardeur contre des murailles , ils s'élancèrent tout de suite sur l'armée assiégeante, la surprirent pat leur brusque abaque , lui tuèrent un grand nombre d'bommes, et l'auraient culbutée sans les efforts de ce puissant Khaled , aussi sublime dans la bataille qu'il était hideux dans la victoire. Ce héros de l'âge de fer rallia les braves, arrêta les fuyards, et fit si bien de sa frersonne qu'il évita une grave défaite à l'Islam. Sa vie dans ce combat courut toutes les sortes de risque, sans
?' |ue le danger le plus imminent pût Tefrayer ou même le refroidir; il perdit plusieurs chevaux , il rompit plusieurs epées, et, désarmé un moment en face d'un hardi adversaire, il aurait certainement péri , si comme le tigre il n'eût bondi sur son ennemi , et ne l'eût étouffé dans son étreinte.
Quelques prodiges décourage que Khaled accumulât, les l!^lisu!mans, en cette rencontre, n'en eurent pas moins le dessous , et les Grecs rentrèlrent à Émèse en triomphateurs. Plus tard, îéur àssu-
C») Voyez AbouTféda,
des Arabes les sauva. Ces derniers se consnttètreat après le camtiat (fai leur avait été si fàneste, «t poss^ibut déjà Texpérlenoe de fovra adveirsàires , connaissant leur vaBitense préEromplion qae le nioitidre sMSès enflait eoofti'e , ifs ne MorfèreM 'poâ <que la garnison de la ville né fh pmcbainement une nouvelle' «onie, el voi<^ 4Ct€l«tari tfs imaginèrent tiod^ ^^eatr à bout de leurs ennêfiris :" Hb méÉoturêitl lia ae laisser d'abord «Dnnne èutprcMre dé nouveau, de se déftndramolleifieDt^ pufB bi«nt^ de reculer jusque un nMMItenient^ terrain y OÙ ae seràft placé en ambuscade Khaled ftvac ses p4us iMfaves ^soHlats ; aiors les Grecs, eiftoafréadétmitea parts, fort éloignés de là vlNè , leur refuge , coupés dtnîs leur reIraiDe, devaient nécessairementétre «ittern^iliéB.
Une fois ce plan aéo|^té , le» Arabes n'eanent pas un lOÉfg tfenifys à ailendre. Par une be!1e tntotifiée , ilB vif ent sortiïr d'Ëmèse nrifé troupe *out éclatante dé sole et d'or, qu'un solcfil radieux fiatsatt reluire att lofÂ, toute brillante d'étendards, defilammes et de panaches, qu'uue brise légèrre soulevait gracieusement; c'étaient tes vduJ)taeox Èméslwis, parés de leurs plus rtches atours, déployant toutes leâ coqn^tterfes militaires, s'avancant au combat comme on marche à une'fôte. Hâas ! cettfe fêHê devait être pour eux celle des fbnérafîTIéls. Les Arabes exécutèrent la manœuvre dont îift étaient convenus; ils feignirent d'abord la frayeur, et battirent en retraite jusqa'aux lieux où «e tenaient cachés Khaled et les siens. Dés lors'le combat changea de face; attaooés à îa fois ien tête et en queue, harcelés detoufe les c6tés , les Grecs virent bientôt leurs beaux habita souillés de poussière et de sang-, et leur gouverneur ainsi que lents principaux lofQclers ayantété tués, ils finirent par se laisser égorger presque sans résis/tance;
Les habitants de la TfMe , à la nouvelle de (Cette défaite^ furent aussi prompts à sedécourâgèfr Qu'ils l'avaient été à compter sur la victoire. -Bês le lendemain ils s'ôccupèfrent de traitel* avec les Musulmans. Grâce à la vaiètit qu'ils avaient déployée dansléurt différents combats , îls purent obteiWr des conditions hono'ràbles. Abou-Obaîda se
CDOteota da laar réclamer le tribut aocoutumé, leur laissa touteliberté iodîviduelie , et ne voulut ni entrer dans leurs murt, ni leur imposer de garnison. Quelque temps auparavant , dans cette même année 634 , la 15 *»« de l'hégire , Balbek avait aussi traité à des eondî* tîons avantageuses. Son gouverneur HeriMs, tout en commettant la fautef ordinaire des Grecs de s'élanow au-devant des Arabes , avait pourtant fait plier une partie de leurs troupes, e| avec plus de prudence il serait pen^étre parvenu à leur faire lever le siège. Mais s'il possédait les qualités d'un bon eonw mandant d*avant-garde , il n'avait au« cune de celles d'un général. 11 fut téméraire à tel point dans une de ses sorties qu'on lui coupa la retraite, et que, pii* sonnîer dans les ruines d'un monastère, où il s'était réfugié avec la plus grands partie de la garnison de Balbek , il se trouva forcé de traiter de la reddition de la ville pour avoir le droit d'y rentrer. Cette capitulation fut aussi douce que possible : aucun Musulman ne pouvait franchir les portes de Balbek^ et le percepteur même du tribut ne devait s'établir qu'en dehors de la place > et attendre que les habitants lui appor* tassent la somme qu'ils étaient conve* nus de payer. Il se passa à ce propos une suite de faits singuliers, et qui du* rent prouver que l'on commençait parfaitement à s'nabituer au changenoent de domination, et que le ioug musulman n'était pas plus lourdf à certaines villes de Syrie que le joug byzantin.
Abou-Obaïda avait laissé Rafy , énergique et prudent capitaine à la fois , devant les murs de Balbek , avec l'injonction de se montrer tolérant pour les Chrétîehs, facftedahs ses rapports avec eux, fidèle à ises engagements. Rafy avait ordre avant tout d'empêcher ses troupes d'entrer dans la ville et de ravager son territoire. Les Musulmans devaient donc s'abstenir de toute course sur lei^ propriétés des habitants de Balbek , et ce tf était que contre les villes q^\ n'avaient pas encore traité avec rishmi qu'ils devaient diriget leurs radias. Ses prescriptions furtnt exécutées aveu ponctualité, et il s'ensuivit , entre les Arabes et les Grecs, une bonne intelligence qui alla toujours en s'améliorant.
L'UmVKRS.
Les Chrétiens vinrent inentôt au oamp des Arabes, firent avec eax quelques éciianges, et finirent peu à peu par frai» ter de véritable! aûaires. Les Arabes^ ehargés de butin de toutes sortes , i^ndirent aux Grecs les objets qui les embarrassaient ou dont ils n'avaient que faire ; les marcbés devenant de plus en plus profitables aux habitants de BalMt, ils excitaient tes Musulmans à entré* prendre des expédition! , et leur indi* qualent les bornons prises à efifectwBv. Alliance monstrueuse, du reste, négoce infâme, où des frères aidaiient k la ruine de leurs frères^ et spéculaient «urleui^a dépouilles ! Puis , non contents de cette coopération secrèteaunillage des Muaul»
mans , ils voulurent ras9ocier eomf^é»
tement avec eux. Pour être plus* libres dans leuirs coupables aetions,ils^a«Baè* sinèrent leur brave g^utérneur ^erMs , et ouvrirent leurs portes à'iRafy. Les Arabes profitèlrént de cet égolsme dissolvant, ils sMnstialièfrentdans'la villi^, et de là , par des coups de n^f n hal»flement dirigés , ils s'emparèrent tour li tour de Tbrtose', de* Djebitèh'et^de LaodicéeÇ). ■'-
Ainsi, en moins de trois ans, k^ Musulmans s'étaient déjà reïldus maîtres des deux tîer! dé la Syrie: lis e» possédaient une des cafpitalës , £>àliwas. 4Ptosieurs villes importantes leurpai^sleot tribut. Un grand nombre dé peuplades s'étaient jointes à eux, en Moptaiftila religion de Mahomet. D^sbottns considérables avaient augmenté-teur^ptuie d'une façon prodigieux. S'ils avaient laissé derrière eut qiretqaeS'fçrandesi cités, telles que Jérnsalem,'Gésarée, Tyr , et Tripoli , c'est quMls étaimt sûrs-que ces villes seraient fdrd^es de C8[4tnter lorsque les conquêtes musulmane!» ^s'étendraient encore. Leur- eirmhiëseinént avait été aussi prompt que bien entencto. Tout semblait prochainement prêt à tombei^ spus leur pouvoir; Alisp et Antioche tremblaient' ééjà , lorsque ^empire byzantin sentit enfin son orgiieii se révolter, et se décida à une nouvelle lutte , suffisante i;>euMtré' pour satisfaire la vanité romaine v mais trop tardive pour sauver sa plus belle pro* vince.
(*) Voyez A.J)oa*l*féda.
BAISAlLbB l»^YAMllWlll.<
A son-départ de* la^aie, Hiéfacliiis avaità t«t point l« sentiment ë^poa impuissanee et 4e sa honte v qu^il «tait aàié se-caeiieréa&B undeses palais^smUaoôte d' Asieiet'qii'il' n'aurait ipaaosé^rreatver dans sacapiCal8,«oùyquei|ueiaaq»sauparavanty on avait montré tant'd't^achement, onavait élevé tant4'aca»de tiifim-
ee, -on* avait érigé >tant de^tatues au illant vainquaurilasParseSk'C'-aBtdans cette retraite^ aMeèéiiiHéré0,H9«i'il avait ap^iatfes pro^oi^«iia(es8i£s4e à'iavasion anatbe , progrès "qoi jusftiliaient êi biensondéplof abiefiiot: a4dieu laSyrie.
Plon^ dans «ne .ciombte 'OKlaaeolie, il laissait tMii> em|^r6«i8-écr^ee 8QIIS ses yewt , sas |T0itincas -kn^éitibapper viUopariviUev iae«{iid>le d^'&iSésàiition^'vigomranDSTs' 'fHoct>'MiHrt. le< gû|iv«fiieinent oomine il Ifetait pm^ la
Sloiw); L'aspeet d'une slibonteuBeilaitessev'le fliéptfisiqu^pn'pQvfiait:à<^tte ombre •d-emptrenr, 8oulevèfent<oontre lui le'pettdejece«»iiautfla«ér.qttt'»stalent à' ConptaotnionlB^ Oa^<»i|spira; son ils natatei/Athaiario et son. nevau ThéodoiisviilB é« général MseapabbiiqHfii a^ait dépouillé do'sès'titmft SI iH^fflùrant à-ta tétedea «édoutenfaifOùfavait échoué rhonnear , la craînta^réuaàld fiéneiius se réveilla de son misérable^ adsonpis- «ement^ «>mpvinHi larsoBJovatiao, et Stt*4éoida> à Bcatrer ddaftisa nilleûmpé- 'riala/ Mais* poor passcr<4^A«ie.«» (£afopei^ H famaittBvrenesJa Hieit,i<^liéradlua la •redoutait aiii|^attt)qu0>las.iArab^ai^On^fift donGiioMwé/a'4taUtr4in iKimt<d0fbatauiK vdontlesilNtutatçara-
KV -cdrnvcvtB' dé>€euitta(B08-^>tOtt»t«W' Ht aU miiérabie ( empereur tfUi'VMe dès fibts qui dVmrmtatifaiti.éK^aouir.
Étail'il ^poctsible qu'icHiipareiL prince ^ût levur une armée vérilaMement; puissante, et> toc» la eon^andcoijniHpême, d« moinaihii «boisiar«untob6fidigae et capable? Aussi cehii' sur lequel tomba soR«hoix u'avatt^tlnattoiioe qualité qui eût pu kiisménteReethonaeûftiiC^était un* certain VahaiHi Aunéoten idlongine, tei'il ne I faut (kis eonfandre» av€^ le Perse ¥<ahaii^ i^i^'étaitiaitmoinçiaprès sa défaite 'parKhakd.G^igénérat de basant V bien plutôt èouriisan qtte«Ailitaire, n'obtint d'aiileuts qu.'un ramr^
SYHK MODERNE.
d'AsiatiquttMld'Eiiropéflnspttts tmhar* rassants par lear turbulence qu'utiles per iMirt nomiice. Gtttte^ armée^ aussi iiNliMipIMe jfni«oli6sale>( «lui ccnnp* teitipi»Bid0f«deas«seBl jiiillc4ifNDaicsv iiiai»igu»in?airai|;xde])0doul«Uei étus sn rmkgs coofus iqiie iqnelque» leoRipagaies d'tiabilfMiarobarsvtralBaiii à<^«uitedii8 hâ^Bf^ teonskltT&bka itt 4in«« > foule dis va^olieiKto^ia'èBaiàâdralîque/iaiigeiieia.
'4SeU»ilfltisatff «DitDiBbatttiÉur la.BjwIeL
pjWéùlfBrtegieAmripiii , ravj^fSf^niikM letveé ednilMg«BieidAi»<|es'€tinfii^f, i-ddonnbiftli tops4ts^«fs, «'ahandoo^ nmtriPioiMVlès jeBQaèR»iSo«[4M>y«^néniluMBlitnni*idmépnRiar m Jb «Hkiiite- «îi^ e^Meéevintili^iiidUorriiiiBlléatt ipoupfli^pflfts fpi?aH6*T^naiil:déliiVfffr.. Ge véautot^rdît drtn^mitiplilâ'dépipitble fufi M po|p«|atiooasyrMimc8«o-viiiffaiit jusqtt^ fi^iEâ dks<(voBiix>pouQilai.4iapai^ ai«n'd0iiniaoldaAsu«r(i9aet.» crapubux «t «piliandttv iet.(p€fiir la Inompbe^-dflB 'A^abeaM'qoVy'iuoa iùiftk Irihut^-pa))^, iaiBaaipiit^tBfaiKtasrfîtnbutaitas. . .
'Qepaadani, ai^.faniilsiqua faisais m avatiçantf oetta ilàiila/.iÉiMenae4.i9Uve dilxMèvidMrtIkraaataaa auiçawmai&ide ploa«n'j^usttfaiti^u]îelé*ii]ifélu0»ité, ia8fAf«ie8>a*iém«ami«fiialib«IÀ6inèia, l^MméénmBtniaiiaiiiei cr4t lv0piiéMgqéiMtesoÉlisntra nalioiliak^ilaa^afe se faaanwliiérani; tiaiaDtï«ansaiU«'fltle iMMiUhMitr &hakdr»lm»iiié«e OfiiQa.^oiir k'ratraita» Cette relraile^d« restai ne devait être qlia-meiwmtaDéa; Par.peud8iRO»icoipiiict.par aeicM»imlilait»., il taliitiiifteox m raplienaur/lai Paltstina , sti-iiaphiioèhctf dasireafinpia 4u'i<»n7av/9^t émm&éf^iéUèù9 mùù hanta «ftsa pUf e pour^iouanla, v»>l»Jtout:ilei J'Iriaaiv gae dètfeatertàilliinaider.ai&trérDitéardas 4«riiiëie»cofiquéiie8vaf6eéB.flraiié8a villes lio^tltegiidMeièra SDi^iit Ta- déacn île MésoJHMtanlepotir to«t drafuga. de qui iaqulétfaiten aulvr lesJliiaiiliiiaBS , c'est que, liteè partv le laste des Arabes «hréilaiia, «ntmlnés par les^promeases âerampenuff s^étaient joints à rarmée daVattaD'CK lui amenant. la oavalerie légère datitiliiianmiait ,'et qtie, d'autre pavt,€oiistaattn < fils d'Uéraetkis, avait Yémi iuaou-'à amante mille bammes dans la pbce de Gésarée* Menaoés au tSadeommeen nord, les Masttfaaaaoa se
iiapli^ant donc, au dielà de Damas jush qu'^ une petita dvière,. appelée Yar* 9m^ky qui tombe, dana le, Jourdain aude«9uu^ du.^c dç Xi^érâde {* ) •.
1, La par^4t^t,l^li0,pour 1^3 .Grecs , a'iila aya}0|AtiftuÀinn)Qdiat(^4neQi (a jouer. Ujeâl falU4 atte^nd^^^ <i)arcUes tprcées A'aripée bpsif^pjte,^i.iuguiçif|fle5 Slusulnia*p>j«Bt; ,tpft3Jt)^rj.i^Mç,jelle.<^Yant qM'elle eiUf,rcpriâ,ftef,i§^iïrU8,iet r^\\ ses renftlrtp. (Vahaq, dwt l^.,io5truçtîopp portai0|it4P*recto%r.J^ j^ ^yAoX tout, ÎBstwctiQo^xWfn jijgpe^m.ja .pusilla- Djinit^ide pM|â(iiJjesîVvai|: données et ^ lïï)(VipepiléidÇ'.peli*i qu^^lea avait re- ^^,,ldla.|^U|))i]: .^09 capop ço.face de e^ii;deS(,Ar.9^8n,eli eqibaoïa aussitôt leajW0$éfeppé^.&9,{U;e(pières propositions dfp^i^fqreotJfeJçtées^; mais, loin ijte^m«ien^r.l^lu)^^4ié^, ilj:^çlamade nQilv^|ip}iiPOMi;p^rler&, vp$ Musulmans l^eeptèrapt ces. 4^9^ : iU. /avaient à a^tendm Ie$ ;troupe§.qjue leur khalife Ûpiar jQMif launoiiQditv £t iU voulaient Icyoïter If^ détaeheii^t des Arabes dire- 'tianade Tacaaéi^.hyzaptiQe. Us s'adres- H^rant daA^ cette, vue.à Djabalah, dernier roi des tribus de Ghassan. Celui-ci irapQuasa Je^rs/^fEOS, et Kbaled, indi- #pé»i«e ppr^la ou^it^i^éaie contre son %i«wriùer, r^ttaogâaveç fureur, y ^ua un ^SffmiimATe iHkPto^^^^^nm}» loalheu- #2W«M^^t<yilaisa9 pi^iaonJiiecs, après sa .r^^rajr^ jtrois4.'flq|pe lfii$ piu$,braves des MiyMmélans^iPh^^ jidXyiet.Yé^id .Pour détivrar c^Mies, e«.crut ffaj^ovç devoir 4«igoeleCi}iiOitf^aau retard iavorable aux jMusuInf^pSç Ki^aJ/sd .ÎMÂrménoie voulut atlerfl4A4a^j)4<^,Cf)r^iem>., Vallon, dans e^te««ea9iPDi'aMliwdem,ox^trersapuis- «mfl^tH^Mtiqu'é^ilcir sou luxe. Pour re- >ee.v(Mir le chef ^abe , jU a<^ couvrit de ses yobesleaplua«préci^$(es, se fit élever un .AEoae.dffîiHwrpre/eidVi et fit préparer «assiège eelat^jt pi^ur son visiteur . Mais K^led feipioussa le aiéga, ^ ^'asseyant pr terre ainsi qiAS sa suite , répondit ù rorgueilieux Anoémea, qui lui demandait la raison de cette /singularité :
ft La terreest le siège que Dieu a destiné « à Majboinet son envoyé , et le Propliète « l'a régnée aui^ Muauloians ses disci- « pies. H Cette conférence fut longue et pleine
(*) Voyez Théophane.
L'UKITKBS.
de p^péties. On se menaça, on se ea« ressa tour à tour. Un moment Khaled, irrité par la discussion, dit avec colère à Vahan qu'il espérait bien un jour le ¥oir, la corde au eoa, eondnt a Omar pour étredécaplté en sa présence. Yaban s'emporta, et déclara que, pour punir l'insolence de Khaled , il allait, lui , sur l'heure, faire trancher la tête aux trois Arabes prisonniers. A ces mots, Khaled, qui ne conserTait pas dans sa fureur, comme le général grec, le sentiment du droit des gens, brandit son sabre, et s'écria : « Prends bien garde à ce que tu « vas faire ; je jure par le nom de Dieu, « par Mahomet, et par la sainte Kaaba, « que si tu les fais mourir, je te tuerai « tout à l'heure de ma propre main, et 9 que les Musulmans qui sont ici tue* « ront -chacun leur homme , auoi qu*fl « puisse en arriver. », Cette auaaee réussit à Khaled : Vahan* eut peur, et loin d*égorger les prisonniers, il les remit an chef arabe. Khaled en retour lui fH présent d'une tente d'écarlate, et les deux rivaux se séparèrent en se comblant de marques déconsidération, mais sans rien conclure. Les Musulmans avaient gagné du temps , ce qu'ils avaient cherché : huit mille hommes , sous les ordres de Saîd-Ebn-Amir, leur étaient venus , chargés de trophées , c'est-à-dire avec des tdtes chrétiennes au bout de leurs lances. L'espoir revint donc au camp des Arabes, et désormais on n'^ songea plus ^u'à combattre (*). < Le lendemain , dès que les premières teintes de l'aurore apparurent à l'horizon, dès qu'on put reconnaHre, selon les prescriptions du Prophète, un fil blanc d'un fil noir, l'armée musulmane se prosterna la tête contre terre, en se tournant vers l'Orient, et récita d'une voix grave et accentuée le tehbiVy cette affirmation répétée de la grandeur et de l'unité de Dieu : « Dieu est grand, Dien « est grand ! Il n'y a pas d'autre Dieu " qiieDieu,etMahometestsonprophète; « Dieu est grand , louanges à Dieu ! » Puis les chefs passèrent de rang en rang, disant cette parole significative du Koran : « Musulmans , entrez dans « |a terre sainte que Dieu vous a des- « tlnéefr » Ce n^étalt ptas foi mie inëur-
n Voyez Elmaoio«
sion de brigands, ce n^étaient pktf les escarmouches individuelles de quelques tribus en maraude, c'était la bataille décisive d^une nation jeune contre une nation vieillie, c'était un duel entre deux religions, entre deux esprits, entre deux mondes. Le combat fikt digne de cette grande cause, il dura trois joura, et fut aussi sanglant que prolongé.
Les Grecs aussi s^adressèrent*ils au Seigneur? L'histoire ne le rapporte pas. Et d'ailleurs était-elle vraiment chrétienne, pouvait-elle se montrer sincècement religieuse, cette tourbe d'hommes venus de tous les coins de l'Empire, abrutis par les vices, divisés par les hérésies, obéissant à peine aux ordres menaçants de leurs of^ers? Cependant on ne sait
âuelle excitation mystérieuse et fatale t, en cette occurrence, lutter les Romains avec autant de persévérance que de courage.
Dans ce choc de deux peuples , tout était grave du coté des Arabes, tout y fut solennel. Abou-Obaîda, ayant la conscience de son infériorité sur Khaled, céda à ce dernier la conduite de la bataille : abnégation admirable, dont les plus grands caractères sont seuls capables! Puis,, choisissant lui-même son poste dans le combat, il alla se placer sur la dernière ligne de rasmée, tenant à la main le drapeau jaune que Mahonaet faisait porter dans ses expéditions.
Orâce à cet étendard vénéré, grâce aussi à sa contenance aussi pleine de dignité que de confiance, Abou-Obaïda espérait avec raison empêcher les Arabes de reculer, quels que fussent les caprices de la fortune. Derrière le général en chef se placèrent aussi les femmes, chargées, comme nous les avons déjà vues une fois, d'arrêter les fuyards par les prières et les exhortations, ou par les mjures et par la force.
Les Musulmans serrèrent leurs rangs afin d'opposer le plus de résistance possible à la foule compacte àt& Eo- «lains. Mais qu'étaient-ce que quarante mille hommes auprès de deqx cent mille et plus peut-être? Aussi fersque les deux armées s'ébranlèrent, la suc* cession des niasses grecques , augmentées en puissance par' rénfMdeBWil de la course, défonça les lignes arabeSi aépar» leur eavalèrie de tour ininteri^
SYI^ l|QP^]^E.
I braves à se reptier de- ^ ,.Dps répétés de cette immense *. . ^V^ lançait des honftmes au lieu Se trkfts. è'est alors que les femmes musuffloanes eurent un rôle Important à jouer. Elles commencèrent par insulter de toute^ les façons les lâches qui cherchaient 'à prendre la iîiite; puis leurs flots se pressant de plus en plus, elles les frappèrent, les unes avec des pieux, les autres avec des bâtons. Dans leur indignation elles ne distinguèrent même pas entre ceux oui battaient momentanément en retraite pour se rallier ensuite, et ceuix qui ne voulaient qu'abandonner le combat. 11 leur arriva même d'injurier^ puis de blesser Abou- Sofian, Pun des plus intrépides capitaines musulmans, celui auquel^ avant rengagement, avait été confié le soin d'enflammer les soldats, et qui s*en allait de groupe en groupe s'écria nt :
« Musulmans, songez que le paradis est « devant vous, et le feu de renfer der- « rière! » Quelque déplorable qu'ait été leur erreur partielle, ces héromes, si résolues et si ardentes, rendirent du cœur aux plus abattus. Chacun préféra se jeter de nouveau dans la mêlée que d'endurer plus longtemps les affronts déshonorants dont il était accablé (*).
Trois fois les Musulmans furent repoussés , trois fois ils retournèrent à la charge. Les Arabes avaient la réputation d'appréhender les premiers chocs, et de ne s'échauffer que peu à peu : ils la confirmèrent dans cette terrible journée.
A force de se succéder, pourtant, les masses romaines s'épuisèrent, à force de frapper, les épées s*ébréchèrent. C'est alors que les Musulmans, décidés à gagner la Syrie ou le ciel, à vaincre ou à mourir, déployèrent une ardeur si croissante, que la bataille dix fois suspendue, recommencée dix fois", se trouva indécise lorsque les ténèbres séparèrent les combattants.
Cette nuit pleine d'angoisses où personne n*était sûr de vivre iusqu'au second soleil, Abou-Ôbaïda la passa dans la prière et dans rihspectio'n de son camp. Après s'être humblement prosterné devant lé souverain distrihuteiir des victoires, il alfa consolant les blessés,
n Voyei Wakédy.
réconfortant les faibles , encourageant les forts, et' disant aux moribonds que leurs douleurs présentes étaient pour eux autant d'espérances de félicités futures, et qu'AI-Borak, la jument céleste du Prophète, redescendrait sur terre pour emporter plus vite leurs âmes au sein de Dieu. Ces discours, où, pour la première fois peut-être, l'enthousiasme religieux remplace les promesses de pillage, les assurances de butin, exaltèrent à tel point les esprits que, dès que la pâle lumière de l'aube vint efHeurer la plaine de TYarmouk , on put voir les deux armées, rangées en face l'une de l'autre, et attendant l'apparition du jour pour se dévorer.
Aucun annaliste ne nous a raconté les évolutions diverses de cette bataille épique, plus acharnée sinon plus grande qu'Arbelles et Pharsale. Quand deux peuples se disputent une terre, quand deux religions se disputent un monde, on lutte tout autrement encore que lorsque deux monarques veulent s'arracher un trône, ou lorsque deux ambitieux combattent pour une domination éphémère, que ces monarques même s appellent Alexandre et Darius, que ces ambitieux se nomment César et Pompée ! Figurezvous quelque chose comme Marins avec les Cimbres, comme Charles-Martel avec les Sarrasins, comme Charlemagne avec les Saxons , un choc immense , une mêlée furieuse , une lutte corps à corps, membre à membre, pour amsi dire; des épées qui s'ébrèchent contre des crânes; des lances qui se brisent dans des poitrines; des soldats désarmés qui, faute de fer, se servent de leurs bras ; des blessés qui se relèvent pour égorger leurs vainqueurs; des mourants qui s'attachent à leurs ennemis, comme des dogues au taureau; des groupes de combattants qui essayent une lutte suprême derrière qes barricades de cadavres ; des désespérés qui se précipitent tête baissée contre les bataillons; qes audacieux qui répondent seuls à dix adversaires; aes chevaux en furie , privés de leurs cavaliers, qui courent au hasard, écrasant des têtes à chacun de leurs pas ; des imprécations, des prières,' des cris de douleur, des exclamations de joie, des râles et des rugissements : toutes les horreurs et toutes les sublimités pèle'
L'UNIVERS
mêle , tovs ks courages aveo tootes-ks
lâchetés! •• ":. .f-'- >• • « - '.'•»' ' Un seul fait nous a été eonÉervé^quî earaotérîBeaditiUrabJenieatiiette secpndle jouméeu lA un 'iBommt'dQaaé y nae cpakpagote ' d -arbhfits. arikiéniens' se 4c|iloya sur inia haUtamvfift'ik laocàccnt leiiis flèches areb tant.dè pfiéqision eiiitiaidresse qa^eniféa d^instaots. iISlJÉuvent éborgné:.'<Mi' >aveu$bé aept' centa'< dés plus bravas .MAâaAmansi II &llut des efforts inouïs pour débus()ii6C<M8]r<idoutahlest.aDDemisv' et Jes .Arabes ont coBservé lesouvenèrdeiefitldlalleaeliatonée^ en. rappelant.: >l4bifowméeée*4'iiveu^fientent»iP)HS tticdt. jocsqise les •mutilés de • YarmouK reoiTècefl t . idaas< Jeur pays, ùe4bi% pduc «ux un t^tna délire d*avoir perdwt.un<eil os iés4«ux.yeux à ce«6e«ond'acta de. la sanglante Arag^die syrienoie;, La Quit.seul6>i »uapeRtfit la raged6&;OombskUaQ^^satt$ Tépuiser néanmoins (0- ".- ^••••uj» .<m»ï'.ii »
Durant eetiie^Iugubve huit, jq^ furent parmi les Arabes de (no^velles. prières et de jiou veaux iewsoutogemçiat^ : eux seuls semblaient avcâr laiCQi^SQiQnc^du grand événen)Qiit.>qiMi>iS|acm)mpU6apiit.
Les G«ecsM>flu .fmtmn»i] s'viym^nnaientyChefis.^ soldats.) à teuto» leurs dépraviitioAS4.SeniblahlQs.à de8tdé|:)aucbés qui/vident leur damier iver^'e^t.leur camp devint conme. la 9all8..in)fl)^se d'une gigantesque orgie» Qu^laues. officiers mêmes reqcl)éFirent;,svir la^^b^utalité soldatesque, et le^rÂnfamiefA^leJendemain une des causes d^e }a per^e, je Tarmée*,IvBesdek»ai]^ iBt de^in^,ijs ctai^pt allés faire. •Mne,exoiK/$îo«JMS^U'à. la .petite ville d'Yarm^s placé^.derxiçre Tarmée ^omaiae* ;lDn t. rid^., habitant de eette- cit4< leur- sourit ^l'iû^pi-l^té, et ils en ah^^èrent; jv^^w*^. y.ïolei:,.|a femn^e de leur \ïô\é et aiégiar^v son enfajDt,qui,,parsiss cris^ cherchait à empêcher rattej»tat comtte s^ fliïçre. Ce^e exécrable atrocit;é ne trouva. pa&. mme dans le général eq.cbef un vengeur, La mère déjstespéi^ .eut beau avoir le courage de defnaoiler vengeance , la tète de son fils à la n^ain; lomclel^i ^re justice, Yabap^laiit hrusquemen^jeter à la porte de sa tente. Alors le mapi outrage, ne connaissant plus de bornes à sa douleur, prit en haine Tarmée tout C*) Voyez Elmadn.
estière et jura^ta perte« Pour parvenir sûreô^eatà flO«l»ut , il sut Kfmiier ses lafmes d'mdigtiatîon, et , feignant d'igmirer^le erimedotit-iflaiifamitte: était victime'^ il sVn a|la^ propcfeer ii VahâA de ^hii ' proéueev ië ineiyed > de 'tourner rarnlé& avafop. :Il /s'agissait de mener l^é(2tei des troupes rmafofis â-jun gaé jusqu^aloi^ i^gobré de la tiiv)àie.'>d*Y»rmouic. Vahan eppvouva oe prdjiBit, et promit à celui (fui lui' en faisait part le nombre, d'homhieq qu'il ifésîraiiti -Une fois t«ih prépare «r eelut-oi alla s'entendre'a vee les MosuhnaBs fHwr l'aider *4tons«afeDgeBiiee; ^i
Léjobf veHiiç les^ohHmesgreeqaes et arabes s'ébranlèrent len^rabie, et reeômmenoèrent uooaoMïaC aussi ardent que la ^eitle.> 4tta(i»' bitiuét ^11^ se détacha-4e 4'armée < romaine une légion tout entiêve qui remonta la< Jong des bords du fleuve. Cette légion rencontra un giros de* cinq oeati^ oavalieris arabes qui s'ieofsirenrt à t^ute foiMe oomme il était colivenu, et se préâpitèitent dans la rivière enttdve^sam légué. lies Grecs voulurent1eFpi]iur8iiivre,*et oonmie celui qui Maa^sâtîmenés) jiisqB«*là, leur iiK>iitniit uwendroit aussi guéable à son df#e ^ue le lieu oiit> avaient traversé les Arabes, sans délibérer «davantage > ils s'élancèrent dans le fleuve. Or, en cet endroit, ïé^ eaux; lo1n^rf*Wre basses, étaien^'très-pro£9<M|es.iet!^i?èsHrapides , etlesf ûrecs se novèrent prtS9ue, tous.
Ce qui devMtdéaioes la v^toirs en faveur des Romains ^ entiraîiiAR>aM.contraii«vletfr''défaitet Bpivé4eJ'éUtf deses troupes V Vahantne.put ré^tslar am a<>uvellâlaïkdes^Musulmansi «€«.ligP6S furent bientôt défancées, stes faégipnfbjeoupé^, ses innombraEbles soldats qidbutés les :uns.8up les saoXr^s {^^ des^ charges conaécntiiMs; puis^, laudéfeiotion de Djafaaiabetdeaes ArabeMl4!étiens.étant survenue* au aôlieu de^joe tdésa^ç t la dérooDe des Uoflftainsiut.coiiiplète, et ils laissèrent sur. la c))»mp de .bataille
{)lu8 dednqiianlB mille rooqt&viBt entre es mains des Musulmans uii nombre égal de prisanniers. .Yal^ia, atteint dans sa fuHo, fut conduit à PAin9^.4^ù un inconnu l'assassina. Etait-ce encore un mari outragé qui se vengeait (*)f
{*) Voyez Etmaein.
Cen était fait! la san^Qte faiiwie des eonbata avait favonsé Jes Musulmans; et désormais la Sjrrle leur était destiûéé^ comme. le leur avait prédit Mahomet. Qn a'est pas d'accord sur la date de labataiUed'Yarmouk ; I^ évéaeméats qui .la suivireot prouvent , du reste, ^uVlle se oonna vers la fin de l'année 636 de notreère^ la ia?><^derh^ire.
On diffère aussi sur le. nombre de jours que cetteiiatailledura. Nouâavons choisi rhypotfaèft» la plus probable. Que cette lutte prodigieuse se soit proliongée plusieurs seBHdnes au lieu de trois jours , toujours est-il que soa retentissement fut immense «t son résultat définitif. Si Mahometifarma une nation , la bataille d'Yarraouk hii doona une contrée» De ce jour les Roneins ne furent plus de force à disputer Fempire à ces bommes aussi sobres que braves., aussi actifs que prudents, et uniseQtreceux.par la chaîner de fer d^une- reli^n martiale. De ce jour, le monde eut de nouveaux maîtres; etrantagoni^me^e rOrientetde TOceident, dé F Asie «t de TEurope, renaquit asee toutes ses alternatives, avec toutes ses» péripéties* Le vautour avait bri^ soaœufvQt eniboins d'un de«Nsièc^le il allaLt prendre son vol de Médine à<hreuedei dsTOronteàrûxus..
Après quelques J4m?s de repos, Abou- ObaidSfv qui av«t repris le commandement de sbn armée v la mena à Damas , oùeHerentraaitrionufbe. Mais, de peur de laisser seipefroidir^a ferveur conquérante» Oitiair, du fond de T Arabie, lui ordorniadlaiHer prendre Jérusalem. Elle se remit donc ^i noarcbe avec son élan accoirtumé',» et on la vit bientôt après eetamerk'sié^de la cité sainte. Toute sommsftion de se rendre ayant été repoussée-^ar 'les Chrétiens, on se prépara de part et'd'autre à la lutte. Dix jours de suite, 0ti combattit des deux côtés avec un égal èoura^e , sans perdre ni gagner un poueede terrain. On en était arrivé à Thiver de Tannée 637; le froid fut trèsâpre sur le plaCeau glacé de Jérusalem ; les assiégeants, comme les assiégés, en souffrirent sans se lasser, sans se déceurager. Enfin , après quatre mois de résistance continue, les Chrétiens, sans espoir dé ravitaillement, abandonnés à
eux-mêmes an milieB d^nn pays conquis, furent contraiaU, malgré kiir amère douleur, de songer à capituler.
Un jour donc y au sdeU levant, au lieu de guerriers en costunMdeeefnbat, on vit apparaître sur les muratUesdes pnêtres en habits sacerdotaux : le pairtarehe Sophronîus précédait scm dei^é , et demandait à parler au c^fdes Arabes.
Abou-Obaïda se rendit à cette invitatioB, et se présenta immédiatement devant Sophronîus.
Ce dernier orut devwr «ommeMmr par des sortes de menacer, en feisant dire au général musulman : « Que J^usalem « était la cité samte, et que quieon^ve « entrerait en ennemi sur son territoire, ft consacré jpar les pas du Ftls de Dieu, a s'attirerait la colère do ciel ! » Mais Abon-Obaida, loin de s'intimider de ces paroles, assez maladroites dans une circonstance si critique pour les Chrétiens, répondit avec fierté : « Noos « savons que Jérusalem est une viUe « sainte ; que Mohammed y fut trans- « porté dans cette nuit miraculeuse pen- « dant laquelle il monta ao ciel et s'ap- <• procha de Dieu même à la portée de « deux traits d'aitalète. Nous savons que « c'est le berceau et le tombeau des pro- « phètes : et c'est à tous ces titres que « cette ville nous est sacrée. Nous sov* « mes plus dignes qtie vous de la passé- « der. Aussi ne cesserons-nous de Tas- « siéger, jusqu'à ce que Dieu l'ait naise « entre nos mains, comme il nous a « livré tant d'autres places. » Quoi qu'il ait essayé, le patriarche n'en fut pas moins forcé de parier de capitulation, il en obtint une assez favorable; mais, pour gagner du temps, sans doute, il demanda que la cité sainte ne fât rendue qu'au khalife en personne C).
Abou-Obaïda fit prévenir le khaKfe de la résolution des habitants de Jérusalem. Omar rassembla son cènseil, c'està-dire ses plus anciens compagnons, ceux qui avaient eu l'honneur de combattre avec le Prophète. Otfaman , l'un d'eux, qui devait être uU jour le sucées* seur d'Omar, ne pensait pas qu'on dût faire aux Syriens cet honneur do leur députer un khalife pour entrer dans
(*) Voyez Eatyobius M ThéoiAïaae, Aboii*!*-
raratchetCédrenus.
74 Lijmvtiiçis.
leur ville sainte. Ali, au contraire, pencha pour une' sorte de <pfoIf|!q|ne eoneiliatnce, tfn pM prouver* aux Chrétiens
• qu'on ne Toèialt pas rompre ^vec eux pour to^Jouté, 0t mfe^'étafC ohé alliance utile etfKm ttiw domination rfgbureu^e «u'on Tenait teut imposer. D'après cette oplnioli ; (|o^ manifesta si hettement le geildre du prophète dafià c^tté circonstance im))Ortaiite> quelle eût donc été ,8a conduite , s'il l'eât emporté sur ses rivaux , «!• 'qu'il fût détenu 1è premier khalife de l'Islam ? Ou bien l-eâprft de coD€raét«8 eût * été étëirtt par lui , et la révolution sociale de Mahomet se fût bornée à renouveler fa face de F Arabie; ou bien, si Ali avait laissé se développer Fardeur guerrière de ses peuples, ie fanatisme reKgieux, qui leur ftit un mobile si puissant, n*étant pas né ou ayant) été étoufVë tout d'abord, que serait devenu le monde sans l'antagonisriie
' des deux grandes races du nôi*d et du midi? A quoi tient le sort', nOh pas des empires, c'est trop peu de chose, mais des religions! ' '
' ' Revenons à Omar, et jugeons les érépements tels qu'ils 'se sont passés, sans demander compte à Dieu de leur Vitalité. Le khaltft , qui voulait sans dôme inspeeter sèn armée , Jusçer soh peuple, tout aussi bien que rendre hommage à lénisalehi,' se rarigea de l'avis d'Ali', et
• prépara seu départ pour lia Syrie, après avoir laissé le gouvernement de l'intérieur, les uns àmnt à Othmart% les autres disent k Ali. Omar donna alors le spectacle de la plus noble et de la plus grandiose simplieité. Tandis que les de^spotes de Gonstantihopie on de Perse ne se mettaient en v<^ge qu'avec des gardes nombreuses, tamis que le luxe et la mollesse les strivaiem juiqu^à la guerre, qu'ils ne quittaient jamais ni leurs vêtements de pourpve et 'd'or, ti les délicatesses de leurs habitudes, ni la prefusion
^ de leurs tables ; Omar, tout au eontfui^e, partit presque seul, monté sur un chameau roux, avec deux sacs devant lui , l^n contenant de l'orge, du riz et du froment mondé, Fautre, quelques fruits secs, 7 et derrière lai une outrepleine d'eau et un ^ ffi^and plat de'bois. A chaque halte , le rtilialite descendfiit de son cnameau, faisait préparer l'orge et le riz, étalait quel- . iqm» milfhMir ion iMa^v et* s'acerou-
pissant à côté de ses (soç parlaigeait avec eux son fn ' Duvait à kl mffme outre.
Et pourtant ce phtrferche des temps primitifs ne^ Commandait p|iis à une seule fhmille, mais à une nation; ses troupes avaient déjà Vaincu les soldats d'un empire de douze siècles , et on le reconnaissait comme le conquérant de la Syrie et de la Mésopotamie. Omar prouva, du teste, toute sa puissance dans ce mémorable vopge.
Sa simplicité, sa sobriété, produisirent plus d*effet sur leç populations dont il traversa le pays que h'ëût fait Itétalage du luxe le plus éblouîssatît.' partout on accourait a sa rencontré, le cbnîblant de marques de respect et d'hbnnébi* ; et si ce n'étalît pas au milieu de detlx rangées de soldatsf, c¥tait à tfàverç une double haie de peuple qu'il j)assait bar les villes. On venait à la fois le co^nisulter et Inf demander jdstfce. Citons' quelques traîlis (jui caractérisent "sorl rigide gouvernement, î » •• •
' Ce ne fut pas seulement ({es jugements qu*Omar eut à rendre', màîs îl eut encore des idées' âë moralité et 'd'humanité à faire prédominer. Le premier de ses actes (ilvers fut un rappel vigouftiik aux lois tfuRorah : le prophète ayant abè^olument interdit à un seul homme d^épouser en même temps les ifu% soçurç, comme on vint dire dans un village à Omar que ttuelqu'un était dans ce cas, ff fit sur rhfeure bomparaîfre à son tribunal celai qui avait si ouvertememt transgressé les èi^dres de Dieu, et luicommancita dequitter immédiatement une de ses femmes.
L'accusé se plaignit de cette sentence , réclama, murmura, et finit par déclarer qu'il était au désespoir devoir embrassé la religion mahometane. Alors lé khalife selèveavecindignatibn, saisit son bâton blanc de voyage, en déehargé'tin coup sur la tête du blasphén^ateur, et s*éerie : « Quoi! tu ose^ mépriser l'Islam;' qui est ^ la religion de Dieu, de ses anges et de « seâ apôtres ? Apprends qu'il y va de la « tête pour, ceux qui y renoncent ! » A ces mots, l'accusé demeura terrifié , et comme d'ailleurs il eût été lapidé s'il se fût révolté contre les ordres de khalife, H fut contraint d'obéir (*).
n Voyei ^boa*rféda eiEbnacin.
Pins loin , arec non moins d'énergie, il réprima un désordre Jionteux, qui, en souiNant Hme de son penpîe, aurait pu l*abâtàrdir s'il fût passe en usaçe. Un vieil ïard , aussi lâche que cynique, avait épousé une jeune femme à la condition de loi laisser son amant. L*un et l'aiitre possédaient alternativement cette femme, qui n'avait été vendue que par Tavance de ses parents.
Il y avait là deux choses graves à ré^ primer, un scandale ignoble et un marché infâme/ Le khalife, aussi ri= gide qu'il' était noble de caractère, ordonna au jeune homme de cesser tout commerce avec Ta femme du vieillard, et le menaça dé la mort s'il prolongeait son adultère. C'était attaquer par des moyens violents un vice qui entraîne à la fois Fignominie et la corruption des mœurs.
Plus loin encore, au milieu d'un désert, le khalife rencontra plusieurs malheureux attachés à de^ palmiers, et exposés aux rayons brûlants du soleil jusqu'à ce qu'ils en mourussent. Le cœur d'airain au khalife fut ému par ee spectacle d*une cruauté barbare, et s'étant informé de la cause d'un aussi exécrable châtiment, on lui répondit que c'étaient de pauvres débiteurs qui navaientpas pu satisfaire àleu^s dettes à répoque fixée. Aussitôt le khalife fit délier ces malheureux, et ayant mandé leurs créanciers, il leur reprocha avec colère leur conduite Inhumaine, leur ordonna, quoique ces gens fussent esclaves, ae les laisser désormais en repos, et de ne les plus punir ainsi : « Car, ajouta-t-il, j'ai souvent entendu " dire au prophète : N'affligez pas les « hommes ; ceux qui les affligent en ce « moode auront dans Tautce le feu « pour demeure. »
Ainsi, à chacune de ses étapes, le khalife rendait justice, Téprimaft des désordres, ou promulguait des lois.
Lorsque fut enfin arrivé en faoe du camp des Arabes devant les murs de Jérusalem, quelques soldats, qui ne pouvaient pas se douter que leur khalife pût venir en un si simple équipage, le regardèrent passer avec un sourire dédaigneux sut les lèvres, une bouteille de vin à la main, et des habits de soie sur le corps. A cette vue , Faustère kha^
Kfe fronça le soordi, tt quelques heu* res après, afin que le luxe et la débauche ne s'étendissent pas davantage parmi les Musulmans, il ordonna que tous les habits de soie fussent déchirés en lain* beaux, que tous ceux quis^en étaient vêtus fussent tratoés dans la boasf le visage contre terre, et que tous ceux qui avaient bu dd vin reçussent quatrevingts coups de bâton sous la plante des pieds. (Test par ces rigueurs que le khalife s'apprêtait à traiter avec Jérusalem, et pourtant il se montra »vee les habitants de la cité sainte aussi juste que généreux (^).
II existe un texte du traité entre.
Omar et les habitants de Jérusalem^ que certains orientalistes croyent supposé, mais pourtant que plusieurs historiens ont conservé et donnenl pour authentique. Ce texte aurait servi de modèle à toutes les capitulations suivantes, tdujoors selon ces historiens.
Le fait est qu'il contient la plupart des défenses et la plupart des concessions que les rayas se sont vu imposer ou ont obtenues <les Musulnuois, leurs vairiqveurs. Aussi,- rhalgré sa véracité contestée, notHs n'en tfonnons pas moins Ici cette pièce, vraie dans le fond sinon dans la forme, caraetéristique si aon historique. La voici teHe que la ra»-
g)rte Lebeau, dans son Histoire du as-Empire :
K An nom de Dîen, dément, misérl- « cordieux ^ de la part d'CHnar a«x ha* < bitants de Jéruiiàletn t Ils fieront prê- « tégés ; H» conseiVerOnt la vie et hms « biens. Leurs églises ne «esont pas « démolies; eux seOlS en auront rn- <c sage, rtais ils n'empêcheront pas les « Musulmans d'y-entrer ni jour m nuiS; i ils en ouvriront les portes aqs pai- « feants et aux voyageurs ; ils n'érige- « ront point de cwix au-dessus; ils^ae « sonneront point les cloehes, et Se « Contenteront de tipter; ils ne bâfti- « ï*ont de nouvelles églises, ni dans la K VTÏIe, ni sur son territoire. 6t qaelqiie « voyageur musulman passe pai* leur « cité, ils seront obligés deie loger «c et de le nourrir griitoitetnent pence dant trois Jours. On ne les obligera
n Voy«£ VBUMnT éê Jèmmim, M^ P«
fUWVEB».
%n^'k Koi^dii à leurs
irtpohft
i/aftteP'riôW^fatrc ,.,^Jùspari!pë.ïl^tïe k D^'b^Bliou'ertiënt^dafts jç^urs ^rôi]^ ,'S feiirs Rvfes.
« Jojr4que neu^-çi/ vo\iaroîfït s^âss«6ir. Ils
^.pprterpnt i^ |eui;stontfôt$, tii leurs .«i''turl]^a^,Y j^i >ur:dbao^fd; )1s gar- /« qçrôi^ pfirtoOt t^p. RtfbftleYneht dlsft ^Ûiicp^^. ipt ne ^wttefOTÏt; Jjarhâîs la «^'.cipîi;!,ti^)rjE|, Ils^pe pâ^gejrôhtpés lèuïfs ,«, cji)^%;éu)^ çQnîm^ les Traris fiâèlès. Ils ft Qç pafleropt. pas, la 'moitié làng;ue, <t ne p^endr($ja(pas jes m^mé^ noms^ et « ne çé ^ty^rpht paè'dë ra l^rtjgùe àt'àbe ^. dans les déyiseâ'de |edrs't*àchéts. Ils t\ p'iront^ point i cbevad aDfeë dèls sellés. « Ils 'pf! Dorter'orit aqcaité kértë ^%- « m^. m ne vendr(Fpt'pb)nï' de Vin.
« Ils ni; prèndrpht cbez'eui >tlcùn ào- « nij^ti^ueqUi d)[t sem c^ri^ MusUhiràn. « llspfiyer^ni ponétueftefneM lë^mb^it.
« Ils 'rec^nq^iitront 7^ Ina^^ « leur soavéràid, éttie ferdri! jamais « ni diriK;t?p[ifg[it,i)i^iii^i|rc|ct^|nent rien « de contraire à son service. »
' OMùf, quc^ins-iiflfti&'itei «es<9andi- ' tUm» /sour duM»; «MM JaiiMmia^ion Hde(c«Ni80rr6ir'«fttieiiefi lestéflliâes^cé- ' Itènneél \ ' le» léroit-d^élcmer. n^s ^«i»&nts dans'iB rdîgioo'de«l6ilrs< pèet^^jIMit des 'ooitëeMmtibien lorlei» (btite |»art d'ua'!«0éiifile ^tii 'taidoitsaulaiiti^ve pMsible>»éiÉfiosii0ràia.s#Qi|> so»;Culjte étte éKtadnùUmUQjatkfa» m\kl»9i de la cafi^tiilalIbaiiqiBÉ» nouftL«e«o«Aiide ciUfr>'Boii!^ sombiBDt) nek àfté- détour- Bés'de leur 8eas> pnmUif, .eotce autres^ *iis ne fMrkràt^t'ipas fila mâme kttigtêi le» Maronitasi Mfi^antilooiaiirs senfîS'delaiangae aiabeiiiiaii'eropipient même dans 'ieois fn^res^ etjamais )0n ne leur en' a iiit ua cûma^ «Quaikt à cette Mr|oneli0ft ainguIièDe^>Â^i;»'îr;0;t/ jHAnt achetai aoec de$ ssUesmii faut entendre aawdmite des selles de guf nre, des caparaçons.
Quoi qu^l en soit, malgré des altérations évidentes dans certaines par-
ties; ce teite ffehr eoolieiit jMSf
1e féstimé défétat deÀirims'depuîli ks ir^i9^ éôéb^tâ iëAslÈiÊ» TOSÂu à ^rto'!ic^ri''tâ'a0i^4èlÂ)tiM^
y HMft tJimtàAttilMi'Mvtë dsms .Jyi^'^i^^to i^1iÀil0hr«i<llfHinës; te 'ioliagté''#^l« ^vëi^fàrri^tc^ncore 1MèHHte.'J^â^'«eflti liftAttlMidn «c téirfêitV^ ,' j(^tè'1H2')rei^^fJ§ul^ «wr
'queftt"^ti@^Mién iS^mêamm\jtiQt' rutfe'^ léirmfbg'enttieeMQ les oâtlbien fll,e' falibîtué£rl%Cte^tflllM» ^i<*i38eiavage; Ifmid^ «&^>lâlipte-;j tatftease et éôS^àûhîéê^H^^bWfself dd^otorbé,
'6)rt^ Mdtlrtnifc>i Pttlt4|2iteét«i)ner ^aibtêiiaùt iAlle'rbîidtfmélioii'bhféUens bftentaiik mt devedUë diil'phisiieti plus ptof^Hâe, TërgcfeH^ffés^'mtstflMans de plus cpi plâs fjttsolènt^^^ildiijiors été dans lëurs^(AftrËiêë'^«'IHSj||iin« <d« la Çuerr^j def^onl 'toiiioérs>lN9tap^rts fe vdfttqiieawii*tai#Bd8^V^ *- ' ".Omai^'éécbnlh(fsit ^^ifn«lleinent à; Jérusal^' «^ tfObiMMd^^iiobfessej qùd db gfipémiê.-U n^i^ùùhft «entrer I 'tfi^ns-â,até-M9éftéiJ^'àif^ un petit ùblhhi^ld^ se^cbiflpâgllodsiii^uis ifalta iroii^ël^^'le ^i)«>t^i^t<èH^^U»éplil-onîy^ )e traitai df^Me^,'i^4tfi prb^szrde visiter avec hif'lèfi'dr^fél^ti^â^iiifaenlsdei !è'v!ll6'^t'le^'ervék(|?ks COnàaièi^^ar la I ItàcJïtiôîJi V««gl<*i9fr.^lliî<J«tt«o«ouid'a-
'^t àfà^lt'JMlnstàlAàU^MiilteCt dun^ioeur.
A'éèt aspect,' *S^F^<^fl^^ii^ put com-
^ttrih*er isa douMt^^i^irrlee^f îïeb lar-i 'mes ;''(ètt s<5l«(«i^iKlttt^'de ia'> prophétie
' de^fian^elid^ irvaft 'dÉnond^queiWwmlmii^icin rHé td'déméitiié devait is'éta-
jWi^ttnjélBV^ftm^'IeliëU'feiaftafe Pour le niètfi paUiiârcliè i;ëIjo)è»4^»»ble était •arrW^i et la'Jrftéice^ dèr^ici «vieillard
' "ionr-pai^^ènyt qûé^u'^îl' Iidi^loilsv > avec EU yobe de (>0ii dë^iïbacàèëtje'èalé ^ débh^i^ée^ sabairtte ^Meulfie^ eJt^fcoil regard d'ois^iidë biioië, reppésebta?l>aujc yeux dtr 'patriai^cne le xtésordire'^ brème dans le royaume de Dieu, k' i^Merseraent de (à domtnatibtt ^^brétiemM^. Cependant fbeure du second namaz étant venue, Omar daigna <4emaoder au|
(*) Voyez TbéophaDe.
SYRIE MQ0PU9E.
patïimbe puM .placj» où il pût prieur, CeItttnclijMl Ml^iml €^oU. mêi]}ç pu \l se trouviiîir^inaifÛtn^. n'accepta ppii^t cette afi6fe.»i,;ii>j^rQ«iu8.alora.|e mefl? à réglj^4e Coii»tdntuVr et, Bt4^pp;^f dao3^i«^rWM« ilA9,|Q^te ppui: le khalife; m»m,jfi».,im^ jrefMS^L.fPcore qe fair^ sa^C>ér^4an»,cet endroit, (^.jl ^e retira, A^iSUjr 1^ degrés, du portique orientalvOÙ U.fieprostefA^â en s^ toui;nant ver^'ia UéX^*. ^m mm^ âcl^prié, û retouroAjMi^r^ 4^, patri^fcl)e,..(ït lui dilt.; K.9, QM(».#ll<à .C()f)4^t^. Q^ JQps « par^i^i^ PAfi uQi(^Bf|ce,. j€i n>î agi « ainsi jfiMi pai!<égardAouj( yç^^e culte,: « e'f'Q^.aOa de vQusJai^ser^.^Kctusive- « (m^ k itottt ^rQ- lia, p(]^?es$iûn ^e «^ vosjéglis^^iMr.si iQjn'tïflj^ wostç'rqé
« n'aurjun.plos gt^ilArfpai^ife.^/s.ypi « eaQaefiy«ffilJ^.M^8;^llua^s y9,u$,| « raiett|iili»{«ttée4,e|..8'fw ^r^ieot.ejn- « pBréft,^^l«dw^ift«\Jspflt;fîe,|pire • Imn: prifli^nfaiOS'jJe* ,/endfpits ^ou.ïe «khalife a faiJiife».*i§i^ft.;.^j,pn. reporte iDÂnif^ iwe ^ pçi^, ,4oaoér. pi(v^ de foreietàiS^gparom iLajiou^fiÀ.l;)jÇdpitulatioQ /««^article »ar,,Uçgv44 eji9ît.,defendu.A twt Mu^WW^n ,4^^ P'»*ç $(Jji namckfk)mp.k,9^iv(\^, -dVe ^gli^: .çprjelieDoe^,^tiôj*«Mt iB^wa^ïipd'^pppï^^^ prière 8ii^<M .wa^wh^.PM da^W \^.«?leri«&,4Aifl(»rrnâf9^/égUs^&. ,..,.. ,
A4»i:^;aiV«iT\yi3W.^4et«^l,tes .différent* i»o^H»eqts dÇiJérysal^,;Qifl9r